Tribune conjointe de MM. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, et Kevin Rudd, ministre australien des affaires étrangères, publiée dans le quotidien australien "The Australian" le 11 septembre 2011, sur les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune conjointe de MM. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, et Kevin Rudd, ministre australien des affaires étrangères, publiée dans le quotidien australien "The Australian" le 11 septembre 2011, sur les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes

ti : Le 11 septembre est à jamais marqué du sceau de l’infamie dans notre mémoire collective.

Il y a dix ans, près de 3 000 personnes ont péri aux États-Unis, innocentes victimes d’un message de haine pervers. De nombreuses autres ont subi des blessures et des pertes matérielles. En cet anniversaire fatidique, toutes nos pensées vont d’abord à ces personnes et à leurs êtres chers, ainsi qu’à toutes les victimes du terrorisme dans le monde entier.

Le 11 septembre a radicalement modifié notre vision du terrorisme en tant que menace pour notre sécurité.

L’inventivité perverse des terroristes pour exploiter les libertés qui nous définissent a lancé un terrible défi à nos sociétés ouvertes - défi qui exige des efforts et une vigilance sans précédent, sans pour autant compromettre les libertés que nous tenons pour acquises.

Les attentats du 11 septembre et le message haineux de leurs auteurs en ont également incité d’autres à prendre nos ressortissants pour cibles dans le monde entier, que ce soit à Bali ou au Sahel.

L’Australie et la France, de concert avec les États-Unis et leurs autres amis ou partenaires, ont réagi promptement et résolument afin de contrer le fléau du terrorisme, tant au niveau national qu’international.

Nous nous sommes employés à œuvrer avec nos partenaires internationaux afin d’analyser et d’isoler les menaces. Nous avons renforcé notre coopération, en fixant des priorités communes, en échangeant des informations et, au besoin, en agissant résolument ensemble. Nous avons mobilisé des ressources pour remédier aux lacunes existant dans nos moyens internationaux de lutte contre le terrorisme et ceux de nos partenaires, en renforçant nos capacités individuelles et collectives à reconnaître les probables auteurs d’actes de terrorisme et à réagir aux attentats.

Nos forces de police et de sécurité sont mieux informées et mieux préparées pour déjouer les attentats. Nos cadres juridiques et de gouvernance sont plus robustes et transparents. Nos procureurs, juges et tribunaux sont mieux formés pour faire face à ce crime haineux qu’est le terrorisme. Les griefs susceptibles de favoriser le recrutement ont été identifiés.

En conséquence, nous avons engrangé des succès notables, en collaborant avec des partenaires déterminés comme l’Indonésie, afin de renforcer les capacités et de les utiliser pour démanteler les réseaux terroristes.

L’Australie et la France ont combattu côte à côte, avec des pays partageant les mêmes idées, afin d’empêcher les terroristes de trouver refuge en Afghanistan pour y concevoir des actes terroristes internationaux et opprimer le peuple afghan.

L’élimination d’Oussama Ben Laden a été un coup majeur porté au terrorisme. Avec d’autres opérations récemment réussies contre les sbires de Ben Laden, elle a considérablement réduit la structure organisationnelle d’Al Qaïda, de même que sa capacité à préparer de grands attentats et à influencer les réseaux terroristes qui s’étaient unis autour de cette organisation.

Mais nous ne pouvons baisser notre garde.

Al Qaïda demeure une grave menace, évoluant et s’adaptant afin d’exploiter au mieux les possibilités d’organiser des attentats violents et mortels. L’élimination de la structure de direction d’Al Qaïda et l’érosion de son rôle en tant que centre de coordination ne nous mettent pas à l’abri des effets de la créativité cruelle et meurtrière d’individus isolés ou de cellules indépendantes.

Nous avons également affaire à des organisations qui, tout en n’adhérant pas aux objectifs d’ensemble d’Al Qaïda, cherchent à s’implanter et à étendre leurs activités dans des régions de conflit et d’instabilité, de même qu’à prendre les pays occidentaux pour cibles. C’est ce que nous affrontons au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, au Yémen et dans certaines parties d’Asie méridionale. Nous sommes résolus à enrayer ces menaces et à veiller à ce qu’elles n’apparaissent pas ailleurs.

Outre ces menaces, les risques proviennent de plus en plus d’individus « issus de chez nous » et « auto-radicalisés », qui sont dispersés, sans affiliations, largement invisibles pour les services de renseignement et les services répressifs, et qui trouvent souvent une motivation et une stimulation par le canal d’Internet. Détecter et dissuader de tels individus représente un défi de taille que nous n’avons pas d’autre choix que de relever par tous les moyens à notre disposition.

Bien que la menace terroriste perdure, il importe de se souvenir qu’aucun auteur d’atrocités terroristes n’a jamais réussi dans ses objectifs proclamés, que ce soit les auteurs de l’attentat du 11 septembre, ceux de l’attentat à la bombe de Bali, ou le récent tueur solitaire d’Oslo. Aucun n’est parvenu à affaiblir les fondements de nos sociétés libérales, tolérantes et ouvertes.

Le nihilisme moral des groupes terroristes contraste fortement avec le « pouvoir du peuple » que nous constatons en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, où des individus sont descendus pacifiquement dans la rue pour exiger la dignité, la liberté et leurs droits de l’homme.

Ils ont systématiquement refusé de recourir à la violence terroriste pour faire aboutir leurs revendications. Dix ans après le 11 septembre, leur exigence de démocratie, de paix et de liberté est la réponse la plus convaincante que nous puissions imaginer à l’appel des terroristes à la violence.

De même que nous nous souviendrons toujours du 11 septembre comme d’un jour de terreur, nous chérirons les aspirations du Printemps arabe comme celles d’un temps riche d’espoir.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 septembre 2011

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