Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à "La Folha de Sao Paulo" le 14 décembre 2011, sur la crise de la zone euro, le soutien de la France aux "printemps arabes", l'appui pour l'attribution au Brésil d'un siège permanent au Conseil de sécurité et la coopération militaire entre la France et le Brésil. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à "La Folha de Sao Paulo" le 14 décembre 2011, sur la crise de la zone euro, le soutien de la France aux "printemps arabes", l'appui pour l'attribution au Brésil d'un siège permanent au Conseil de sécurité et la coopération militaire entre la France et le Brésil.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage officiel au Brésil du 14 au 17 décembre 2011

ti : Q - Face à la crise économique actuelle, l’Europe s’apprête-t-elle à connaître une «génération perdue», tel que l’affirme Angela Merkel?

R - La stagnation de l’économie européenne peut être enrayée. L’Europe doit se réorganiser et se désendetter. C’est ce que nous faisons collectivement.

L’Europe conserve de très réels atouts : la dynamique d’un très grand marché de 500 millions de consommateurs, des infrastructures de grande qualité, des entreprises performantes, des pôles d’excellence scientifiques, universitaires et technologiques.

L’intégralité de nos efforts vise à recréer la confiance en Europe et à préparer un retour de la croissance. Je suis convaincu que nos dernières décisions vont y contribuer.

Q - Que répondez-vous à ceux qui voient dans la crise actuelle le reflet d’une Europe en déclin économique et géopolitique inéluctable?

R - Il est normal que la mondialisation conduise à un mouvement de rattrapage des pays émergents. Mais, l’Europe a toutes les cartes en main pour maîtriser son destin et profiter de cette mondialisation. Et il n’est en rien écrit que la crise conduise à son déclin. Bien au contraire, cette crise l’oblige à ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure, sur une véritable révolution qui a commencé. Elle lui offre l’opportunité de se remettre en question, de transformer sa société, d’accentuer la productivité de son économie et de moderniser sa gouvernance. Je note d’ailleurs, que dans un contexte extrêmement difficile, nous avons fait plus de progrès en matière de régulation économique et financière en Europe en quelques mois qu’en plus de vingt ans. Cette crise nous oblige souvent à «faire mieux avec moins», nous pousse à mutualiser nos forces au niveau européen et nous incite à exploiter au maximum nos atouts dans la compétition mondiale, comme la qualité de notre capital humain, de nos infrastructures et de nos technologies. Rappelons-le : l’Europe demeure le premier marché au monde et la première puissance commerciale au monde, sa part dans les échanges commerciaux (plus de 16 %) se maintenant à ce niveau malgré la crise et l’acuité de la concurrence internationale. Ne cédons donc pas à la tentation - d’ailleurs bien européenne - qui consiste à se complaire dans l’idée que l’Europe est un continent essoufflé !

Q - Les pays émergents, tels que le Brésil, peuvent-il apporter une aide à l’Europe en crise? Si oui, sous quelle forme?

R - La crise de l’Europe est en vérité une crise de l’endettement public excessif de certains pays européens. L’Europe, sous l’impulsion du président Sarkozy et de la chancelière Merkel, a pris des mesures fortes : plans de sauvetage, mesures de discipline budgétaire, mise en place de pare-feux pour éviter la contagion. Le Brésil doit garder confiance dans l’eurozone. Les résultats du Conseil européen du 9 décembre démontrent notre très forte détermination à refonder la zone euro sur une gouvernance à la fois plus rigoureuse et plus solidaire. C’est sur cette base que nous attendons du Brésil qu’il prenne part à toute initiative internationale visant à renforcer les mécanismes de gestion de crise en partenariat avec le FMI, dont une modalité pourrait être une augmentation des ressources du FMI via des prêts bilatéraux.

Q - Face à la baisse de popularité du président Sarkozy et à l’avance de l’opposition dans les sondages pour l’échéance de 2012, le gouvernement français regrette-t-il d’avoir pris des décisions impopulaires ?

R - Non, l’approche des élections présidentielles ne remet pas en cause la stratégie réformatrice du président de la République et du gouvernement. Et pour deux raisons. La première, c’est que la crise des dettes européennes nous commande de respecter nos objectifs en matière de baisse des déficits, sous peine de voir la crédibilité financière de la France, qui reste forte, s’affaiblir.

La deuxième raison, c’est que face à la crise, le courage, la cohérence et l’expérience de Nicolas Sarkozy constitueront un atout face à ses opposants qui n’ont pas pris la mesure des défis actuels

Q - Pourquoi la France s’est-elle si vite et autant impliquée aux cotés des rebelles en Libye après s’être montrée hésitante en Tunisie et en Égypte?

R - En Libye, Kadhafi avait promis un bain de sang à sa population. Le président de la République avait clairement indiqué les conditions qui permettaient une intervention en Libye : une demande du peuple libyen puis de la Ligue des États arabes ; une autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies : c’est exactement ce qui s’est passé.

En Égypte et en Tunisie, la situation était différente, principalement parce que les dirigeants ont choisi de partir là où Kadhafi s’est obstiné jusqu’au bout.

Q - La France est-elle préoccupée par la montée des partis islamiques dans le sillage du Printemps arabe ?

R - Nous voulons faire confiance à ces nouveaux régimes dès lors que leurs dirigeants rejettent l’extrémisme sous toutes ses formes et s’engagent à respecter les libertés fondamentales.

Nous serons sur ces points vigilants, mais nous ne voulons pas faire de procès d’intention à des pays qui ont connu tant d’années de dictature et qui s’essayent à la démocratie.

Q - Le ministre de la Défense a critiqué récemment les pays émergents, le Brésil en particulier, en affirmant «qu’il était grand temps qu’ils deviennent émergents également en matière de respect des Droits de l’Homme». Partagez-vous cette opinion?

R - Il faut se méfier des déclarations sorties de leur contexte. Le mot critique ne me paraît pas approprié. Dans notre esprit, il s’agit plutôt d’un appel aux grands pays émergents qui revendiquent légitimement un rôle plus important dans la gouvernance mondiale. Le Brésil doit avoir toute sa place dans le système international et la France milite en ce sens depuis longtemps. Cela signifie plus de responsabilités, et notamment une obligation de résultats pour résoudre de graves crises internationales et sauver des vies. Il ne s’agit bien sûr pas du respect des droits de l’Homme au Brésil, mais de la condamnation internationale de pays qui violent ou ont violé ces droits. Nous avons à cet égard noté très positivement le vote récent, par le Brésil d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant les exactions du régime syrien.

Q - Les divergences entre la France et le Brésil au sein du Conseil de sécurité de l’ONU au sujet de la Libye, de l’Iran et de la Syrie dans une moindre mesure remettent-elles en cause le soutien de Paris à une réforme du Conseil de sécurité qui permette l’adhésion de Brasilia en tant que membre permanent ?

R - Absolument pas. La position de la France n’a pas changé. Nous sommes et restons plus que jamais de fervents partisans de l’attribution au Brésil d’un siège permanent au Conseil de sécurité. Parce que c’est une évidence et le sens de l’Histoire. Le président Sarkozy rappelle régulièrement notre appui à la candidature du Brésil lors de ses interventions internationales et je le redirai sans la moindre ambiguïté lors de ma visite au Brésil !

Q - Dans le cadre du marché pour la rénovation de la flotte d’avions de chasse utilisés par le Brésil, comment la France compte-t-elle répondre à l’annonce des USA promettant eux aussi un transfert de technologies sensibles ?

R - Notre partenariat stratégique avec le Brésil comporte un volet militaire dense. Dans ce cadre, il y a bien sûr des contrats d’armement, mais aussi une coopération en matière de défense de plus en plus étroite avec des transferts de technologie. Nous menons en particulier deux programmes ambitieux de construction de sous-marins et d’hélicoptères qui dépassent la simple fourniture d’armements et permettront au Brésil de franchir un palier industriel et technologique. Notre meilleur argument, c’est la qualité des transferts que nous sommes en train de réaliser. Nous tenons nos engagements. Dans le même esprit, nous avons proposé l’avion Rafale, à la fois projet militaire et projet industriel. Nous sommes confiants parce que nous pensons que l’offre française est la meilleure possible avec un transfert de technologie sans équivalent.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 décembre 2011

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