Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le bilan et l'avenir de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et le dialogue social dans la fonction publique, à Paris le 29 novembre 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le bilan et l'avenir de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et le dialogue social dans la fonction publique, à Paris le 29 novembre 2011.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Clôture du séminaire sur la révision générale des politiques publiques, à Paris le 29 novembre 2011

ti : Madame le Ministre,
Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,


Merci de m’avoir laissé le dernier mot au terme de votre séminaire.
C’est le 10 juillet 2007, que j’avais lancé ici même l’un des grands chantiers du quinquennat du président de la République, avec la révision générale des politiques publiques. Ses ambitions ont toujours été les miennes. Et à l’heure de la contrainte budgétaire, jamais un programme n’aura plus utilement démontré que l’efficacité n’est pas seulement une question de moyens mais c’est tout aussi une question de méthode et d’organisation.

Depuis toujours, je vois dans l’Etat Républicain le symbole actif d’une France unie et solidaire. L’Etat minimal n’a jamais été dans ma philosophie politique. Mais c’est précisément au nom d’un Etat protecteur et moderne que je milite pour une rénovation permanente de la puissance publique.

C’est une question de légitimité, car on ne peut pas d’un côté demander à toute la société française de se retrousser les manches et de s’adapter, et de l’autre, exclure l’Etat de toutes remises en cause. Un tel décalage ne serait pas compris de nos concitoyens. Il ne pourrait à terme que créer un divorce entre les Français à qui on demande plus et l’Etat à qui on demanderait moins.

C’est aussi un problème d’efficacité car en bien des domaines nos structures et nos habitudes étatiques ne correspondent plus ou ne correspondaient plus aux mutations de la société française. Et c’est enfin un problème financier parce que face à la crise des dettes souveraines, tout le monde est appelé à faire des efforts et en premier lieu l’Etat.

Quand je lis que certaines formations politiques mettent au rang de leurs priorités « l’abandon de la RGPP », je suis saisi de stupéfaction. Et je me pose une question : Est-ce que ses opposants ont bien mesuré la portée de ce qu’ils préconisent ?
La RGPP est devenue un sigle, j’en conviens peu séduisant. Et certains en profitent pour l’affubler de tous les maux, alors que c’est une idée pragmatique que de nombreux pays étrangers ont eu le courage de formuler et d’appliquer avant nous. Abandonner la Révision Générale des Politiques Publiques ce serait un non-sens absolu. Cesser de repenser continuellement nos politiques publiques, cela reviendrait à figer l’Etat dans ses structures, dans ses effectifs et dans ses modes d’intervention. Comme si les services publics pouvaient se passer d’évoluer en même temps que leurs usagers et en même temps que les réalités économiques qui les environnent.
Ceux qui proposent un retour en arrière accréditent l’idée que l’Etat est un Léviathan, hors du temps, non tenu de rendre des comptes, loin des préoccupations de nos concitoyens. Je veux dire que ces poncifs sont inacceptables et les fonctionnaires en sont les premières victimes. On croit les flatter en leur faisant croire que l’avenir sera délié de toute nécessité d’adaptation ; en réalité, on les discrédite. C’est injuste, parce que les fonctionnaires ont démontré une véritable capacité d’adaptation au cours de ces dernières années.

Je veux rendre hommage à leur engagement, je veux rendre hommage à votre engagement, à celui de vos équipes, dans chacune de vos administrations : en région, dans les départements et dans les services centraux.

Au fond, la Révision Générale des Politiques Publiques se résume à un pari : celui de satisfaire trois publics à la fois : Les usagers, qui sont naturellement soucieux de la qualité du service rendu. Les contribuables, soucieux de l’utilité de chaque dépense publique. Et les fonctionnaires, soucieux du sens qui est donné à leur action et aux conditions d’exercice de leurs métiers.

Au terme de plus de quatre années de réformes très denses, ce pari difficile a été tenu. Bien sûr, il y a des crispations, il y a des réticences, mais pour un chantier de cette ampleur, peut-il en être autrement ? Et je me plais aussi à penser que ce même chantier aurait été lancé il y a plus longtemps il aurait suscité des réactions d’une autre nature et d’une autre violence. Bien sûr, dans un pays qui tout au long de son histoire a été accoutumé à un Etat indiscuté et dominant, comment ne pas comprendre les doutes et les résistances ? Mais le défi a été relevé et ce succès mérite que l’on fasse justice, une fois pour toutes, à trois contre-vérités qui ont cours sur la Révision Générale des Politiques Publiques.

La première, c’est l’idée selon laquelle cette RGPP se fait au détriment des services publics. C’est profondément faux. Les bénéficiaires de la RGPP, ce sont les Français. Et pourtant c’est la dimension dont on parle le moins. En quelques années, l’administration a franchi des étapes décisives pour sa lisibilité et pour son accessibilité au public. Dans tous les secteurs, des guichets uniques se mettent en place pour les entreprises et les particuliers. La réforme des administrations territoriales de l’Etat est spectaculaire. En fusionnant, les anciennes directions régionales sont passées de 20 à 8, et les anciennes directions départementales de 10 à 2 ou 3 selon les départements. C’est un effort sans précédent.

A l’échelon départemental, une lisibilité inédite a été offerte aux usagers avec le regroupement dans un cadre interministériel des trois domaines que sont la cohésion sociale, la protection des populations et les territoires. Beaucoup d’entre vous ont été les protagonistes de ce chantier emblématique. Je sais qu’il a exigé de vous un immense travail préparatoire sur le plan humain, sur le plan logistique, sur le plan immobilier. Maintenant que ces directions sont pleinement opérationnelles, je voudrais une nouvelle fois vous remercier.

Evidemment tout n’est pas réglé mais il y aura indéniablement un avant et un après la Réforme de l’Administration Territoriale de l’Etat. La création de la Direction Générale des Finances Publiques procède d’une fusion que chacun appelait de ses vœux sans jamais oser la faire. Désormais, les 750 services des impôts aux particuliers sur le territoire sont constitués et ils sont opérationnels.

La création de Pôle Emploi et de ses 910 agences par rapprochement des agences Assedic et Unedic a été un progrès au service des demandeurs d’emploi, désormais en contact avec un interlocuteur unique.

La refonte de la carte judiciaire a rationalisé la présence des tribunaux sur le territoire. Elle a donné aux nouvelles juridictions une activité et une taille qui assure aux usagers un meilleur accès à la justice, une meilleure continuité et de meilleurs délais de traitement. Dans la même logique, la mutualisation en bases de défense, effective depuis le 1er janvier, a profondément modernisé notre appareil de Défense. Toutes ces réformes, nous avons le devoir de mieux les expliquer. Il ne s’agit pas d’idéaliser ce que nous avons fait mais d’expliquer que cette démarche de rationalisation est juste, qu’elle est concrète, et qu’elle correspond à l’intérêt national. Nous devons faire savoir que la Révision Générale des Politiques Publiques a facilité la vie quotidienne de nos concitoyens en dématérialisant une centaine de procédures.

Qui sait qu’aujourd’hui, 10 millions de Français peuvent faire en ligne une demande d’inscription sur les listes électorales ? Que 50 % des jeunes effectuent leur recensement en ligne ? Qu’un Français sur trois ayant déménagé communique son changement d’adresse à 12 services publics en un seul clic, ou que 30 % des Français font leur déclaration d’impôts en ligne ? A la fin de cette année, les usagers pourront réaliser 80 % des démarches prioritaires en ligne, contre seulement 30 % en 2007. Nous avons aussi testé des mesures destinées à faciliter le traitement des procédures administratives les plus courantes, comme l’obtention d’une carte d’identité, d’un droit de séjour ou d’un permis de conduire. Dans 35 départements expérimentateurs, la révision des procédures a eu un impact significatif, et notamment sur le temps d’attente. En 2012, ces expériences seront étendues à l’ensemble des départements, améliorant encore ainsi l’accessibilité et la proximité des services publics sur l’ensemble du territoire national.

Bien d’autres chantiers sont en cours, et des chantiers qui sont en passe de devenir incontournables pour les usagers. Le Gouvernement rendra public en décembre, un rapport qui fera le point complet sur leur état d’avancement.

La Révision Générale des Politiques Publiques ne doit donc en aucun cas s’arrêter. Le prochain quinquennat aura la responsabilité d’approfondir tout ce que nous avons engagé.

Sur l’avenir de cette Révision Générale des Politiques Publiques, je crois que personne ne doit être dupe. Qui peut laisser croire qu’on reviendra demain à 30 directions régionales ou à 2 réseaux concurrents pour la recherche d’emploi ? Qui peut croire que l’on va recréer 30 % des tribunaux que la réforme de la carte judiciaire a permis de supprimer ? Ou encore qu’on va démonter les bases de Défense qui, tout juste créées, ont déjà prouvé leur pertinence pour accompagner les interventions militaires de la France à l’étranger ? Pas plus qu’au statu quo, je ne crois aux retours en arrière, surtout lorsque les progrès réalisés sont d’intérêt général.

La seconde contre-vérité à laquelle je veux faire un sort, c’est l’idée selon laquelle la RGPP ne rapporterait finalement que très peu au contribuable au regard de l’ampleur des enjeux financiers auxquels nous sommes soumis. Les pourfendeurs de la RGPP ne sont pas avares de contradictions : d’un côté, elle "casserait" - disent-ils - le service public et de l’autre côté elle ne rapporterait presque rien. Au-delà de la contradiction, c’est un raisonnement qui est non seulement faux mais qui est un raisonnement à très courte vue. Il est faux parce que le bilan chiffré est tout sauf dérisoire. Grâce aux mesures mises en œuvre, l’Etat aura économisé plus de 15 milliards d’euros entre 2009 et 2013, dont la moitié sont déjà acquis.

A courte vue parce que les réorganisations opérées réalisent des économies d’échelle qui améliorent structurellement le fonctionnement interne de l’administration. En créant par exemple le Service des Achats de l’Etat ou un pilote comme France Domaine pour l’immobilier, nous obtenons des économies significatives dès les premières années. Entre 2009 et 2013, la RGPP aura permis d’économiser 3,6 milliards d’euros en dépenses de fonctionnement. Mais lorsqu’on mutualise ainsi nos moyens, lorsqu’on professionnalise nos outils, on prépare surtout des économies pour les décennies à venir.

Nous appliquons les mêmes efforts structurels aux dépenses de personnel. J’affirme qu’il aurait été profondément irresponsable de laisser l’inflation des effectifs se poursuivre au rythme des dernières décennies. En 2007, on comptait un tiers de fonctionnaires de plus qu’en 1980. C’était une dynamique très supérieure à l’évolution de la population active de notre pays, qui avait été de l’ordre de 15 %. Bref, c’était une dynamique peu responsable, qui, au surplus, ne garantissait pas une offre de service supérieure. Je crois que les fonctionnaires n’ont rien à gagner à être toujours plus nombreux. Ils gagnent surtout à être mieux considérés, à être mieux respectés, à être mieux organisés, et surtout à être perçus comme ce qu’ils sont, c’est-à-dire un des fers de lance de la République.

En dépit de ces faits, le non remplacement d’un départ sur deux à la retraite fait l’objet de toutes les caricatures. La RGPP n’a pas été conçue pour pratiquer des coupes sombres dans les effectifs des services. C’est même l’inverse. Si le Gouvernement avait voulu supprimer, dans chaque service, un fonctionnaire sur deux partant à la retraite de manière arbitraire et forfaitaire, nous n’aurions pas eu besoin de passer en revue chacune de nos politiques publiques. C’est la RGPP qui nous a permis d’appliquer la règle de manière différenciée dans chaque secteur. Ainsi nous avons pu, d’un côté, augmenter les effectifs des universités et des tribunaux et de l’autre, aller au-delà du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans les secteurs où cela était possible.

Enfin et surtout, la RGPP a permis d’identifier les activités sur lesquelles l’effort devait peser. Je pense en particulier aux Forces de Sécurité, dont Claude Guéant connaît mieux que quiconque le fonctionnement. La mise en œuvre du "un sur deux" s’est faite en préservant intégralement la présence opérationnelle des agents, et en allant trouver les gisements de productivité sur les fonctions support ou sur les missions à plus faible valeur ajoutée.

Le Gouvernement aurait pu opter pour le confort et la facilité de laisser filer les effectifs comme la plupart de ses prédécesseurs. Au lieu de quoi, il a eu le courage d’inverser la tendance pour l’Etat. Entre 2008 et 2012, nous avons ainsi supprimé 150 000 postes. 150 000 recrutements de moins, c’est 200 milliards d’économies à l’échelle d’une carrière complète, pension comprise. La RGPP a veillé à ce que tous les services soient concernés. Les services déconcentrés ont été mis à contribution, les administrations centrales aussi, en diminuant leurs effectifs de 10 % sur la période du quinquennat. Désormais, on applique aux opérateurs de l’Etat les mêmes contraintes que celles que subissent les ministères en matière de réduction des effectifs et des dépenses de fonctionnement.

Alors, restent les collectivités locales.

Avec Valérie Pécresse, nous venons – parce que nous ne pouvions pas faire plus constitutionnellement – de les inviter à la transparence en rendant systématique pour les régions, les départements et les communes de plus de 50 000 habitants la publication d'un rapport sur l'évolution de leurs dépenses. Je demanderai aux inspections générales des finances et de l’administration d’assurer un suivi précis de cette mesure. En effet, la dynamique de ces dernières années, avec plus de 40 000 recrutements par an, ne peut plus durer. Il faut que toutes les collectivités adoptent une démarche aussi rigoureuse que celle de l’Etat dans leur gestion et dans la maîtrise de leurs effectifs, qu’elle porte le nom de Révision Générale des Politiques Publiques ou un autre. En tout cas, l’Etat est prêt à apporter son aide méthodologique à toutes les collectivités locales qui seront volontaires.

Je veux ajouter qu’il n’y a pas d’autres options et qu’en tout état de cause si nous ne parvenions pas à convaincre, nous serions amenés immanquablement à agir sur les transferts de l’Etat – les transferts financiers de l’Etat – vers les collectivités territoriales. Alors à contre-courant de ces réalités, certains promettent d’embaucher massivement de nouveaux agents publics.
Ils avancent l’idée qu’il faudrait recréer un à un chaque poste d’enseignant supprimé par le Gouvernement et donc embaucher plusieurs dizaines de milliers d’enseignants supplémentaires. Sur le long chemin qui doit nous conduire à la maîtrise des effectifs, cela pose de sérieuses questions.

J’aimerais savoir quel raisonnement conduit à estimer que le système éducatif français a besoin en 2017 au minimum du même nombre d’enseignants qu’en 2007 et ceci, indépendamment de toute considération sur la démographie des élèves et sur l’optimisation de notre système. Et j’aimerais beaucoup qu’on m’explique comment on peut embaucher massivement dans un secteur qui représente la moiti?? de la Fonction publique de l’Etat, tout en maîtrisant au total l’inflation des effectifs. Parce que pour l’instant, je ne vois qu’une issue à cette équation improbable : c’est la suppression massive d’effectifs dans tous les autres ministères.

Qu’on me comprenne bien : nous ne demandons pas à la RGPP de rétablir à elle seule l’équilibre des finances publiques mais pour y parvenir, c’est un instrument incontournable qui a fait ses preuves. Pour la première fois depuis 1945, la masse salariale de l’Etat n’augmentera pas en 2012. J’ai dit plusieurs fois que c’était le budget le plus rigoureux depuis 1945, j’ai d’ailleurs dit en ne faisant que répéter ce qu’avait dit avant moi Valérie Pécresse, mais j’ai bien vu que certains observateurs pensaient que j’avais les chevilles qui avaient gonflé tout d’un coup et que cette référence à 1945 semblait très improbable. C’est juste la vérité. C’est juste la vérité, c’est la première fois que les dépenses de l’Etat baissent et c’est la première fois que la masse salariale n’augmentera pas en 2012. Alors c’est peut-être insuffisant par rapport aux objectifs très ambitieux que nous nous sommes fixés en matière de réduction des déficits, mais en tout cas ça devait être assez difficile pour que personne ne l’ait enclenché avant.

Dans le cadre des engagements pris pour un retour à l'équilibre en 2016, l'ensemble de la sphère publique doit être en effet mobilisée en continue. Je vais demander à l’Inspection des finances d’identifier les économies nécessaires sur les dépenses de l’Etat pour tenir notre trajectoire de retour à "zéro déficit" en 2016.
S'agissant des dépenses d'assurance maladie, comme je l'ai indiqué le 7 novembre, nous nous sommes fixés l'objectif de stabiliser la croissance de l'Ondam à 2,5 % sur les prochaines années, au-delà de 2012.
Je vais dans cette perspective saisir dans les prochains jours l’Inspection des Finances et des Affaires sociales pour qu'elles identifient sans tabou les économies nécessaires pour mieux maîtriser l'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie. Je souhaite qu'elles s'intéressent aussi aux dépenses de fonctionnement et à leur optimisation. Et elles me rendront leurs premières conclusions pour le mois d’avril prochain. On reproche souvent aux gouvernants leur manque d’anticipation et leur manque de constance.

Avec la Révision Générale des Politiques Publiques, nous n’avons pas attendus d’être au pied du mur pour faire de la lutte contre les déficits publics une priorité absolue. D’ailleurs, j’ose à peine imaginer ce qu’on entendrait aujourd’hui si nous n’avions pas engagé il y a quatre ans, le pays dans cette voie.

Il y a enfin une dernière contre-vérité que je veux battre en brèche. Je n’accepte pas que l’on insinue que les fonctionnaires qui mettent en œuvre la RGPP en seraient les premières victimes. L’une des clés du succès de toute réforme administrative, c’est le lien qui relie réforme de l’Etat et réforme de la Fonction publique. En lançant la RGPP le 10 juillet 2007, je me souviens avoir insisté sur le volet ressources humaines. En quatre ans, l’évolution de la fonction publique a été aussi significative que la réforme des structures administratives.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a eu aucune réticence, aucune contestation, aucune opposition, mais c’est l’esprit de responsabilité qui a finalement régné et je veux dire que les Fédérations de Fonctionnaires ont accompagné cette réforme avec cet esprit de responsabilité. Quatre accords majeurs ont en effet été signés entre le Gouvernement et les syndicats depuis le début du quinquennat. Un accord sur les salaires en février 2008. Un accord sur la rénovation du dialogue social en juin 2008. Un autre sur les conditions de travail en novembre 2009, et enfin en mars 20011 sur la place des agents contractuels. C’est donc véritablement une nouvelle ère qui s’est ouverte pour le dialogue social dans la Fonction publique, qui met l’audience au cœur de la représentativité syndicale et qui reposera demain sur le principe de l’accord majoritaire.

Les élections du 20 octobre dernier, dans un cadre totalement rénové, ont été dans ce contexte, un moment très important de notre démocratie sociale. Pour la première fois, ont voté en même temps les agents de la Fonction publique de l’Etat et de la Fonction publique hospitalière. Avec François Sauvadet, notre volonté pour la Fonction publique est à la fois simple et ambitieuse : retrouver les valeurs fondatrices du statut général des fonctionnaires de 1946, qui équilibre les droits et les obligations des fonctionnaires. Parmi ces droits, il y a la carrière et il y a la mobilité.

Il était incompréhensible qu’un agent ne puisse changer de fonction parce qu’un texte ne l’avait pas prévu ou parce qu’un texte s’y opposait. Nous avons mis un terme à ces aberrations avec la loi relative à la mobilité et aux parcours professionnels des fonctionnaires d’août 2009. J’ai bien conscience que sur le terrain, la mobilité reste encore difficile, et qu’elle est parsemée d’embûches. C’est dû évidemment à notre Histoire, au caractère segmenté de notre Fonction publique. C’est dû à une Histoire qu’il faut réécrire et qui conduit, qui conduisait à des carrières heurtées. Pour y remédier, nous avons lancé un plan quinquennal de 150 fusions de Corps ; à terme, la Fonction publique de l’Etat ne comptera plus que – encore, c’est encore beaucoup – 200 Corps, soit 5 fois moins qu’en 2003.

L’évolution des rémunérations fait aussi partie de notre pacte avec les fonctionnaires. Il est juste que les fonctionnaires bénéficient des efforts de productivité imposés par le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Le président de la République s’y était engagé et la moitié des économies générées a été reversée aux agents.

De 2007 à 2011, la rémunération moyenne des agents a augmenté de 19 %. Ce qui, en tenant compte de l’inflation, donne une augmentation de leur pouvoir d’achat de l’ordre de 10 %. Je sais bien que c’est une moyenne et que cette moyenne n’est naturellement pas applicable à tous les cas mais c’est une moyenne qui en dit long sur l’effort qui a été engagé dans une période qui est une période de crise. Nous allons maintenir cet engagement. En 2011, cette augmentation sera de 3,2 %, donc à un niveau supérieur à l’inflation et à un niveau supérieur au secteur privé. Je sais bien que les fonctionnaires ont parfois le sentiment que leur fiche de paie évolue trop peu ou trop lentement. Mais je veux dire que nous partons de loin. Et j’invite chacun à mesurer l’investissement que représentent les chiffres que je viens de citer. Certains de nos voisins n’ont pas hésité, confrontés aux difficultés financières, à diminuer les rémunérations des fonctionnaires. En 2010, en Espagne, on a vu un Gouvernement réduire les salaires de 5 % tout en ne remplaçant qu’un départ sur 10 à la retraite. Nous avons adopté quant à nous, une politique équilibrée, qui consacre notre attachement au travail des fonctionnaires en cherchant à leur offrir un juste retour sur leurs efforts.

Il est aussi indispensable que les rémunérations tiennent davantage compte des mérites et de la performance individuelle. La Fonction publique a longtemps souffert de son uniformité, incarnée par des augmentations générales du point fonction publique qui saupoudrent les efforts et qui ne satisfont en définitive, personne. Le gel du point de la Fonction publique était budgétairement incontournable. Mais avec les marges de manœuvre qu’il a permis de dégager, nous avons pu mettre en place des outils plus intéressants du point de vue des ressources humaines. Je pense à la révision des grilles en contrepartie d’allongement des durées de carrière ; à la valorisation des heures supplémentaires ; à l’extension des primes de fonctions et de résultats.

Il nous reste maintenant à généraliser ces outils. Et il nous reste à faire converger les primes des agents qui occupent les mêmes fonctions. Dans cinq ans, si nous maintenons cette trajectoire, ces primes auront été harmonisées pour les agents appartenant aux mêmes Corps et exerçant les mêmes responsabilités, dans les mêmes services déconcentrés.

Dans les directions départementales interministérielles, nous bâtissons la convergence progressive des conditions de travail ; de la rémunération versée au titre des astreintes ; de la restauration collective et des séjours d’enfants. Le volet indemnitaire doit être la prochaine étape.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les changements que nous avons enclenchés et poursuivis pour rénover les Ressources humaines. Je crois que toutes ces réformes démontrent l’attention que le Gouvernement porte à la modernisation de sa Fonction publique et surtout la considération qu’il voue aux hommes et aux femmes qui la servent. J’ai bien conscience que sur le terrain, les frustrations et les pertes de repères peuvent encore être grandes. J’ai conscience que notre côté volontariste peut bousculer des acquis et des habitudes, mais vous savez comme moi que l’Etat ne se transforme que s’il y a une volonté de faire avancer les choses. Sinon c’est l’inertie qui immanquablement reprend ses droits.

La réorganisation territoriale de l’Etat c’est une réforme particulièrement difficile. Et c’est justement pour cela que nous avions besoin d’une révision générale des politiques publiques, et que nous avions besoin de la conduire avec persévérance. La réforme de l’Etat ce n’est pas une option parmi d’autres ; c’est la matrice de toutes les réformes parce que l’Etat est l’un des piliers de notre société. Si l’Etat ne bouge pas, c’est la France elle même qui est immobile. Voilà des décennies que l’administration et les services publics financent à crédit leur fonctionnement, leur croissance et leurs interventions. Le Gouvernement a opté pour une pratique vertueuse, conscient que pour réaliser des investissements d’avenir il faut dégager des marges de manœuvre et pour dégager des marges de manœuvre il faut maîtriser les dépenses globales de l’Etat.

La contrainte financière ne signifie pas la fin de tous les projets ; de toutes les ambitions, au contraire. Elle ne les limite que dans la mesure où nous restons figés sur des schémas anciens, avec pour seule et sempiternelle logique d’augmenter les dépenses publiques pour tenter de résoudre des problèmes structurels ou culturels qui persistent dans notre pays. Il faut au contraire que nous soyons capables de nous saisir de cette contrainte financière comme d’un tremplin pour repenser notre organisation, nos réglementations et nos façons d'agir.

C’est l’occasion de se demander quelles réformes sont réellement nécessaires au progrès économique et social. Et c’est pour l’Etat et ses agents, une façon de réactualiser ce principe, si actuel et si digne du service de l’intérêt général.
Je suis convaincu que la Révision Générale des Politiques Publiques fera date dans l’histoire administrative de notre pays. Elle aura incarné une prise de conscience collective, que les pratiques peuvent changer et les politiques publiques se réinventer.
En cela, Mesdames et Messieurs, les serviteurs de l’Etat se seront révélés les acteurs d’une France en mouvement, d’une France qui se reforme pour garantir sa souveraineté nationale.

Je pense que l’Histoire dira peut-être que nous n’avons pas été assez vite et assez fort mais certainement pas que nous n’avons pas pris la bonne direction.


Source http://www.gouvernement.fr, le 1er décembre 2011

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