Interview de M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement, à Radio France international (RFI) le 3 août 2011, sur la polémique au sujet des restrictions budgétaires affectant l'hébergement d'urgence en Ile-de-France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement, à Radio France international (RFI) le 3 août 2011, sur la polémique au sujet des restrictions budgétaires affectant l'hébergement d'urgence en Ile-de-France.

Personnalité, fonction : APPARU Benoist.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au logement

ti : ANNE CORPET Benoist APPARU, bonjour.
 
BENOIST APPARU Bonjour.
 
ANNE CORPET Dans un mouvement inédit, les professionnels de l’urgence sociale étaient en grève ce mardi, ils protestent contre les restrictions budgétaires prévues par l’Etat, les crédits de l’association ont en effet été ramenés de 110 millions d’euros en 2010 à 90 cette année. C’est un choix politique ?
 
BENOIST APPARU Ce n’est absolument pas un choix politique. 1°) : l es crédits du SAMU social ne baisseront que pour l’hôtel, le SAMU social, vous le savez, a plusieurs missions, il gère le 115, il gère les structures d’hébergement, il gère des maraudes, et il gère des hôtels. On ne touchera que la partie hôtels. Et pourquoi on le fait, non pas pour faire plaisir et pour faire des restrictions budgétaires comme vous l’évoquiez. Mais parce qu’on va substituer à des places d’hôtel, des places de logement, et il me parait mille fois plus efficace de louer des logements dans le secteur privé, dans le parc privé, et de le donner à des associations pour qu’elles le gèrent, plutôt qu’avoir des places d’hôtel, et laisser des familles dans des hôtels.
 
ANNE CORPET Alors, les associations applaudissent ce principe, que vous défendez du logement d’abord, mais elles disent : le gouvernement met la charrue avant les boeufs en commençant à supprimer ces places d’hôtel sans que suffisamment de logements soient disponibles.
 
BENOIST APPARU Mais pour l’instant, je mettrais quiconque au défi de me dire qu’on a fermé les chambres d’hôtel, ce n’est pas le cas, à l’heure où nous parlons, il y a autant de chambres d’hôtel que l’année dernière en Ile-de- France. Ça n’a pas bougé pour l’instant, il n’y a eu aucune suppression. Et bien évidemment, dans la logique du logement d’abord, que j’évoquais, et on ne parle, là, bien évidemment, que d’un petit axe du logement d’abord avec cette histoire de substitution de places de logement en chambres d’hôtel, notre idée, clairement, c’est de dire : on prend d’abord les logements, et ensuite, on ferme les chambres d’hôtel, pas dans l’autre sens, ça va de soi.
 
ANNE CORPET En attendant, les demandes d’hébergement d’urgence continuent de progresser, il faudrait donc en fait augmenter le nombre de chambres d’hôtel, le nombre de places en centre d’hébergement d’urgence ou même le nombre de logements ?
 
BENOIST APPARU Mais vous savez, pour faire face à la demande d’hébergement, qui est importante, et pour faire face à ces familles, à ces personnes qui vivent à la rue, et qui appellent le 115, pour faire face à leurs demandes, il y a deux solutions, soit, on augmente le nombre de places d’hébergement, c’est d’ailleurs ce que nous avons fait les années passées, puisqu’on est quand même passé, je vous le rappelle, entre 2007 et aujourd’hui, de 90.000 places d’hébergement à 115.000. On peut continuer dans cette direction-là. Il nous parait, nous, plus efficace de sortir des personnes de l’hébergement vers le logement, ce qui libérera tout autant de places d’hébergement, mais là, nous aurons fait deux choses, nous aurons libéré des places d’hébergement pour ceux qui en ont vraiment besoin, et pour ceux qui sont en hébergement alors qu’ils seraient beaucoup mieux en logement, on aura répondu à leurs demandes. Cette stratégie-là est partagée par l’ensemble du monde associatif, même si, bien évidemment, elle est toujours complexe à mettre en oeuvre.
 
ANNE CORPET Et pour ceux qui sont à la rue, pour ces familles qui campent depuis la mi-juillet dans un square proche de votre ministère, pour celles qui occupent les urgences des hôpitaux ?
 
BENOIST APPARU Pour les familles qui occupent, comme vous dites, les hôpitaux, je voudrais rappeler la réalité quand même, on a eu effectivement quatre familles par jour, ce n’est pas non plus des centaines de familles, qui ont été envoyées aux urgences. C’est quatre de trop, mais je voudrais là encore relativiser un tout petit peu la réalité des chiffres. Pour ces familles-là, j’ai bien évidemment réuni l’ensemble des préfets d’Ile-de- France, j’ai évidemment vu le SAMU social et eu des contacts avec l’Assistance Publique et les Hôpitaux de Paris, pour qu’on se réorganise et que dès qu’une famille se présente aux urgences, bien évidemment, elle soit immédiatement renvoyée vers le SAMU social, pour qu’on lui trouve une place d’hébergement, une place d’hôtel ou dans un centre d’hébergement.
 
ANNE CORPET Mais ces places manquent, selon une étude qui a été réalisée à la fin du mois de juillet, sur une seule journée, au total, 576 familles avec enfants ont été refusées, faute de places.
 
BENOIST APPARU C’est effectivement une étude qui a été menée par une association, je ne veux surtout pas remettre en cause la véracité des données de cette association, je n’ai pas, pour ce qui me concerne, les mêmes chiffres, mais peu importe, on ne va pas partir sur une querelle de chiffres. Je ne suis pas en train de vous dire que tout est parfait qu’on a zéro problème, je ne suis pas en train de vous dire que tout est merveilleux dans le meilleur des mondes, et qu’on n’a aucun problème de logements ou d’hébergements en France, on a 115.000 places d’hébergement occupées tous les soirs. Et effectivement, il nous arrive, certains soirs, d’avoir des difficultés pour gérer tout le monde…
 
ANNE CORPET Oui, puisque la Fondation ABBE PIERRE chiffre à 133.000 le nombre de sans-abri.
 
BENOIST APPARU C’est effectivement le nombre de 133.000 le nombre de sans-abri, on a 115.000 places, et malheureusement, un certain nombre seront à la rue. J’attire votre attention sur deux points. 1°) : une vraie difficulté, il faut bien mesurer la difficulté que vous avez quand vous avez des publics qui ont passé cinq ans, dix ans, quinze ans à la rue, quand un homme ou une femme a passé autant de temps à la rue, il est complètement cassé par la vie, et ce n’est pas en deux jours que vous allez le sortir de la rue et l’accompagner dans un hébergement ou dans un logement. C’est un travail très difficile évidemment à réaliser. Et c’est ça le principe et l’enjeu que nous avons. Et puis, attirer votre attention sur un second point, là encore, 115.000 places d’hébergement, c’est un effort massif, qui est fait par l’Etat, mais au-delà de cet effort massif qui est fait par l’Etat, nous avons besoin de retrouver de la fluidité dans le dispositif d’hébergement. Lorsque vous interrogez le 115 de Paris, que vous passez un coup de téléphone, est-ce que vous avez une place disponible, est-ce qu’on est certain que le 115 de Paris a de la visibilité sur 100% des places qui existent dans le parc parisien, eh bien, la réponse est non…
 
ANNE CORPET Enfin, même si ce n’est pas le cas, il y a un manque de places de toute façon, non ?
 
BENOIST APPARU Là encore, je vous le répète, il y a sûrement un manque de places, mais quelle est la meilleure politique, créer sans cesse des places d’hébergement et maintenir les gens dans l’hébergement ou remettre de la fluidité dans l’hébergement en sortant des personnes vers le logement. Quand vous sortez une personne d’une place d’hébergement vers le logement, eh bien, ça fait une place d’hébergement qui se libère.
 
ANNE CORPET Et pour ces personnes les plus exclues dont vous parliez, celles qui ont besoin d’accompagnements médicaux, psychologiques, est-ce que ce n’est pas prendre le risque de les marginaliser encore un peu plus, d’engendrer à terme un coût plus lourd pour la société que de ne pas avoir d’espaces pour les accueillir ?
 
BENOIST APPARU Je ne crois pas avoir dit qu’on allait supprimer les 115.000 places d’hébergement, personne n’a jamais dit qu’on allait substituer toutes les places d’hébergement par des places de logement. On est stupide, mais pas jusque-là…
 
ANNE CORPET Il en manque de toute façon…
 
BENOIST APPARU Et on mesure bien que, effectivement, pour une personne qui est cassée par la vie, cassée par la rue, addicte, il faut un accompagnement social dans des structures spécialisées, un accompagnement sanitaire, un accompagnement évidemment, en terme de politique d’addictologie, et pour ça, il faut des centres spécialisés qu’on va évidemment maintenir. Ce qu’on veut, c’est avoir une réponse adaptée à chaque personne.
 
ANNE CORPET Est-ce qu’on a les moyens d’avoir des réponses adaptées à chaque personne ?
 
BENOIST APPARU Nous avons évidemment les moyens d’avoir une réponse adaptée à chaque personne, le budget du ministère du Logement pour ces questions-là est en constante augmentation de plus de 10% par an, depuis quatre ans. On a 65% d’augmentation de ce budget sur l’Ile-de- France, 30% France entière, oui, on a les moyens de le faire.
 
ANNE CORPET Christine BOUTIN déclare dans une interview au site du JOURNAL DU DIMANCHE, dans les choix budgétaires qui ont été pris, la question de l’hébergement d’urgence ne figure pas, ce que je regrette, et elle ajoute : je suis désolée de voir que notre société ne favorise pas les plus fragiles. Que lui répondez-vous ?
 
BENOIST APPARU Ecoutez, je ne vais pas polémiquer avec Christine BOUTIN, qu’elle regarde les chiffres et elle verra que les budgets sont en constante augmentation depuis 2007, y compris à l’époque où elle gérait ce ministère-là.
 
ANNE CORPET En constante augmentation, mais sans suivre le nombre de personnes à la rue qui, lui aussi, est en constante augmentation.
 
BENOIST APPARU Sauf que ça, malheureusement, il est toujours difficile de le mesurer, notre logique, là encore, n’est pas d’augmenter ad vitam aeternam le nombre de places d’hébergement, ce n’est pas la solution.
 
ANNE CORPET Où vont dormir ce soir les familles qui campent depuis la mi-juillet dans un square, près de votre ministère ?
 
BENOIST APPARU Eh bien, ces familles-là qui campent square Boucicaut, à côté effectivement du ministère sont, comme on dit entre guillemets, dans une grève ou dans une contestation, et font ce choix-là, je le regrette, ces familles-là…
 
ANNE CORPET Elles font le choix d’être dans un square…
 
BENOIST APPARU Ces familles-là, bien évidemment, si elles demandent à être accueillies au 115 seront accueillies au 115, ça va de soi.
 
ANNE CORPET Benoist APPARU, je vous remercie.
 
BENOIST APPARU Merci à vous.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 4 août 2011

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