Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, sur la situation sociale à Mayotte et l'adoption de mesures pour lutter contre la vie chère, Mayotte le 14 octobre 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, sur la situation sociale à Mayotte et l'adoption de mesures pour lutter contre la vie chère, Mayotte le 14 octobre 2011.

Personnalité, fonction : PENCHARD Marie-Luce.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : Mesdames et Messieurs,
mes chers compatriotes,


Depuis 18 jours, Mayotte vit au rythme d’une mobilisation sur le thème de la vie chère.

Croyez bien, que je mesure les inquiétudes qui sont les vôtres. J’entends et je suis sensible aux attentes exprimées par toutes les mamans sur les prix des produits de première nécessité.

C’est vrai, je comprends les femmes mahoraises qui doivent déjà payer le taxi pour se rendre dans les magasins, qui voient le prix du riz, des mabawas et du gaz et qui se demandent comment elles vont faire à la fin du mois. J’ai bien conscience que le coût de la vie est au coeur de vos préoccupations.

Bien sûr, ce n’est pas l’Etat qui fixe les prix des mabawas. Dans aucun département français l’Etat n’a un tel pouvoir. Mais j’ai souhaité que l’Etat soit l’artisan du dialogue. C’est pourquoi, tous les jours, j’ai demandé au Préfet de multiplier les initiatives, les rencontres, les tables rondes, pour qu’on obtienne des résultats.

Depuis le début, j’ai suivi les négociations. Un accord était sur le point d’être trouvé. Il a été rejeté.

J’ai donc pris la décision de venir à Mayotte. Parce que j’ai toujours été là avec vous, dans les moments de joie comme dans les moments difficiles. Parce que, tout simplement, j’aime Mayotte.

Je suis venue parce que je comprends les attentes. Je les comprends mais je n’accepte pas toute la violence que connaît Mayotte depuis plusieurs jours. Je ne reconnais pas Mayotte dans cette violence.

Mayotte c’est la France. Comme partout en France, les gens ont le droit de manifester, de ne pas être d’accord. Mais dans le calme et la dignité.

J’en appelle aux mères de famille de Mayotte et je leur dis : protégez vos enfants, c’est la rentrée scolaire lundi, leur place est à l’école et pas dans la rue.

En disant cela, je pense à ce jeune garçon, gravement blessé en marge d’une manifestation, je pense à sa famille et à ses proches.

Et je veux dire aussi que ceux qui attisent le conflit et la violence portent une lourde responsabilité vis-à-vis des Mahorais. Ils ont fait beaucoup de mal à l’image de Mayotte et à la compréhension de la départementalisation par nos compatriotes de métropole.

Quand je vois des responsables de premier plan participer à la fermeture forcée des magasins, je ne peux pas comprendre cette attitude qui conduit aujourd’hui les mahorais à manquer de tout.

Je veux aussi vous dire qu’un conflit qui dure, c’est une économie qui souffre. Croyez-moi, la crise aux Antilles en 2009 c’est au bout du compte 3000 chômeurs supplémentaires.


Mesdames et Messieurs,
Vous avez massivement fait le choix de votre attachement à la République. Vous avez massivement fait le choix de la départementalisation.

Six mois après l’accession au statut de département, que vous avez tant attendu, la départementalisation ne doit pas être mise en danger.

Entre les Mahorais et la République, entre les Mahorais et ce Gouvernement, ce n’est pas qu’un pacte qui a été scellé, c’est une parole qui a été donnée.

Le Chef de l’Etat, Nicolas SARKOZY, avait pris un engagement, il a tenu parole :
Mayotte est devenu le 101ème département français le 31 mars dernier.

Depuis 2007 déjà, c’est votre vie quotidienne qui change. Nous avons mis en place la prestation pour la restauration scolaire, nous avons augmenté les aides pour les personnes âgées et les enfants handicapés. L’hôpital de Mamoudzou a été modernisé, un service des urgences a été créé. Le gouvernement consacre 140 millions d’euros pour construire de nouveaux collèges et lycées. Et nous avons permis l’arrivée des 9 chaînes de télévisions gratuites. Autant d’engagements, autant de promesses tenues.

Il reste beaucoup à faire, mais la voie est clairement tracée dans le pacte pour la départementalisation, pour mettre en oeuvre progressivement les mêmes droits que sur le territoire national.

La première des mesures, c’est la création du revenu de solidarité active, le RSA, qui entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2012.

Ce sera aussi pour les artisans, les commerçants et les agriculteurs la création d’un régime de retraite.

Je vous annonce aussi que j’ai obtenu que l’allocation de rentrée scolaire soit revalorisée dès 2012. En 4 ans, l’allocation versée par enfant scolarisé dans le primaire sera totalement alignée sur la métropole. Elle passera de 108 à 285 euros. C’est une mesure importante pour les familles mahoraises.

Je vous le dis, la mise en oeuvre de la départementalisation, c’est la meilleure garantie d’une progression de votre pouvoir d’achat.

Le Gouvernement ne pourra pas porter ce travail tout seul. Nous avons besoin de l’avis des syndicats. Et il faut aussi que le Conseil Général agisse. Ne perdons pas de temps. C’est pourquoi, j’ai convié aujourd’hui les syndicats à Paris pour une conférence exceptionnelle sur les droits sociaux à Mayotte.

Tout ça n’est possible que si l’espérance et la confiance reviennent à Mayotte.

Ceux qui, aujourd’hui, à l’approche d’échéances électorales, veulent vous faire croire que la départementalisation pourrait aller encore plus vite, ont pourtant voté à l’unanimité le 23 novembre dernier la transformation de Mayotte en Département, selon un calendrier progressif et adapté. Eux aussi, ils ont donné leur parole ! Et aujourd’hui ils vont faire croire qu’ils veulent aller plus vite. Comment les croire ?

Ce sont les mêmes qui, hier, vous promettaient à la veille des élections de faire de Mayotte un département et qui ne l’ont jamais fait parce qu’ils s’empressaient le lendemain de l’élection d’oublier leurs promesses !

Je rappelle que le pacte pour la départementalisation vous engage tous, nous engage tous : le Gouvernement a été clair, il a dit ce qu’il ferait et il le fait.

La vérité, c’est qu’aucun gouvernement n’a autant fait pour Mayotte. L’Etat consacre chaque année à Mayotte plus de 700 millions d’euros, et il a augmenté cet effort malgré la crise mondiale.

La vérité, c’est qu’avec Nicolas SARKOZY ce gouvernement sera toujours aux côtés de Mayotte et les Mahorais.

La vérité, c’est que nous avons dû nous mobiliser pour convaincre à Paris de transformer Mayotte en département : beaucoup nous disait que c’était trop tôt.
Nous avons pourtant fait la départementalisation, car nous croyons à la volonté de changement des Mahorais.

Mais nous sommes responsables et nous voulons préserver les équilibres économiques et sociaux de Mayotte. Nous croyons profondément au développement de Mayotte, aux hommes, aux femmes, surtout aux jeunes si nombreux de ce Territoire. Mayotte a des potentiels, il faut lui donner la possibilité de l’exploiter.

Non Mayotte n’est pas un département au rabais. Mais je me dois de vous dire la vérité, Mayotte ne se construira pas en un jour.


Mesdames et Messieurs,

Ce n’est pas de la départementalisation dont m’ont parlé aujourd’hui les femmes mahoraises que j’ai rencontrées, c’est du prix du riz et des mabawas, c’est de leurs difficultés à nourrir leur famille et à élever leurs enfants.

C’est de la vie chère dont m’ont parlé les syndicats et les associations que j’ai écoutés longuement cet après midi.

C’est du niveau des prix dont nous avons discuté avec les patrons de la distribution que j’ai mis autour de la table toute à l’heure : je leur ai dit, dans un esprit de dialogue bien entendu, mais fermement : "je peux comprendre vos contraintes, mais vous devez aussi comprendre vraiment ce que vivent les Mahorais" !

J’ai écouté longuement, très attentivement. C’est maintenant l’heure des décisions. C’est maintenant l’heure où chacun, je dis bien chacun, sans exception, doit prendre ses responsabilités.

L’Etat a des responsabilités et le Gouvernement les assumera. Aussi, voilà ce que je veux vous dire.

D’abord, je veux y voir clair en matière de prix. Je ne laisserai pas des abus intolérables peser sur le porte monnaie des Mahorais sans rien faire.

Je vous annonce que j’ai demandé une enquête sur les marges pratiquées à Mayotte. Sur la base de ses résultats, je veillerai personnellement à ce que des mesures soient prises et s’il le faut que des sanctions soient prononcées.

Je vous annonce ensuite que le Gouvernement a décidé de réglementer à Mayotte le prix du gaz, comme l’Etat le fait dans les autres DOM.

Enfin, Il faut le dire : les baisses de prix déjà consenties au cours de la négociation sur les produits de première nécessité sont une avancée réelle dont vont bénéficier tous les mahorais. C’est un premier pas vers une vie moins chère. C’est votre victoire.

Mais il y a une situation d’urgence pour les familles les plus modestes. C’est pourquoi, j’ai décidé, pour ces familles, de soutenir une baisse supplémentaire par rapport aux prix négociés sur les 10 produits alimentaires de première nécessité et sur le gaz.

Je vous annonce que les familles modestes qui gagnent moins de 600 euros par mois et qui sont inscrites à la CAF bénéficieront d’une réduction de 5€ par produit et par mois. Cela permettra aux familles concernées d’avoir une nouvelle baisse de prix pour l’achat de ces produits.

14000 foyers en bénéficieront, c’est-à-dire plus de 60000 personnes. Le système restera en vigueur jusqu’au versement des trois premiers mois du RSA en mars prochain.

Voilà l’apport de l’Etat. Le gouvernement prend ses responsabilités.

Au Conseil général, en charge de la protection sociale et de l’enfance de prendre les siennes. Il serait logique que le Conseil général prévoit par exemple une aide supplémentaire par enfant pour les familles nombreuses.

Alors que l’Etat apporte une réponse concrète, personne ne comprendrait que le Conseil général, qui trouve encore les moyens de recruter 33 personnes, ne soit pas en mesure lui aussi de financer des réductions supplémentaires pour les familles.

A l’issue de cette longue journée de travail et de dialogue, je crois pouvoir dire qu’avec ces propositions, les conditions sont réunies pour signer un accord et permettre que les familles bénéficient de ce dispositif dès le mois de novembre. Je demande donc au préfet de réunir dès demain les partenaires sociaux.

Voyez vous, Mesdames et messieurs, je ne suis pas venue à Mayotte pour prendre la place de quiconque autour de la table des négociations ou pour négocier à la place des Mahorais. Mais pour que l’Etat joue son rôle, comme il l’a toujours fait, pour décider au nom du Gouvernement et appeler chacun à agir de même et qu’ensemble, dans le dialogue, on obtienne des résultats.

Oui, je suis venue à Mayotte, Mesdames et messieurs, parce que l’histoire que nous avons commencé d’écrire ensemble, en faisant de Mayotte un département français à part entière, est une histoire de fierté, de confiance et de respect.

Prendre ses responsabilités, comme le Gouvernement le fait ce soir, c’est être au rendez-vous de cette histoire de la parole donnée. Et les Mahoraises et les Mahorais savent qu’ils me trouveront toujours à leurs côtés pour défendre une cause juste et pour construire avec eux un avenir meilleur.


Vive la République ! Vive la France ! Et vive Mayotte au coeur de la République française.


Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 17 octobre 2011

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