Interview de M. Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, à France 2 le 22 décembre 2011, sur l'assassinat du juge français Borrel à Djibouti et la levée du secret défense, les relations franco-turques et le génocide arménien, le retrait des troupes d'Afghanistan et sur la vie politique en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, à France 2 le 22 décembre 2011, sur l'assassinat du juge français Borrel à Djibouti et la levée du secret défense, les relations franco-turques et le génocide arménien, le retrait des troupes d'Afghanistan et sur la vie politique en France.

Personnalité, fonction : LONGUET Gérard.

FRANCE. Ministre de la défense et des anciens combattants

ti : ROLAND SICARD On va commencer par ce qu’on appelle l’affaire BORREL, ce juge assassiné à Djibouti en 1995, un témoin affirme que l’armée française savait tout depuis cette époque, est-ce que vous confirmez ?
 
GERARD LONGUET En tous les cas s’ils le savaient depuis 1995, il fallait le dire immédiatement au juge, il y a un magistrat chargé de l’instruction…
 
ROLAND SICARD Mais est-ce que l’armée savait ou pas ?
 
GERARD LONGUET Et à ce moment là le magistrat se retourne vers l’armée et nous demande des documents. Et tous les documents qui seront demandés par le magistrat seront délivrés au magistrat. L’armée ne savait pas, si l’armée savait, elle a l’obligation, c’est dans le code pénal, article 40 de transmettre au magistrat toute information sur une affaire juridique.
 
ROLAND SICARD Alors la veuve du juge BORREL demande la levée du  secret défense sur cette affaire, est-ce que vous allez lever ce secret défense ?
 
GERARD LONGUET Naturellement mais il y a une procédure, c'est-à-dire que toute demande de levée du secret défense passe par une commission qui est composée de trois magistrats et de deux parlementaires, un de la majorité, un de l’opposition, et les prédécesseurs ont toujours donné et j’ai toujours donné les documents demandés dès lors qu’ils sont autorisés par la commission.
 
ROLAND SICARD Pourquoi est-ce que cette affaire ressort maintenant ?
 
GERARD LONGUET Sans doute parce qu’il y a eu une actualité franco-Djiboutienne, peut-être aussi parce qu’il y a des informations nouvelles, des mémoires qui se délient, personnellement la recherche de la vérité, c’est très bien, l’armée française pour sa part n’a rien à cacher.
 
ROLAND SICARD Alors autre actualité, les députés français s’apprêtent à voter une loi qui consisterait à condamner tous les génocides, en tout cas la négation des génocides, en particulier celui de l’Arménie, les Turcs ne sont pas contents de ce qui se passe, ils menacent la France, comment vous jugez cette immixtion des Turcs dans les affaires françaises ?
 
GERARD LONGUET Et des Français dans les affaires turques. C’est une proposition parlementaire, c’est un… Valérie BOYER qui est députée de Marseille, une ville où il y a une forte communauté d’origine arménienne qui présente cette proposition qui est partagée par de très nombreux députés UMP, pas tous, et qui va être débattue en effet ce matin. Les députés délibèrent en toute responsabilité sur ce sujet, j’ai envie de dire en toute liberté et je crois savoir d’ailleurs que le ministre qui sera au banc du gouvernement Patrick OLLIER, au nom du gouvernement demandera la sagesse, c'est-à-dire que chacun est libre de ce vote, qui est un vote de conviction, qui n’est pas un vote gouvernemental.
 
ROLAND SICARD Est-ce que le gouvernement soutient cette initiative ?
 
GERARD LONGUET Le gouvernement a surtout le souci que les relations entre l’Arménie et la Turquie s’améliorent, parce que le vrai problème c’est quand même l’avenir de ces deux peuples. L’Arménie est un vieux pays chrétien dans un ensemble du monde qui a complètement changé de nature et de culture, qui est un pays qui a eu le sentiment parfois d’être assiégé et d’être bousculé par ses voisins, que ce soit l’Union soviétique ou l’Empire Ottoman. Aujourd'hui nous souhaitons profondément que la Turquie et l’Arménie s’entendent bien. Moi personnellement je considère que les députés ne sont pas nécessairement les meilleurs historiens, mais je me rattache à la décision du gouvernement, sagesse, les députés choisissent.
 
ROLAND SICARD Alors les Turcs menacent d’annuler des contrats avec la France, notamment des contrats militaires, est-ce que c’est un problème ?
 
GERARD LONGUET De toute façon nous assumons les conséquences de nos actes, si, la France est une République et si les parlementaires décident de voter ce texte, et s’il y a des conséquences nous assumerons les conséquences du choix des parlementaires.
 
ROLAND SICARD Mais est-ce que ça peut peser lourd pour la France ?
 
GERARD LONGUET Oui, mais ce n’est pas tellement l’aspect matériel, moi ce qui me navre c’est que la Turquie est un très grand pays qui fait des efforts pour aller vers l’Europe, à sa manière et qui s’efforce je crois, avec l’Arménie d’établir de nouvelles relations. Et je suis un petit peu désolé de ce que l’on ne se préoccupe pas, point de l’avenir, c'est-à-dire les relations entre la Turquie et l’Europe, les relations entre la Turquie et l’Arménie, et qu’on parle du centenaire d’une tragédie, qui est une vraie tragédie, mais c’est un centenaire. Pourquoi les arrières petits fils paieraient-ils indéfiniment les fautes des arrières grands-parents ?
 
ROLAND SICARD Mais comment vous expliquez que les Turcs continuent de ne pas vouloir reconnaitre ce génocide ?
 
GERARD LONGUET Ils le reconnaissent, ils disent des choses très différentes les uns des autres, en gros ils disent, c’est notre affaire, qui a tué, dans quelles circonstances, pour quelles raisons, était-ce commandité, était-ce des Turcs, était-ce des Ottomans ? On ne le sait pas. Personnellement je ne suis pas suffisamment compétent, je dis simplement, ils demandent la possibilité de réfléchir entre eux, c’est une vraie révolution, c’est une vraie remise en cause pour eux, certains le conduisent avec beaucoup de courage, on aurait donné un petit peu de temps pour le faire, ça ne m’aurait pas choqué.
 
ROLAND SICARD Autre sujet, les Américains ont quitté l’Irak, est-ce que la France, elle, va quitter l’Afghanistan ?
 
GERARD LONGUET La France est entrée en Afghanistan dans le cadre d’une coalition, nous sommes 48 pays solidaires des Etats-Unis qui avons voulu éradiquer de l’Afghanistan des bases terroristes permanentes qui pouvaient frapper partout, sauf en Afghanistan, aux Etats-Unis, en Europe, dans le reste du monde. Ce résultat a été atteint. Maintenant il faut construire et la coalition l’a décidé, à Lisbonne, il y a exactement un an, d’aider l’Etat afghan à exister et à assurer sa propre sécurité. Il y a un calendrier pour cela, c’est 2014, je pense que, il n’y a pas de panique, il y a un travail de transition qui se construit, la France est en train de réduire ses effectifs parce que nous réussissons sur le terrain à confier à l’armée afghane la responsabilité. Nous avons récemment, il y a moins de 15 jours, transmis la responsabilité dans le district de Surobi, nous pourrons le faire en Kapisa , je pense, dans les 1é à 18 mois prochains, c’est une question de sang froid, c’est une question de parole donnée, c’est une question de solidarité vis-à-vis de ce malheureux peuple afghan qui est depuis 30 ans en guerre civile, et bon il y a un Etat qui se met en place, est-ce qu’il est formidable ? Est-ce la confédération helvétique ? Je n’en suis pas certain, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est qu’on ne peut pas laisser tomber des gens et leur dire, vous vous battez avec nous et puis maintenant débrouillez-vous.
 
ROLAND SICARD Mais est-ce que l’intervention française aura vraiment été utile ?
 
GERARD LONGUET L’intervention, la France, c’est aujourd'hui 3 600 combattants dans une coalition de 140 000, à côté de 280 000 Afghans, donc nous sommes dans cette affaire solidaires, nous ne sommes pas essentiels.
 
ROLAND SICARD Est-ce que comme c’est la tradition, vous serez sur place pour les fêtes.
 
GERARD LONGUET Le militaire est toujours avec le militaire. Le ministre est toujours avec ses militaires.
 
ROLAND SICARD C'est-à-dire ?
 
GERARD LONGUET Il est là où il faut, et là où les militaires sont seuls et là où les familles ne sont pas.
 
ROLAND SICARD Alors du point de vue politique, on assiste à une montée de François BAYROU dans les sondages, est-ce que l’UMP doit se rapprocher de lui ?
 
GERARD LONGUET Si vous voulez, François BAYROU, je le lie dans le texte, que dit-il essentiellement dans son dernier livre ? Qu’il faut diminuer la dette et qu’il faut augmenter la production.
 
ROLAND SICARD Et il le dit depuis longtemps pour la dette.
 
GERARD LONGUET Pour la dette, il le dit depuis longtemps, comme François FILLON qui l’avait dit dès 2007, il le dit depuis longtemps, il devrait en tirer les conséquences pour le deuxième tour au cas où il n’y serait pas.
 
ROLAND SICARD C'est-à-dire ?
 
GERARD LONGUET De soutenir ceux qui combattent la dette et qui veulent augmenter la production et qui l’ont fait, et qui en ont apporté la démonstration.
 
ROLAND SICARD C'est-à-dire que selon vous il devrait dire tout de suite qu’il voterait pour Nicolas SARKOZY ?
 
GERARD LONGUET Non parce que d’abord, non je crois que lui, il a à vivre sa vie de candidat, vous savez chaque candidat se présente en étant persuadé d’être le président des Français et s’il ne le disait pas, il ne serait pas crédible. Il n’y aura pourtant qu’un président et que deux candidats au deuxième tour. Et en 2007, il n’a pas été au deuxième tour.
 
ROLAND SICARD La campagne de François HOLLANDE, comment est-ce que vous la jugez ?
 
GERARD LONGUET Elle est l’expression même des contradictions du Parti socialiste. Le Parti socialiste, c’est un grand n’importe quoi, il y a des gens…
 
ROLAND SICARD C’est sévère.
 
GERARD LONGUET Oui c’est sévère parce qu’ils n’ont pas accepté ce que les socialistes européens dans leur immense majorité et notamment les socialistes allemands ont accepté, c'est-à-dire rénover l’économie, abandonner des vieilles lunes. Et avec des alliés comme MELENCHON, qui le traite de capitaine de pédalos et madame Eva JOLY qui pour quelques circonscriptions obtient qu’on abandonne le nucléaire, avec des alliés comme ça, il n’est pas gâté. Il est desservi…
 
ROLAND SICARD François HOLLANDE a dit qu’il ne se sentait pas lié par des accords…
 
GERARD LONGUET Mais oui mais alors c’est extraordinaire ce candidat, il n’est pas lié par ses accords, alors vous voyez c’est rassurant. Voilà quelqu’un qui veut en Europe renégocier tous les accords de la France et qui lorsqu’il signe en France un accord, dit de toute façon dans trois mois, je m’en bats l’oeil avec une queue de merlan, ce n’est vraiment pas mon problème. Ce n’est pas très sérieux. Il y a un petit problème de gravité dans la démarche de François HOLLANDE, je crois qu’il n’a pas encore compris qu’il n’était plus candidat à la direction du Parti socialiste, mais à la présidence de la République française, il y a un petit saut qualitatif qu’il n’a pas encore franchi.
 


Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 22 décembre 2011

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