Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à "Tout sur l'Algérie" (TSA) le 4 décembre 2011, sur la politique de l'immigration, l'arrivée au pouvoir de formations islamistes en Tunisie et au Maroc et les relations bilatérales entre la France et l'Algérie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à "Tout sur l'Algérie" (TSA) le 4 décembre 2011, sur la politique de l'immigration, l'arrivée au pouvoir de formations islamistes en Tunisie et au Maroc et les relations bilatérales entre la France et l'Algérie.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration

Circonstances : Visite à Alger le 4 décembre 2011

ti : - Quel est l’objet de votre visite en Algérie ?

Je viens en Algérie à l’invitation de mon homologue algérien Dahou Ould kablia, ministre de l’Intérieur que j’avais eu l’occasion de rencontrer au mois de mai à Paris lors de la réunion du G8 élargi sur la lutte contre le trafic international de la drogue. Nous avons ensemble beaucoup de sujets d’intérêts communs : nos organisations administratives de part et d’autre de la Méditerranée réciproques. Notre coopération dans le domaine de la protection civile est importante, la coopération décentralisée – vous savez qu’il y a un grand nombre de jumelages entre les villes françaises et algériennes, Tlemcen-Montpellier, Oran-Bordeaux, Constantine-Grenoble – contribue à rapprocher les populations.

De surcroît, il est fondamental que nous continuions à coopérer étroitement dans la lutte contre le terrorisme. Nous ferons aussi le point des discussions en cours sur les questions migratoires.

- En France, plusieurs de vos déclarations sur les musulmans et les étrangers ont suscité des polémiques et votre politique en matière d’immigration suscite également beaucoup d’inquiétudes …

Ces polémiques ont été alimentées par l’opposition, qui a intérêt à exagérer et déformer la portée de mes propos. Je dis simplement que la France doit maîtriser et réduire les flux migratoires – de 10% dans un premier temps – si elle souhaite conserver la capacité d’intégrer convenablement et dignement les étrangers qu’elle accueille sur son sol.

De même, je n’ai évidemment jamais tenu de propos désobligeants sur les personnes de confession musulmane. J’ai simplement dit que nous devions traiter certaines questions concrètes. Par exemple, il y a eu le problème des prières de rue : ces pratiques ne sont pas conformes au principe de laïcité. J’ai demandé à ce qu’elles n’aient plus lieu. Le dialogue avec les représentants du culte musulman a permis de trouver les bonnes solutions. La France est un pays ouvert et entend le rester, mais si nous voulons éviter les préjugés et les dérives xénophobes, nous devons prendre un certain nombre de mesures attendues par nos concitoyens.

- Vous envisagez de réviser les lois sur l’immigration familiale et la nationalité. Quelles sont les principales modifications que vous comptez apporter à ces textes ?

Aujourd’hui, l’immigration familiale représente 80 000 entrées chaque année. Depuis 2007, le Gouvernement a déjà pris des mesures, par exemple en réformant le regroupement familial. Je souhaite aujourd’hui que nous luttions plus efficacement contre certains abus, comme les mariages de complaisance contractés dans le seul but de s’installer en France.

Par ailleurs, nous souhaitons mieux maîtriser notre politique d’accès à la nationalité française en demandant à ceux qui souhaitent devenir français de s’approprier notre langue, nos principes et nos valeurs.

- Quel est le nombre d’Algériens expulsés de France en 2011 ?

Nous ne ciblons aucune nationalité en particulier. Nous menons avec détermination une politique de lutte contre l’immigration clandestine, quel que soit le pays d’origine. Ceux qui entrent irrégulièrement en France vivent dans l’illusion d’un avenir meilleur, qui, en réalité, n’existe pas. Trop souvent, ils sont exploités par les filières qui vivent du trafic de l’immigration clandestine.

- Deux Français ont été enlevés cette semaine dans le nord du Mali. En matière de lutte contre le terrorisme, qu’attendez-vous de l’Algérie, sachant qu’elle est hostile au paiement de rançons et à toute intervention de forces étrangères au Sahel ?

Vous avez raison de dire que la France est très préoccupée par la situation au Sahel. Notre pays paie un lourd tribut à l’insécurité qui y règne. C’est un des sujets, bien sûr, sur lesquels nos deux pays ont intérêt à se concerter et à coopérer. Nous connaissons en effet le rôle important que joue l’Algérie pour contenir, et j’espère un jour démanteler, des groupes terroristes qui doivent cesser de nuire. Nous nous félicitons d’un certain nombre d’initiatives prises par l’Algérie telles que les deux récentes conférences sur le terrorisme au Sahel qui se sont tenues à Alger en septembre et la semaine dernière.

- Vous êtes un proche du président Nicolas Sarkozy. À quelques mois de l’élection présidentielle, plusieurs hauts responsables français ont déjà visité l’Algérie cette année. Votre visite s’inscrit-elle aussi dans ce cadre ?

A vrai dire, cette visite n’a rien à voir avec l’échéance présidentielle française. Ce qui est exact en revanche, c’est que d’un commun accord entre le président Bouteflika et le président Sarkozy, nous avons relancé l’année dernière notre relation bilatérale après une période de deux années difficiles. J’avais moi-même d’ailleurs à cette époque, à la demande du président de la République, joué un rôle dans la mise en œuvre de ce dessein commun. C’est dans ce contexte que j’avais eu l’honneur de m’entretenir avec le président Bouteflika et le Premier ministre Ouyahia et d’ouvrir la voie à la mission de Jean-Pierre Raffarin.

Je suis heureux de constater que cette relance a notamment été illustrée par les visites en Algérie de membres du gouvernement français – Alain Juppé, Frédéric Mitterrand, Jeannette Bougrab – ainsi que de personnalités politiques comme le président Poncelet, Jean-François Copé, Jean-Pierre Chevènement. C’est un plaisir pour moi que de mettre mes pas dans ceux de ces personnalités et de contribuer, à mon tour, en tant que ministre de l’Intérieur à la proximité et à la densité de nos relations bilatérales.

- La Tunisie et le Maroc viennent de connaître des élections législatives transparentes. Quelle est votre réaction à l’arrivée au pouvoir de formations islamistes dans ces pays ?

Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur les résultats des élections au Maroc et en Tunisie. C’est le choix des peuples marocain et tunisien. Nous n’avons aucun a priori sur les partis à référence religieuse dès lors qu’ils respectent les règles du jeu démocratique et les droits de l’homme.

- Comment jugez-vous l’état des réformes politiques en Algérie ?

S’agissant de l’Algérie, notre regard est empreint de l’amitié qui résulte de la proximité historique, géographique et humaine de nos deux pays. Mais ce n’est certainement pas à nous de dire aux Algériens ce qu’ils doivent faire ! Les pays du monde arabe et du bassin méditerranéen font leurs réformes chacun à leur rythme : la voie algérienne n’est pas calquée sur ce qui se passe ailleurs. Nous apprécions et encourageons les efforts des autorités pour répondre aux aspirations du peuple algérien.

- En octobre dernier, vous avez déclaré : « le président de la République française est allé en Algérie, il a eu des propos extrêmement forts sur ce moment douloureux de notre passé entre l’Algérie et la France. Il a tourné la page ». S’agit-il de la réponse définitive de la France aux demandes algériennes sur la repentance ?

Il y a, c’est vrai, de la part de certains, une attente de repentance. Nous l’avons dit à plusieurs reprises, nous ne sommes pas sur cette ligne-là. Cela ne veut pas dire que nous ne reconnaissons pas ou n’assumons pas notre histoire qui a été aussi, un certain temps, la vôtre. La page dont vous parlez, c’est une page d’histoire, douloureuse pour les Algériens, douloureuse aussi pour les Français qui vivaient alors en Algérie. Cette page, comme le rappelait récemment un ministre algérien, il nous revient de la tourner, sans pour autant la déchirer : c’est ce qu’a fait le président de la République lorsqu’il est venu à Alger en décembre 2007, puis à Constantine où il a condamné « un système colonial, injuste par nature qui ne pouvait être vécu que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation ». « Un système contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité ». Ces mots sont extrêmement forts, aucun autre chef d’État ne les a prononcés avant lui.


Source http://www.ambafrance-dz.org, le 5 décembre 2011

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