Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à RTL le 29 juillet 2011, sur la sécurité routière, l'enquête à propos du crash du vol Rio Paris et le plan de lutte contre les algues vertes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à RTL le 29 juillet 2011, sur la sécurité routière, l'enquête à propos du crash du vol Rio Paris et le plan de lutte contre les algues vertes.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, CORBE Philippe.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement;

ti : PHILIPPE CORBÉ Bonjour Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Bonjour.
 
PHILIPPE CORBÉ Nous y sommes, c’est ce week-end ce que nous appelons, nous journalistes parfois sans beaucoup de vocabulaire, le traditionnel chassé-croisé des juilletistes et des aoûtiens.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On dit pareil !
 
PHILIPPE CORBÉ Vous dites pareil ! Il faudrait trouver une autre expression. D’abord la route : quels conseils vous pouvez donner pour les millions de Français qui vont prendre la route ce week-end ? Peut-être de partir lundi justement ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Écoutez, le conseil que je pourrais donner c’est de partir aujourd'hui.
 
PHILIPPE CORBÉ Aujourd'hui ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ou de partir lundi.
 
PHILIPPE CORBÉ Pas samedi, pas dimanche.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET En fait, bon, pour les départs c’est vraiment samedi le jour le plus difficile. Pour les retours, ce n’est pas très bon non plus mais ça commence à se remplir dès aujourd'hui et ça continue dimanche. Après, chacun fait comme il peut aussi et s’il faut absolument partir dans ce créneau-là, naturellement des conseils de plus grande prudence notamment par rapport à la somnolence. Je fais un déplacement cet après-midi avec Thierry MARIANI sur une aire d’autoroute sur laquelle on a fait tout un travail autour de la somnolence. Quand on commence à être fatigué, il faut une petite sieste de vingt minutes ; même une petite sieste de vingt minutes, ça peut changer les choses.
 
PHILIPPE CORBÉ Justement la tendance des chiffres de la mortalité sur la route est très mauvaise ces derniers mois. Est-ce qu’il y a un relâchement général de nos comportements ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Vous savez, c’est malheureux à dire mais c’est des sujets sur lesquels, quand on n’en parle beaucoup ça se relâche très vite.
 
PHILIPPE CORBÉ Et donc là, le fait d’en parler c’est important ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ah ! Je crois que le fait d’en parler c’est très important. Parce qu’il faut que chacun soit bien conscient que ça peut arriver à soi, qu’on est concerné. On est concernés à travers ses propres gestes, on est concernés à travers le geste des autres donc on est tous liés par ce sujet. Je crois que la moitié des personnes qui ont eu un accident n’était en rien responsable : on est liés par l’attitude des autres et c’est un sujet qu’il faut qu’on parle en société. C’est vraiment la manière la plus bête de mourir.
 
PHILIPPE CORBÉ Est-ce que le fait que les députés UMP, contre l’avis du gouvernement il y a quelques mois, aient obtenu un assouplissement du permis à points a donné un signal négatif ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non. Je crois qu’il y a régulièrement des débats sur la bonne manière de faire. On peut avoir ces débats à l’infini. Ce qui est très important c’est qu’on en parle, qu’on ne considère pas que c’est une fatalité. En France pendant des années – souvenez-vous des années 70- 80 – on considérait que c’était une fatalité, que c’était une espèce de non sujet et on est devenu un des pays recordman de l’accident bête. Maintenant c’est une tendance qui s’est inversée même si de temps en temps ça repart à la hausse. C’est une tendance qui s’est inversée, c’est un sujet dont on parle. On a régulièrement des campagnes chocs. Il y a eu des moments où elles ont fait scandale, ces campagnes : on discutait sur l’opportunité d’avoir des campagnes pareilles. Je crois qu’au contraire, c’est vraiment des sujets sur lesquels il ne faut pas se relâcher.
 
PHILIPPE CORBÉ On a beaucoup parlé ces derniers mois des détecteurs de radars. Hier l’État et les constructeurs d’appareils ont signé un protocole d’accord ; c'est-à-dire qu’ils n’informeront plus sur les radars mais sur des zones dangereuses assez vagues. C’est ça ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui mais ce n’est pas rien. Pardon ! Vous avez l’air de dire que c’est juste un glissement sémantique : c’est tout le contraire. Informer sur les radars, c’est donner le moyen de tricher en fait, ralentir et ré-accélérer derrière.
 
PHILIPPE CORBÉ C’est donner une information au conducteur.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, d’accord, mais enfin avec les risques justement en matière de sécurité qu’il y a à ralentir et à ré-accélérer derrière et à mettre de son attention sur la question de savoir précisément où est le radar. En revanche, dire où est la zone de danger, c’est précisément ce qu’on souhaite avec les radars. C’est par là que ça se passe alors évidemment, on a peur parce qu’il y a un radar mais on a peur parce que c’est la zone de danger. En tout cas, dans tous les cas on fait attention dans une zone et c’est bon pour la sécurité routière.
 
PHILIPPE CORBÉ Beaucoup de monde sur la route, beaucoup de monde dans les gares ; pas de perturbations particulières à attendre ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non. On est très attentifs…
 
PHILIPPE CORBÉ Parce qu’à Noël dernier il y avait eu un gros bordel – bon ! il n’y aura pas de neige cette fois-ci ! – mais il y avait eu un gros bordel à Noël dernier.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Écoutez, on est très attentifs dans les gares. D’ailleurs la ponctualité des TGV au mois de juillet – je le dis en réponse à ce que vous venez de dire – a été bien meilleure. On a 2 000 TGV ce week-end, plus d’un million de personnes qui sont attendues dans les gares. La fréquentation du train cet été en France a été très bonne. Les Français, je crois, retrouvent le goût de passer les vacances en France et ça s’accompagne du goût du train et c’est une très bonne nouvelle. Puis c’est un week-end de forte mobilisation des agents ; vous retrouverez encore une fois les gilets rouges dans les gares, avec toutes sortes de services notamment à l’attention des enfants pour pouvoir attendre tranquillement.
 
PHILIPPE CORBÉ Beaucoup de monde aussi dans les aéroports : il y a un préavis de grève à l’appel de syndicats minoritaires de pilotes. Pas de perturbations ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Attendez, je voudrais retourner ce que vous dites : il y a eu des annonces de très grands préavis.
 
PHILIPPE CORBÉ Qui ont été levés.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Un préavis des PNC, de tous les PNC.
 
PHILIPPE CORBÉ Les personnels navigants.
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Un préavis des pilotes du 5 au 8 août : grâce à la négociation, grâce à la responsabilité des uns et des autres, ces préavis ont pu être levés. Il reste quelques préavis résiduels, on attend éventuellement un peu de perturbations mais pas d’annulations sur les vols AIR FRANCE.
 
PHILIPPE CORBÉ Le Bureau Enquêtes Analyses doit rendre aujourd'hui un nouveau rapport sur le crash du Rio-Paris et dévoiler le scénario de la catastrophe du vol AIR FRANCE. Selon Le Figaro ce matin, ce rapport accuse les pilotes d’AIR FRANCE et pointe les erreurs successives d’un des copilotes. Est-ce que c’est exact ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Écoutez, moi je n’aime pas le vocabulaire qui est utilisé sur ce sujet. PHILIPPE CORBÉ Par Le Figaro ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Un rapport du BEA, du Bureau Enquêtes Analyses, n’a pas à pointer et il ne le fait pas, ni des accusations, ni même des responsabilités : ça, c’est le rôle de la justice. Le BEA établit des faits.
 
PHILIPPE CORBÉ Invités du vendredi 29 juillet 2011 Département Veille et Ressources d’informations – 01.42.75.54.58 5 Mais il y a bien la responsabilité d’un des copilotes qui est particulière ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Le BEA établit des faits, il ne pointe pas des responsabilités. Sur la base de ces faits, il fait des recommandations. Moi je souhaite que les autorités internationales de sécurité aérienne puissent examiner sans délai les recommandations du BEA. La responsabilité des uns et des autres, c’est un sujet judiciaire : ça n’est pas le rôle des enquêteurs du BEA.
 
PHILIPPE CORBÉ Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, vous avez évidemment en charge dans votre portefeuille l’écologie et on s’interroge beaucoup ces derniers jours sur la mort de sangliers dans la baie de Saint-Brieuc : on en est à 35 cadavres depuis début juillet et beaucoup de gens soupçonnent les algues vertes d’être à l’origine de ces morts.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Alors j’ai demandé des analyses très précises parce qu’en fait, on ne connaît pas aujourd'hui les raisons de la mort des sangliers. Vous le dites : certains soupçonnent les algues vertes, il y a aussi des bruits qui ont couru sur les possibilités d’empoisonnement. Des analyses sont en cours sur la possibilité que ce soit lié donc à l’hydrogène sulfuré de la décomposition des algues vertes mais aussi sur la toxicologie, sur les tissus, et elles seront connues en milieu de semaine prochaine. Donc dans l’attente, je crois qu’il faut garder de la réserve sur le sujet. En revanche là où on n’attend pas, c’est sur le plan de réduction des rejets dans le plan algues vertes qui avait été annoncé par le Premier ministre il y a deux ans. Les gens disent : « Alors ça se passe quand ».
 
PHILIPPE CORBÉI l disait que c’était une priorité il y a deux ans, il y a un cheval qui était mort.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, mais c’est en cours. Ce que je veux dire, c’est que ça prend des années. Je vous donne un exemple.
 
PHILIPPE CORBÉ Allez-y.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Dans la baie de Saint-Brieuc, il y a un projet de territoire. En fait le problème de la Bretagne, c’est vrai qu’il y a beaucoup, beaucoup d’élevages, de productions, de capacités de nitrates.
 
PHILIPPE CORBÉ Beaucoup de production de porcs, voilà.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et de l’autre côté, des petites baies très fermées dans lesquelles comme il y a concentration de nitrates avec en plus – alors s’il y a du soleil ou une élévation de températures, les algues viennent. Donc dans le plan algues vertes, il y a huit baies sur lesquelles il y a un travail particulier qui est fait, notamment la baie de Saint-Brieuc. Dans la baie de Saint- Brieuc, tous les acteurs ont travaillé ensemble : ils vont signer leur projet de territoire en septembre. Vous me direz que c’est tard, mais oui : mais ça prend du temps et ça se fait. Dans le projet de territoire, vous avez réduction de 2 300 tonnes d’azote, vous avez un certain nombre de conversions en agriculture biologique – une trentaine, de mémoire – vous avez aussi la conversion d’un certain nombre de fermes dans un système moins producteur de nitrates qu’on appelle le système Pochon. Donc vous avez toute une mobilisation qui va porter ses fruits. Il y a une baie sur laquelle c’est déjà en oeuvre depuis une année, c’est la baie de Lannion.
 
PHILIPPE CORBÉ Il y a moins d’algues ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Eh bien il y a moins d’algues et je signale que cette année, c’est vrai qu’il y a globalement une augmentation du nombre d’algues relevée, mais en fait il y a une baisse en Côte d’Armor et une augmentation dans le Finistère, donc c’est un tout petit peu plus compliqué que ça. Franchement, les uns et les autres, tous les partenaires là-dessus, sont aux avant-postes pour résoudre le problème mais ça ne se résout pas en un claquement de doigts, c’est sûr. C’est progressivement le système agricole qu’il faut faire évoluer : vous savez bien que c’est compliqué.
 
PHILIPPE CORBÉ Je le sais très bien, il y a des algues en face de chez moi. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET était l’invitée de RTL ce matin. Bonne journée.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 2 août 2011

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