Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur l'avenir de l'industrie automobile française et le financement des entreprises, à Sablé-sur-Sarthe le 25 novembre 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur l'avenir de l'industrie automobile française et le financement des entreprises, à Sablé-sur-Sarthe le 25 novembre 2011.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Visite de l'usine Valeo de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), le 25 novembre 2011

ti : Monsieur le Directeur général,
Mesdames et Messieurs,


Pour un département – je veux parler de la Sarthe – qui aime passionnément l’automobile, c’est un grand plaisir de voir se dessiner ici, au fond, les dernières avancées qui vont faire la voiture de demain. Ce site que je viens de visiter, pas pour la première fois mais avec beaucoup de plaisir, est un site qui est lié à l’électronique depuis longtemps. Et comme SAGEM, comme JOHNSON CONTROLS par le passé, VALEO a fait de ce site un lieu qui est un lieu d’avant-garde technologique.

La modernité de ce que nous venons de voir m’inspire une grande fierté – une grande fierté de Sabolien, une grande fierté nationale par rapport à notre industrie – et je veux féliciter chacun des personnels de VALEO ici à Sablé pour cette réussite.

Je viens d’essayer la PEUGEOT 508 qui intègre la deuxième génération des boîtiers de « Stop and Start » fabriquée ici.

Ce dispositif – dont je me souviens d’ailleurs qu’il m’avait été présenté dans sa première version lors d’une visite que j’ai dû faire en 2004 ou en 2005 – est une véritable prouesse industrielle, mais aussi un progrès formidable pour la préservation de l’environnement puisqu’il permet de réduire les émissions de CO² de cinq grammes par kilomètre et d’économiser 15 % de carburant en conduite urbaine.

C’est le fruit des investissements très importants réalisés dans l’usine de Sablé et c’est le résultat de plusieurs années de recherche et développement menées par VALEO et menées par PSA. Le succès de la technologie I-StARS, c’est celui d’une politique intelligente d’investissement dans l’innovation. Ces produits, qui ont déjà conquis le groupe PSA, NISSAN, sont appelés – j’en suis certain – à beaucoup d’autres réussites. En tout cas, c’est une très bonne nouvelle pour l’usine de Sablé qui a déjà rebondi de façon spectaculaire puisqu’elle est remontée de 170 employés au cœur de la crise à près de 600 c’est-à-dire un chiffre bien supérieur à celui d’avant la crise.

On s’en souvient, au dernier trimestre 2008, le marché européen, sous les effets de la crise financière mondiale, avait chuté de 15 %. Ça s’était traduit par un effondrement de plus de 40 % de la production de véhicules en France. L’année 2009 s’annonçait extrêmement mal et certains prédisaient même la disparition de pans entiers de l’industrie automobile française.

Nous avons mis en place un soutien rapide et décisif. Il y a eu le soutien à la demande avec la mise en place de la prime à la casse. Il y a eu le soutien au financement pour que nos constructeurs continuent d’avoir les moyens d’investir dans de nouvelles technologies. Et puis il y a eu le soutien à l’emploi en favorisant l’activité partielle. Grâce à toutes ces mesures, le marché automobile et la production automobile française ont pu tenir le coup et ont pu reprendre rapidement.

En 2010, les entreprises de la filière ont affiché des résultats positifs. C’est évidemment le cas de VALEO avec un chiffre d’affaires qui a progressé de 28 %.

Toutes ces mesures n’allaient pas de soi. Elles ont, pour certaines, été beaucoup critiquées. Il y avait ceux qui nous suggéraient de laisser le marché faire le tri. Il y avait ceux qui considéraient qu’on n’en faisait pas assez. Nous, nous les avons prises parce que nous croyons à l’avenir du secteur automobile. C’est un secteur qui est clef pour le développement de notre pays. C’est un employeur, évidemment, très important pour les Français et c’est un secteur qui, contrairement à ce qu’on commence à écrire, au fond, sur l’idée de la fin de l’automobile, est source d’innovation stratégique pour l’économie française.

Mais notre ambition, ce n’était pas seulement d’aider le secteur automobile pendant la crise, c’était aussi de le faire sur le long terme. Nous voulons que l’industrie automobile française soit plus robuste face aux défis concurrentiels et technologiques. Et pour cela, nous avons développé une double stratégie. D’abord, il faut construire une filière qui soit mieux structurée sous la responsabilité de ses principaux acteurs. Entre les grandes entreprises et les petites, il faut de véritables partenariats.

Ce mouvement a été engagé dans le cadre de ce qu’on a appelé le Pacte automobile. Il faut l’amplifier en prenant appui sur les outils que nous avons mis en place et je pense en particulier au Fonds de modernisation des équipementiers automobiles. À l’instant, Monsieur le directeur général, vous faisiez allusion à la compétitivité de l’économie française par rapport à l’économie allemande. Il y a bien des sujets sur lesquels il faut que nous fassions des efforts. Il y en a un notamment où nous avons encore à progresser, c’est cette notion de filière et cette relative solidarité qui existe en Allemagne entre les industriels d’un même secteur, pour ne pas employer un autre mot.

Ensuite, il faut mettre le paquet sur l’innovation. C’est le deuxième axe stratégique. À travers le programme des Investissements d’Avenir, nous avons consacré 750 millions d’euros à ce qu’on appelle le véhicule du futur pour que la recherche débouche rapidement sur des programmes industriels et sur de nouvelles activités et de nouveaux emplois. Les acteurs de ce secteur se sont beaucoup mobilisés pour participer à ce projet et VALEO est au premier rang de ces acteurs. Les premières décisions d’attribution de ces soutiens à l’innovation et à la recherche seront prises avant la fin de cette année.

Aujourd’hui, le marché reste difficile pour nos constructeurs qui sont confrontés à une guerre des prix, qui souhaitent limiter leurs stocks. Pour certains sous-traitants, nous savons que la situation est incertaine. La filière entière doit faire face à une certaine atonie du marché européen qui reste son principal débouché. Et dans ce contexte, il est naturel que chacun défende sa compétitivité avec détermination.

Mais gagner en compétitivité, ça ne doit pas se faire en sacrifiant l’emploi et ça ne doit pas se faire non plus en faisant pression seulement sur les sous-traitants et sur les sous-traitants les plus fragiles. Je crois que la responsabilité de nos grands constructeurs et de nos équipementiers, c’est aussi de protéger leur empreinte industrielle, de protéger leurs capacités d’innovation en France et, pour cela, de préserver l’emploi et le savoir-faire français. Et je veux, à ce sujet, saluer l’accord qui vient d’être trouvé au sein du groupe VALEO pour implanter de nouvelles activités en France à Nogent-le-Rotrou.

Pour être plus compétitif, il faut utiliser tous les leviers possibles. Dans le contexte économique particulièrement difficile que nous connaissons, pour muscler notre organisation, c’est-à-dire la réponse de l’État aux besoins parfois de crise des industriels, j’ai demandé à René RICOL, qui s’occupait déjà, pour le Gouvernement, des Investissements d’Avenir, de coordonner tous les dispositifs publics d’appui aux entreprises, notamment au niveau régional, pour que nous soyons vraiment réactifs et au plus près des entrepreneurs.

Pour favoriser l’investissement, nous avons déjà supprimé la taxe professionnelle, c’est-à-dire un impôt qui était uniquement basé sur l’investissement des entreprises, qui n’existait que dans notre pays et qui pénalisait particulièrement l’industrie automobile.

Pour encourager l’innovation – et je vous remercie d’y avoir fait allusion –, nous avons réformé le crédit impôt recherche, ce qui a largement relancé l’effort de recherche et développement des entreprises. Je pense que nous sommes, aujourd'hui, parmi les grands pays développés, l’un des plus attractifs en matière de soutien à la recherche et à l’innovation et je demande à chacun d’entre vous de réfléchir. On entend parfois des commentaires un peu stupides, pas très réfléchis sur ce qu’on appelle les niches fiscales. Eh bien il y a des niches fiscales qui méritent d’être supprimées – d’ailleurs, j’essaye d’en supprimer un maximum –, mais il y en a d’autres qui méritent d’être préservées. Le crédit impôt recherche, c’est une niche fiscale, ça consiste à dire à un industriel : « Ce que vous allez investir dans la recherche, vous n’allez pas le payer en impôts, vous allez le déduire de vos impôts. » Et donc il y a des niches fiscales qui sont extrêmement utiles au développement économique de notre pays.

Pour affronter la concurrence internationale et pour soutenir l’emploi, nous avons aussi à nous poser la question de la réduction du coût du travail. Et quand on parle de réduction du coût du travail, je veux dire qu’il ne faut pas croire qu’on parle de réduction des salaires, on parle de tout ce qui environne le salaire. Dans la comparaison avec l’Allemagne, les salaires ne sont pas plus bas en Allemagne qu’en France, c’est l’ensemble des charges qui pèse sur le travail dans notre pays qui fait la différence de compétitivité avec notre voisin allemand.

Alors nous avons déjà agi avec les allègements de charges qui sont essentiels au maintien de la productivité et de l’emploi dans un secteur exposé comme le vôtre. Nous l’avons fait avec la loi facilitant le recours aux heures supplémentaires mais nous savons que ce n’est pas suffisant et qu’il reste, sur le coût du travail, des écarts avec certains de nos partenaires européens et notamment avec notre partenaire allemand.

Nous devons donc aller plus loin en matière d’allègement du coût du travail. Ça implique, évidemment, de réfléchir aux évolutions possibles en matière de financement de notre protection sociale puisqu’au fond, les charges, c’est le financement de la protection sociale. Et la question qui est posée et qui est de plus en plus souvent posée, c’est : est-ce qu’il faut, est-ce que c’est légitime que la protection sociale, qui est de plus en plus universelle et qui n’est plus une assurance comme c’était le cas dans le passé, continue à être essentiellement financée par le travail ou est-ce que cette protection sociale doit être financée plus largement par la fiscalité et supportée par l’ensemble des Français, pas seulement par les salariés, et supportée aussi par les produits qui sont importés dans notre pays qui, eux, naturellement, aujourd'hui, ne paient pas de participation à cette protection sociale ? C’est une question stratégique qui doit être posée comme la question de l’assiette la plus adéquate à trouver pour que le financement pèse moins sur le travail et qu’il permette à notre protection sociale de répondre aux grands défis parce que nous savons tous que les besoins en matière de protection social ne vont pas aller en diminuant. Au contraire, ils vont aller en augmentant et en particulier avec le vieillissement de la population. Et donc si on ne fait rien, on va avoir un coût de la protection sociale qui augmente, donc des charges sociales qui augmentent, un coût du travail qui va continuer de monter sans que vos salaires, vous, vous n’en voyiez l’amélioration et des emplois qui vont disparaître dans notre pays par rapport à la compétition avec les autres Européens. Nous n’avons donc pas le droit de refuser de réfléchir à cette question parce que c’est une question qui est vraiment vitale pour, en particulier, l’industrie française.

Le deuxième levier, enfin un autre levier, c’est notre politique énergétique. C’est un levier très important de notre compétitivité économique. Il y a cinquante ans, la France a choisi de développer un parc électronucléaire. Aujourd’hui, ce parc nous assure des prix de l’électricité qui sont compétitifs. Là, pour une fois, on est meilleurs que la plupart des autres pays européens et notamment que nos amis allemands. Et surtout il nous assure une indépendance énergétique qui est réelle. Nous ne dépendons pas, nous, complètement des tuyaux de gaz entre la Russie et l’Allemagne ou seulement de l’importation de pétrole.

Au moment où les prix de l’énergie augmentent partout en Europe, est-ce qu’il est raisonnable de remettre en question un modèle qui participe à la compétitivité de la France à l'échelle européenne ? Je veux que mon choix, notre choix, c’est celui d’un nucléaire qui doit être toujours plus sûr, bien sûr, dont la sécurité maximale est garantie par une autorité indépendante. Et c’est aussi le développement progressif des énergies renouvelables et l’amélioration de notre efficacité énergétique. Je veux dire que l’écologie ne doit pas consister à affaiblir notre industrie. Elle doit imprégner ses objectifs, ses réalisations et ses innovations pour maîtriser le progrès et pas pour l’enrayer. J’ajoute d’ailleurs, s’agissant de l’électricité, que tout ce que vous m’avez montré laisse prévoir des voitures qui utiliseront de plus en plus d’électricité donc il faudra en produire de l’électricité dans des conditions qui devront être les plus rentables possibles.

Pour que nos usines se modernisent, pour que nos produits soient de qualité, pour que les projets rentables voient le jour, il faut que les financements nécessaires soient disponibles. Et nous savons bien que dans le contexte actuel de crise financière, de crise de l’endettement, les banques pourraient être tentées de se désengager pour réduire leurs risques. Je veux dire qu’il serait fou qu’au nom d’une prudence excessive, on en vienne à assécher notre économie, ce qui nous conduirait tous vers la récession et qui d’ailleurs aboutirait, finalement, à des résultats catastrophiques aussi pour les établissements financiers eux-mêmes.

Le financement des entreprises ne doit pas être une variable d’ajustement alors qu’il y a d’autres solutions qui sont possibles pour les banques, à commencer par une gestion rigoureuse des dividendes que ces banques versent à leurs actionnaires ou des bonus qu’elles versent à un certain nombre de leurs salariés. Les banques doivent augmenter leurs fonds propres conformément aux directives internationales pour être plus sûres. Mais la meilleure façon d’augmenter leurs fonds propres, c’est de verser moins de dividendes, d’être plus raisonnables en matière de salaire et de bonus et pas de réduire les crédits à l’industrie et à l’activité économique. C’est en tout cas le message que j’ai fait passer au début du mois aux dirigeants des grandes banques françaises et j’ai mis en place un système d’observatoire, de suivi régulier pour que l’on puisse en particulier surveiller les versements de prêts aux établissements industriels et en particulier aux PME.

Au-delà des crédits bancaires, les entreprises ont besoin de fonds propres parce que c’est l’argent que les actionnaires apportent qui permet aussi d’emprunter et d’investir. À la fin de 2008, en pleine crise financière, à un moment où les investisseurs privés se retiraient, nous avions décidé, avec le président de la République, que l’État ne pouvait pas rester les bras croisés et nous avons créé le Fonds stratégique d’investissement.
En février 2009, lorsque ce fonds a investi dans VALEO, l’entreprise était extrêmement fragilisée. Elle valait le cinquième de ce qu’elle valait deux ans plus tôt. Plus personne ne voulait mettre un centime dans le secteur automobile et encore moins dans les équipementiers. L’État a mis vingt-quatre millions d’euros . Aujourd’hui, l’entreprise vaut trois fois plus. Ça montre à quel point il est nécessaire d’avoir une vision à long terme et de ne pas avoir le nez sur le guidon comme l??ont, évidemment, les investisseurs qui sont trop souvent des investisseurs de court terme.

Alors, bien sûr, l’État ne peut pas se substituer aux banques, il ne peut pas se substituer aux acteurs privés, mais je pense que c’est très important, lorsque le marché est myope, lorsque le marché ne valorise à presque rien, des entreprises qui sont des fleurons industriels de notre pays, lorsqu’il oublie de financer les petites entreprises technologiques qui feront la croissance de demain, je crois qu’il est absolument nécessaire que l’État intervienne. Et nous avons décidé de créer, à partir du Fonds stratégique, ce qu’on va appeler Fonds stratégique d’investissement Régions qui sera doté de 350 millions d’euros et qui pourra investir directement dans les petites et moyennes entreprises.

Mesdames et Messieurs, avec la crise, avec l’émergence de nouvelles puissances, qui sont à la fois pour vous des concurrents et des clients, notre pays est confronté à des défis qui sont des défis considérables. Au fond, on est dans la situation qu’ont connue déjà beaucoup de civilisations dans l’histoire. On croyait qu’on était tout seuls à pouvoir produire, qu’on était seuls au monde, qu’on pouvait dominer le monde. On l’a fait pendant des décennies et des décennies puis aujourd'hui, il y a des pays qui viennent nous expliquer qu’eux aussi, ils ont le droit à partager la richesse mondiale. Ce qui rend la compétition plus rude. Ça met les responsables politiques face à des responsabilités qui sont très lourdes. Certaines décisions économiques et sociales qui ont été prises ces trente dernières années apparaissent aujourd’hui comme des erreurs profondes, il ne faut pas les rééditer. Nous avons des choix stratégiques qui doivent être faits et qui engagent l’avenir de notre économie et de notre industrie.

Chacun doit donc bien, dans ce contexte qui est très particulier, mesurer la portée de ces propositions et chaque Français, naturellement, se décidera le moment venu en son âme et conscience. Mais ce qui est important, c’est de ne pas se tromper sur l’état de notre pays. La France a des handicaps et ces handicaps, il faut les examiner lucidement, sans démagogie, sans crainte de nous renouveler. Mais elle a aussi des atouts dont on ne parle jamais assez : une productivité qui est exceptionnelle, le savoir-faire de ses travailleurs, l’inventivité de ses ingénieurs, une tradition industrielle, des infrastructures.

Et d’ailleurs, les investisseurs étrangers ne s’y sont pas trompés puisque la France est aujourd'hui, malgré les handicaps qu’on évoquait tout à l'heure, la deuxième destination préférée en Europe pour les investissements créateurs d’emplois et la première destination dans les projets dans l’industrie et les énergies renouvelables.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais vous dire à l’occasion de cette inauguration et de cette visite. Je voudrais juste peut-être ajouter un mot un tout petit peu plus personnel pour dire que ce qu’il faut, c’est aimer l’industrie. Et pour aimer l’industrie, il faut essayer de la comprendre. Bon, moi, je ne suis pas un industriel, je n’ai jamais travaillé dans une usine, mais depuis 30 ans, j’ai essayé de faire en sorte que l’emploi industriel, dans ce bassin de Sablé, se développe. Quand j’ai été élu maire pour la première fois en 1983, il y avait un peu moins de 4000 emplois salariés sur le bassin de Sablé, il y en a un peu plus de 11 000 aujourd'hui.

On s’est battus. On a été les premiers à créer une agence de développement économique municipale. On a été les premiers – dans la Sarthe en tout cas – à créer un club de développement économique pour essayer d’utiliser les chefs d’entreprise et les acteurs économiques comme les porte-paroles du territoire pour aller chercher des investisseurs. Et puis on s’est relevés les manches, on s’est retroussés les manches à chaque fois qu’il y a eu des drames et il y en a eu beaucoup. Je raconte toujours que j’ai commencé ma vie politique en gérant un abattoir, celui de Sablé, l’abattoir municipal de Sablé qui avait déposé son bilan quasiment le jour de mon élection. Et donc je suis passé directement du cabinet ministériel de Joël LE THEULE, venant de l’université, à la gestion de l’abattoir ménager. Ça a été un choc culturel assez important mais ça m’a appris beaucoup. Et ça m’a appris en particulier une chose, c’est qu’il faut toujours se battre, mais se battre de façon positive pour utiliser l’énergie qui existe dans tous les sites industriels, même dans ceux qui ne marchent pas, qui sont en difficulté, pour les aider à rebondir et pour y faire, le cas échéant, des choses nouvelles.

Et je voudrais en terminer par là en disant que souvent, dans notre pays, on a un regard qui est un regard critique et très excessif et en particulier sur les industriels. Un chef d’entreprise, c’est quelqu’un qui prend des risques. S’il ne prend pas de risques, il n’arrivera jamais à créer de l’activité. Alors, évidemment, quand on prend des risques, parfois, ça ne marche pas. Et ici, on est dans un endroit qui est très symbolique puisque je ne crois pas que VALEO serait installé ici s’il n’y avait pas eu, il y a très longtemps, un industriel local qui manquait de prudence – c’est le moins qu’on puisse dire –, qui était un peu… Je n’ose pas utiliser un mot qui va être répété par la presse et qui va le vexer lorsqu’il va le voir mais enfin, disons qu’il a pris beaucoup trop de risques. Mais n’empêche que s’il n’avait pas été là, s’il n’avait pas créé une entreprise ici sur ce site, est-ce qu’ensuite SAGEM aurait repris ce site ? Est-ce que JOHNSON CONTROLS aurait repris ce site et est-ce qu’aujourd'hui, on serait avec VALEO ? Peut-être mais il n’y a rien de moins sûr car si VALEO est venu ici, c’est parce qu’il y avait une opportunité, il y avait des investissements, il y avait des personnels qui avaient été formés. Et voilà, cette personne, quand elle a déposé son bilan, on l’a traitée de tous les noms, on a estimé que, naturellement, c’était un incapable.

Bon, bien sûr, ça aurait été mieux s’il n’avait pas déposé son bilan pour lui comme pour les salariés parce que certains, dans cette affaire, y ont perdu, mais ce que je veux illustrer par là, c’est la nécessité de soutenir les entrepreneurs qui prennent des risques, qui innovent et d’être avec eux quand ça va bien et quand ça va mal. Souvent, dans notre pays, on est avec les gens quand ça va bien. Quand ça va mal, on les laisse tomber.

Voilà, Mesdames et Messieurs, en tout cas, je suis heureux d’avoir pu être à vos côtés aujourd'hui à la fois pour rendre hommage aux dirigeants de VALEO, aux personnels de l’usine de Sablé et puis pour dire, d’une façon plus générale, à nos concitoyens qu’ils ont des ingénieurs, qu’ils ont des techniciens, qu’ils ont des ouvriers dont ils peuvent être fiers et qui font, au fond, l’avenir de notre pays. Je vous remercie.


Source http://www.gouvernement.fr, le 28 novembre 2011

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