Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à France Inter le 3 octobre 2011, sur le choix de Jean-Louis Borloo de ne pas se présenter à l'élection présidentielle de 2012, le Front national, les péages d'autoroutes et la nomination d'un nouveau PDG à la direction d'Air France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à France Inter le 3 octobre 2011, sur le choix de Jean-Louis Borloo de ne pas se présenter à l'élection présidentielle de 2012, le Front national, les péages d'autoroutes et la nomination d'un nouveau PDG à la direction d'Air France.

Personnalité, fonction : MARIANI Thierry, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : PATRICK COHEN  Bonjour, Thierry MARIANI. 
 
THIERRY MARIANI  Bonjour. 
 
PATRICK COHEN  Avez-vous compris les raisons du renoncement de Jean-Louis  BORLOO ? 
 
THIERRY MARIANI  Oui, je pense que c’est principalement la cohérence de son choix  et puis Jean-Louis BORLOO est fidèle, j’allais dire à sa carrière. Depuis  ces 4 dernières années, Jean-Louis BORLOO a été membre du  gouvernement de Nicolas SARKOZY. 
 
PATRICK COHEN  Il ne l’est plus depuis un an. 
 
THIERRY MARIANI  Oui, mais il a été associé étroitement à tous les choix. Je trouve  qu’il ne se présente pas, c’est finalement une décision, comme il l’a dit,  qui évite la confusion, et en tout cas qui est cohérente avec son parcours. 
 
PATRICK COHEN  C’est une bonne nouvelle pour Nicolas SARKOZY ? 
 
THIERRY MARIANI  C’est une bonne nouvelle pour la majorité, parce que dans  quelques mois, on aura une gauche qui est alliée, alors que finalement, ils  ne sont d’accord sur pas grand-chose. Ce serait stupide que la droite, qui  est d’accord sur l’essentiel, se retrouve divisée. 
 
PATRICK COHEN  Vous oubliez Hervé MORIN, en embuscade, François BAYROU  évidemment. La bonne nouvelle, c’est peut-être d’abord pour eux, non ? 
 
THIERRY MARIANI  Ecoutez, la bonne nouvelle, c’est que le camp de la majorité se  rassemble, que Jean-Louis BORLOO qui est une personnalité qui a  compté et qui comptera à l’avenir, ne se présente pas. Et je suis  persuad酠
 
PATRICK COHEN  Il n’a pas dit qu’il ferait campagne pour Nicolas SARKOZY, ni  même qu’il le soutiendrait encore ! 
 
THIERRY MARIANI  Mais je suis persuadé que dans quelques mois, son choix sera  encore plus clair. 
 
PATRICK COHEN  Alors c’était une surprise complète, pour ses proches. On a  entendu tout à l’heure, Jean-Christophe LAGARDE qui était notre invité à  8 heures moins 10. Pouvez-vous imaginer Thierry MARIANI, une autre  surprise : Nicolas SARKOZY venant à la télévision pour dire : écoutez, il  n’y a pas de dynamique autour de moi, ma candidature apporterait plus de  confusion que de solution et je renonce ? 
 
THIERRY MARIANI  Je ne l’envisage absolument pas, parce que je crois que Nicolas  SARKOZY depuis ces 4 dernières années, a entamé une réforme de la  France qui était indispensable, qui est difficile, qui est par moment mal  comprise, mais qui change radicalement notre pays et que cette réforme a  besoin d’être continuée. Et aujourd’hui, Nicolas SARKOZY reste sans  aucun doute le meilleur candidat de la majorité. 
 
PATRICK COHEN  Je ne sais pas si elle a besoin d’être continuée, mais en tout cas,  elle n’est pas comprise. 68 % des Français n’imaginent pas que Nicolas  SARKOZY puisse être réélus en 2012, sondage VIAVOICE, ce matin pour  LIBERATION ? 
 
THIERRY MARIANI  Ça prouve que cette campagne électorale doit nous donner  l’opportunité de faire un peu plus d’explications, et peut-être un peu moins  de réformes. Jamais ce pays n’a été autant réformé, par moment, on n’a  certainement pas pris assez de temps pour expliquer ce que nous avons  fait. 
 
PATRICK COHEN  Ca veut dire qu’elle doit démarrer vite ! Plus vite que prévu dans  votre camp, cette campagne ? 
 
THIERRY MARIANI  Non, ça veut dire qu’on a un président de la République qui doit  s’occuper de l’essentiel. Aujourd’hui l’essentiel, c’est la crise économique,  c’est l’euro qui risque de s’effondrer, c’est je constate la France, qui prend  l’initiative avec l’Allemagne. C’est Nicolas SARKOZY qui jusqu’à présent a  été l’un des leaders européens qui nous a évité une catastrophe.  L’essentiel, c’est ça ! Franchement, ce n’est pas de savoir tel ou tel  épisode de la vie politique. 
 
PATRICK COHEN  Le Front national et Marine LE PEN peuvent-ils menacer le  président sortant au premier tour ? 
 
THIERRY MARIANI  Je ne sais pas s’ils peuvent le menacer, mais en tout cas, ils ne  proposent rien pour la France. Je crois que dans cette crise, on voit tout  simplement que le Front national s’est d’entrée placé dans une solution  qui serait ruineuses pour la France, la sortie de l’euro. Et comme à son  habitude, le Front national s’indigne, joue avec la souffrance des Français,  mais ne propose aucune solution. Je prends un seul exemple, quand  Claude GUEANT, par exemple règle enfin le problème des prières de rue,  Marine LE PEN, le condamne. Où est finalement, j’allais dire, le plus que  pourrait proposer le Front national, aux Français ? Nulle part ! 
 
PATRICK COHEN  Et quand le Front national propose la fin de l’acquisition  automatique de la nationalité française à 18 ans, vous reprenez cette  proposition, vous droite populaire, dont vous êtes le co-fondateur, Thierry  MARIANI ? 
 
THIERRY MARIANI  Permettez quand même, un petit rappel historique, on ne reprend  rien du tout. Marine LE PEN n’a rien inventé, je vous rappelle que c’était  dans les lois jusqu’en 86. Donc permettez quand même à certains  députés d’avoir des convictions et de ne pas les avoir changées. Voilà ! Et  j’estime que demander à être Français et éviter d’être français  automatiquement, c’est aussi un choix qu’on peut participer sans être au  Front national. Pardonnez-moi, je le dis gentiment, mais je trouve  l’amalgame que vous venez de faire choquant. Parce que quand on est  sur un point d’accord avec le Front national, immédiatement on reprend  les idées du Front national ! Souvenez-vous quand même de cette  mesure de l’historique, c’était une mesure PASQUA. Voilà, que je sache.  Donc permettez à une certaine droite d’avoir des convictions, permettez à  cette droite de ne jamais avoir fait de compromis avec le Front national,  simplement, on a aussi des idées qu’on souhaite défendre. 
 
PATRICK COHEN  Alors des idées, lesquelles ? Par exemple, on vous avait proposé  un programme en 12 points, ces derniers jours. Quelles sont les  propositions qu’en priorité vous aimeriez voir reprendre par Nicolas  SARKOZY dans son programme présidentiel ? 
 
THIERRY MARIANI  Ecoutez, qu’avons-nous fait ? A l’UMP, le parti de la majorité, on  avait historiquement, j’allais dire, un courant d’idées centriste, un courant  d’idées radical, un courant d’idées chrétiennes démocrates, un courant  d’idées libérales. Et paradoxalement pas de courant d’idées à peu près  organisé de droite. C’est ce que nous essayons de faire, il ne s’agit pas de  faire un parti politique, il s’agit simplement de regrouper tous ceux qui… 
 
PATRICK COHEN  Même après la présidentielle de 2012 ? 
 
THIERRY MARIANI  Même après les présidentielles… 
 
PATRICK COHEN  Même s’il y a défaite de votre camp ? 
 
THIERRY MARIANI  Même s’il y a défaite de notre camp, vous savez, je répète, vous  serez probablement, à mon avis, certainement surpris, et puis, ce qui est  intéressant, c’est ce qui se passera jusqu’au 6 mai. Donc je disais, c’est  simplement regrouper dans un courant d’idée, tous ceux qui s’y  retrouvent, sans organisation, j’allais dire de mouvements structurés. 4  idées principales, d’abord la justice, nous avons fait une série de  propositions autour de la justice, qu’elle soit sociale, fiscale ou  régalienne… 
 
PATRICK COHEN  Oui, ce qui est intéressant, c’est que vous, vous prononcez par  exemple pour une tranche d’imposition supérieure à 45 % ? 
 
THIERRY MARIANI  C’est la position… 
 
PATRICK COHEN  Que le gouvernement refuse de faire. 
 
THIERRY MARIANI  Oui. Mais ces 80 propositions qui par moment peuvent être un peu  différentes de ce qu’a proposé le gouvernement, on est d’accord sur  l’essentiel, et puis c’est un débat au sein de la majorité. Voilà, je pense  qu’à la veille des présidentielles, chaque courant d’idées de la majorité,  présente des propositions, il y a un débat sur ces sujets. Je disais donc  des idées sur la justice, des idées sur la promotion des petites  entreprises, le respect des valeurs et puis aussi, des combats sur lesquels  on sera très présent, je constate que le Parti socialiste à peine après avoir  gagné le Sénat, annonce comme une mesure emblématique le droit de  vote pour les immigrés ou la légalisation du cannabis. Ce sont par  exemple deux mesures qu’on combattra résolument. 
 
PATRICK COHEN  Quelques questions, on y reviendra sans doute. Quelques  questions au ministre des Transports que vous êtes, Thierry MARIANI,  rapidement, avant la pause. Allez-vous accorder aux Sociétés  d’Autoroutes la nouvelle hausse des péages qu’elles réclament ? 
 
THIERRY MARIANI  C’est en discussion. A l’heure actuelle, c’est en discussion avec  Bercy. C’est un peu tôt pour vous répondre. Mais je suis conscient que  ces dernières années la hausse des péages a été réelle. 
 
PATRICK COHEN  Donc ? Il ne faut pas en rajouter ? 
 
THIERRY MARIANI  Donc à mon avis, il ne faut pas en rajouter. Mais je répète, c’est un  dossier qui se gère à Bercy, au ministère des Transports. 
 
PATRICK COHEN  Alors gérez-vous le dossier de la privatisation de 4 aéroports  régionaux, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Lyon. 
 
THIERRY MARIANI  Absolument. 
 
PATRICK COHEN  Est-ce que ça va se faire finalement ? 
 
THIERRY MARIANI  Ca ne se fera pas, contre l’avis des collectivités territoriales. 2 de  ces 4 collectivités, sont contre. 2 visiblement n’ont pas encore donné un  avis tranché, si 2 d’entre elles veulent aller jusqu’au bout, on pourra aller  jusqu’au bout. 
 
PATRICK COHEN  Donc c’est mal parti pour être fait avant la présidentielle ? 
 
THIERRY MARIANI  Il ne s’agit pas de passer en force, on a toujours été très clair là-dessus. 
 
PATRICK COHEN  D’accord ! Confirmez-vous, ce matin, Thierry MARIANI, la  prochaine nomination d’Alexandre de JUNIAC, l’ex-directeur de cabinet de  Christine LAGARDE, à la tête d’AIR FRANCE ? 
 
THIERRY MARIANI  Je ne confirme rien. Parce qu’AIR FRANCE est une société où la  part de l’Etat est environ de 16 % et c’est le conseil d’administration qui se  décidera. Vous auriez pu me poser une question sur certainement le  dossier en matière de transports qui sera le plus important de ces 10  dernières années. Savez-vous que cette semaine, nous avons signé pour  Lyon – Turin ? Le tunnel qui est attendu depuis des années, c’est 9  milliards de travaux. 9 milliards de travaux, plus que le tunnel sous la  Manche. C’est bizarre que ce dossier est passé un peu inaperçu… 
 
PATRICK COHEN  Mais ce n’était pas déjà sign酠
 
THIERRY MARIANI  Si c’était signé, mais il y avait un seul détail qui manquait, c’était  qui payait ? Et comment on payait ? Voilà ! 
 
PATRICK COHEN  Dans mon esprit c’était fait. D’accord, écoutez, c’est bon à savoir.  Pardon pour AIR FRANCE, les administrateurs d’Etat, auront à se  prononcer sur ce choix, très bientôt ? 
 
THIERRY MARIANI  Absolument ! Ils sont 3. 
 
PATRICK COHEN  Ils sont 3 et ils voteront pour Alexandre de JUNIAC ? 
 
THIERRY MARIANI  Ils sont 3 et ils voteront ce soir, voilà, quoi ! Je ne vais pas dévoiler  ici, le vote des administrateurs de l’Etat. 
 
PATRICK COHEN  Ecoutez ! 
 
THIERRY MARIANI  Non, mais attendez, sur AIR FRANCE, AIR FRANCE est  aujourd’hui, une société dans le secteur de la concurrence. Je répète,  l’Etat français a un peu moins de 16 %, l’Etat hollandais un peu moins de  16 % c'est-à-dire que AIR FRANCE KLM, a exactement 32 % de capitaux  publics. Voilà, je crois que ça mérite d’être rappelé. Aujourd’hui, AIR  FRANCE est une société aérienne comme les autres. 
 
PATRICK COHEN  De droits privés. Merci, Thierry MARIANI. 
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 7 octobre 2011

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