Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, en hommage à Aimé Césaire, à Charleville-Mézières le 25 novembre 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, en hommage à Aimé Césaire, à Charleville-Mézières le 25 novembre 2011.

Personnalité, fonction : PENCHARD Marie-Luce.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

Circonstances : Inauguration de la rue Aimé Césaire, à Charleville-Mézières (Ardennes) le 25 novembre 2011

ti : Madame le Maire de Charleville-Mézières,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Maire de Fort-de-France,
Cher Jacques CÉSAIRE,
Chère Euzhan PALCY,
Monsieur le Président de l’association Amicale afro-antillaise des Ardennes,
Mmes et MM. les membres et amis de l’Amicale,
Mesdames et Messieurs,


Le 26 juin 1913, naissait à Basse-Pointe, dans le nord de la Martinique, Aimé Césaire, l’homme qui symbolisera pour toujours une identité antillaise fièrement affirmée, et au-delà, le combat de tous les hommes pour la reconnaissance de leur dignité.

Poète, dramaturge, homme politique martiniquais, il fut Député de la Martinique de 1945 à 1933, et Maire de Fort-de-France de 1945 à 2001.

Cette épitaphe, synthèse de son parcours est forcément réductrice, car elle enferme dans quelques dates seulement l’œuvre éternelle d’un homme épris de justice et de liberté.

Aimé Césaire fut Antillais toute sa vie, et non par épisode. En 1982, il confiait d’ailleurs à Daniel Maximin, Commissaire de cette année 2011, Année des Outre-mer.

"A aucun moment je n’ai cessé même une seconde de penser que je suis de cette communauté, que je suis des Antilles, que dis-je, que je suis de Trénelle, que je suis de Volga Plage, que je suis de Texaco, que je suis l’homme du Faubourg, que je suis l’homme de la mangrove, que je suis l’homme de la montagne"

Aimé Césaire a su fusionner les fragments négligés d’une société en quête identitaire pour en faire un symbole. Il le disait lui-même, lui, l’homme de la rue, l’homme de la mer, l’homme des faubourgs, l’homme de la montagne, l’homme pluriel synthèse de tous ces éléments. Il est celui dont l’œuvre sera célébrée durant les trois prochaines années, sous l’égide de l’UNESCO, parce que ses romans, sa poésie et son théâtre sont le symbole de "l’universel réconcilié".

Le 6 avril 2011, la nation toute entière lui rendait un hommage solennel, lors d’une cérémonie au Panthéon au cours de laquelle le Président de la République a dévoilé une stèle en hommage à son œuvre et à son parcours d’homme engagé.
Je vous l’ai dit, Aimé Césaire fut poète, dramaturge, homme politique, mais il fut surtout un homme de conviction, de création, de témoignage et de fidélité.

Dans son premier grand poème, Cahier d’un retour au pays natal, il se décrit comme la "Bouche des malheurs qui n’ont point de bouche", et toute sa vie il a farouchement combattu l’imposture et l’impérialisme qui conduisent à penser et à parler en lieu et place des autres.

Il a d’ailleurs pu dire en 1956 que : "nous ne pouvons donner à personne délégation pour penser pour nous ; délégation pour chercher pour nous… Aucune doctrine ne vaut que repensée par nous, que repensée pour nous, que convertie à nous"

Si je devais ne retenir qu’une seule inspiration symbolisant le sens de l’engagement dans la vie publique, ce serait celle-ci. Aimé Césaire a su révéler le sens du "Nous", et le nécessaire éveil de tout un peuple qui revendique son identité et les rênes de son avenir.

Cette émergence du "Nous", ce sens du sacerdoce, il l’a porté tout au long de sa vie politique et l’a écrit très tôt dans son œuvre, dès 1939, dans le Cahier d’un retour au pays natal, puis dans La tragédie du roi Christophe et dans Une saison au Congo.
On y découvre des thèmes qui lui sont chers : l’enracinement de la liberté, la résistance aux oppressions au nom des droits de l’Homme, des droits de tous les hommes, les ruines de l’Histoire, la reconstruction…de l’Homme et des sociétés.
Madame le Maire, vous faites aujourd’hui écho à cette pensée en donnant à une rue le nom d’Aimé Césaire et en traduisant donc l’ancrage des Outre-mer dans la France. C’était tout le sens de la cérémonie d’hommage solennel du 6 avril dernier au Panthéon.

Pour toutes ces raisons, je vous remercie et je souhaite vous adresser ce clin d’œil : le massif ardennais au nord avec le Mont Olympe, domine Charleville-Mézières et Aimé Césaire se plaisait à dire : "Les Antilles, ce n’est jamais que de la montagne, de l’eau et de la montagne d’abord. Je suis l’homme de la montagne"

Ces images de montagne chère Euzhan, sont d’ailleurs celles de l’un de tes magnifiques films sur Aimé Césaire et celles du film qui a ouvert la cérémonie du Panthéon.

Gageons donc que le Mont Olympe sera à compter de ce jour parent de la Soufrière de la Guadeloupe et de la Montagne Pelée de la Martinique, et qu’Aimé Césaire depuis la crypte du Panthéon comme depuis la Martinique où il repose, se réveillera demain dans cette rue de Charleville-Mézières qui dorénavant porte son nom.


Mesdames et Messieurs, je vous remercie.


Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 28 novembre 2011

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