Entretien de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, avec Europe 1 le 21 octobre 2011, sur la mort de l'ex-dirigeant de la Libye, Mouammar Kadhafi, et la fin de l'opération militaire de l'OTAN en Libye. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, avec Europe 1 le 21 octobre 2011, sur la mort de l'ex-dirigeant de la Libye, Mouammar Kadhafi, et la fin de l'opération militaire de l'OTAN en Libye.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes

ti : Q - La guerre de Libye est-elle finie ?

R - Il appartient au Conseil national de transition de le dire ; aujourd’hui, ce sont les Libyens qui ont leur destin en main. Je pense cependant que l’opération militaire est terminée et que l’ensemble du territoire libyen est sous le contrôle du Conseil national de transition ; sous réserve de quelques mesures transitoires dans la semaine qui vient, l’opération de l’OTAN est arrivée à son terme.

Q - C’est-à-dire que l’OTAN va se retirer ou l’OTAN accompagnera au moins une partie de la transition ?

R - Cela se fera dans les quelques jours qui viennent ; ce n’est pas une question de mois. Je le répète, l’opération doit aujourd’hui s’achever puisque l’objectif qui était le nôtre, c’est-à-dire accompagner les forces du Conseil national de transition dans la libération de leur territoire, est maintenant atteint.

Q - Alain Juppé, la France est fière d’avoir contribué à la libération de la Libye avez-vous dit tout de suite. Qui a vraiment abattu Kadhafi parce que l’on parle d’un drone américain, ou de Mirages français comme le disait votre collègue Gérard Longuet ?

R - Vous savez, je n’aime pas parler sans savoir. Pour l’instant, les informations restent floues. Il y a eu une intervention de l’OTAN pour stopper une colonne de blindés qui quittait Syrte.

Cette intervention a-t-elle abouti à la mort de Kadhafi ? Il semble que non, mais qu’il ait été ensuite capturé par les forces du Conseil national de transition. Il faut attendre, je le répète, d’avoir des indications très précises sur la manière dont les choses se sont déroulées.

Q - Et exécuté par ceux qui l’avaient capturé ?

R - Notre but n’était pas de tuer Kadhafi. Quand je dis nous, je parle bien sûr de la coalition et de la France au sein de l’OTAN. Notre but était de le forcer à abandonner le pouvoir. Il appartenait ensuite au Conseil national de transition de le capturer et de le juger selon des modalités qu’il lui appartenait de définir.

Q - C’est donc un regret de la communauté internationale ou des Nations unies ?

R - On ne va pas verser des larmes sur Kadhafi. Vous connaissez son passé et le soutien qu’il a apporté à de nombreux attentats terroristes. Et puis surtout, il lui a été proposé, à de multiples reprises, de mettre un terme aux hostilités, y compris à Syrte.

Le Conseil national de transition a offert des conditions de reddition à ses derniers partisans. Ils se sont acharnés dans un combat qui ne pouvait aboutir.

Q - Et qui veillera à éviter les exécutions sommaires, la torture, les règlements de compte possibles entre vainqueurs et pro-kadhafistes ?

R - Nous faisons confiance au sens des responsabilités du Conseil national de transition, à son président Abdel Jalil et à son Premier ministre Jibril, qui sont des gens responsables. Nous allons bien sûr les accompagner dans cette nouvelle phase, la phase de reconstruction, voire de construction de la Libye qui s’ouvre maintenant. Il s’agit de construire un État de droit qui n’a jamais existé. Et grâce aux ressources libyennes qui sont importantes, il s’agit également de reconstruire économiquement le pays. C’est aux Libyens d’en décider, je le répète. Une Feuille de route politique a été proposée, avec l’adoption d’une nouvelle Constitution et des élections. Nous serons vigilants pour que tous ces engagements soient tenus, mais c’est aux Libyens de construire leur avenir.

Q - Nicolas Sarkozy et David Cameron ont eu avec vous un rôle militaire et humanitaire déterminant. Sentez-vous que vous avez une part de responsabilité dans la reconstruction matérielle et politique de la Libye ?

R - Bien sûr, nous avons aidé la Libye à se libérer et, maintenant, nous devons l’aider à se reconstruire. C’est notre intérêt à nous aussi parce que cette nouvelle Libye peut être un facteur de stabilité dans l’ensemble de la région. (coupure)

Q - Je vous retrouve, Alain Juppé, en Inde, vous avez des entretiens stratégiques au sommet de l’État pour préparer aussi le G20. Qu’allez-vous obtenir ? Monsieur le Ministre, est-ce vrai que vous allez en Chine aujourd’hui ?

R - Je pars en Chine après avoir rencontré les autorités indiennes. Vous savez que la date du Sommet du G20 s’approche, au début du mois de novembre à Cannes. Il est très important que nous approfondissions nos relations avec ces deux grands acteurs du G20 que sont l’Inde et la Chine.

Q - Le président de la République n’ira pas en Chine, mais sans doute à Washington voir Barak Obama avant le G20 ?

R - Le président de la République était en Chine il y a quelques jours. Il a eu de très bons contacts avec le président chinois. C’est donc une intense préparation de ce Sommet qui va être très important parce qu’il faut qu’il lance un message sur la croissance. On parle beaucoup de la crise européenne, nous sommes en train d’y faire face et la croissance est aussi… (coupure)

Q - À propos de l’Europe, il y a deux sommets en quatre jours. Pourquoi cela va-t-il si mal ?

R - Cela ne va pas si mal, les choses avancent. Sur bien des sujets, il y a déjà les bases d’un accord. Je pense notamment à tout ce qui concerne le renforcement de la gouvernance économique, le renforcement du capital des banques, les modalités d’intervention du fonds européen de stabilité financière. Il y a encore des progrès à faire et, surtout, la chancelière allemande doit consulter son Parlement, le Bundestag avant de s’engager définitivement.

C’est ce qui explique que ces deux Sommets vont se succéder à quelques jours d’intervalles. Nous progressons.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 octobre 2011

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