Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la politique de formation en alternance, les enjeux du sommet social du 18 janvier et la réforme du financement de la protection sociale, à Paris le 12 janvier 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur la politique de formation en alternance, les enjeux du sommet social du 18 janvier et la réforme du financement de la protection sociale, à Paris le 12 janvier 2012.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement à l'"Espace emploi France" du groupe Carrefour, à Paris le 12 janvier 2012

ti : Mesdames et Messieurs,


J’ai voulu avec Madame Morano faire ce déplacement ici, dans ce centre de formation de Carrefour, parce que nous sommes dans une situation de l’emploi qui est extrêmement difficile. Tous les pays européens sont frappés par le ralentissement de l’activité économique. Nous avons une augmentation du chômage qui est forte, qui est d’ailleurs dans la moyenne des autres pays européens, et qui doit nous conduire à mobiliser des nouveaux instruments pour faire face à ces difficultés de l’emploi.

On a ainsi décidé, depuis maintenant plusieurs mois, de mettre vraiment le paquet sur l’alternance. On s’est fixé l’objectif ambitieux de passer de 600.000 jeunes en alternance à 800.000. Sur les onze premiers mois de l’année 2011, nous avons enregistré une progression de 8 % des entrées en alternance. C’est donc un succès tout à fait remarquable mais qui doit être prolongé.

Nous avons renforcé les formations en alternance, nous avons mis l’accent sur l’accompagnement des salariés menacés par les restructurations avec le nouveau contrat de sécurisation professionnelle. Nous avons mobilisé au maximum les contrats aidés, notamment pour venir en aide aux personnes qui sont les plus éloignées de l’emploi et qui connaissent de longues périodes de chômage. Nous avons défini la nouvelle feuille de route de Pôle-Emploi, qui a été négociée et qui a été signée hier. L’objectif de cette nouvelle feuille de route est parfaitement claire : il s’agit de mieux accompagner les personnes qui en ont le plus besoin et de donner plus de marges de manœuvre aux agents de Pôle-Emploi sur le terrain, afin qu’ils puissent répondre d’une manière beaucoup plus efficace aux besoins des demandeurs d’emploi.

Cette feuille de route va aussi permettre, par redéploiement, d’affecter 2.000 agents supplémentaires à l’accompagnement des demandeurs d’emploi. Et je voudrais à cette occasion saluer le nouveau directeur général de Pôle-Emploi, Jean Bassères, et lui témoigner toute ma confiance, ainsi que celle du Gouvernement. Et à travers lui nous voudrions témoigner cette confiance à l’ensemble des agents de Pôle-Emploi.

Je veux aussi souligner que tout au long de l’année 2011 les partenaires sociaux n’ont pas hésité à prendre leurs responsabilités et ont négocié plusieurs accords. C’est une des particularités de notre pays ces dernières années, dans une situation économique difficile, avec parfois des discours politiques qui sont des discours politiques assez violents sur le plan social. En réalité tout ceci dissimule une vie sociale, un dialogue social qui est extrêmement dense, qui est plus dense qu’il n’a jamais été par le passé, si j’en juge par le nombre d’accords qui ont été négociés.

Nous allons avec le président de la République réunir ces partenaires sociaux le 18 janvier prochain, pour discuter avec eux des effets de la crise sur l’emploi et pour se mettre d’accord, je l’espère, sur de nouvelles mesures pour lutter contre le chômage. Ces nouvelles mesures sont, pour certaines, l’amplification des décisions qui ont déjà été prises par le passé, d’instruments qu’ils ont bien connus et qui ont fait preuve de leur efficacité – je pense notamment à l’activité partielle à laquelle nous allons donner plus de moyens, je pense aux contrats de sécurisation professionnelle, qui ont montré leur efficacité, aux actions sur les branches et sur les territoires les plus touchés, également au soutien aux chômeurs de longue durée.

Mais nous savons que ces mesures qui ont déjà été utilisées, notamment dans la crise de 2008/2009, ne seront pas suffisantes pour faire face aux difficultés structurelles que rencontre l’emploi en France. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’engager des réformes profondes, des réformes structurelles qui visent à améliorer l’efficacité de l’économie française pour qu’elle crée plus d’emplois, pour qu’elle cesse en particulier de délocaliser une partie de son activité de production.

Parmi ces questions structurelles, il y a la question de la réforme du financement de la protection sociale. Nous faisons tous le constat que les charges qui pèsent sur le travail sont trop lourdes dans notre pays, pas par rapport aux pays émergents mais simplement par rapport aux pays avec lesquels nous sommes en compétition dans l’Union européenne, et notamment par rapport à nos voisins allemands. Il faut donc revoir l’assiette du financement de la protection sociale et mettre un coup d’arrêt à la désindustrialisation de notre pays.

Nous travaillons à une réforme du financement de la protection sociale dont l’objectif principal serait de baisser le coût du travail par rapport aux autres pays européens, en tout cas de le ramener dans une moyenne acceptable, en particulier pour les activités de production qui sont celles qui sont les plus concernées par les menaces de délocalisation.

Il y a un deuxième sujet qui est celui des accords de compétitivité. Il faut regarder autour de nous en Europe les bonnes pratiques, celles qui ont permis souvent d’éviter des disparitions d’entreprises. Il y a évidement l’activité partielle, mais il y a aussi les accords de compétitivité qui ont été un des secrets de la bonne résistance de l’économie allemande et plusieurs économies nordiques.

C’est un sujet qui est un sujet délicat dans notre pays et dont les partenaires sociaux hésitent à se saisir. Mais l’objectif devrait faire l’unanimité. Il s’agit de sauvegarder et de développer l’emploi. Et il s’agit de le faire en s’appuyant sur la souplesse par la négociation. Nous avons progressivement, depuis 2002, profondément réformé les règles de la démocratie sociale.

On n’aurait pas pu, avant 2002, proposé d’aller dans ce sens des accords de compétitivité, des négociations sociales dans l’entreprise qui peuvent porter sur les salaires, sur le temps de travail, de manière temporaire, pour passer des moments difficiles. On n’aurait pas pu le faire si on n’avait pas profondément réformé la démocratie sociale, avec le principe des accords majoritaires, avec la légitimité des organisations syndicales qui repose maintenant, ou qui va reposer sur l’élection. Ce sont des garde-fous, des garanties pour les salariés, qui permettent désormais d’aller vers ces accords de compétitivité, qui consistent à donner plus de latitude aux acteurs de terrain, pour ajuster l’organisation globale du travail à un contexte économique donné.

Puis enfin, il y a le dernier sujet, qui est celui qui justifie ma présence ici aujourd’hui, qui est celui de la formation des demandeurs d’emploi. Nous avons entrepris, en 2009, une réforme de notre système de formation professionnelle, et avec le soutien des partenaires sociaux et du service public de l’emploi, nous avons mis en place de nouveaux outils qui sont prometteurs - je pense en particulier à la Préparation Opérationnelle à l’Emploi, dont nous avons vu en détail le fonctionnement ce matin. C’est un outil très utile, parce que c’est un outil qui se fonde sur une analyse précise des besoins centrés sur les métiers en tension, et enfin, parce que c’est un outil qui s’inscrit très clairement dans une logique de retour rapide à l’emploi.

Eh bien, il faut que nous puissions très vite mobiliser d’autres organismes paritaires, qui financent la formation, pour que cet outil puisse profiter à un nombre beaucoup plus important de demandeurs d’emplois.

Comment améliorer l’accès à la formation, qui bénéficie aujourd’hui à 600.000 demandeurs d’emploi ? Comment améliorer l’adéquation entre les formations proposées et les besoins du marché du travail, ce sont des questions très importantes, qui sont au cœur du sommet social de la semaine prochaine.

Bien sûr, tous les chômeurs n’ont pas besoin d’une formation ou d’un accompagnement renforcé. Il ne faut jamais oublier que près d’un tiers des demandeurs d’emploi retrouvent un emploi en moins de trois mois, ce n’est pas donc ceux-là qui sont concernés. Mais nous devons concentrer nos efforts sur les demandeurs d’emploi de longue durée, et sur les plus bas niveaux de qualification. C’est sur eux que le taux de chômage est concentré, et c’est donc sur eux que nous devons cibler les actions.

Voilà, Mesdames et Messieurs, le message que je voulais délivrer juste avant le sommet du 18 janvier prochain. La bataille pour l’emploi, la bataille contre le chômage, dans un pays comme le nôtre qui n’a jamais connu le plein emploi depuis trente ans, ce n’est pas une affaire partisane, et ça n’est pas une question qui peut obéir à un calendrier électoral. Je veux dire par là, qu’il y a une urgence, qu’il y a une crise qui s’aggrave, qu’il y a des gens qui sont au chômage avec des drames humains qui sont des drames humains qui peuvent être terribles. On n’a pas le droit d’attendre. Et aucun sujet ne doit être tabou. Il n’y a pas de question qu’on doive éviter de se poser à l’occasion d’une crise comme celle que nous rencontrons.

Et puis il y a ces bonnes pratiques que nous constatons autour de nous en Europe, et qui doivent faire l’objet d’une vraie analyse de notre part. En tout cas, en venant ici à une semaine de ce sommet de crise du 18 janvier, j’ai simplement voulu signifier que cette bataille pour l’emploi doit s’amplifier, et que chacun y a sa part de responsabilité. Je vous remercie.


Source http://www.gouvernement.fr, le 13 janvier 2012

Rechercher