Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, en hommage aux otages français, malais et béninois exécutés durant la crise en Côte d'Ivoire, Abidjan le 15 juillet 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, en hommage aux otages français, malais et béninois exécutés durant la crise en Côte d'Ivoire, Abidjan le 15 juillet 2011.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Visite officielle en Côte d'Ivoire - Cérémonie en hommage à la mémoire de Cocou Adéossi, Stéphane Frantz di Rippel, Yves Lambelin et Chelliah Pandian, otages du 4 avril 2011, Abidjan le 15 juillet 2011

ti : Le 4 avril dernier, ici même, Stéphane Frantz di Rippel, Yves Lambelin, Chelliah Pandian et Cocou Adéossi étaient enlevés par un groupe armé et nous perdions leur trace. Pendant de longues semaines de silence et d’incertitude, on a imaginé tous les possibles. Mais le début de mois de juin a amené la fin de l’espoir et la consternation. On apprenait qu’ils étaient tombés sous le coup de bourreaux inhumains qui les avaient exécutés sans pitié quelques heures après leur enlèvement.

A la douleur de leur famille s’est jointe la stupeur de tous ceux qui les connaissaient et l’élan de compassion de tous leurs compatriotes. Nous n’oublierons jamais la mort de ces quatre compagnons d’infortune, victimes de la barbarie et de la folie des hommes. Nous n’oublierons jamais le jeune directeur du Novotel qui, en décembre dernier, avait accepté en pleine tourmente de venir diriger cet établissement.

Après Cotonou et Lomé, Stéphane Frantz Di Rippel était venu à Abidjan avec sa passion du service, avec sa modestie personnelle, avec sa haute idée de l’accueil. Il a été fidèle à sa mission jusqu’à le payer de sa vie.

Nous n’oublierons jamais Yves Lambelin, cet entrepreneur de talent qui avait dédié sa vie à la Côte d’Ivoire au point d’en prendre la nationalité. Depuis plus de trente ans à la tête du premier groupe agro-alimentaire ivoirien, il a voulu œuvrer au plus près de ses collaborateurs en s’installant au Novotel le temps des troubles. Son dévouement d’exception restera dans les mémoires.

On sait désormais qu’à l’irruption insensée de la violence, Stéphane Frantz Di Rippel et Yves Lambelin ont opposé un sang froid qui les honore. On sait que Stéphane a offert sa vie pour sauver celle des journalistes abrités dans cet hôtel. Sous la menace des armes, il s’est exposé pour qu’eux soient épargnés. Il y a eu de l’abnégation, il y a eu de la bravoure chez nos deux compatriotes. Et leur force morale intime nous amène à avoir pour eux le plus grand respect et la plus grande admiration.

Le Président de la République a décidé de les distinguer tous les deux dans l’ordre national de la Légion d’Honneur. Aux membres de leur famille, et je suis heureux que certains d’entre eux aient pu être présents aujourd’hui, et à tous ceux qui apprennent cruellement à vivre sans eux, je veux dire mon affection et toute la solidarité de la Nation.

Nous n’oublierons jamais non plus Chelliah Pandian, de nationalité malaisienne et Cocou Adéossi, de nationalité béninoise qui, en dépit de la crise, étaient en Côte d’Ivoire pour travailler à la mise en œuvre de nouveaux projets de développement au service du pays.

Les raisons de l’acte inqualifiable qui a coûté la vie à ces quatre hommes demeurent encore inexpliquées. La mobilisation de la justice ivoirienne et française conjuguée aux efforts de notre ambassade et à ceux des militaires de la Force Licorne, ont déjà permis l’arrestation de plusieurs auteurs présumés. Mais la justice doit aller à son terme et je suis convaincu que les coupables et les commanditaires de ces crimes seront identifiés, qu’ils seront poursuivis et qu’ils seront punis.

Au présent hommage, je souhaiterais associer le Colonel Major franco-ivoirien Adama Dosso, intercepté lui aussi, puis abattu par des assaillants armés dans des conditions indescriptibles.

Avec vous enfin, je veux m’incliner devant les milliers de morts qu’a provoqués cette dramatique crise ivoirienne. Je veux saluer la mémoire de ces hommes et ces femmes qui ont été victimes de l’aveuglement meurtrier d’une lutte de pouvoir.

Nos compatriotes disparus aimaient du même amour l’Afrique et la France. Ils avaient cela en commun avec Senghor, qui toute sa vie espéra l’avènement d’une civilisation de l’universel, d’une civilisation faite des valeurs complémentaires de tous les continents et de tous les peuples. Eh bien chacun à leur façon, Stéphane et Yves, ont incarné une part de cet idéal.

Je forme le vœu que dans cette Côte d’Ivoire meurtrie, l’heure des peurs et des pleurs s’efface devant l’aube d’un jour nouveau où la liberté, la fraternité et la démocratie pourront régner sans partage.

Je vous invite à présent en leur mémoire, à la mémoire de toutes les victimes, à observer une minute de silence.


Source http://www.gouvernement.fr, le 29 juillet 2011

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