Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, sur les engagements et l'oeuvre d'Aimé Césaire et le bilan culturel de l'année des Outre-mer, à Charleville-Mézières le 25 novembre 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, sur les engagements et l'oeuvre d'Aimé Césaire et le bilan culturel de l'année des Outre-mer, à Charleville-Mézières le 25 novembre 2011.

Personnalité, fonction : PENCHARD Marie-Luce.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

Circonstances : Visite de l'exposition "Hommage à Aimé Césaire et Arthur Rimbaud" organisée par l'Amicale afro-antillaise ardennaise, à Charleville-Mézières le 25 novembre 2011

ti : Monsieur le Président du Conseil général,
Madame le Maire de Charleville-Mézières,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Maire de Fort-de-France,
Cher Jacques CÉSAIRE,
Chère Euzhan PALCY,
Monsieur le Président de l’association Amicale afro-antillaise des Ardennes,
Mmes et MM. les membres et amis de l’Amicale,
Mesdames et Messieurs,


Mon émotion est particulièrement grande ce soir, et je souhaite vous dire tout le plaisir que j’ai d’être avec vous aujourd’hui, après mes déplacements à Bordeaux, en mars, pour le lancement du Carnaval des deux rives, à Lyon, pour la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, et à Angers, pour un hommage au patriotisme et aux faits d’armes des Dissidents antillais et des soldats du Bataillon du Pacifique durant la Seconde guerre mondiale.

Ce déplacement c’est d’abord une réponse à l’invitation de la Maire de Charleville-Mézières et à la vôtre, M. le Président.
La qualité de votre accueil, dans ces salons Charles-de-Gaulle de l’hôtel du Département, dit bien votre attachement à nos Outre-Mer et à cette France des Amériques et des Antilles, de l’Océan Indien et du Pacifique qui fait de notre pays, un pays-monde, une nation au confluent de tous les continents et sur laquelle le soleil ne se couche jamais entièrement.

A cet instant précis, en effet, l’aube du samedi 26 novembre va bientôt se lever sur Nouméa. Il est déjà 20h à La Réunion. 13h en Guyane, et les habitants de Papeete, en Polynésie, commencent leur journée du 25 novembre alors que nous sommes sur le point de la terminer.

Je veux tout autant souligner, Monsieur le Président, la beauté de l’exposition "Hommage à Aimé CÉSAIRE et Arthur RIMBAUD" que nous venons de visiter en compagnie d’élèves de troisième du collège Léo-Lagrange de Charleville-Mézières. Je les félicite pour le sérieux de leur travail et remercie leurs professeurs et tous ceux qui ont contribué à cette belle réalisation.

Donner à comprendre comme le fait cette exposition, le lien qui unit Arthur RIMBAUD et Aimé CÉSAIRE au-delà de leurs origines, de leurs époques et de leurs parcours est bien le signe que la poésie, celle du "Bateau ivre" et celle des "Armes miraculeuses" et celle de bien d’autres de leurs poèmes, n’a pas de frontière et qu’elle jette toujours de surprenantes passerelles entre les peuples et les cultures.
Vous le savez bien mieux que nous, Cher Jacques CESAIRE. Chantre de la négritude, ardent défenseur de la dignité de l’homme noir, Aimé CÉSAIRE n’en fut pas moins, sa vie durant, le procureur des barbaries de son temps.

Il restera ce visionnaire du Cahier d’un retour au pays natal qui écrivit, bien avant d’autres, et à la lumière de sa conscience : "Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes- panthères, je serais un homme-juif un homme-cafre un homme-hindou-de-Calcutta un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas…".

"Ma bouche, écrivait-il, sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche…".

Voilà des mots qui disent assez toute la puissance de la pensée et toute la générosité et l’universalité des combats d’Aimé CÉSAIRE.

Sachant, cher Jacques, combien vous êtes aussi l’homme de ce message, je tiens à saluer l’action qui a été la vôtre et celle de votre famille lorsque le Président de la République a souhaité que la Nation rende un hommage solennel à votre père, au Panthéon, et qu’une plaque y soit scellée en hommage à sa personnalité à ses engagements et à son œuvre.

Il y avait du soleil sur Paris, ce beau mercredi 6 avril, et le Président Nicolas SARKOZY a pu dire à ce moment-là et avec des mots qui résonnent encore
"L’humanisme chez Aimé CÉSAIRE ne fut pas une théorie, ce fut une pratique. Il avait, chevillé au corps et à l’âme, ce respect de la dignité humaine".

Ton beau film d’ouverture de la cérémonie du Panthéon Chère Euzhan, nous a restitué toute la belle humanité de cet homme de l’Outre-Mer et du monde.

J’apprécie de constater, chers Alain BIDELOGNE et Bernard DORDONNE, combien vous avez souhaité donner une résonnance à ce temps de l’histoire immédiate de notre pays ici, aujourd’hui, à Charleville-Mézières.

Notre rencontre est d’ailleurs le résultat de votre bel engagement associatif et du soutien sans faille que les membres et amis de l’Association Amicale Afro-Antillaise des Ardennes vous apportent au quotidien. Je vous en félicite. Et je vous donne l’assurance que Charleville-Mézières et les Ardennes auront leur place dans ce grand livre de l’ Année des Outre-mer que j’ai ouvert le 9 janvier, en Guadeloupe, à côté du Président de la République alors qu’il présentait ses vœux à l’ensemble des Outre-Mer.

Avec vous et avec bien d’autres, je veux changer le regard de l’Hexagone sur l’Outre-Mer, changer le regard des Outre-Mer sur l’Hexagone et changer le regard des Outre-Mer sur eux-mêmes tant il y a de sens à voir ces regards d’un même pays, d’une même nation, se considérer pleinement et rechercher ensemble de nouveaux dynamismes dans les atouts de nos terres et dans les richesse de nos océans d’Europe, des Amériques et des Antilles, de l’océan Indien, du Pacifique et des Terres australes et antarctiques françaises.

Mes espoirs pour demain sont aussi établis que cette détermination. Je sais en effet, que l’esprit de cette Année des Outre-Mer perdurera car une lumière nouvelle, une lumière d’avenir, a été projetée sur l’histoire, les trésors de nos départements et territoires.

Des femmes et des hommes ont été honorés ou célébrés et je pense à cet instant même à Édouard GLISSANT et à l’émouvante veillée de contes créoles qui a précédé son inhumation en Martinique, face à la mer et face au Rocher du Diamant comme il le souhaitait.

Je pense à Aimé CÉSAIRE au Panthéon, à Maryse CONDÉ, que j’ai élevé au grade de Grand officier de l’Ordre national du Mérite dans le Grand salon de la Sorbonne, il y a quelques jours.

J’ai à l’esprit ces femmes et ces hommes d’Outre-mer moins connus, que j’ai souhaité voir nommer ou être promus dans ce dernier Ordre ou dans l’Ordre national de la Légion d’honneur

Daniel MAXIMIN, notre Commissaire chargé de l’Outre-Mer, qui ne pouvait pas être des nôtres aujourd’hui, ne cesse de donner une visibilité remarquable à la culture et aux arts vivants de nos départements et territoires. Il a été l’architecte de la belle exposition qui s’est tenue au Grand Palais, à Paris, et à montrer les liens d’estime qui ont uni le Martiniquais Aimé CÉSAIRE au Cubain Wilfredo LAM et à l’Espagnol Pablo PICASSO.

Il y a aussi l’action conduite par Claudy SIAR, en sa qualité de Délégué interministériel à l’égalité des chances des Français d’Outre-Mer. Une action si attendue par tant d’ultramarins de l’Hexagone et si significative de certaines de ces attentes.

2011, c’est aussi une année de grands chantiers lancés et largement avancés.

Dans la continuité du choix fait par les élus et par les électeurs de Martinique et de Guyane en 2010, ces deux départements verront chacun, leur conseil régional et leur conseil général fusionnés en une collectivité unique tournée vers une meilleure rationalisation de leur organisation et vers une gestion plus efficiente de leurs compétences et de leurs ressources.

Je viens d’ailleurs d’installer une mission qui aura pour objet d’accompagner la Guyane dans l’étape nouvelle qui s’ouvre à elle avec la découverte d’un gisement pétrolier au large de ses côtes.

Par moments, 2011 a été une année de crises et de tensions. Il faut naturellement rester vigilant, mais à chaque fois, ces crises ont été maîtrisées par une volonté résolue de comprendre, et de comprendre pour amorcer un dialogue et répondre de la manière la plus adaptée au contexte de difficultés économiques internationales que nous connaissons.

L’ambition du gouvernement pour les Outre-Mer est concrète et est marquée par des réalisations tournées vers le développement et la valorisation des atouts de nos territoires.

Je pourrais vous parler longuement de la politique de la mer ou de la biodiversité que nous mettons en œuvre. Evoquer l’implication quotidienne de l’Etat pour soutenir l’emploi, les économies locale et la cohésion sociale. Parler en détail des mécanismes de coopération régionale que nous confortons et que nous développons pour que nos départements et territoires d’Outre-mer vivent de relations commerciales plus effectives avec les pays de leur zone géographique. Vous parler de ces femmes et de ces hommes nommés à des postes de responsabilité en leurs compétences et parce qu’ils avaient fait leurs preuves.

Tout cela est mon ambition, mon quotidien et ma feuille route de Ministre chargée de l’Outre-Mer.

Je ne serai cependant pas plus longue car j’ai bien compris, et vous me l’avez rapporté Monsieur le Préfet, qu’au-delà de ces nouvelles de nos départements et territoires d’Outre-Mer, vous avez chacun le souhait d’un temps d’échange plus informel sur la présence très forte de l’Outre-Mer ici, à Charleville, et dans les Ardennes. Et je constate que ce ne sont pas des mots sans action et sans résultat.

C’est donc bien volontiers que je vous propose de nous retrouver maintenant pour répondre totalement à votre belle invitation, Monsieur Président.

Je vous remercie.


Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 28 novembre 2011

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