Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RTL le 8 juillet 2011, sur le rapport de la Cour des comptes concernant l'utilisation des forces de police et la polémique à propos des statistiques de l'échec scolaire des enfants d'immigrés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RTL le 8 juillet 2011, sur le rapport de la Cour des comptes concernant l'utilisation des forces de police et la polémique à propos des statistiques de l'échec scolaire des enfants d'immigrés.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour, Claude GUEANT.
 
CLAUDE GUEANT Bonjour, Jean-Michel APHATIE.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Une dépêche nous a surprise, hier, AFP 12 heures 19, en voici le titre : « Claude GUEANT sera opéré le 12 juillet, mardi donc, pour un pontage coronarien » vous êtes donc avec nous, ce matin, Claude GUEANT, avec un petit souci de santé ?
 
CLAUDE GUEANT Oui, c’est vrai. Comme des milliers de Français chaque année, effectivement je dois faire soigner mon coeur.
 
JEAN-MICHEL APHATIE En général, on n’en parle pas, on ne fait pas la transparence là-dessus. Vous avez souhaité qu’on communique…
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, j’ai pensé que mon absence la semaine prochaine, serait remarquée. Donc j’ai indiqué pourquoi, je serais absent.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous faites la Une de tous les journaux, ce matin, Claude GUEANT et c’ n’est pas forcément flatteur. La COUR DES COMPTES a rendu public hier, un rapport sur l’utilisation des forces de police dans la période de 2002/2010 et ce rapport est sévère. Mauvaise répartition et mauvaise gestion des effectifs policiers sur le territoire, statistiques de la délinquance douteuses, efficacité relative de la vidéosurveillance qui se révèlerai par ailleurs coûteuse. Et vous avez réagi violemment à ce rapport, Claude GUEANT, en parlant d’erreur d’analyses, d’oubli, voire de sous-entendus contestables. Vous n’acceptez pas la critique Claude GUEANT ?
 
CLAUDE GUEANT Bien sûr que j’accepte la critique, mais la COUR DES COMPTES n’est pas une institution infaillible, j’ai le plus grand respect pour elle, mais lorsqu’elle avance les faits, qui sont inexacts, lorsqu’elle se livre des approximations dans le raisonnement, lorsqu’elle raisonne de façon contestable, eh bien, je conteste.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Un fait inexact, pouvez-vous m’en citer un ?
 
CLAUDE GUEANT Par exemple, c’est un fait, il a été publié par la presse, hier, donc c’est facile de s’y référer, il y aurait dit la COUR un instant T 31 fonctionnaires de police sur la voie publique dans les Yvelines, ce n’est pas exact. Il y en a 140. De la même façon sur l’illégale répartition sur le territoire, là c’est une approximation grave de raisonnement, la COUR relève qu’il y a une densité policière plus importante dans les petites villes que dans les grandes. Elle cite Privat, Guéret etc. Mandes, est-ce à dire que la COUR suggère que l’on retire la police de ces villes ? Tout simplement, quand il y a un commissariat, il y a des charges de structures. Il faut bien un accueil, il faut bien que quelqu’un qui tienne la radio. Mais ce n’est pas le plus grave !
 
JEAN-MICHEL APHATIE La radio, ça m’a tout à coup, étonné. Quand vous citez par exemple, l’exemple des Yvelines, 31 policiers sur le terrain dit la COUR DES COMPTES, 140 dites-vous. Erreur de faits grossière, je ne sais pas qui a raison. Mais comment interpréter…
 
CLAUDE GUEANT C’est moi, qui aie raison. Je le sais, enfin, c’est moi, qui commande la police, je le sais.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Comment interprétez-vous une erreur de fait ? Malveillance ?
 
CLAUDE GUEANT Je ne qualifie pas, je dis : c’est une erreur.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous ne le qualifiez pas ! Pourquoi ?
 
CLAUDE GUEANT Je ne qualifie pas, parce que c’est simplement une erreur, je constate. Et par conséquent, je conteste. Et je pense qu’il est sain de contester, il est sain d’avoir des débats. La COUR DES COMPTES n’est pas infaillible.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Traditionnellement, il y a une tradition républicaine, d’une certaine façon, on ne parle pas comme ça, de la COUR DES COMPTES, on respecte l’institution…
 
CLAUDE GUEANT Mais je respecte tout à fait, cette institution. J’ai de la considération pour cette institution, mais je n’ai pas à accepter des arguments qui ne sont pas fondés. Ce que je conteste le plus dans l’appréciation de la COUR DES COMPTES. C’est une appréciation de caractère général, sur le fait que les résultats de la politique de sécurité entre 2002 et 2010 seraient, je cite, contrastés. Quels sont ces résultats ? En 2010, il y a 500 000 victimes de moins qu’en 2002. Est-ce que c’est un résultat contrasté ? A l’intérieur du bilan, il y a bien sûr, des choses qui vont très bien, d’autres qui vont moins bien. Dans le même temps, en 2002, il y avait 26 % des auteurs de crimes et de délits, qui étaient arrêtés par la police, il y en avait en 2010, 37 %. Est-ce que c’est contrasté ? Ou est-ce que c’est un beau résultat ? Madame AUBRY dit : c’est un échec. Elle considère que les succès sont des échecs, et que ses échecs sont des succès. Parce que je rappelle que pendant le gouvernement de monsieur JOSPIN, il y a eu une explosion de la délinquance, il y a eu pour le coup, exactement la même chose, 500 000 victimes de plus en France. Eh bien, ça c’est un échec. Mais nous, c’est un succès.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Tout est-il à jeter dans le rapport de la COUR DES COMPTES ?
 
CLAUDE GUEANT Non, il y a des choses qui sont tout à fait, exactes. Et puis…
 
JEAN-MICHEL APHATIE  La critique et les statistiques par exemple. La COUR DES COMPTES dit, je vais citer très précisément la phrase, les statistiques départementales présentent parfois une grande instabilité, ce qui peut faire douter de leurs fiabilités, le ministère de l’Intérieur et le ministre de l’Intérieur communiquent beaucoup avec les statistiques et nous, on les reçoit, bon, puisque… c’est vrai. Est-ce que la COUR DES COMPTES a raison là-dessus ? Ainsi que les chiffres et les exemples ?
 
CLAUDE GUEANT D’abord j’entendais excusez-moi, sur une radio concurrente, ce matin, le premier président de la COUR DES COMPTES qui déclarait que nos chiffres n’étaient pas contestables. Donc j’en prends acte, et ces chiffres à vrai dire sont établis de la même façon depuis 35 ans, avec la même méthodologie. Ce que la COUR DES COMPTES reproche, c’est que l’agrégat soit trop général et recouvre des infractions de type très différent. Effectivement, il n’y a pas de commune mesure, entre une baffe donnée à quelqu’un au cours d’un moment de colère et puis un homicide, ça c’est tout à fait exact. Mais j’appelle l’attention de la COUR DES COMPTES qui semble l’ignorer, sur le fait que cet agrégat recouvre 107 rubriques différentes. Donc on y trouve toutes les ventilations que l’on veut. J’ajoute par ailleurs…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Ce n’est pas très professionnelle, la COUR DES COMPTES ?
 
CLAUDE GUEANT Pardon !
 
JEAN-MICHEL APHATIE Ce n’est pas très professionnelle alors le rapport de la COUR DES COMPTES ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je suis surpris, effectivement que ce rapport soit truffé d’autant d’approximation.
 
JEAN-MICHEL APHATIE 70 députés UMP parlent de la politisation de la COUR DES COMPTES, nous avons de lourdes interrogations sur les auteurs du rapport et leurs liens avec le Parti socialiste.
 
CLAUDE GUEANT Moi, je n’entre pas dans ce débat…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Pourquoi ?
 
CLAUDE GUEANT Parce que ce n’est pas mon métier…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous pensez comme les députés UMP, vous ne voulez pas le dire, c’est ça ?
 
CLAUDE GUEANT Non, par ailleurs, je dois le dire très clairement, de l’estime pour Didier MIGAUD, le premier président de la COUR DES COMPTES. Mais je constate que ce rapport est une charge, contre la politique de sécurité, bizarrement sur une période qui correspond à un exercice de responsabilité de la part de Nicolas SARKOZY, soit comme ministre de l’Intérieur, soit comme président de la République. Le rapport eut été beaucoup plus intéressant, si l’analyse avait démarré en 1997. Ça aurait permis des comparaisons intéressantes.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc vous dites, vous-même, c’est un objet politique, 2002/2010 ça vise Nicolas SARKOZY ?
 
CLAUDE GUEANT Non, je ne soupçonne pas les motivations, mais je constate que le résultat est celui-là. JEAN-MICHEL APHATIE Et les 70 députés UMP, vous…
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, ils vivent leur vie, c’est leur appréciation.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Patrick OLLIER, ministre de Relations avec le Parlement, il faut le citer. CLAUDE GUEANT Oui.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Parce que lui, il dit, ce rapport a été fait, je le cite, avec honnêteté, rigueur et compétence, il n’a pas du tout…
 
CLAUDE GUEANT Très franchement, je doute fort que Patrick OLLIER ait lu le rapport.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous lui avez passé un coup de fil ?
 
CLAUDE GUEANT  Oui.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et vous lui avez dit quoi ?
 
CLAUDE GUEANT Il m’a bien dit, qu’il n’avait pas lu le rapport.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Ah ! Bon, il a dit qu’il était honnête et rigoureux et compétent, ce rapport sans l’avoir lu. C’est pas mal ! Fin mai, Claude GUEANT, vous avez déclaré en vous appuyant sur une étude de l’INSEE de 2005, que, je vous cite aussi « les deux tiers des échecs scolaires c’est l’échec des enfants immigrés. » Vos propos avaient suscité la polémique, vous aviez maintenu, jusqu’à ce que la direction de l’INSEE, ce qui est un fait rare, sorte de sa réserve pour dire que vous aviez, vous-même, mal lu le rapport de l’INSEE en 2005. Convenez-vous, ce matin de votre erreur de formulation ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, on fait dire aux statistiques, aux tableaux statistiques qui ont été publiés, tout ce que l’on veut. Je vous invite, Jean-Michel APHATIE, à vous reporter à ce tableau, si vous trouvez la vérité, je vous tire mon chapeau.
 
JEAN-MICHEL APHATIE C’est dur avec les chiffres ce matin.
 
CLAUDE GUEANT Mais ce que je voudrais dire, que ce qui est important, là-dedans, c’est le fait qu’il est écrit par l’INSEE dans ce même rapport, que les enfants de personnes immigrées, sortent deux fois plus souvent de l’appareil scolaire sans qualification. Et c’est ça, qui est important, ce n’est pas le détail des statistiques. Et c’est quelque chose qui interpelle, parce que c’est un signe d’échec, de notre système d’intégration. Evidemment je ne stigmatise pas les enfants, ni les enseignants, mais je dis que les enfants d’immigrés, doivent être scolarisés de telle façon qu’ils réussissent. Et il nous appartient de faire en sorte qu’ils réussissent, ils y ont droit.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Nous avons lu cette phrase étonnante dans LE FIGARO d’hier, et vous avez dû les lire aussi, Claude GUEANT. Martine AUBRY est confrontée à la rumeur sur sa santé personnelle, des rumeurs colportées par des responsables de l’UMP pense-t-on dans l’entourage de la maire de Lille. La première secrétaire, c’est toujours dans LE FIGARO que l’on lit cela, a identifié deux proches de l’Elysée, elle assure avoir des témoignages les impliquant, elle est prête à porter plainte. Avez-vous des informations là-dessus ?
 
CLAUDE GUEANT Je n’ai strictement aucune information, là-dessus…
 
JEAN-MICHEL APHATIE C’est une campagne de boule puante qui nous attend l’année prochaine ?
 
CLAUDE GUEANT J’espère que non. J’espère que nous aurons une vraie campagne, avec un vrai débat politique sur les options d’avenir, pour notre pays.
 
JEAN-MICHEL APHATIE En général, on soupçonne souvent le ministère de l’Intérieur d’être à l’origine de ceci ou de cela, vous veillerez à ce que ça ne soit pas le cas Claude GUEANT ?
 
CLAUDE GUEANT Absolument, le ministère de l’Intérieur est absolument républicain et son ministre est le premier des républicains du ministère.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Claude GUEANT, ministre de l’Intérieur était l’invité de RTL ce matin. Bonne journée !
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 5 août 2011

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