Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative à RMC le 13 décembre 2011, sur la candidature de Dominique de Villepin à l'élection présidentielle de 2012 et l'évaluation professionnelle des enseignants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative à RMC le 13 décembre 2011, sur la candidature de Dominique de Villepin à l'élection présidentielle de 2012 et l'évaluation professionnelle des enseignants.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative

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JEAN-JACQUES BOURDIN Nous allons être directs, nous allons faire de la politique et ensuite beaucoup d’enseignement, pendant cette demi-heure. Beaucoup d’Education. Mais, Luc CHATEL, première question, conférence de presse de Dominique de VILLEPIN tout à l’heure, sa candidature est-elle légitime ?
 
LUC CHATEL Ecoutez, sa candidature est-elle nécessaire à la majorité ? C’est ça la question. C’est la première fois que j’entends parler d’un rassemblement qui divise, si vous voulez, c’est un peu un nouveau concept, on veut rassembler, mais, de facto, on divise. Et, en politique…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc elle est illégitime ?
 
LUC CHATEL Ce n’est pas une question de légitimité, c’est une question de savoir ce qu’on peut apporter à la majorité, à ses idées. Je ne suis pas sûr que la candidature de Dominique de VILLEPIN apporte, aujourd’hui, quelque chose. Et, vous savez, en politique, il ne suffit pas d’être solitaire, je conseillerai à Dominique de VILLEPIN de rebaptiser son mouvement, qui s’appelle République Solidaire, République Solitaire. Il ne s’agit pas être seul, il faut rassembler, il faut réunir, il faut faire passer des messages dans l’opinion, et aujourd’hui, dans un moment de crise, on a besoin de serrer les coudes. Et je pense qu’aujourd’hui on a la chance d’avoir Nicolas SARKOZY à la tête du pays, qui a fait face à la crise, qui est courageux, qui résiste, qui permet à notre pays d’exister sur la scène internationale, eh bien c’est important de se rassembler derrière lui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais, il y a un risque d’un 21 avril à l’envers ? Franchement, sincèrement.
 
LUC CHATEL Sincèrement je ne crois pas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que certains l’ont dit, à l’UMP.
 
LUC CHATEL Oui. D’abord je ne suis pas sondeur, je ne suis pas prévisionniste, je ne suis pas commentateur.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, non, mais je vous pose la question.
 
LUC CHATEL Ce que je crois c’est que, aujourd’hui Nicolas SARKOZY est à même de rassembler derrière lui, compte tenu à la fois de son bilan et de l’espoir qu’il porte, lorsqu’il sera candidat, une part importante de Français, dès le premier tout.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN S’il y avait 21 avril à l’envers, imaginons, imaginons que vous vous retrouviez avec François HOLLANDE et Marine LE PEN, vous faites quoi ?
 
LUC CHATEL Mais on n’est pas…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous votez pour qui ?
 
LUC CHATEL Je ne fais pas de politique fiction moi, Jean-Jacques BOURDIN.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, vous n’en faites pas ?
 
LUC CHATEL Non.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc là vous ne vous prononcez pas ?
 
LUC CHATEL Non.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN D’accord. Luc CHATEL, nous verrons, si jamais ce cas se produit, ce que vous ferez…
 
LUC CHATEL Voilà, vous me réinviterez, mais comme ça ne se produira pas…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça ne se produira pas ?
 
LUC CHATEL Vous m’inviterez quand même.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ça ne se produira pas ?
 
LUC CHATEL Je ne crois pas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Luc CHATEL, François HOLLANDE pouvait-il ignorer les dysfonctionnements financiers de la fédération socialiste du Pas-de- Calais ?
 
LUC CHATEL Je ne crois pas. Je ne crois pas, et, si vous voulez, ça m’interpelle, parce que…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire qu’il a menti ? Il ment lorsqu’il dit « je ne savais pas » ?
 
LUC CHATEL Il ne décide pas. Si vous voulez…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Attendez. Est-ce qu’il ment, puisque vous ne croyez pas, vous ne le croyez pas ?
 
LUC CHATEL Oui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous le croyez ou vous ne le croyez pas ?
 
LUC CHATEL Mais laissez-moi terminer, laissez-moi répondre.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui.
 
LUC CHATEL François HOLLANDE c’est l’homme qui décide de ne pas décider, on a l’impression qu’il ne décide de rien. Il décide de rien sur le fond, il est pour la règle d’or, mais parce que c’est Nicolas SARKOZY qui le propose, il est contre, donc finalement on ne fait rien. Il est pour un accord avec les Verts, mais il s’aperçoit que c’est une bêtise, donc au total personne n’y comprend rien, et il ne décide de rien. Il a été 10 ans secrétaire du Parti socialiste, et il ne décide de rien, sur le fonctionnement de la fédération des Bouches-du-Rhône, ou le fonctionnement de la fédération du Pas-de- Calais. Qui dénonce cette situation ?
 
JEAN-JACQUES BOURDIN « Je ne savais pas », c’est ce qu’il dit. Vous le croyez ou vous ne le croyez pas ?
 
LUC CHATEL Mais écoutez, c’est très inquiétant. Un premier secrétaire qui ne sait pas ce qui se passe dans son propre parti !
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, vous ne le croyez pas ?
 
LUC CHATEL Moi je serai les Français… comment voulez-vous faire confiance à quelqu’un qui dit qu’il a été responsable d’un parti politique pendant 10 ans et qui ne sait pas ce qui se passait à l’intérieur ? Vous avez envie de lui confier les clés de la Maison France ?
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais je vous pose la question, est-ce que vous le croyez ou pas, lorsqu’il dit « je ne savais pas » ?
 
LUC CHATEL Ecoutez, moi je doute du fait qu’il puisse ne pas savoir de telles choses, voilà.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc il ment. A vos yeux il ment.
 
LUC CHATEL Et j’observe que les critiques viennent de son propre camp. Vous savez, c’est ceux qui connaissent le mieux François HOLLANDE qui le décrivent le mieux. Rappelez-vous des critiques de Ségolène ROYAL, disant précisément que Monsieur HOLLANDE n’avait jamais rien décidé de sa vie, et lisez en ce moment les critiques de monsieur MONTEBOURG qui, si je ne m’abuse, a été le principal soutien, principal ralliement, de monsieur HOLLANDE entre les deux tours.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Ce ne serait pas une catastrophe si nous perdions le triple A, si la France perdait le triple A, c’est ce qu’a dit hier le président de la République. Ce ne serait pas une catastrophe, alors qu’on s’est accroché depuis des mois à ce triple A ?
 
LUC CHATEL Ce qui est une catastrophe c’est l’état de nos finances publiques, voilà. Donc nous ne voulons pas rétablir, nous ne maîtrisons pas nos dépenses et nous n’engageons pas des efforts budgétaires, à cause du triple A, nous l’engageons pour rétablir l’équilibre de nos finances publiques et pour faire en sorte que nos pays se désendettent. Ensuite, le triple A, c’est la conséquence de tout ça. Il faut remettre les choses dans le bon ordre, Jean-Jacques BOURDIN, parce que j’entends depuis hier dire, « … on ne comprend plus rien », « finalement on est prêt à perdre le triple A », non, ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est de désendetter la France.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pardon, mais pendant des semaines les responsables politiques, parfois de tous bords, nous ont dit, attention, si nous perdons notre triple A c’est très mauvais pour la France…
 
LUC CHATEL Oui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est catastrophique… j’ai entendu cela. Ce n’est pas une bonne nouvelle.
 
LUC CHATEL Mais ce n’est pas une bonne nouvelle, pourquoi ?
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais à quoi ont servi tous ces plans d’austérité ? Je me mets à la place du public, à quoi servent tous ces plans d’austérité si c’est pour perdre ce fameux triple A, franchement ?
 
LUC CHATEL A faire des économies, Jean-Jacques BOURDIN. Ça fait 30 ans que l’Etat vit au dessus de ses moyens, ça fait 30 ans que chaque année on dépense un tiers de plus qu’on ne reçoit dans le budget de l’Etat. Aujourd’hui il y a 20 000 euros – je suis ministre de l’Education nationale, chaque élève dans nos classes, il a 20 000 euros de dette sur la tête, donc ça suffit, on ne peut plus continuer. Donc, tous les plans que nous avons engagés, ils visent à réduire la dépense publique, et ils visent à désendetter l’Etat. Ensuite, il y a une appréciation extérieure qui est faite par des agences de notation, mais c’est indépendant de tout cela. Alors, bien sûr, si on perd le triple A, ça a des conséquences, notamment qu’on va emprunter plus cher, on, c'est-à-dire l’Etat, c'est-à-dire peut-être les banques, c'est-à-dire vous, moi – je suis maire de Chaumont, les collectivités locales – donc oui, ce n’est pas une bonne nouvelle. Mais simplement, la politique que nous portons, elle est d’abord pour baisser les déficits et baisser la dette, redresser les finances publiques, c’est ça le sujet.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Combien d’élèves dans nos classes à la rentrée 2011, Luc CHATEL ?
 
LUC CHATEL Ça dépend si c’est en primaire, en secondaire.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Globalement.
 
LUC CHATEL Globalement, 12 millions d’élèves.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN 12 millions d’élèves. Plus que l’année précédente ou pas ?
 
LUC CHATEL Alors on a le même nombre d’élèves…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je vous dis ça parce qu’on a peu de chiffres.
 
LUC CHATEL Non, on a tout à fait les chiffres.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous avez toutes les statistiques ?
 
LUC CHATEL Nous pensions avoir 20 000 élèves de plus dans le primaire et au total on est à zéro dans le primaire, ça veut dire qu’il n’y a pas d’évolution d’élèves, et il doit y avoir 25 000 élèves de plus dans le second degré.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça c’est la rentrée 2011 ?
 
LUC CHATEL 2011.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et pour 2012, que prévoyez-vous ?
 
LUC CHATEL Pour 2012 on n’a pas encore les prévisions définitives, mais on devrait avoir une légère augmentation. JEAN-JACQUES BOURDIN Et vous allez poursuivre la suppression de… ou le non-remplacement de postes dans l’enseignement ?
 
LUC CHATEL Alors oui, nous ne remplaçons pas la moitié des professeurs qui partent en retraite, c'est-à-dire 14 000 postes en 2008, en 2012 pardon, dans le budget 2012, qui vient d’être présenté au Parlement…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, 2012, 14 000 postes en moins, à la rentrée prochaine.
 
LUC CHATEL C’est ça, 14 000 postes en moins, mais nous allons embaucher cette année 16 à 17 000 personnes. Je rappelle que l’Education nationale, premier employeur de l’Etat, est aussi le premier recruteur.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais globalement, vous avez 14 000 postes en moins.
 
LUC CHATEL Oui, et à la rentrée 2012, au total, il y aura plus de professeurs qu’il n’y en avait il y a 20 ans, dans le système éducatif, alors qu’il y a moins d’élèves. C'est-à-dire que le taux d’encadrement aujourd’hui, le nombre d’élèves par classe, il est meilleur qu’il était il y a 20 ans. Donc on voit bien que le sujet n’est pas les moyens, les moyens ils existent, la France elle investit 7% de son produit intérieur brut dans l’Education, et c’est 80% de plus par élève qu’en 1980, donc les moyens ils sont là. Le sujet c’est plus la répartition de ces moyens, la capacité qu’on a à différencier pour faire plus là où il y a le plus de besoins, c’est ça la question.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Luc CHATEL, journée de mobilisation dans l’Education nationale jeudi, on va en parler dans 2 minutes, à propos de l’évaluation des enseignants. A tout de suite. [Deuxième partie interview]
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Luc CHATEL, vous souhaitez que les enseignants soient évalués par leur chef d’établissement, en fonction des résultats qu’ils obtiennent. On est d’accord !
 
LUC CHATEL Oui, nous voulons faire évoluer le système d’évaluation des enseignants, qui est archaïque, qui est d’une autre époque et qui finalement n’est pas incitatif, pour les enseignants et ne valorise pas leur engagement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors les syndicats sont contres, opposés et vous demandent de retirer ce projet de décret.
 
LUC CHATEL Alors d’abord les syndicats au sens large, ne sont pas contre. Un certain nombre d’organisations syndicales…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Un certain nombre appelle à une mobilisation, jeudi.
 
LUC CHATEL A une mobilisation jeudi. Et d’autres syndicats, je prends par exemple la CFDT a accepté de signer un accord de méthode avec moi, avec le ministère pour travailler sur ce sujet. Donc on voit bien que c’est un sujet qui…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Qui mobilise ou pas ?
 
LUC CHATEL Qui mobilise, dans quel sens ?
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je ne sais pas ! Qui mobilise les enseignants selon vous, ou pas ?
 
LUC CHATEL Ecoutez, nous verrons jeudi. Les premières estimations que nous avons de la mobilisation de jeudi, dans le premier degré, puisque les enseignants doivent se déclarer 48 heures avant, tourneraient autour de 8,5 % de mobilisation dans le premier degré, jeudi. Voilà ! Donc ça veut dire, qu’il y aurait jeudi, plus de 90 % d’enseignants qui travailleront. Ce que je veux dire, c’est que le sujet est moins celui-là, que de réfléchir à la méthode, au calendrier, sur un sujet qui est capital. Aujourd’hui, les enseignants sont évalués en moyenne tous les 7 ans. Ce n’est pas valorisant pour eux. Vous avez, ça se passe à travers une inspection surprise, pendant une heure de cours, où tout ça est très artificiel finalement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc le chef d’établissement, évaluera la compétence de l’enseignant ?
 
LUC CHATEL L’idée, c’est qu’on donne des responsabilités… je le dis…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN La qualité de son travail.
 
LUC CHATEL Je le dis, ce n’est pas un gros mot, de management aux chefs d’établissement. Nous voulons des établissements, des lycées et des collèges plus autonomes, avec à leur tête, un chef d’établissement qui ait des responsabilités. Et l’une d’entre elle, c’est d’animer son équipe. Donc d’évaluer les enseignants. Alors bien sûr, je ne souhaite pas que le chef d’établissement évalue seul, un enseignant. Prenons l’exemple par exemple d’un proviseur qui est un ancien CPE, un ancien surveillant ou professeur d’Education physique. Comment évaluer un agrégé de mathématiques ? Eh bien naturellement, le chef d’établissement, doit s’entourer de compétences. Evidemment des compétences de l’inspection, des corps d’inspection qui sont compétents pour cela. Mais c’est comme dans une entreprise, Jean-Jacques BOURDIN, le DRH dans une entreprise, quand il évalue un collaborateur, s’il évalue un ingénieur, il va s’entourer des compétences du directeur technique qui va apporter un avis et à la fin, il y aura un avis global, qui tiendra compte de toutes ces compétences.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors l’UMP réfléchit aux questions d’éducation, évidemment, et fait des propositions. Vous allez me dire ce que vous en pensez ! Le chef d’établissement choisirait ses équipes, choisirait ses enseignants, vous êtes favorable ou pas ?
 
LUC CHATEL Nous le faisons, j’ai voulu l’expérimenter dans 300 collèges.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous allez l’étendre ou pas ?
 
LUC CHATEL Aujourd’hui, nous avons le dispositif « Eclair » dans 300 collèges difficiles…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ca marche ou pas ?
 
LUC CHATEL C’est la deuxième année, que nous avons lancé.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, alors est-ce que ça fonctionne bien ou pas ?
 
LUC CHATEL Ça monte en puissance, nous n’avons pas encore de, c’est trop tôt pour avoir un bilan global au bout de…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pas de bilan ?
 
LUC CHATEL Non ! Au bout d’un an, Jean-Jacques BOURDIN, il faut du temps dans l’Education nationale. Dans ces établissements…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais vous souhaitez l’étendre, vous souhaitez le généraliser ?
 
LUC CHATEL Dans ces établissements, on a demandé aux enseignants de s’engager sur 5 années, de présence. Pour avoir une continuité des équipes éducatives. Donc au bout de 14 mois, je ne peux pas vous faire un bilan de cette opération. Simplement oui, je pense que ça va dans la bonne direction. Pourquoi ? Parce que dans les évaluations que nous regardons au niveau international, on s’aperçoit que les pays qui ont donné davantage d’autonomie aux établissements scolaires réussissent mieux que d’autres.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Autonomie financière aussi ?
 
LUC CHATEL Faire confiance, oui, marge de manoeuvre financière. Vous savez qu’aujourd’hui, avec la réforme du lycée, j’ai voulu que les lycées, les chefs d’établissement, les proviseurs aient environ un quart de marge de manoeuvre dans ce qu’on appelle, leur dotation horaire. C'est-à-dire qu’ils sont responsables du quart de leurs heures professeurs dans leur établissement pour les répartir en fonction des besoins.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’un chef…
 
LUC CHATEL C’est une preuve de confiance et une autonomie, une marge de manoeuvre importante…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’un chef d’établissement pourrait ne pas être issu de l’Education nationale ?
 
LUC CHATEL Je n’ai pas ça en tête, pour l’instant.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je dis ça, parce que l’UMP réfléchit à cette idée-là ?
 
LUC CHATEL Oui, mais il a le droit de réfléchir. C’est bon de réfléchir. Moi, je me félicite que l’Education nationale…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien sûr, mais imaginons un chef d’établissement, un proviseur de lycée qui ne serait pas issu de l’Education nationale, pourquoi pas !
 
LUC CHATEL Alors pourquoi pas ! Si il passe par une formation…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous y seriez favorable ou pas ?
 
LUC CHATEL Pourquoi pas ! S’il passe par une formation qui reste à définir. Moi, à mon sens, c’est important de connaître les métiers.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C'est-à-dire qu’il serait chef d’entreprise, patron d’un lycée comme peut être patron d’une filiale…
 
LUC CHATEL Ecoutez, on peut réfléchir à tout. D’abord 1, ce n’est pas dans mes cartons dans les 4 mois qui viennent. Et deuxièmement…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ça peut être une idée défendue par le président de la République ?
 
LUC CHATEL Je n’en sais rien. Vous lui demanderez quand… si il est candidat.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Quand il interviendra oui.
 
LUC CHATEL Ce que je constate, c’est que c’est important quand même de bien connaître le métier. Deuxièmement, s’il y a des passerelles qui peuvent exister, moi, je suis favorable à ce qu’il y ait des aller/retour et des passerelles entre l’Education nationale et d’autres métiers. Simplement, il faut bien veiller aux parcours de formation continu et permanente, à la formation de ces personnes qui pourraient rejoindre l’Education nationale.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien ! Quel est le niveau des élèves français ? Franchement ! Parce que j’ai l’impression qu’on ne le connait pas.
 
LUC CHATEL Si on le connaît !
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous nous dites, au ministère de l’Education nationale, ce niveau s’améliore, et toutes les enquêtes internationales nous disent que le niveau ne s’améliore pas.
 
LUC CHATEL D’abord je ne dis pas en permanence, le niveau s’améliore.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’il s’améliore ou pas ?
 
LUC CHATEL Je vais vous dire, jamais on a aussi bien connu le niveau de nos élèves. Nous avons – et, si vous voulez, je ne peux pas laisser dire que le ministère pas des évaluations.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN J’ai lu ça.
 
LUC CHATEL C’est un mauvais procès. Mauvais procès d’intention.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors je vois, évaluation des internats d’excellence, pas de bilan. Vision du collège par les parents, pas de bilan. Niveau de lecture en 6ème, pas de bilan. Mutation des profs, pas de bilan. Evaluation des collèges qui expérimentent le sport l’après-midi, pas de bilan.
 
LUC CHATEL Alors, je vais répondre à tout cela. D’abord j’ai été le ministre qui a voulu publier, en 2009, la liste de toutes les études, chaque année, qui sont réalisées par la Direction des études et la prospective du ministère, donc en début d’année nous annonçons la couleur, en disant voilà, nous allons réaliser des études dans tel ou tel domaine. Transparence totale. Deuxièmement, j’ai été le premier ministre de l’Education nationale à assumer les tests internationaux PISA, qui ne sont pas très brillant, Jean- Jacques BOURDIN. J’ai été le premier, le jour même…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, pour les élèves français, pour l’enseignement français.
 
LUC CHATEL A faire une conférence de presse, à les présenter dans leur totalité, et à alerter l’opinion en disant regardez, la cinquième puissance économique mondiale est à la 22ème, au 26ème rang, dans les classements de son système éducatif. J’entends beaucoup monsieur Jack LANG se targuer de ce qu’il a fait, je ne l’ai jamais vu, à l’époque, assumer les résultats des enquêtes internationales. Nous venons de publier l’enquête CEDRE, chère aux socialistes, et qui existe dans l’Education nationale depuis plusieurs années, la dernière date de 2003, celle que nous venons de publier est de 2009, eh bien nous avons un progrès, oui. Quand ça marche, on a le droit de le dire aussi…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien sûr.
 
LUC CHATEL Nous avions 15% d’élèves qui passaient en 6ème en ne maîtrisant pas la lecture, ils sont aujourd’hui 13%, donc il y a un frémissement. Donc nous publions tout, et si j’entends ici ou là qu’il y a moins de notes qu’avant, c’est tout simplement parce qu’à l’époque… monsieur TELLO, dans LE MONDE, indique qu’il y aurait moins de notes publiées par la Direction de la prospective, il oublie une chose, c’est qu’à l’époque il y avait toute une part de ces notes qui était réservée à l’Enseignement supérieur. Donc aujourd’hui, pour le scolaire, on publie le même nombre d’études, ou de notes. Il n’y a jamais eu autant de transparence dans le système éducatif.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Examen d’entrée, en 6ème…
 
LUC CHATEL Je n’y suis pas favorable.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est Jean-François COPE qui défend cette idée.
 
LUC CHATEL Je sais, mais nous avons un désaccord sur ce point.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n’y êtes pas favorable ?
 
LUC CHATEL Nous sommes à la fois amis, nous avons beaucoup de points de convergence, mais sur ce point nous sommes en désaccord.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n’êtes pas d’accord avec ça ?
 
LUC CHATEL Non, je ne suis pas d’accord, parce que, si vous voulez…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pourquoi ?
 
LUC CHATEL Parce que pour moi c’est le contraire de l’esprit du socle commun de connaissances et de compétences de la loi de 2005, qui prévoit un apprentissage des fondamentaux progressif, palier par palier. Et donc, rétablir cette entrée en 6ème, c’est contraire à cela à mon sens. Chaque élève a son rythme, et on valide au fur et à mesure l’acquisition des connaissances. Ensuite, deuxièmement, on fait quoi des élèves qui ne passent pas l’examen ? On va les laisser dans les classes de primaire, on les fait redoubler ? Voilà. Donc je ne suis pas favorable. On en a parlé 50 fois avec Jean-François COPE, et je n’y suis pas favorable.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je terminerai avec l’enseignement professionnel, parce que je sais les inquiétudes autour de l’enseignement professionnel, c’est difficile d’enseigner dans le professionnel. 800 000 élèves en alternance, si j’ai bien compris, en apprentissage c’est pareil, d’ici 2015, c’est ce qu’a promis Nicolas SARKOZY. Oui, mais vous allez trouver les stages où ?
 
LUC CHATEL Tous dispositifs d’alternance confondus, c'est-à-dire CFA et lycées professionnels.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, tous dispositifs, mais vous allez trouver les stages où ?
 
LUC CHATEL Alors, nous venons de lancer, avec l’ONISEP, un dispositif qui s’appelle « Mon stage en ligne », c'est-à-dire un site Internet, donc j’appelle tous les élèves qui vont avoir à faire un stage dans un lycée professionnel prochainement, à aller sur ce site, monstageenligne.fr, qui permet de mettre en relation des professeurs ou des élèves avec des entreprises de votre région, pour les accueillir pendant leurs stages.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais à partir de quel âge ? 14 ou 16 ans ?
 
LUC CHATEL Alors, c’est en lycée professionnel, donc c’est à partir de… après 14 ans, après l’orientation, donc qui a lieu en fin de 3ème.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc pas à 14 ans, parce que l’apprentissage à 14 ans. Oui, non ?
 
LUC CHATEL Alors, la loi CHERPION l’autorise dorénavant. Moi je suis favorable si vous voulez…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes favorable ?
 
LUC CHATEL Je suis favorable à des pré-orientations lorsque c’est nécessité par le fait qu’un élève ne se sent pas à l’aise dans le cycle normal. Si vous voulez, on parle beaucoup du collège unique, je crois qu’il faut qu’on passe du collège unique au collège pour chacun, c'est-à-dire 100% d’une génération au collège, c’est une grande avancée, mais il ne faut pas au moment où on parle personnalisation des parcours, c’est la politique que nous poursuivons, c’est la personnalisation l’Education nationale, il ne faut pas la même chose pour tout le monde. Donc si un élève, à partir même de la 4ème, commence à décrocher, commence à ne plus être à l’aise en cours, si on peut lui proposer un parcours différencié qui le prépare à des métiers professionnels, c’est une bonne chose. Simplement il ne faut pas l’orienter pour la vie, à 13 ans ou à 14 ans.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et l’entreprise ne se substituera pas à l’Education nationale ?
 
LUC CHATEL Non, elle est complémentaire. Vous savez, les relations se sont bien améliorées entre les entreprises et l’Education nationale, d’abord parce qu’il y a beaucoup d’enseignants qui travaillent en étroite relation avec les entreprises de leur bassin de vie, ensuite parce que j’ai introduit l’économie obligatoire pour tous au lycée, je pense que c’est une vraie avancée, donc il y a des progrès en la matière.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Luc CHATEL d’être venu nous voir ce matin.
 
LUC CHATEL Merci à vous.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 20 décembre 2011

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