Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à Europe 1 le 28 octobre 2011, sur les sommets de la zone euro et du G20 et la pré-campagne pour l'élection présidentielle de 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à Europe 1 le 28 octobre 2011, sur les sommets de la zone euro et du G20 et la pré-campagne pour l'élection présidentielle de 2012.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

Circonstances : Interview télévisée du président de la République sur TF1 et France 2 le 27 octobre 2011

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH Bonjour. En 2012, le président de la République prévoit une croissance de 1 %. Or on sait qu’il faut 1,6 pour commencer à créer des emplois. Si l’économie n’est pas réactivée, le président nous annonce donc un chômage qui va augmenter.
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, ce que j’ai entendu hier soir c’est d’abord un président qui tenait à rendre compte avec netteté, avec précision, clarté aux Français de la situation et des décisions d’un sommet qui était crucial pour l’avenir de l’Europe, et par conséquent du monde parce que toutes les économies sont interdépendantes.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il a sauvé le monde avec Madame MERKEL !
 
CLAUDE GUEANT Il a… les résultats du sommet, qui ont été effectivement animé depuis des semaines par le président SARKOZY et Madame MERKEL, et je suis toujours surpris d’ailleurs qu’un certain nombre de partis politiques contestent au président de la République française un rôle de leadership qui est tout à fait important, c’est la France qui est représentée, ce n’est pas seulement le président de la République, eh bien ! Ils ont effectivement joué un rôle considérable pour sortir l’Europe de la difficulté.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous ne m’avez pas répondu sur le chômage !
 
CLAUDE GUEANT Alors je réponds sur le chômage, il a été aussi (je vous dirai) lucide. Il n’a pas cherché à ré-enchanter le rêve, il est ancré dans la réalité, il prend des décisions et il trouve des solutions aux problèmes que nous rencontrons. Si vous me permettez, je trouve que votre démonstration hypothétique est un petit peu technocratique : est-ce que c’est 1,6, est-ce que c’est…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais avec 1 %, vous savez bien que ce n’est pas de technocratie de dire que ça ne créé pas des emplois.
 
CLAUDE GUEANT 1 % c’est moins que 1,75, ça je suis d’accord avec vous !
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et c’est mieux aussi que la récession, je vous le concède.
 
CLAUDE GUEANT C’est mieux que la récession, absolument, c’est beaucoup mieux que la récession, c’est ce que je voulais dire…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais est-ce que ça veut dire qu’à partir de 2012, puisqu’il est lucide et qu’il nous demande de l’être, quelle que soit sa couleur politique, tout pouvoir… c’est peut-être le président qui vous appelle…
 
BRUCE TOUSSAINT C’est le téléphone portable de Claude GUEANT qui vient de sonner, quand on est ministre de l’Intérieur il faut être connecté en permanence Jean-Pierre.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Voilà, et en particulier avec l’Elysée. En 2012, je reprends ma question, quelle que soit sa couleur politique, tout pouvoir contraindra les Français à ne plus vivre au-dessus de leurs moyens ?
 
CLAUDE GUEANT Mais ce qui est certain c’est que nous changeons de monde, et le président l’a dit de façon claire et réaliste, à savoir qu’il va falloir moins vivre à crédit et il va falloir que la France travaille davantage. Ceci dit, j’appelle votre attention sur une séquence internationale dont il est bon de rappeler les 2 éléments. Nous avons eu d’abord le sauvetage financier qui a été décidé à Bruxelles hier au petit matin. Maintenant il y a une nouvelle session qui s’ouvre, c’est celle du G20 qui se tient la semaine prochaine…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH La semaine prochaine à Cannes.
 
CLAUDE GUEANT A Cannes. Et précisément parce qu’il y a eu ces décisions à Bruxelles, s’ouvre maintenant la possibilité de discuter entre les 20 – qui représentent 85 % de l’économie de la planète – les moyens de relancer l’activité. En tout cas ce qui est certain, c’est que s’il n’y avait pas eu les solutions qui ont été trouvées à Bruxelles, nous allions directement à la récession.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il a dit…
 
CLAUDE GUEANT Là, il faut maintenant trouver les moyens d’avoir…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il a dit hier… le G20 prendra des initiatives, c’est passé un peu inaperçu, en faveur de la croissance.
 
CLAUDE GUEANT Absolument.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et il faut des économies et des moyens nouveaux, des ressources supplémentaires autour de 8 milliards. Vous savez, vous, où vous allez les trouver ?
 
CLAUDE GUEANT Je ne sais pas…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous qui vous êtes occupé de la RGPP, la révision des politiques publiques !
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je laisse à mes collègues de l’Economie et puis du Budget le soin de trouver cela sous l’autorité du Premier ministre. Mais c’est certain qu’il y a moyen de faire des économies et des moyens de faire des économies intelligentes.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur GUEANT, les 35 h 00 – a dit le président de la République – sont une folie payée par les salariés, les 35 h 00 ont ruiné la compétitivité de l’économie française. En 4 ans et demi de pouvoir, pourquoi vous ne les avez pas supprimées ?
 
CLAUDE GUEANT Des assouplissements ont été apportés…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH C’est insuffisant !
 
CLAUDE GUEANT Mais effectivement il n’y a pas eu de suppression des 35 h 00, mais les assouplissements ont beaucoup bénéficié aux entreprises et aux salariés, je voudrais le souligner.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Beaucoup ne comprennent pas, encore ce matin j’entendais des leaders politiques, que les Européens ouvrent ainsi l’Europe à la Chine, à sa fortune, ses produits, son ambition de puissance. Qu’est-ce que la Chine (disent-ils) vient faire dans le sauvetage de l’euro ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je trouve que cet argument est complètement ridicule. La Chine est un prêteur qui s’est déclaré comme il y aura d’autres prêteurs publics et privés. Et ce système de prêt interviendra dans un cadre qui a été défini d’ailleurs par le sommet de Bruxelles, puisque le Fonds de stabilité financière pourra garantir ces prêts afin de les faciliter. Mais je vous pose une question Jean-Pierre ELKABBACH : la Chine prête beaucoup aux Etats-Unis, est-ce que l’indépendance des Etats-Unis est en quoi que ce soit atteinte par cette situation ? Non…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Si vous me posez la question, ce n’est pas à moi de répondre mais je vous dirai que dans certains cas oui, l’indépendance…
 
CLAUDE GUEANT Eh ben ! Moi je dirai que non.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Des Etats-Unis est peut-être limitée devant ceux qui lui prêtent de l’argent.
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je ne pense pas que le dollar ait faibli en quoi que ce soit.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Quelle contrepartie il faudra donner à la Chine, c'est-à-dire qu’on fermera les yeux sur les atteintes aux libertés, on fermera les yeux sur je ne sais quoi ?
 
CLAUDE GUEANT Mais non, c’est un prêt, un prêt c’est un acte financier et puis c’est tout.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Sur l’Europe, Nicolas SARKOZY paraît fasciné par les performances de l’Allemagne, notre nouveau modèle vers lequel il faut converger. Est-ce qu’il faut admirer les Allemands pour construire l’Europe future, et elle aura lieu à 17 ou à 27 ?
 
CLAUDE GUEANT D’abord les 17 c’est la zone euro, et effectivement tout ce qui s’est passé ces jours derniers, les décisions de Bruxelles c’est pour la zone euro. L’Allemagne a un modèle de développement qui, effectivement, réussit, donc je ne vois pas pourquoi on ne s’inspirait pas de ce modèle de développement qui réussit. J’ajoute qu’il y a un autre élément qui est apporté dans l’analyse, c’est que la convergence n’est pas seulement une recette de caractère économique mais c’est aussi un projet politique. Toutes ces dernières semaines, nous avons bien vu que le couple franco-allemand était un élément qui pesait en Europe et qui pesait de façon décisive. Le fait d’aller plus loin encore dans la consolidation de ce couple me semble, pour l’avenir de l’Europe, quelque chose de fondamental.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH On peut souhaiter qu’en retour, les Allemands soient pro-français pour être demain de grands européens, ça c’est un souhait !
 
CLAUDE GUEANT Le président a clairement dit qu’il serait normal que chacun fasse des pas l’un vers l’autre.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Le président ou Nicolas SARKOZY répète « moi je suis président de la République, moi je suis président de la République, moi je travaille, je fais mon devoir, je remplis ma mission », est-ce que plus il est président de la République plus il est candidat ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je pense qu’à chaque fois qu’il est président de la République et – si vous me permettez l’expression – il tient à faire effectivement… c’est son devoir, c’est sa responsabilité de job jusqu’au bout, il fait la preuve de ses compétences et de son aptitude à diriger le pays, il est un homme d’Etat…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Monsieur GUEANT, lui ne s’en prend pas à François HOLLANDE directement, c’est vous qui vous en chargez. Vous trouvez que pour aller à l’Elysée, François HOLLANDE n’a pas la carrure, comment le mesurez-vous, est-ce que c’est vous qui êtes à la toise ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je le mesure parce que j’entends les amis qui sont les siens qui portent des jugements sur son aptitude, c’est tout. J’entendais, voici quelques jours, à la radio sa cousine qui expliquait qu’une de ses phrases favorites il y a quelques années c’était de dire : quand il y a un problème qui se pose, il ne faut pas le régler parce qu’il se règle tout seul.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il ne faut pas toujours écouter les parents et les cousins…
 
CLAUDE GUEANT Je veux dire que pour un président de la République, ce n’est quand même pas une attitude qui est appropriée.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais y aurait-il une nouvelle règle, comme le demande François HOLLANDE avec un certain humour : pour rentrer à l’Elysée, il faudrait en sortir, pour être président il faut l’avoir déjà été !
 
CLAUDE GUEANT Non, il ne s’agit pas du tout de cela, il est tout à fait évident qu’il n’est pas nécessaire d’avoir été président pour être président. Mais cela étant, il est nécessaire de faire la preuve de son aptitude à être président.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il n’a pas… il ne l’a pas fait encore ?
 
CLAUDE GUEANT A mon avis, je le dis clairement, il n’a pas la carrure.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il a refusé d’être protégé par les policiers chargés de la protection des hautes personnalités, peut-être qu’il n’a pas envie qu’on utilise des fadettes pour l’écouter !
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, moi je trouve ça très insultant pour la Police nationale, qui est une institution républicaine, et je trouve curieux que quelqu’un qui aspire aux plus hautes fonctions dans l’Etat imagine même qu’il soit possible d’être attentif à une personne protégée.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Si les affaires dont on parle, a dit hier Nicolas SARKOZY, avaient concerné le département des Hauts-de-Seine et non pas le département du Nord, elles auraient fait autant de bruit, pose-t-il la question ? Moi j’ai une petite idée, qu’est-ce qu’il a voulu dire, est-ce que vous pouvez traduire vous ?
 
CLAUDE GUEANT La traduction me semble extrêmement simple, c’est que Nicolas SARKOZY a estimé que si d’aventure ça s’était passé dans les Hauts-de- Seine, le retentissement médiatique eut été beaucoup plus considérable. Il suffit d’ailleurs de se reporter à l’actualité récente, à partir de rien, à partir d’amalgames, à partir de contrevérités, on a fait…
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on a protégé Martine AUBRY qui n’avait pourtant rien à voir dans l’histoire.
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je ne mets pas du tout en cause Martine AUBRY. Je dis simplement et j’en suis absolument convaincu, comme s’emble-t-il le président, que si ça s’était passé dans les Hauts-de-Seine, il y aurait eu un volume médiatique beaucoup plus conséquent.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Dernière question, quand allez-vous installer les chefs de la police du Nord, de Lyon, du Sud qui sont plus près d’être des voyous que des modèles ?
 
CLAUDE GUEANT Effectivement, nous avons à déplorer des comportements qui sont condamnables. La Police nationale comme la justice a fait son travail, des fonctionnaires ont été suspendus, ils ont été remplacés. Et puis j’irai à Lyon dans quelques jours pour installer la nouvelle équipe du Service régional de police judiciaire, afin de lui tracer son chemin.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 15 novembre 2011

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