Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à France 2 le 21 décembre 2011, sur l'utilisation de policiers et de gendarmes pour assurer la sécurité des passagers dans les aéroports et le droit de grève, les dividendes versés par la SNCF à l'Etat et la situation de la compagnie de ferries SeaFrance. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à France 2 le 21 décembre 2011, sur l'utilisation de policiers et de gendarmes pour assurer la sécurité des passagers dans les aéroports et le droit de grève, les dividendes versés par la SNCF à l'Etat et la situation de la compagnie de ferries SeaFrance.

Personnalité, fonction : MARIANI Thierry, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : ROLAND SICARD Vous espériez un trafic normal dans les aéroports ce matin, est-ce que c’est le cas ?
 
THIERRY MARIANI C’est un peu tôt pour se prononcer, mais à cette heure-ci, à 6h00 c’était le cas, c’est-à-dire que les postes qui devaient ouvrir étaient en train d’ouvrir, mais attendons quand même le milieu de la matinée pour se prononcer.
 
ROLAND SICARD Mais pour le moment, pas de retard, pas d’annulation ?
 
THIERRY MARIANI Au point que j’avais à 6h00, c’est-à-dire pour les tous premiers avions, il n’y avait pas de retard. Je rappelle quand même qu’hier tous les avions sont partis, certes pour certains avec un peu de retard, mais tous les avions sont partis.
 
ROLAND SICARD Alors le gouvernement a annoncé l’utilisation de policiers et de gendarmes pour contrer la grève, ça va se faire quand ?
 
THIERRY MARIANI Nous avons annoncé l’utilisation de policiers et de gendarmes pour assurer la sécurité des passagers et leur départ, pas pour contrer une grève. Quelle est la situation aujourd'hui ? Cet après-midi, demain et après-demain vont être des jours de grands départs avec des voyageurs beaucoup plus nombreux qu’hier. On ne peut pas avoir une situation où des Français, une fois de plus sont empêchés de rejoindre leur famille. Le gouvernement a été très clair, il prendra ses responsabilités pour assurer ces départs, j’espère que c’est une situation que l’on pourra éviter, les négociations vont encore continuer ce matin mais si cette grève continuait, il est évident, je le répète que le gouvernement prendra ses responsabilités pour que le trafic puisse s’écouler normalement.
 
ROLAND SICARD Mais à quel moment, plutôt aujourd'hui, plutôt demain ?
 
THIERRY MARIANI Quand ça sera nécessaire et quand on verra bien que la négociation est dans une impasse. Vous savez hier les deux médiateurs nommés par le gouvernement ont commencé leur réunion…
 
ROLAND SICARD Sans résultat pour l’instant.
 
THIERRY MARIANI Sans résultat concret. Dans l’une de ces réunions, il y avait 40 responsables pour discuter face aux médiateurs, ce n’est pas vraiment une situation ou un climat où on peut négocier efficacement. Voilà, j’espère que ce matin, je le répète, les choses vont s’améliorer, mais si dans la journée cette situation continuait ou si la grève continuait, il est de notre devoir de faire en sorte que chaque Français puisse partir rejoindre sa famille pendant les fêtes de Noël.
 
ROLAND SICARD Alors les syndicats justement parlent d’atteinte au droit de grève, est-ce que ça ne va pas durcir le mouvement ?
 
THIERRY MARIANI Ce n’est pas du tout une atteinte au droit de grève, c’est simplement une mission j’allais dire de service public qui sera assurée par la police ou la gendarmerie. Je vous rappelle quand même que c’était une mission qui était assurée par ces mêmes personnes il y a quelques années et donc en réalité aujourd'hui on doit assurer les départs, on doit assurer la sûreté des vols, c’est ce qu’on s’apprête à faire si cela est nécessaire.
 
ROLAND SICARD Est-ce que les policiers sont formés pour ça, est-ce que la sécurité sera garantie ?
 
THIERRY MARIANI Oui les policiers ont été formés pour ça, je rappelle qu’à une époque ils faisaient eux-mêmes ce travail.
 
ROLAND SICARD Il n’y aura pas de réquisition des grévistes ?
 
THIERRY MARIANI Ce n’est pas une hypothèse envisagée.
 
ROLAND SICARD Pour quelle raison ?
 
THIERRY MARIANI Ce n’est pas une hypothèse envisagée parce que je dirais, techniquement c’est une hypothèse délicate et puis deuxièmement, je pense qu’il y a une autre solution beaucoup plus simple. Moi je reste, je veux encore donner une chance à la négociation. Ce matin le médiateur et les syndicats vont se rencontrer à nouveau, mais je le répète, on ne pourra pas se permettre d’avoir des Français bloqués les jours de grands départs et donc, il faut qu’une solution soit trouvée dans les heures à venir.
 
ROLAND SICARD Les grévistes réclament 200 euros, est-ce que ça c’est possible ?
 
THIERRY MARIANI Ecoutez, ça c’est une revendication au sein d’une entreprise, les sociétés qui aujourd’hui assurent la sûreté sont des sociétés privées. Ce n’est pas à l’Etat de se mêler d’une négociation purement salariale au sein d’une entreprise.
 
ROLAND SICARD L’Etat lui, il pense à établir un service minimum, d’abord est-ce que ce sera vraiment un service minimum ou une obligation de négocier ?
 
THIERRY MARIANI Non ça sera un service garanti. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Comme on l’a fait à la SNCF ou à la RATP, les salariés qui désirent faire grève devront déposer un préavis individuel 48 heures à l’avance. Ca veut dire deux choses : premièrement que ceux qui veulent faire grève pourront faire grève, il n’y a aucun atteinte au droit de grève, mais par contre que deux jours à l’avance on connaitra j’allais dire, le tableau des effectifs et qu’on pourra savoir si on a de quoi assumer tous les vols, une partie des vols et qu’on pourra ainsi informer les passagers, informer les compagnies aériennes et arrêter cette situation hallucinante où une heure avant on n’est pas capable de savoir si tel vol ou tel vol sera en état de partir parce que dans l’immense chaine des métiers du transport aérien, il y a un maillon qui bloque.
 
ROLAND SICARD Pourquoi on décide ça à chaud ? Ce n’est pas la première grève.
 
THIERRY MARIANI On n’a pas décidé ça à chaud, ce n’est pas la première grève, c’est une proposition de loi d’Eric DIARD député des Bouches-du-Rhône qui sera examinée en janvier, je rappelle que cette proposition il l’a déposée il y a déjà plusieurs mois. C’est quand même la troisième…
 
ROLAND SICARD Mais elle n’était pas examinée.
 
THIERRY MARIANI Elle n’était pas examinée parce que le calendrier parlementaire ne le permettait pas, elle était programmée en janvier avant cette grève. Je rappelle que c’est le troisième mouvement de grève en très peu de temps au moment des départs en vacances. Au moment des départs du mois d’août on a eu un préavis qui, à la dernière minute a été levé. Bah il y a eu une incertitude jusqu’au bout. Chacun se souvient des cinq jours de grève à la Toussaint. Aujourd’hui on est à la période de Noël on a encore un mouvement de grève dans un autre métier. On ne peut pas continuer sans cesse à avoir des préavis de grève ou des grèves qui bloquent le transport aérien au moment où les voyageurs ont le plus besoin de voyager. Je rappelle, personne n’en parle, mais les compagnies aériennes ne sont pas dans une situation extraordinairement florissante au niveau financier. Toutes ces grèves fragilisent un peu plus encore nos compagnies aériennes.
 
ROLAND SICARD Alors autre sujet, la SNCF. La presse de ce matin annonce des dividendes pour l’Etat très important, 230 millions, ça ne montre pas que les billets sont trop chers ?
 
THIERRY MARIANI D’abord c’est une bonne nouvelle qu’une entreprise publique soit légèrement à l’excédent et puis vous savez, il faut prendre la totalité du problème. Les concours publics au transport ferroviaire sont environs de 10 milliards par an, 10 milliards par an, donc certes dans les comptes de la SNCF il y a un bénéfice d’un peu plus de 200 millions…
 
ROLAND SICARD Dividendes, des dividendes.
 
THIERRY MARIANI Des dividendes, un peu plus de 200 millions, mais je prendrais simplement un chiffre, ce qu’on appelle les trains d’équilibre, c’est-à-dire les trains qui permettre en dehors de la grande vitesse, de desservir les villes moyennes de notre territoire. Eh bien les subventions de l’Etat pour ces fameux trains d’équilibre, c’est 250 millions. Donc vous voyez, rien que cette subvention sur un segment ferroviaire, c’est déjà les dividendes que l’Etat devraient recevoir.
 
ROLAND SICARD Mais alors justement ces dividendes ils vont servir à quoi ? Ils vont être réinvestis, ils vont renflouer les caisses de l’Etat, à quoi ils vont servir ?
 
THIERRY MARIANI A priori ces dividendes doivent être versés à l’Etat, mais je le rappelle, les concours publics c’est 10 milliards par an, entre les collectivités territoriales, l’Etat, donc même si d’un côté on reçoit 250 ou 230 millions, de l’autre côté on en sort beaucoup plus, ces dividendes je le répète, ça compense à peine ce qu’on donne pour maintenir les trains dans les villes moyennes en France, ces fameux trains d’équilibre.
 
ROLAND SICARD Donc ça sera plutôt pour renflouer les caisses de l’Etat ?
 
THIERRY MARIANI A priori c’est prévu pour aller à l’actionnaire principal, au propriétaire, c’est-à-dire tous les Français.
 
ROLAND SICARD Autre sujet, SEAFRANCE ; est-ce que la liquidation est évitable ou pas ?
 
THIERRY MARIANI SEAFRANCE, la décision du tribunal devra intervenir début janvier, quelle est la situation aujourd'hui ? On a une seule offre de reprise déposée, celle qui est portée par une Scop, par le syndicat de SEAFRANCE, chacun sait que cette offre aujourd'hui n’est absolument pas financée, le tribunal tranchera. Je dis simplement qu’on est quand même dans une situation où certain risquent de porter des responsabilités très graves. Il y avait une seconde offre d’un armateur connu, Louis DREYFUS qui était prêt à reprendre jusqu’à 600 personnes, le syndicat a refusé de venir à la table discuter avec cet armateur, conclusion il n’a pas déposé d’offre. J’espère que…
 
ROLAND SICARD Donc c’est la faute des syndicats selon vous ?
 
THIERRY MARIANI Je dis simplement que s’il n’y a qu’une offre aujourd’hui, c’est la responsabilité du syndicat de SEAFRANCE. Il y avait un repreneur qui était prêt à sauver 600 emplois, simplement il demandait à discuter avec les employés ; le syndicat ne s’y est pas rendu, cet entrepreneur a trouvé une table vide et forcément il n’a pas déposé d’offre de reprise. Aujourd’hui on a qu’une seule offre de reprise, elle n’est pas financée, le tribunal tranchera, vous avez bien compris à mes propos ce que je crains ; je crains que la décision soit une décision j’allais dire logique dans une telle situation…
 
ROLAND SICARD C’est-à-dire la liquidation.
 
THIERRY MARIANI Mais quelle responsabilité, quelle responsabilité que d’avoir refusé une table ronde où 600 emplois pouvaient être sauvés.
 
Source : Premi?er ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 22 décembre 2011

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