Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports et cofondateur de la Droite populaire, à Europe 1 le 27 décembre 2011, sur la gestion du conflit dans les aéroports, la proposition de loi instaurant un service minimum dans les aéroports et le soutien de la Droite populaire au président de la République. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports et cofondateur de la Droite populaire, à Europe 1 le 27 décembre 2011, sur la gestion du conflit dans les aéroports, la proposition de loi instaurant un service minimum dans les aéroports et le soutien de la Droite populaire au président de la République.

Personnalité, fonction : MARIANI Thierry.

FRANCE. Ministre des transports

ti : THIERRY GUERRIER Avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, vous avez géré le conflit des aéroports, vous êtes confiant ce matin, le conflit est derrière nous ?
 
THIERRY MARIANI Écoutez, deux minutes avant de rentrer dans le studio, j’avais le point, a priori, tous les agents ont repris le travail, il reste un tout petit problème, mais qui est uniquement dû à des questions locales à Toulon. Donc a priori, oui, je suis d’abord surtout satisfait parce que, pendant ce conflit, qui a fait, certes, beaucoup de bruit, je rappelle quand même que pas un seul avion a été annulé à Roissy. Il y a eu à peu près deux jours d’annulations…
 
THIERRY GUERRIER A Lyon…
 
THIERRY MARIANI A Lyon, mais ce qui veut dire quoi, ce qui veut dire que pendant les fêtes, grâce à l’action du gouvernement, grâce effectivement à une certaine détermination, eh bien, l’ensemble des Français ont pu rejoindre leur famille pendant les vacances.
 
THIERRY GUERRIER Donc votre stratégie de jouer le pourrissement, d’envoyer la police et les gendarmes à la place des grévistes, ça a payé, c’était la bonne stratégie ?
 
THIERRY MARIANI Non, on n’a jamais joué le pourrissement, on a joué d’abord la sécurité dans les aéroports. Un aéroport, ce n’est pas… les employés qui travaillent à ces postes de surveillance travaillent sous le contrôle de la préfecture, puisqu’ils sont habilités, chacun, etc., et donc c’était une question de sécurité, on n’a absolument pas joué le pourrissement, et d’autre part, je pense que tous les Français n’auraient pas compris qu’une fois de plus, pendant les vacances, on ne puisse pas utiliser les transports aériens.
 
THIERRY GUERRIER J’ai employé le terme de pourrissement, parce que ce sont les salariés grévistes eux-mêmes qui disent : l’envoi des gendarmes et des policiers, c’est ça qui a cassé le mouvement.
 
THIERRY MARIANI Non, oui, peut-être, peut-être, même certainement, mais je veux dire, heureusement qu’il y a eu l’envoi aussi des gendarmes et des policiers, c’est ce qui a permis aux Français de partir en vacances, c’était un conflit totalement privé, je rappelle, des sociétés privées qui assurent la sûreté, et des employés d’une société privée…
 
THIERRY GUERRIER Et c’était au gouvernement de s’en mêler en prenant…
 
THIERRY MARIANI Non, c’était au gouvernement d’abord de constater qu’il y avait un blocage, de nommer deux médiateurs, on a facilité le dialogue, et c’est grâce à l’ouverture de ce dialogue d’ailleurs qu’un accord a été trouvé, je constate quand même qu’une partie des salariés sont satisfaits, et je constate que la totalité des passagers ont pu partir, c’était notre rôle.
 
THIERRY GUERRIER Beaucoup des remarques entendues sur EUROPE 1, dans les journaux de 20h hier soir, c’était : onze jours de grève, pour pas grand chose, ça, c’est la remarque des salariés, vous savez que la prime qu’ils vont obtenir et non pas des augmentations de salaires, est soumise à de telles conditions qu’elle sera très aléatoire pour l’obtenir.
 
THIERRY MARIANI Ils n’ont pas obtenu que ça, ils ont obtenu par exemple, en cas de changement de prestataires de services, la totalité de la réembauche, et puis, je crois qu’ils ont obtenu aussi une prise de conscience que, il faut peut-être ouvrir un chantier sur cette question de la sécurité aéroportuaire, mais bien sûr qu’il faut l’ouvrir, mais pas en pleines fêtes de Noël, pas sous la pression d’une grève, pas sous, là, une forme de véritable chantage vis-à-vis des passagers.
 
THIERRY GUERRIER Mais vous avez eu cette formule au début du conflit : les représentants des sociétés en question, les sociétés de sécurité aéroportuaire, auraient sans doute pu être plus ouverts à la négociation.
 
THIERRY MARIANI C’est vrai que le préavis a été déposé, je crois que c’était le 8 décembre, et les négociations ont été ouvertes assez tard, voilà, mais…
 
THIERRY GUERRIER Il n’y a pas de culture, disent les experts de ce secteur, dans ce secteur, il n’y a pas de véritable culture de négociations.
 
THIERRY MARIANI Je suis d’accord avec vous, c’est pour ça d’ailleurs que la proposition de loi qu’on s’apprête à soutenir avec Nathalie KOSCIUSKOMORIZET et Xavier BERTRAND, celle d’Eric DIARD, eh bien, justement, permet un service garanti, mais avant, impose un dialogue.
 
THIERRY GUERRIER Mais est-ce que, il ne faut pas exiger des pouvoirs publics des clauses sociales dans les contrats qu’ils passent avec ces entreprises, qui ont une mission de service public et qui bénéficient…
 
THIERRY MARIANI Non, la mission de service public, elle est sur la sécurité. Qu’exige l’Etat, il exige que les agents qui effectuent cette mission soient des agents, j’allais dire, qui soient dignes de confiance, et ils le sont dignes de confiance. Et ils font un métier important, je tiens à le rappeler. Simplement, après, c’est une relation, j’allais dire, sociale entre un employeur et un employé, ce n’est pas à l’Etat de s’en mêler.
 
THIERRY GUERRIER Quand je parle de “clauses sociales”, c’est qu’on ne traiterait pas de cette façon emploi, salaires, formations, conditions de travail, les policiers et les gendarmes qui les ont suppléés et qui le faisaient avant 96…
 
THIERRY MARIANI Je crois que dans ces… d’abord, dans les gendarmes… chez les policiers, il y a une tradition de dialogue social avec des syndicats, les gendarmes, c’est l’armée, c’est autre chose. Vous savez, dans les… quel problème on a eu aussi…
 
THIERRY GUERRIER Je parle des conditions de travail et des traitements… et des salaires de ces fonctionnaires, on ne les traiterait pas de la même façon…
 
THIERRY MARIANI Ce n’est pas du tout les mêmes métiers quand même, on ne peut pas comparer, tous les métiers sont respectables, mais le travail d’un gendarme avec tous ses risques, le travail d’un policier avec tous ses risques, n’est quand même pas comparable avec le travail de l’agent de sûreté aéroportuaire, qui fait une mission aussi très importante.
 
THIERRY GUERRIER Alors, venons à cette proposition de loi d’Eric DIARD, vous allez la soutenir…
 
THIERRY MARIANI Bien sûr…
 
THIERRY GUERRIER De quoi s’agit-il, encadrer le droit de grève, appliquer strictement les mêmes règles que dans le transport terrestre, expliquez-nous.
 
THIERRY MARIANI Oui, c’est à peu près ça, c’est-à-dire que c’est appliquer ce qui a marché avec la loi de 2007 pour la SNCF et la RATP, et l’appliquer dans le transport aérien, je n’ai pas l’impression qu’à la SNCF ou la RATP, on n’ait pas le droit de faire grève, la grève est maintenue, le droit de grève sera maintenu dans le transport aérien, simplement, ça consiste à dire, d’abord, avant une grève, obligation d’ouverture d’un dialogue social, et deuxièmement, chaque employé doit se déclarer individuellement deux jours à l’avance, une sorte de préavis, pourquoi deux jours à l’avance, eh bien, parce que ça permet aux compagnies aériennes, ça permet à tous les agents qui interviennent dans le transport aérien de se préparer. Vous vous souvenez de la grève de la Toussaint, il y avait des fois des équipages, enfin, des avions qui étaient, j’allais dire, remplis par les passagers, et puis, à la dernière seconde, on disait : ah mais non, l’équipage n’est pas au complet, descendez, c’est inadmissible pour le passager, c’est ce qu’on veut changer, voilà pourquoi je parle de service garanti.
 
THIERRY GUERRIER Vous n’irez pas au-delà dans l’encadrement du droit de grève dans le secteur aérien, parce que le ministre du Travail, Xavier BERTRAND, s’est déclaré favorable, lui, à l’instauration d’un service minimum dans les aéroports.
 
THIERRY MARIANI Ecoutez, service minimum, service garanti, on est entièrement d’accord avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET et Xavier BERTRAND, le problème, c’est que le droit de grève soit respecté, il sera respecté, il est respecté, je le répète, déjà dans le transport terrestre, mais aussi que les voyageurs puissent avoir quelques informations et qu’on n’ait plus ce qu’il y avait jusqu’à présent ces deux dernières vacances, où les gens se pressent sur un comptoir, ils tombent sur une hôtesse qui est très sympathique, mais qui n’a aucune information, elle ne peut avoir aucune information parce que personne ne sait si les vols vont décoller ou pas, c’est inadmissible.
 
THIERRY GUERRIER Ma question était : est-ce que vous irez plus loin que le simple système qui fonctionne actuellement dans les transports terrestres ?
 
THIERRY MARIANI Ce n’est pas prévu, et c’est inutile.
 
THIERRY GUERRIER Et c’est quand cette… quand est-ce que vous allez faire… déposer cette proposition de loi d’Eric DIARD ?
 
THIERRY MARIANI Eric DIARD, député des Bouches-du-Rhône, l’a déjà déposée, et je pense qu’elle est examinée aux alentours du 20, 25 janvier à l’Assemblée, donc c’est très vite, ce sera intéressant d’ailleurs de voir ce que font les sénateurs socialistes sur cette proposition de loi.
 
THIERRY GUERRIER Donc vous allez garder le timing, le calendrier tel qu’il était prévu.
 
THIERRY MARIANI Oui, et cette proposition de loi, je le rappelle, était déposée bien avant cette grève des agents de sûreté aéroportuaire.
 
THIERRY GUERRIER Dans le secteur des transports, autre sujet, aujourd’hui, et pas exclusivement dans les transports publics, je dirais, tout le monde est concerné par la hausse du prix de l’essence à son plus haut niveau historique. Qu’est-ce que vous pouvez faire aujourd’hui pour éviter que votre secteur ne prenne de plein fouet cette hausse des carburants ?
 
THIERRY MARIANI Ecoutez, on a dans l’ensemble des pays de la planète une hausse historique effectivement, à cause notamment de la hausse du pétrole, due au printemps arabe, je crois que tout simplement, dans notre secteur, il faut voir profession par profession, je pense au transport routier, je pense par exemple à tous ceux qui sont amenés à prendre la voiture dans le secteur des transports, comment on peut effectivement amortir cet effet, mais la hausse, hélas, elle est au rendez-vous pour tous les Français.
 
THIERRY GUERRIER Prix des carburants à son plus haut niveau historique, je le disais, chômage le plus élevé, ça va devenir impossible ou une gageure de défendre le bilan de Nicolas SARKOZY.
 
THIERRY MARIANI Non, pas du tout parce que les chiffres du chômage ne sont pas bons, je ne vais pas vous raconter de salades, les chiffres du chômage ne sont pas bons, simplement, regardons un peu la réalité, on est, hélas, dans une crise que j’allais dire seuls les amis de monsieur HOLLANDE nient ; le chômage a augmenté de manière dramatique dans la totalité des pays, et c’est la France qui est gravement touchée, mais c’est la France qui est, j’allais dire, la plus protégée, je constate que par exemple, aux Pays-Bas, c’est 43% de plus de chômage, 51% au Royaume-Uni, 115% en Espagne, là où les amis de monsieur HOLLANDE ont été au pouvoir pendant des années, et 41%, en moyenne, dans l’Union européenne. En France, c’est 31%, c’est trop, mais notre pays a mieux résisté…
 
THIERRY GUERRIER Ça va être un argument de campagne ça, de comparer au reste de l’Europe ?
 
THIERRY MARIANI Eh bien, ça ne va pas être un argument de campagne, ça va être un rappel de la réalité. Peut-on nier qu’il y ait une crise dans le monde, bien sûr que non, mais simplement, je constate que les mesures qui ont été prises par le gouvernement, les mesures qui vont être prises par Nicolas SARKOZY, suite au sommet social du 18 janvier, ça a permis d’un peu mieux nous protéger.
 
THIERRY GUERRIER Quelle va être la contribution de la Droite populaire à la campagne de Nicolas SARKOZY ?
 
THIERRY MARIANI Ecoutez, ce sera un soutien sans conditions au président de la République.
 
THIERRY GUERRIER Sur le fond.
 
THIERRY MARIANI Sur le fond, on a déposé – vous le savez – un certain nombre de propositions, 80, et puis, je crois que le rôle d’un candidat, ce n’est pas de discuter, moi, je n’ai pas la même conception que monsieur HOLLANDE, vous savez, on ne va pas faire un deal, un accord avec des paragraphes cachés, comme il a fait avec les Verts, voilà, la Droite populaire, c’est une sensibilité d’idées au sein de l’UMP, on est bien au sein de l’UMP, on apporte d’autres idées, le candidat choisira les idées qu’il souhaite soutenir.
 
THIERRY GUERRIER Mais le soutien au nouveau projet de durcissement de sanctions pénales de Claude GUEANT par exemple ou le refus du droit de vote des étrangers aux scrutins locaux, la critique des prestations sociales, sur quel terrain vous allez aller plus particulièrement ? Ça, c’est des exemples récents, mais…
 
THIERRY MARIANI Oui, oui, bien sûr…
 
THIERRY GUERRIER … Droite populaire…
 
THIERRY MARIANI Mais j’avoue que tous ces exemples, vous savez qu’on les soutient, puisqu’on a été en pointe sur la campagne pour permettre que le droit à la nationalité et le droit de vote restent liés. Non, je pense que l’un des arguments clefs, surtout, on est en période de crise, les Français sont durement touchés, ce sera de lutter contre toutes les injustices, contre tous les profiteurs du bas et du haut.
 
THIERRY GUERRIER Exacerber – c’est la critique qui vous est faite souvent – les thématiques du Front national, c’est rendre service à Nicolas SARKOZY ou c’est au contraire favoriser la montée de Marine LE PEN ?
 
THIERRY MARIANI Ecoutez, souligner des problèmes et trouver les solutions, c’est rendre service à la France, Marine LE PEN, elle dénonce des problèmes, mais depuis vingt-cinq ans, comme son père, elle fait des incantations, des dénonciations, mais jamais de propositions.
 
THIERRY GUERRIER Vous allez pouvoir partir en vacances, là ?
 
THIERRY MARIANI Ecoutez…
 
THIERRY GUERRIER Pas trop loin de Paris, pour respecter la consigne présidentielle…
 
THIERRY MARIANI Après deux réveillons de Noël dans les aéroports, notamment l’année dernière à cause de la neige, cette année, à cause d’une grève, j’espère pouvoir prendre trois, quatre jours de repos en famille.
 
THIERRY GUERRIER Mais en France ?
 
THIERRY MARIANI Oui, oui, en France.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 6 janvier 2012

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