Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à France Info le 23 décembre 2011, sur l'utilisation de policiers pour assurer la sécurité des passagers dans les aéroports et le respect du droit de grève. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à France Info le 23 décembre 2011, sur l'utilisation de policiers pour assurer la sécurité des passagers dans les aéroports et le respect du droit de grève.

Personnalité, fonction : MARIANI Thierry, MAILLY Jean-Claude, THOMASSON Bernard.

FRANCE. Ministre des transports; FRANCE. FO, secrétaire général;

ti :  
BERNARD THOMASSON L’utilisation de policiers pour assurer le contrôle des passagers dans les aéroports aux postes de sécurité, fait grincer des dents. Deux invités dans ce studio pour en parler, Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de Force ouvrière bonjour.
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Bonjour.
 
BERNARD THOMASSON Et Thierry MARIANI, ministre des Transports, bonjour.
 
THIERRY MARIANI Bonjour.
 
BERNARD THOMASSON Thierry MARIANI, fallait-il aller jusqu’à casser la grève, par des forces de l’ordre ?
 
THIERRY MARIANI Pouvons-nous continuer à avoir des départs en vacances, ou des départs en famille, qui ne pouvaient pas se faire. Non, je ne pense pas. Je rappelle qu’on a déjà eu ce problème à la Toussaint, avec pendant 5 jours des grèves, qui ont empêché les Français et les touristes de rejoindre leur destination. Voilà, on est dans une période de fêtes de famille, on ne pouvait pas se permettre d’avoir des milliers de gens qui s’agglutinent dans les aéroports en attendant des informations. Donc oui, il fallait le faire. Et puis, oui, il fallait le faire, parce que c’est aussi, la sûreté aéroportuaire, une mission spéciale qui est sous l’autorité de la préfecture, où le personnel accomplit une mission importante, une mission de service public, pour assurer la sûreté des vols. Donc là aussi, cette intervention se justifie tout à fait, par cette mission.
 
BERNARD THOMASSON Au prix d’un viol du droit de grève inscrit dans la Constitution ?
 
THIERRY MARIANI Il n’y a aucun viol du droit de grève, inscrit dans la Constitution. Le droit de grève est respecté, je crois que tous ceux qui veulent faire grève, peuvent continuer à faire grève, mais au prix aussi, si je vous comprends bien, il fallait que des dizaines de milliers de personnes passent le réveillon dans l’aéroport !
 
BERNARD THOMASSON Jean-Claude MAILLY, est-ce qu’il y a eu viol de la Constitution du droit de grève ou non ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Pour nous, oui. Il y a un viol du droit de grève. D’ailleurs les avocats ont été saisis, par au moins, notre fédération, on a saisi, une autre fédération également. Donc on va travailler là-dessus, bien entendu. Non, ce qui n’est pas acceptable, et vous remarquerez d’ailleurs que les syndicats de policiers notamment unité GP Police Force ouvrière qui est le premier syndicat, a protesté, en disant, ce n’est pas le rôle des policiers d’aller jouer les briseurs de grève.
 
BERNARD THOMASSON Mais en même temps, Thierry MARIANI a dit, on peut concilier droit de grève et droit de liberté de circulation également, c’est important, c’est aussi dans la Constitution ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Oui, mais enfin le droit de grève, c’est le droit de grève. Si on peut faire aussi des grèves, en disant, vous restez dans un coin et vous ne gênez personne. Ils peuvent faire grève longtemps dans ces conditions. Il faut bien comprendre, à la fois, d’abord c’est une mission qui a été privatisée, même si c’est une mission… en 96, avant c’était la police qui assurait cette mission. Donc il y a eu 5 jours de préavis, ça a été respecté, il y avait possibilité de négocier, c’est fait pour ça, le préavis. Ça n’a pas eu lieu. Donc non, c’était un recours intempestif et on brise, on brise la possibilité des salariés de faire grève. Maintenant, attendez…
 
BERNARD THOMASSON Que répondez-vous au droit de circuler, libre circulation qui est aussi dans la Constitution ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Oui, mais enfin, vous savez, le droit de circuler et le droit c’est d’abord un concept libéral. C’est comme la liberté de circulation en Europe. C’est un concept libéral, et trop de libéralisme, ça se traduit toujours par de l’autoritarisme social. Alors donc ça ne passe pas, ça je l’ai dit et ça continue à ne pas passer.
 
THIERRY MARIANI J’ai beaucoup de respect pour Jean-Claude MAILLY, mais le droit de circuler, ce n’est pas un concept libéral. Peut-être pour les marchandises. Mais pour les hommes, le droit d’aller passer…
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Oui, mais c’est surtout les marchandises.
 
THIERRY MARIANI Le droit d’aller passer son Noël avec sa mère ou son père, ce n’est pas un concept libéral. Voilà ! Donc je pense aussi, qu’en France, on est dans une situation où on ne peut plus continuer comme ça.
 
BERNARD THOMASSON Alors justement petite question, parce que Jean-Claude MAILLY disait, il y a eu un préavis de grève qui a été déposé, 5-10 jours avant, légalement. Est-ce qu’on ne peut pas envisager d’imposer par la loi, d’entamer des négociations entre patrons et salariés avant d’avoir le recours à la grève, qui servirait en cas d’échec de discussion et non pas en préalable ?
 
THIERRY MARIANI Si, d’ailleurs, c’est ce que la proposition de la loi d’Eric DIARD prévoit. C'est-à-dire préavis, discussions obligatoires, et éventuellement s’il y a grève, préavis individuel.
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Non, mais déjà, le système actuel, le préavis c’est fait pour ça ! C’est fait pour prévenir et c’est fait pour discuter. Moi, je me pose…
 
BERNARD THOMASSON Sauf que ça n’a pas servi !
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Moi, je me pose la question parfois, si le gouvernement ne veut pas à la fois laisser pourrir la situation pour justifier la proposition de loi sur remise en cause du droit de grève dans le transport. Je me pose cette question, franchement ! Surtout que ça concernerait y compris d’autres secteurs, puisque le médico-social pourrait être concerné également. Il y a d’autres propositions, pas la même proposition, mais d’autres propositions par ailleurs ! Donc là, ce serait inacceptable, d’ailleurs ça commence, l’annonce de ce projet de loi, s’il était voté, appelle déjà, il y a plusieurs appels à la grève, qui pourraient se faire au mois de février. Donc c’est inacceptable. Ecoutez, dans un dossier comme celui-là, quand on a une entreprise sous-traitante ou mobile en difficulté, qu’est-ce qu’on fait avec le ministère de l’Industrie ? Qu’est-ce qu’on fait avec le ministère du Travail ? On fait une table ronde, on fait une séance de discussions et on dit, aussi, l’administration, le donneur d’ordre, les sous-traitants, parce qu’il y a une notion de filière, il faut la mettre en place. Pourquoi là, on ne fait pas ça ! ?
 
BERNARD THOMASSON Thierry MARIANI, parce que c’est vrai que c’est une fonction de service public quasiment ?
 
THIERRY MARIANI Absolument ! Ca a été effectivement public, jusqu’en 1996 et après, comme dans la plupart des pays, ça a été délégué à des entreprises privées.
 
BERNARD THOMASSON Sauf aux Etats-Unis, pays ultralibéral, s’il en est. Où c’est maintenant dans le giron public ?
 
THIERRY MARIANI Oui, aux Etats-Unis, c’est un peu spécial. C’était totalement privé, jusqu’en septembre. Et 11 septembre, suite à ce qui s’est passé, ils ont recrée, une administration avec 30 000 personnes, c’est même rattaché au Homeland Security c'est-à-dire en réalité, le super ministère qui s’occupe de la sécurité des Etats-Unis.
 
BERNARD THOMASSON On ne peut pas le ramener dans le giron public en France ? C’est trop tard ?
 
THIERRY MARIANI Non, parce que d’abord, ce n’est sincèrement pas nécessaire. L’Etat vérifie, j’allais dire la qualité, l’honnêteté et la probité des personnes. Des personnes qui font ce métier, sont agrées par la préfecture. Et puis, ensuite, c’est un métier où franchement on a besoin plus d’avoir plus des policiers aujourd’hui, sur le terrain. Parce que les policiers, c’est deux ans de formation…
 
BERNARD THOMASSON Sauf qu’ils ne sont pas formés pour les scanners et donc les scanners ne sont pas utilisés. Si je ne me trompe pas.
 
THIERRY MARIANI Absolument ! C'est-à-dire que…
 
BERNARD THOMASSON Ce qui veut dire, qu’il n’y a pas un manque à la sécurité, les usagers peuvent monter dans les avions en toute sécurité ?
 
THIERRY MARIANI Aujourd’hui, d’abord ce sont des policiers de l’air et de la frontière et d’autre part, des gendarmes du transport aérien. Donc deux corps qui sont habitués à travailler sur les aéroports, ce n’est pas excusez-moi des CRS comme je l’ai entendu à plusieurs reprises. Deuxièmement, dans un poste d’inspection fouille, il y a si je puis dire, celui avant qui dit « enlevez votre ceinture », il y a celui qui est derrière l’écran et ensuite, il y a celui qui fait les palpations pour trouver un objet. Eh bien, en réalité, les policiers ou les gendarmes sont utilisés au premier et troisième poste et pas du tout derrière l’écran, donc c’est une vraie fonction technique, vous avez raison, ils ne sont pas formés…
 
BERNARD THOMASSON Et donc on peut passer dans les sacs des objets à l’heure actuelle ? THIERRY MARIANI Absolument pas ! Je veux dire, aujourd’hui…
 
BERNARD THOMASSON Donc les sacs sont fouillés ?
 
THIERRY MARIANI Tout marche absolument normalement. C'est-à-dire simplement que c’est un policier qui vous demande, si vous avez des liquides ou d’enlever votre téléphone. C’est un employé d’une société assermenté et formé pour ça, qui regardent l’écran. Et j’allais dire après, c’est un policier qui éventuellement enlève un gros ciseau si vous l’avez dans votre sac.
 
BERNARD THOMASSON Jean-Claude MAILLY, où en sont les négociations à l’heure actuelle ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY J’aimerai bien qu’elles avancent ces négociations. Pour moi, elles n’avancent pas. Ecoutez, vous avez les entreprises, vous avez les donneurs d’ordre dont AEROPORTS DE PARIS, il faut aussi, que les branches discutent. Il y a un problème de branches, c’est un problème à la fois de salaire, à la fois également, vous savez, sur 10 000 salariés, il y en a à peu près 6500 qui ont moins de 1500 euros bruts, par mois. Et puis, il faut mettre les fédérations aussi autour de la table. Si on veut en sortir, rapidement, c’est comme ça qu’il faut faire.
 
BERNARD THOMASSON Est-ce que dans les autres aéroports, parce que les policiers ne sont pas qu’à Paris et à Roissy pour l’instant. Vous estimez que le droit de grève a été cassé également à Lyon, etc. ou ce sont des salariés d’autres entreprises, d’ailleurs, qui viennent ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Non, mais c’est surtout, ce qui a choqué et ce qui choque, c’est de faire appel, y compris les forces de l’ordre en question d’ailleurs, sont choquées par le rôle qu’on leur fait jouer. C’est de faire appel à la police, pour la police de l’air et des frontières notamment, pour faire le travail à la place des grévistes et ça, ce n’est pas acceptable.
 
BERNARD THOMASSON C’est maintenu, ce dispositif aujourd’hui encore ?
 
THIERRY MARIANI Ce sera même tenu tant que cela sera nécessaire. Les policiers sont à disposition si cela, si la grève continue.
 
BERNARD THOMASSON Alors la deuxième grande question, c’est le service minimum. Est-ce qu’il faut l’instaurer ou non, Jean-Claude MAILLY ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Bien sûr que non ! Ecoutez…
 
BERNARD THOMASSON Dans l’aérien, il existe déjà dans le terrestre, pourquoi pas dans l’aérien ? Pourquoi pas dans l’aérien ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Enfin écoutez, moi, je me demande parfois, si on n’est pas dans une logique, c’est plus la campagne électorale qu’autre chose. Si on n’est pas dans une logique, allez ! Je vais employer un mot « politic agree » (phon) d’une certaine manière. Donc non, il y a les préavis qui sont normaux dans ce secteur-là. Vous savez, quand il y a une grève, les gens de bonne volonté, ils se mettent autour de la table, ils mettent toutes les conditions pour que ça marche et ça marche la négociation. Et là, on n’en est pas là pour le moment.
 
BERNARD THOMASSON Pourquoi faut-il un service minimum Thierry MARIANI ?
 
THIERRY MARIANI Parce que les transports, c’est justement une activité indispensable. Vous savez, ce n’est pas un hasard si l’Italie, la Grande- Bretagne, la Suède, l’Espagne, et dans d’autres domaines l’Allemagne, l’Autriche et le Danemark ont légiféré. Ce sont des pays démocratiques où la grève est respectée et la proposition de loi de monsieur de DIARD respecte le droit de grève. Ceux qui voudront faire grève, pourront le faire. Mais c’est un secteur qui peut tout paralyser les transports et donc dans tous ces pays, eh bien, il y a une réglementation très stricte. L’Italie par exemple, par moment on raille l’Italie. Savez-vous qu’en Italie par exemple, les grèves sont interdites dans les transports ferroviaires, aériens et maritimes aux heures de pointes et pendant les périodes de vacances scolaires.
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Ce n’est pas une référence monsieur MARIANI.
 
THIERRY MARIANI Non, mais attendez, monsieur MAILLY, si une dizaine de pays démocratiques européens ont une législation bien spéciale en ce qui concerne les grèves dans les transports, c’est justement parce que ce secteur peut paralyser tout le reste.
 
BERNARD THOMASSON Alors Jean-Claude MAILLY, comment on fait pour éviter la paralysie ? Puisque c’est la question ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Comment faire ? On négocie. Enfin, c’est quand même simple. On négocie. Et on donne les moyens, y compris à ceux qui sont chargés de négocier de pouvoir négocier. Comment voulez-vous que quand on n’ait pas les donneurs autour de la table, comment voulez-vous que le dossier se règle. A un moment donné, on peut régler ce dossier. Mais encore faut-il qu’il y ait une négociation, une vraie négociation.
 
BERNARD THOMASSON Les pilotes de ligne, les stewards, les hôtesses, veulent se mettre en grève, si on instaure ce service minimum ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Oui, bien sûr !
 
BERNARD THOMASSON Est-ce qu’il y a un pré carré aérien ?
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Non, ce n’est pas un pré carré aérien, ils défendent, mais je vous disais, ce n’est pas, notre proposition on envisage de faire la même chose dans le médico-social. Attendez, mais vous savez, le service minimum…
 
THIERRY MARIANI Je ne l’ai pas vu excusez-moi, pour le moment, on ne parle que de transports.
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Oui, mais c’est bien qu’il y ait une volonté de remettre en cause le droit de grève. Qu’on le veuille ou non.
 
THIERRY MARIANI Il y a une volonté d’assurer la continuité du service public.
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Il fallait négocier monsieur MARIANI. Il faut négocier.
 
THIERRY MARIANI Il y a des fois où c’est bloqué, vous savez comme moi, par exemple, en ce moment, le gouvernement a nommé deux médiateurs, depuis 3 jours, ça n’avance pas.
 
JEAN-CLAUDE MAILLY Je vous dis que je me pose la question de savoir, si vous ne voulez pas, je ne dis pas vous, spécifiquement, laisser pourrir le dossier, pour justifier la proposition de loi.
 
BERNARD THOMASSON Merci, messieurs. Le dialogue est également un peu bloqué, entre ceux qui veulent de la discussion, de la négociation et qui veulent le service public. Merci, Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de Force ouvrière et Thierry MARIANI, ministre des Transports.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 23 décembre 2011

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