Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à France 2 le 8 juillet 2011, sur la sécurité nucléaire face aux risques sismiques en France, la coordination des offres de transports entre régions productrices de fourrage et régions déficitaires et le Front national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à France 2 le 8 juillet 2011, sur la sécurité nucléaire face aux risques sismiques en France, la coordination des offres de transports entre régions productrices de fourrage et régions déficitaires et le Front national.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement;

ti :  
JEFF WITTENBERG Bonjour Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Bonjour.
 
JEFF WITTENBERG Et c’est à la ministre d’abord de l’Environnement, de l’Ecologie que j’ai envie de m’adresser ce matin, vous avez vu qu’un tremblement de terre a eu lieu, on l’a dit dans le journal de 7h30 au large de la Corse, est-ce que vous êtes surprise, la France a donc un risque sismique important dans plusieurs de ses régions ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais on le connaît, on sait qu’on a un risque sismique dans la Méditerranée, c’est la raison d’ailleurs pour laquelle on a mis en place, il y a quelques années un observatoire des séismes et des tsunamis en Méditerranée à la suite d’un rapport parlementaire. Et c’est quelque chose qu’on anticipe, qu’on essaie de prendre en compte dans les constructions et bien sûr dans la sûreté nucléaire, je pense que vous allez m’en parler.
 
JEFF WITTENBERG Evidement le risque, il est pour la sûreté nucléaire, la France n’est pas le Japon a répété à plusieurs reprises le président de la République, vous étiez allée à Fukushima. Pourquoi, une question simple par exemple ne ferme-t-on pas la centrale de Fessenheim en Alsace, qui est à la fois la plus ancienne du parc nucléaire français et qui est aussi, on le sait, sur une zone à risque ? Vous avez demandé des travaux, pourquoi pas une fermeture pure et simple ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Sur le risque de tremblement de terre, on le prend en compte dès la conception de la centrale et on peut le réévaluer, et là nous avons demandé, le Premier ministre, un audit de toutes nos centrales à la suite de l’accident de Fukushima, qui prendre en compte et qui éventuellement réévaluera le risque de tremblement de terre. Sur la centrale de Fessenheim, il y a eu une expertise récente de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, qui plus que le risque de tremblement de terre pointait le problème de l’épaisseur du radier, le planché de la centrale, ils disaient qu’il était insuffisant et la nécessité de trouver une alimentation alternative en eau à celle du canal d’Alsace. Le président de la République et le Premier ministre avaient confirmé en amont de cette expertise de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, ça ne suffit pas pour prendre une décision sur le prolongement ou non de la centrale de Fessenheim. On attend de toute façon le résultat des travaux qui doivent tirer les enseignements de l’accident de Fukushima.
 
JEFF WITTENBERG Mais vous disiez que les travaux sur place n’étaient pas négociables, vous l’avez dit dans une interview il y a quelques jours, pourquoi ne pas décider, est-ce que ce ne serait pas plus simple et peut être moins coûteux, la fermeture de cette centrale qui manifestement présente un risque ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On ne peut pas raisonnablement décider de la fermeture ou du maintien de cette centrale avant d’avoir conclus les audits qui doivent tirer les conclusions de Fukushima. En revanche, oui je l’ai dit, ces travaux ne sont pas négociables, parce que si in fine on décidait de prolonger la centrale, les prescriptions qui sont celles de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, une autorité indépendante, devraient être prises en compte. Ce sont des prescriptions minimum, il n’est pas certain qu’elles soient suffisantes au regard des enseignements de l’accident de Fukushima que nous n’avons pas encore.
 
JEFF WITTENBERG A la frontière du nucléaire et des autres énergies, Anne LAUVERGEON, l’ancienne patronne d’AREVA qui a été remerciée par le gouvernement, disait hier que la France, l’Etat, n’avait pas cru pendant longtemps aux énergies renouvelables. Or vous avez annoncé hier la mise en place d’éolienne offshore en mer, on a un peu de mal à comprendre la stratégie du gouvernement dans ce domaine.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je crois qu’Anne LAUVERGEON faisait référence à une acquisition à laquelle l’Etat s’était opposé pour des raisons financières et industrielles. Ca ne vaut pas rejet des énergies renouvelables bien au contraire, comme on le démontre par ailleurs avec le grenelle de l’environnement et avec par exemple l’éolien en mer. Je lance lundi l’appel d’offres sur l’éolien en mer. L’objectif, c’est 6 gigawatts, 6 000 mégawatts en 2020 et 3 000 dès maintenant et surtout des emplois, plus de 10 000 emplois qui sont attendus parce qu’on a tous les atouts pour avoir un leader mondial de l’éolien en mer.
 
JEFF WITTENBERG On est au début de l’été, on est au début des grandes vacances pour beaucoup et on va parler de la sécheresse, combien de départements sont désormais touchés par ce fléau ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On est à 70 départements. On est à 70 départements qui sont en arrêté sécheresse. On a eu un peu de répit, avec les pluies du mois de juin, après un mois d’avril, un mois de mai très secs et très chauds à la fois, mais ça n’est que du répit, il faut compter sur plusieurs mois, si vous voulez, pour évaluer la sécheresse et là on est vraiment dans le déficit.
 
JEFF WITTENBERG Est-ce que ça veut dire qu’il va y avoir de nouvelles mesures de restrictions d’eau dans certains départements, décidées par les préfectures ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, dans ces 70 départements toutes les semaines en ce moment, on a des départements en plus et à chaque fois ce sont de nouvelles mesures de restrictions d’eau.
 
JEFF WITTENBERG Est-ce que vous seriez vous à titre personnel, opposée à ce qu’il y ait, comme en 1976, un impôt sécheresse à la fin de l’été si les conditions devaient rester celles là ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Qu’on organise la solidarité, il faut le faire, ça, ça ne passe pas forcément par un impôt, ce n’est pas le sujet. La solidarité d’ailleurs on l’organise déjà.
 
JEFF WITTENBERG On l’a vu avec le train de fourrage notamment…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui on l’a vu avec le train de fourrage hier…
 
JEFF WITTENBERG … qui part de la région parisienne pour des régions d’élevage.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET … je lançais le premier train de fourrage entre les régions céréalières et les régions d’élevage, il y en a déjà plus de 10 qui sont prévus. Ce sont des trains de 500 tonnes de paille à chaque fois, c’est l’illustration, c’est la concrétisation d’une solidarité à la fois entre les filières agricoles, entre céréaliers et éleveurs, mais aussi entre les régions. Maintenant l’enjeu de fond, c’est de toute façon, avec le changement climatique, des sécheresses il va y en avoir de plus en plus, je présenterais prochainement le plan national d’adaptation aux changements climatiques, nous devons nous organiser pour anticiper sinon, très souvent l’été ce sera pareil.
 
JEFF WITTENBERG Il nous reste deux petites minutes pour évoquer l’actualité politique, vous êtes une des rares personnalités de l’UMP à vous être engagée, j’allais dire, vigoureusement contre le Front National. Vous avez écrit un livre, il y a quelques semaines qui s’appelle le front anti-national, je crois, Jean-Marie LE PEN vous met en cause hier dans une interview à VSD, il dit que si Marine LE PEN était opposée à la gauche, vous vous voteriez pour la gauche et même vos voisins, je le cite, même vos voisins du 16ème arrondissement ne vous suivraient pas. Qu’est-ce que vous lui répondez ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Jean-Marie LE PEN prend son cas pour une généralité, il habite les beaux quartiers, moi je n’ai jamais habité le 16ème arrondissement et quand je ne dors pas au ministère parce que j’ai une interview tôt comme ce matin, j’habite ma circonscription qui est à 25 kms au Sud de Paris. Il ne suffit pas de se déguiser de temps en temps en bleu de travail comme Marine LE PEN, pour essayer de parler au monde ouvrier, pour véritablement sortir de son milieu, il le démontre à travers ce genre de remarques. Mais ce qui me choque moi dans cette interview, c’est qu’il appelle à la rescousse mon arrière-grand-père, mon mari. J’ai envie de lui dire, monsieur LE PEN, les femmes ne sont pas forcément sous la coupe idéologique de leur mari. La politique et les opinions politiques ne sont pas forcément génétiques. On a une certaine vision de la femme qui transparaît à travers l’interview de Jean-Marie LE PEN et qui démontre encore une fois qu’au Front National, rien n’a changé.
 
JEFF WITTENBERG Sur le fond, vous vous êtes à l’UMP, que pensez-vous des propositions sur l’immigration faites hier par l’UMP avec Claude GUEANT en première ligne, si j’ose dire, et qui ne sont pas très éloignées pour certaines d’entre elles de ce que propose le Front National. Je pense notamment aux durcissements des conditions pour la nationalité française, à la réduction de l’immigration légale…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je ne suis pas du tout d’accord avec vous. Il y a une différence de philosophie profonde entre le Front National et l’UMP sur ce sujet, et puis il y a aussi tout simplement une différence d’attitude, le Front National est dans le slogan, nous on est dans l’action. Et l’action à la suite de la proposition du président de la République, qui est la ligne directrice en 2007, immigration choisie plutôt qu’immigration subie. Quand on dit en période de crise, il y a moins de travail et donc on a besoin de moins de main-d’oeuvre émigrée et donc on va réduire l’immigration légale, on est bien dans l’immigration choisie plutôt que l’immigration subie.
 
JEFF WITTENBERG Lorsque Claude GUEANT dit qu’il comprend certains français qui ne se sentent plus chez eux, vous êtes choquée par ce propos ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Il déplore simplement le fait qu’on a organisé des cités, des quartiers dans lesquels certains problèmes se condensent. Alors les problèmes sont avant tout des problèmes sociaux, mais il se trouve que ce sont ces quartiers qui parfois par priorité accueillent des immigrés. Des immigrés qui se retrouvent pour certains en situation de chômage, et c’est ça avant tout qu’on déplore en disant il faut baisser le niveau de l’immigration légale. On a aujourd'hui 25 % de la population d’origine immigrée qui est en situation de chômage, la priorité c’est de leur trouver un boulot à eux, c’est de leur trouver un boulot à eux pour qu’ils trouvent leur place dans la société française et non pas les renvoyer dans leur pays comme le voudrait Marine LE PEN, ce n’est pas ça le sujet aujourd'hui, c’est d’intégrer ceux qui sont là.
 
JEFF WITTENBERG On vous a entendu. Merci beaucoup Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 5 août 2011

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