Interview de M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement, à France 2 le 26 décembre 2011, sur les moyens de l'hébergement d'urgence, la construction de logements, son opposition au blocage des loyers et la préparation de la campagne pour l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement, à France 2 le 26 décembre 2011, sur les moyens de l'hébergement d'urgence, la construction de logements, son opposition au blocage des loyers et la préparation de la campagne pour l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : APPARU Benoist.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au logement

ti : GILLES BORNSTEIN Un Noël des sans abri s’est tenu hier devant les grilles de votre ministère, les associations prétendent que de plus en plus de familles, avec enfants parfois, dorment dehors faute de places d’hébergement. Est-ce que c’est vrai ou est-ce que c'est faux ?
 
BENOIST APPARU Non je pense que c’est faux, en tout cas je le souhaite, je l’espère. Quand on regarde depuis maintenant 2007, le nombre de places d’hébergement a augmenté de 25%. Plus 25% de places sur…
 
GILLES BORNSTEIN Mais pour autant, s’il y a de plus en plus de demandes, ça ne résout pas forcément le problème.
 
BENOIST APPARU S’il y a de plus en plus de demandes. C’est toujours très difficile évidemment d’évaluer le nombre de demandes de façon précise. Nous savons aujourd'hui qu’on a augmenté de façon très forte le nombre de place d’hébergement, mais surtout, nous considérons aujourd'hui que ce n’est plus la solution et on a complètement changé de stratégie en la matière en disant que le parcours où on passait deux ans, trois ans, quatre ans, cinq ans dans les places d’hébergement on veut le changer en essayant d’accélérer l’accès vers le logement des sans abri, ça nous parait beaucoup plus efficace comme politique.
 
GILLES BORNSTEIN Oui mais ça, c’est une politique de long terme où on prétend qu’entre le moment où on met un logement en construction et la remise des clés, il y a quatre ans et là, vous devez gérer une situation d’urgence. Est-ce que vous y arrivez ?
 
BENOIST APPARU Oui, pourquoi ? Parce que là encore la seule question qui vaille c’est, comment on arrive à les loger. On peut très bien imaginer, ce qu’on fait, d’utiliser le parc privé. Par exemple des associations louent un appartement dans le parc privé, l’Etat paie en gros le loyer, de la même façon que nous pouvons utiliser les logements sociaux déjà existants. On en construit 130.000 par an, ce qui est le record absolu depuis une trentaine d’années, 130.000 logements sociaux par an. Mais il y a un parc existant qu’on peut aussi utiliser pour essayer d’accélérer le relogement des sans abri.
 
GILLES BORNSTEIN Alors, la COUR DES COMPTES qui d’habitude dénonce les dépenses excessives des gouvernements, là c’est l’inverse, elle a estimé que le gouvernement devait mettre plus de moyens dans l’hébergement d’urgence. Alors est-ce que vous allez le faire, par exemple rétablir la dotation au SAMU Social qui va baisser en 2012 ?
 
BENOIST APPARU Alors vous savez, juste un point, ce n’est pas parce que la Ville de Paris dit que la dotation va baisser que c’est vrai.
 
GILLES BORNSTEIN J’ai la dépêche : 115 millions donnés par l’Etat en 2011, 89 millions en 2012.
 
BENOIST APPARU Il y a eu juste une contre dépêche dans la foulée disant qu’effectivement les chiffres de la Ville de Paris il ne fallait peut-être pas les prendre pour argent comptant. De temps en temps ils peuvent soit faire des erreurs, mais là en l’occurrence me semble-t-il ce n’était pas une erreur, c’était juste un gros mensonge de la part de monsieur DELANOË. Le budget du SAMU Social, évidemment augmentera cette année, comme il a augmenté les dernières années. En 2007 le budget du SAMU Social c’était 54 millions d’euros, aujourd'hui c’est 116 millions d’euros et il augmentera grosso modo de 20% cette année. L’Etat en finance 96%, la Ville de Paris, 3%. Donc les leçons de morale de la Ville de Paris sur le SAMU Social, je pense qu’il serait mieux de regarder ce qu’ils font, ça serait beaucoup plus efficace.
 
GILLES BORNSTEIN Alors il y a quelque chose qui choc ce sont les logements vides, il y en a beaucoup, alors des familles dorment dehors, est-ce qu’il faut réquisitionner ces logements particulièrement ceux qui appartiennent à l’Etat ou par exemple à l’Assistance Publique ?
 
BENOIST APPARU Je n’y crois pas, je n’y crois pas parce que le droit de propriété ça veut dire quelque chose en France, c’est un droit qui est reconnu sur le plan constitutionnel et jusqu’à preuve du contraire…
 
GILLES BORNSTEIN Le droit « avoir un toit » aussi.
 
BENOIST APPARU J’entends bien, mais là encore, essayons de respecter les deux droits sans les opposer l’un et l’autre. La seule solution si on veut résoudre le problème du mal logement qui est essentiellement concentré en Ile-de-France, c'est de produire plus de logements. Ne par chercher à bloquer les loyers, ne pas chercher à réquisitionner, ça ce sont des fausses bonnes solutions. La bonne solution c’est de construire plus de logements et en 2011 on devrait passer la barre des 400.000 logements construits, on annoncera les chiffres demain, normalement quand on regardera les chiffres fin décembre, je ne les ai pas encore, mais quand on regarde la tendance de fin novembre, on devrait dépasser les 400.000. La crise nous avait coûté entre guillemets, 100.000 logements construits de moins par an. On avait fait une très bonne année en 2007, 435.000 logements, on avait chuté considérablement, moins 100.000 logements sur l’année qui suit et là on reprend l’effort de construction, on est à presque… normalement on devrait finir à plus de 400.000 logements. Ce n’est qu’en construisant des logements qu’on répondra à la solution, au problème qui est posé, pardon.
 
GILLES BORNSTEIN Les locataires paient de plus en plus cher, alors qu’ils sont en moyenne de plus en plus pauvres, alors est-ce qu’il faut laisser les lois du marché décider de ces loyers parfois aberrants sans rien faire ?
 
BENOIST APPARU Sans rien faire, non. Qu’on fasse un constat les uns et les autres, que les loyers soient trop élevés, notamment là encore en Ile-de-France oui…
 
GILLES BORNSTEIN Alors qu’est-ce qu’on fait ?
 
BENOIST APPARU La bonne solution c’est de construire plus de logements, 130.000 logements sociaux c'est un record, 400.000 logements construits sur la France entière cette année, tout type de logements confondus, ça ne sera pas un record, mais ça sera une excellente année en tout cas en forte progression par rapport à l’année dernière, construire des logements. Bloquer les loyers ça n’a aucun sens. Pourquoi ? Pour deux raisons. Première raison, quand vous allez dire à un propriétaire, ton loyer ce n’est plus 1.000 euros par mois, c'est 900 euros par mois, est-ce que vous croyez qu’il va continuer à faire des travaux dans son logement ? Réponse, évidemment non. Mais surtout, quand vous allez dire à ce même propriétaire, ce n’est plus 1.000 c’est 900 euros que tu touches, qu’est-ce qu’il va faire le propriétaire ? Au revoir, je vais aller investir mon argent ailleurs. Ils vont vendre les logements, le résultat c'est qu’il y aura moins de logements locatifs sur le marché. On fera exactement, ça produira l’effet inverse de celui qui est recherché, ce sera une grave erreur et une catastrophe. Je ne suis pas le seul à le dire, un certain Gérard COLLOMB, maire de Lyon, PS, dit exactement la même chose.
 
GILLES BORNSTEIN Marine LE PEN dit qu’elle n’a pas loin s’en faut, ses parrainages pour se présenter à l’élection présidentielle, est-ce que vous pensez que c’est du bluffe ?
 
BENOIST APPARU Eh bien, les LE PEN nous ont habitué à cette tactique, avant chaque élection présidentielle, les LE PEN nous disent, ah c'est une horreur pour la démocratie, je n’ai pas mes signatures. Et puis finalement en bout de course, ils ont leurs signatures. Donc j’imagine que de ce point de vue là, Marine LE PEN reprend exactement la même tactique que son père, elle va hurler pendant quelques semaines en disant, je n’ai pas mes signatures, ça va générer un beau débat public, des belles questions de journalistes et ça fera parler de Marine LE PEN.
 
GILLES BORNSTEIN Dominique de VILLEPIN a dit hier qu’il irait jusqu’au bout de sa candidature, fustigeant un président de la République de droite, qu’est-ce que vous avez envie de lui dire ?
 
BENOIST APPARU Eh bien, qu’il a été Premier ministre de droite si mes souvenirs sont bons, il m’avait semblé que Jacques CHIRAC était plutôt de droite, il m’avait semblé que lorsque Dominique de VILLEPIN était Premier ministre il avait une majorité UDF – UMP, plutôt donc des partis politiques de droite. Donc ça a été un Premier ministre de droite, c’est aujourd'hui un candidat à l’élection présidentielle de droite.
 
GILLES BORNSTEIN J’ai pardonné à Nicolas SARKOZY a-t-il ajouté, est-ce que ce pardon est le début d’un éventuel rapprochement ?
 
BENOIST APPARU Je voudrais juste qu’on arrête de réécrire l’histoire de temps en temps. CLEARSTREAM, c’était qui la victime ? VILLEPIN ou SARKOZY ? Je rappelle que la victime c’était Nicolas SARKOZY. C’est lui qui a été faussement accusé d’avoir des comptes je ne sais où. Il y avait un accusé, Dominique de VILLEPIN, il se trouve que les tribunaux ont décidé, à juste titre, qu’il n’était pas coupable. Mais je rappelle quand même que la victime c’était Nicolas SARKOZY et pas Dominique de VILLEPIN. Donc arrêtons d’inverser les choses et de faire de Dominique de VILLEPIN, la victime de CLEARSTREAM. Ce n’est pas ça l’histoire.
 
GILLES BORNSTEIN Merci Benoist APPARU.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 6 janvier 2012

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