Conférence de presse de M. Jean Leonetti, ministre des affaires européennes, notamment sur la crise dans la Zone euro, à Bruxelles le 18 juillet 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jean Leonetti, ministre des affaires européennes, notamment sur la crise dans la Zone euro, à Bruxelles le 18 juillet 2011.

Personnalité, fonction : LEONETTI Jean.

FRANCE. Ministre des affaires européennes

Circonstances : Conseil affaires générales, à Bruxelles (Belgique) le 18 juillet 2011

ti : Je voulais vous rendre compte, dans la période actuelle de turbulences au niveau européen, de l’activité du ministre en charge des Affaires européennes. Bien entendu, je suis allé rapidement rencontrer mes homologues européens. Prioritairement j’ai rencontré Werner Hoyer, mon homologue allemand, avec qui nous avons convenu d’une série de contacts dans les jours et les semaines à venir. Ce matin, je me suis rendu à Sopot, en remplacement de Claude Guéant, et nous avons évoqué les problèmes de l’asile et les problèmes de l’immigration. Cet après-midi, après un entretien avec M. Dowgielewicz, nous avons eu une rencontre fructueuse et importante. Nous avons balayé beaucoup de sujets sur la Présidence polonaise : ses priorités, nos points de convergence, quelques points de divergence qui ne sont pas pour autant des fins de non-recevoir. Nous avons ensuite évoqué les perspectives financières. Je me rendrai par ailleurs après-demain à Londres pour rencontrer mon homologue anglais. Il s’agit d’un partenaire très important, notamment dans le cadre du partenariat que nous avons aujourd’hui dans les actions militaires. Enfin, nous attendons tous, la réunion de jeudi qui devrait donner une stabilité financière à l’Europe, poursuivre la défense de l’euro et permettre de trouver une solution pour la Grèce qui soit une solution pérenne et stable.

En ce qui concerne les perspectives financières, je dirais simplement que, bien sûr, il y a de fortes réticences françaises sur les perspectives qui ont été proposées cette après-midi.

D’abord parce qu’il y a une augmentation budgétaire significative et que la France considère qu’au moment où on demande des restrictions budgétaires à l’ensemble des États membres, il n’est pas légitime de défendre avec un budget européen en très forte augmentation.

Le deuxième point c’est que, bien entendu, la France tient à ce que l’on stabilise le budget de la Politique agricole commune. La France considère qu’ainsi elle défend l’intérêt de l’Europe au moment où il y a une volatilité importante des prix agricoles et où la sécurité sanitaire des produits agricoles est majeure.

Enfin, nous demandons une évaluation des politiques de cohésion et de recherche. Il ne s’agit pas de les remettre en cause ; nous pensons simplement que nous pourrions dépenser à la fois mieux et pas forcément plus.

Il s’agit là de la stratégie que nous proposons et que nous proposerons à Sopot à la fin du mois, lors de la réunion informelle qui s’y tiendra avec mes homologues européens.

Q - Est-ce qu’on se parle encore entre Français et Allemands à trois jours du Sommet de l’eurozone ?

R - Plus que jamais. La solution passera bien sûr par un accord franco-allemand et la volonté de sauver et de donner une stabilité financière à l’Europe est une volonté commune. Que les stratégies soient quelque fois divergentes, cela semble normal. Un certain nombre de questions se posent, il est légitime d’en discuter. Il s’agit en particulier de savoir si l’intervention du secteur financier privé pourrait aboutir ou non à un défaut partiel et entraîner un effet de contamination ; donc, ce sont des questions qui sont tout à fait légitimes et qui méritent d’être approfondies. Je suis bien persuadé que, comme toujours, il y aura une période où l’on évoquera les éventuelles dissensions entre la France et l’Allemagne en amont et que celles-ci seront résolues pour le sommet. On verra alors que c’est sur un compromis efficace, portée notamment par l’entente franco-allemande, que l’Europe sortira renforcée de la crise.

Q - Pensez-vous que le Sommet se jouera autour d’un axe franco-allemand ou par la résolution des divergences entre l’Allemagne et la BCE ?

R - L’intervention de la Banque centrale européenne apparaît aux yeux des Français comme indispensable. Elle rentre donc obligatoirement dans le cadre des réflexions que l’on doit avoir. Il ne s’agit pas d’une discussion entre l’Allemagne et la Banque centrale européenne ; il s’agit, comme toujours, d’une discussion entre les États mais qui tient bien sûr compte des positions du FMI et de la BCE qui jouent pleinement leur rôle dans la phase de redressement que nous abordons.

Q - Mais le FMI et la BCE ont des avis opposés ?

R - Ils ne sont pas franchement opposés. Je n’ai pas eu cette l’impression. Il y a une réflexion et c’est normal. Les interrogations sont légitimes. Tout le monde réfléchit à l’hypothèse d’une intervention financière privée, aux côtés du Fonds européen de solidarité. En dehors de cet élément précis, la discussion est plus une discussion technique qu’une discussion politique. L’objectif commun est de ne pas aboutir à un défaut, même partiel, qui pourrait fragiliser la zone euro. Cette réflexion est au cœur de nos échanges. Je ne crois pas qu’il y ait de divergences profondes. Il y a une volonté commune de la part du FMI, de la part de la BCE, de la part de la France, de l’Allemagne et de l’ensemble de nos partenaires, d’apporter une aide pérenne à la Grèce, de sortir de cette crise et de conforter l’euro.

Q - L’une des solutions évoquées par la presse allemande serait une taxe sur les banques. La France serait-elle d’accord avec cela ?

R - C’est l’une des solutions qui est envisagée. Elle aurait l’avantage de ne pas faire intervenir directement les banques et donc de ne pas potentiellement créer de défaut et de ne pas créer un événement négatif. Cette solution mérite d’être étudiée comme les autres. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est la volonté commune de la part des deux pays d’aboutir à une solution. Il n’y a pas de différence dans l’objectif : il y a quelquefois des différences d’appréciation dans les stratégies, mais il s’agit toujours de parvenir au même résultat.

Q - L’Allemagne a dit que l’objectif jeudi était d’obtenir, je crois, un répit. Quelle est la position de la France ?

R - Tout le monde a constaté une grande nervosité des milieux financiers, qui crée une instabilité. Il faut donc qu’il y ait une réponse. Cette réponse, si elle est temporaire, apportera au moins un apaisement. Si elle est temporaire avec une vision à plus long terme, elle apportera un apaisement encore plus fort. Je ne peux pas vous prédire ce sur quoi aboutira le sommet de jeudi. Ce dont je suis intimement convaincu, c’est qu’il aboutira à une solution, que cette solution sera une solution concertée et qu’elle calmera une situation d’instabilité qui ne peut pas durer sans déstabiliser l’ensemble de la zone euro et entraîner des fragilités d’autres pays, comme on l’a vu par exemple sur l’Italie.

Q - Envisagez-vous une réunion des ministres des Finances après le Sommet de jeudi ?

R - Je ne suis pas président de la République, donc ce n’est pas moi qui vais proposer une réunion des ministres des Finances. Les ministres des Finances ont déjà, le 11 juillet, émis un certain nombre de propositions qui sont concrètes et ces propositions concrètes servent de base à la réunion qui a lieu jeudi. Donc, bien évidemment, les ministres de l’Économie et des Finances de la zone euro sont associés étroitement à la recherche des solutions que vous évoquez.

Q - La contribution des investisseurs privés doit elle être importante ou peut-elle être petite ?

R - Il ne m’appartient pas de e vous dire le «bon» niveau de la contribution privée par rapport au niveau de la contribution des États. Ce qui est important c’est que l’on recherche la bonne solution, pour trouver une stabilité pérenne à l’euro et sortir la Grèce de la situation actuelle. Cela passe par un nouveau plan d’appui et d’aide. C’est donc tout l’objet de cette négociation.

Mais vos questions montrent bien que nous sommes sur la recherche de stratégies et de dispositifs et non plus sur des divergences d’objectifs. Il n’y a jamais eu de divergence d’objectifs. Il n’y a jamais eu l’idée que la Grèce sortirait de l’euro ou que la Grèce pourrait avoir un défaut partiel au niveau de sa dette. Cela prouve bien qu’on est dans la recherche d’un dispositif équilibré. La France a toujours proposé effectivement qu’il y ait un dispositif d’aide de l’État, de la Banque centrale, en concertation avec la Banque centrale européenne, et avec une contribution du secteur privé.

Q - Pensez-vous qu’il serait temps d’aller vers des eurobonds ?

R - Non, pas du tout. Non, non, je disais simplement : la question qui m’a été posée c’était de savoir, au fond, si on résolvait le problème pour passer l’été, si j’ai bien compris la question, ou si c’était une solution totalement définitive. Permettez-moi de dire que ce n’est ni l’un ni l’autre.

Si, jeudi, il sortait une position totalement définitive qui règle définitivement les problèmes des dettes souveraines des pays de l’euro, vous en seriez étonnés, vous en seriez même excessivement admiratifs, je n’en doute pas une seconde. Et si on proposait une solution qui dise : à partir du 20 août, il faut qu’on se rencontre à nouveau parce qu’on a réglé uniquement la période estivale et on reprend les choses immédiatement après, vous trouveriez que la réponse est légèrement disproportionnée par rapport à la rencontre de jeudi.

Donc, peut-être que la réponse va être intermédiaire et qu’elle va à la fois répondre à la nervosité et à l’instabilité des agences de notation et des marchés financiers actuels, mais qu’en même temps elle va tracer quand même une voie d’avenir qui n’est pas non plus à inventer aujourd’hui. Il y a quand même eu un certain nombre d’éléments que vous connaissez aussi bien que moi, le Fonds européen de solidarité financière, c’est quand même quelque chose qui doit, un jour, devenir les mécanismes européens de solidarité qui vont faire évidemment une stabilité, une capacité d’intervenir de la part de l’ensemble des États membres de la zone euro.

Q - Que pensez-vous de la proposition de Michel Barnier qui veut interdire aux agences de notation de se prononcer sur un pays qui fait l’objet d’un plan de soutien ?

R - L’analyse de Michel Barnier, à propos de laquelle nous avons discuté lors de notre entrevue, est une piste qui mérite d’être évaluée. On ne peut pas ne pas s’interroger sur le rôle des agences de notation. Les plans de redressement se mettent en place doivent être ainsi clairement intégrés dans leurs évaluation. Le Portugal, malgré son plan fiable et sérieux, qui va au-delà des demandes de la Banque centrale européenne et du FMI, voit sa note dégradée.

Cela crée un effet d’aggravation de la situation d’États qui, pourtant, répondent très positivement aux demandes qui leur sont faites en termes de rigueur budgétaire. C’est la raison pour laquelle Michel Barnier évoquait la mise entre parenthèses des agences de notation sur les pays qui bénéficient d’une aide.

Je pense que c’est une piste qu’il faut étudier, elle n’est pas la seule. Peut-être que d’autres pistes permettent d’éviter qu’on se trouve dans ces situations d’instabilité. Il est en tout cas légitime de rechercher des mécanismes qui évitent cette instabilité permanente qui provoque quelquefois des attaques sur des pays qui non pas lieu d’être.

Q - Croyez-vous réellement qu’après jeudi, si une solution était trouvée pour la Grèce, les marchés ne se tourneraient pas immédiatement vers l’Italie ou vers l’Espagne ?

R - Je crois que le fait qu’il y ait une réponse et que cette réponse soit coordonnée et qu’elle soit réfléchie, apportera une stabilité à l’ensemble des marchés financiers. Dans cette action, le gouvernement français, le président de la République et la chancelière ont raison de ne pas réagir avec précipitation, mais néanmoins avec rapidité. La réunion de jeudi n’aboutira pas à un constat de divergence, mais au contraire à une position qui pourra rassurer l’ensemble des marchés financiers.

Q - Vous venez de prendre vos fonctions alors que l’Europe rencontre des difficultés. Quelle est votre réflexion là-dessus ?

R - Je suis un Européen convaincu et je suis persuadé que l’Europe sort toujours grandie des crises qu’elle affronte. C’est donc pour moi une chance de me trouver au cœur de cette période passionnante où l’on voit les problèmes se poser mais, en même temps, les solutions émerger.

Je suis aussi un passionné du compromis et je pense que les solutions européennes passent toujours par un premier constat de divergences puis par celui de l’obligation, l’ardente obligation pour sauver l’Europe, de trouver un compromis. Nous allons arriver bientôt dans cette situation qui montrera que l’Europe, après une période difficile, aura franchi une nouvelle étape qui aura rendu l’Europe plus forte et plus légitime.

Q - Une des difficultés de l’Europe est qu’elle est peut être aujourd’hui une somme d’égoïsme plus qu’une somme de solidarités et, parmi les égoïsmes, n’y a-t-il pas le budget européen, finalement on demande toujours plus à Bruxelles sans vouloir financer plus ? Dépenser mieux d’accord, mais est ce qu’on peut aller plus loin ?

R - Votre question est à la fois justifiée, ce qui ne signifie pas que vous ayez raison. Elle est justifiée parce que, dans une période de crise, la tendance de tous les États c’est d’essayer de préserver leurs concitoyens et donc d’avoir une attitude plutôt de repli qu’une attitude de solidarité européenne. Pour autant, c’est par cette voie qu’il faut sortir de cette crise. La crise, il nous faut en sortir par le haut.

La position française sur les perspectives financières est justement une position d’équilibre, de rigueur et même temps de solidarité. Oui, il faut dépenser mieux et ne pas forcément dépenser plus. Comment pourrait-on expliquer à des pays qui ont des plans de rigueur - regardez celui que vient d’adopter l’Italie, courageusement, après celui du Portugal, après les décisions qui ont été prises courageusement aussi, en Grèce - qu’on peut augmenter indéfiniment le budget européen ? Quel est l’exemple, le message envoyé ?

Lorsque nous disons que le budget de la Politique agricole commune doit être stabilisé en euro courant, il ne s’agit pas de l’intérêt de la France, mais de l’intérêt de l’Europe. Face à l’instabilité des prix des produits agricoles, face aux exigences de sécurité sanitaire sur les produits alimentaires, comment pourrait-on se départir de ce pilier fondamental de l’Europe ?

Ensuite, il n’est pas question de remettre en cause les politiques de cohésion. Il faut par contre les évaluer. Comment ne pas se poser la question ? Le fait qu’un certain nombre de régions sortent de leur objectif de convergence et continuent à bénéficier d’une aide de même type que celle des régions en grande difficulté interroge. La solidarité, ce n’est pas la pérennisation d’un système, c’est une évaluation et ensuite une dynamique à destination de ceux qui en ont le plus besoin. Je constate d’ailleurs que c’est une préoccupation partagée avec la Présidence polonaise.

Le dernier point c’est sur la recherche. On a un peu tendance à opposer le fait que la France fasse un plan de dépense d’avenir, en particulier vers la recherche, et refuserait un développement accru de la recherche niveau européen. Or, la France avait un retard à combler en matière de recherche. Il était indispensable de le faire. Mais la France a d’abord fait une évaluation avant de déterminer vers quelle cible il fallait porter les efforts. En revanche, l’Europe a depuis longtemps une politique très dynamique en faveur de la recherche. Et nous ne demandons rien d’autre qu’une évaluation des cibles nécessaires, pour faire en sorte que l’Europe, comme la France, à l’issue de cette crise se trouve renforcée.

Donc il n’y a pas d’«égoïsme national» de la part de la France. La France est simplement rigoureuse avec elle-même et défend logiquement que la même rigueur s’applique partout.

Q - Sur le chèque britannique quelle est votre position ?

R - La France est défavorable à l’idée des rabais tels qu’ils ont été institués. L’idée a fait son chemin. C’est une politique qui n’est pas dénuée d’une certaine opacité. Il faut donc travailler sur ce sujet. Un certain nombre de propositions qui, sans léser personne, permettrait de trouver une formule plus élégante pour pérenniser l’équilibre tout en lui donnant une certaine souplesse.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 juillet 2011

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