Déclaration de M. Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, en hommage aux soldats français tués pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie, à Paris le 5 décembre 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, en hommage aux soldats français tués pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie, à Paris le 5 décembre 2011.

Personnalité, fonction : LONGUET Gérard.

FRANCE. Ministre de la défense et des anciens combattants

Circonstances : Hommage aux "morts pour la France" pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie, à Paris le 5 décembre 2011

ti : En cette journée nationale du 5 décembre, dédiée aux « morts pour la France » pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie, la Nation honore ses enfants, tombés, dix ans durant, dans une guerre qui taisait alors son nom.

Cette guerre est bien celle de l’Algérie car plus que tout autre elle est une brulure que beaucoup portent encore dans leur chair. En ce jour, c’est donc à tous les soldats appelés, rappelés ou engagés, harkis et membres des formations supplétives ou assimilés, gendarmes et policiers, morts pour la France en Afrique du Nord, tués ou disparus après le cessez-le-feu en Algérie, que nous rendons l’hommage qu’ils méritent.

Les drames de la guerre d’Algérie restent encore très présents dans la mémoire collective algérienne et française. Peu de mots peuvent rendre compte de cette guerre qui fut sans doute l’une des plus marquantes et des plus terribles de notre histoire, une guerre d’autant plus complexe et cruelle que l’amour jouxtait la haine, et qu’elle opposait des hommes qui, s’ils ne s’ignoraient pas, croyaient se comprendre.

Ils vivaient ensemble, partageaient le travail dans les vignes et les cultures, avaient une proximité quotidienne, intime dans un monde méditerranéen avec ses excès, ses abus mais aussi ses bonheurs.

Cette guerre fut donc bien une guerre civile, où l’ennemi pouvait être l’allié et l’allié se révéler ennemi. Elle divisa européens et indigènes mais aussi, en réalité, tous les villages, toutes les familles en Algérie comme en métropole, il faut avoir le courage de le reconnaître.

Près d'un million et demi d'hommes, jeunes pour la plupart, servirent avec courage la patrie sur ces terres, lointaines pour les uns, familières pour tant d’autres. 23 000 y trouvèrent la mort. A tous, leur jeunesse leur fut volée alors que la France de l’après-guerre se reconstruisait et s’éveillait en pleine période des Trente glorieuses. Dans une ambigüité politique qui entretint trop longtemps les espoirs de part et autre, ces hommes appliquèrent pourtant les ordres qu’on leur avait donnés et remplirent, avec honneur, la mission qui leur avait été confiée : protéger des populations. Cette guerre marqua à jamais leur existence.

Au souvenir de la violence des combats succédèrent très vite d’autres drames. Pour les Pieds-Noirs et nombre de harkis, ce fut l’abandon de leur terre natale, de leurs racines, de leurs biens, en un mot d’une partie de leur vie. Les difficultés d’installation et l’indifférence de la métropole à leur souffrance n’eurent d’autre effet que de maintenir longtemps béantes les blessures de cette sombre décennie.

Aujourd’hui, loin des passions et des tragédies, nous sommes réunis par le souvenir du sacrifice de ces hommes qui se sont tant battus avec leur courage et le sens du devoir. Nous nous souvenons du sacrifice de ces soldats qui donnèrent leur vie pour l’idée qu’ils se faisaient de la France.

Anciens combattants en Afrique du Nord, rassemblés en ce jour, vous qui avez combattu avec discipline et servi avec abnégation, je veux vous dire la reconnaissance et le respect de la République. J’associe aussi à cet hommage toutes les victimes civiles innocentes qui perdirent la vie ou disparurent au cours de cette guerre.

Près d’un demi-siècle après, nous avons un devoir moral : faire en sorte que cette histoire tragique soit une histoire racontée, connue, dans le respect de toutes les mémoires. Nous le devons à tous ceux que la Nation honore aujourd'hui et à leurs familles.

Car c’est en assumant ce passé que nous progresserons dans le chemin de l’apaisement ; c’est en assumant ce passé que nous bâtirons, ensemble, un avenir de paix et de réconciliation.

J’entends des voix qui s’élèvent régulièrement sur la signification de ce 5 décembre. Et je veux aujourd’hui leur répondre. Oui, cette date n’a pas de fondement historique précis. Oui, elle est volontaire. C’est précisément parce qu’elle n’a pas de fondement historique précis que nous l’avons retenue car elle ne choquera pas les mémoires des familles si lourdement endeuillées et parfois encore si amères. C’est précisément parce qu’elle n’exalte pas ce qui fut une victoire pour les uns, un abandon pour les autres, qu’elle a pour vocation d’établir un lien entre les sensibilités. Ce choix ne doit donc pas heurter ni même mécontenter.

C’est là le souhait de conjurer les rancœurs ; c’est là le chemin de la réconciliation ; et c’est bien là le même engagement que celui qui avait prévalu, il y a près de deux siècles, lorsque la Place de la Concorde prit son nom supplantant les querelles entre révolutionnaires et royalistes.

C’est cette concorde entre la France et l’Afrique du Nord que nous bâtissons dans ce 5 décembre.

C’est notre histoire, notre histoire partagée que nous commémorons, pour que la tragédie de la guerre laisse place à l’estime et à la fraternité.

C’est notre histoire, notre histoire partagée que nous commémorons pour que nos enfants continuent de partager, avec leurs aînés, ce geste de communion.

Et c’est le devoir de mémoire qui nous a décidés à procéder à l’inscription des noms des victimes civiles innocentes et des disparus, qui défileront bientôt sur ces colonnes, aux côtés de leurs frères « morts pour la France ».

Ce sont des recherches historiques complexes et minutieuses mais elles méritent assurément le sérieux que nous leur accordons. Cette inscription se fera en 2012.

Alors que le Président de la République a annoncé que chaque 11 novembre désormais, il sera rendu hommage à tous les morts pour la France depuis la Grande guerre, ceux de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie rejoignent la longue cohorte de leurs frères dans le sacrifice : le poilu du chemin des dames, le valeureux de Mao Khe [Victoire en mars 1951 des forces françaises conduites par Jean de Lattre de Tassigny face aux forces du Viêt Minh] ou de Dien-Bien Phu en Indochine comme le jeune marsouin ou légionnaire de Kapisa.

Ces hommes nés sur le sol de notre pays ou aux confins de nos anciennes colonies, citoyens d’une même République, ont contribué à bâtir notre France et à éclairer au prix de leur vie notre histoire et notre avenir. C’est bien en notre nom qu’ils ont donné leur vie. Leur mémoire ne sera pas oubliée. Car c’est dans le souvenir de leur mémoire et les leçons du passé, que nous poursuivrons le chemin de la paix, de la réconciliation, de la construction, dans une mémoire rassemblée entre la France et l’Algérie.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 24 janvier 2012

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