Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Europe 1 le 10 janvier 2012, sur les perspectives de la compagnie maritime SeaFrance et l'initative de l'ancien footballeur Eric Cantona visant à lutter contre le mal-logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Europe 1 le 10 janvier 2012, sur les perspectives de la compagnie maritime SeaFrance et l'initative de l'ancien footballeur Eric Cantona visant à lutter contre le mal-logement.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH Ce matin vous vous rendez à Calais, pour rencontrer les personnels de SeaFrance. C'est une autre SeaFrance qu’il va falloir inventer et construire. Est-ce que ce matin, vous pouvez dire que tout commence à zéro ou tout peut commencer à zéro ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET En tout cas, on se donne tous les moyens pour que ce ne soit pas fini. La liaison Calais – Douvres a un avenir, les salariés de SeaFrance ont des compétences, ils ont aussi un avenir et nous voulons être en mesure de les accompagner.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH On va voir comme le scénario annoncé par le président de la République hier à Berlin, c'est une solution crédible pour tous les salariés de SeaFrance et est-ce que ça veut dire que chacun aura un emploi ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, aujourd'hui, il y a deux solutions possibles. Il y a ce fameux projet de Coopérative ouvrière. Nous donnons les moyens aux salariés de la créer, avec des indemnités majorées...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais on a déjà vu qu’ils étaient méfiants.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET ... mais c'est une question de confiance qui leur est posée et ils ne sont pas tous derrière l’équipe de la coopérative ouvrière, c'est le moins que l’on puisse dire, et puis il y a la solution d’un repreneur privé, on a deux repreneurs sur les rangs...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH On va voir lesquels, mais en attendant, chaque salarié va-t-il percevoir des indemnités chômage, s’il veut ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Chaque salarié percevra des indemnités et des indemnités majorées. Nous l’avions annoncé pour créer la Société coopérative ouvrière, il ne serait pas juste aujourd'hui de revenir en arrière, même si la Société coopérative ouvrière ne se créait pas, et donc chaque salarié aura des indemnités.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors, le privé, le groupe LOUIS-DREYFUS Armateur s’était proposé, il a été jeté par la CFDT locale et il avait renoncé. Il se dit prêt à reprendre 300 marins de SeaFrance, vous l’avez dit. Vous, vous êtes d’accord, évidemment.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Nous avons beaucoup regretté, avec Thierry MARIANI, que le syndicat local ait refusé de discuter avec LOUIS-DREYFUS Armateur qui à l’époque proposait de reprendre 600 marins. Maintenant, c'est derrière nous, ils sont à nouveau sur les rangs, ils ont annoncé qu’ils pourraient mettre très rapidement, deux bateaux à eux dans le détroit et reprendre tout de suite, c'est-à-dire d’ici quelques semaines, 300 marins...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais il n’achète pas les bateaux.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, il ne souhaite pas acheter les bateaux à ce stade, notamment pour des questions de droit social. Donc, il y a cette solution qui est sur les rangs, ça permettrait de recréer tout de suite 300 emplois, et peut-être à terme un peu plus, puisqu’à terme il serait éventuellement intéressé par un troisième bateau.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Le deuxième...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Chose très importante pour nous, ces deux bateaux seraient sous pavillon français et entièrement armés avec des marins français. Donc, c'est fait en partenariat avec un danois, mais c'est bien sous pavillon français, entièrement armé avec des marins français.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Deuxième scénario, il est question d’EUROTUNNEL. Que peut apporter EUROTUNNEL ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET EUROTUNNEL aujourd'hui, dit qu’ils sont prêts à porter les bateaux qui seraient loués à la Société coopérative ouvrière. Ça c'est aussi ce que proposait SNCF à notre demande, donc, si vous voulez, c'est pas quelque chose qui change véritablement les données du problème.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Non, mais, pour comprendre, c'est : ou DREYFUS, ou EUROTUNNEL.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Pour le moment EUROTUNNEL, c'est surtout... a surtout proposé de porter les bateaux dans le cadre de la Société coopérative ouvrière. Après, ce qu’EUROTUNNEL dit entre les lignes, c'est si la Société coopérative ouvrière ne se crée pas, il serait prêt aussi à faire une offre privée, comme LOUIS-DREYFUS Armateur, à racheter les bateaux et à recréer une activité, c'est pas leur activité historique, donc c'est quelque chose, probablement de moins immédiat, mais nous allons, aujourd'hui, mettre la journée à profit, Thierry MARIANI et moi, moi à Calais auprès des salariés, Thierry MARIANI à Paris auprès des repreneurs, pour leur faire préciser toutes leurs propositions et être en mesure d’apporter des réponses et des perspectives aux salariés.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et la SNCF que fait-elle ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET La SNCF...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Guillaume PEPY, au nom de la SNCF, promet 36 millions d’euros de prime bonifiée, comme il ne s’agit pas d’un cadeau, de quoi s’agit-il et à quoi serviront-ils ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET D’abord, la SNCF est bien la maison mère de SeaFrance. SeaFrance est une filiale à 100 % de la SNCF. A ce titre, la SNCF calcule et propose des indemnités et donc ça sera en tout de l’ordre de 60 000 € par salarié, on l’avait dit, ce sont des indemnités bonifiées, donc ça correspond aux 36 000 € (sic) de prime extra légale que vous évoquez, au 36 millions, c’est...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, 36 millions.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C'est à l’intérieur. Par ailleurs, la SNCF proposera un reclassement à chaque salarié qui le souhaite. Un reclassement qui...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH La loi l’impose, mais est-ce...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET ... correspondra à ses compétences...
 
EAN-PIERRE ELKABBACH Mais pas seulement à Calais, dans le département.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais naturellement, pas seulement à Calais. Alors, évidemment, dans la mesure du possible, dans la région. Il faut savoir que la SNCF embauche tous les ans, 10 000 personnes, donc la SNCF a besoin de personnel et elle mettra en priorité ses propositions d’embauches, à la disposition des salariés de SeaFrance.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Comme dit Bruce, NKM, tout à l'heure à Calais, vos interlocuteurs restent les délégués locaux de la CFDT, en partie responsables du désastre de SeaFrance. François CHEREQUE – on lui dit bravo – les a dénoncés, et il devrait d'ailleurs les exclure de la CFDT. Pourquoi ne pas négocier, vous et Thierry MARIANI, directement avec la CFDT de François CHEREQUE ?
 
 
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET D’abord je verrai trois groupes de salariés tout à l'heure : la CFDT SeaFrance, donc la CFDT locale, qui est mise en cause, les représentants de la CGT et puis les salariés non syndiqués, qui ont créé un collectif et avec lesquels je suis en contact depuis vendredi, ce sont ceux qui disent : « Nous déplorons que nos syndicats aient refusé de discuter avec LOUISDREYFUS Armateur, en novembre », et....
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH On se demande pourquoi, vous, l’Etat, la CFDT, François CHEREQUE, vous étiez au courant, pourquoi vous avez trainé, pourquoi vous avez attendu trois ans, alors que vous saviez que ces types étaient des fraudeurs...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Disons-nous les choses clairement.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH ... des tricheurs, des malhonnêtes. Point final.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Disons-nous les choses clairement. Vous lisez les articles dans les journaux, et vous vous dites « ces types n’ont pas l’air clair, pourquoi est ce que l’Etat continue à discuter avec eux ». Il y a un certain nombre de plaintes qui sont au tribunal, il y a des plaintes au pénal, certaines sont graves, mais ce sont pour le moment des plaintes, pas des condamnations. On ne peut pas, d’un côté, demander l’indépendance de la justice, ce qui est bien, ce qui est aujourd'hui garanti en France, et de l’autre côté, reprocher au gouvernement ses lenteurs. Moi, je ne suis pas responsable du classement des plaintes, c'est la justice qui suit ces plaintes.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous avez dit, les 880 salariés auront un emploi dans un délai de un mois, deux mois, etc. La solution sera trouvée.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Les lettres de licenciement seront envoyées le 20 janvier, et avant cette date, les salariés se verront proposer des reclassements. Evidemment, ceux qui sont reclassés, n’auront pas la prime licenciement, les autres pourront choisir la prime licenciement, et il y aura par ailleurs des emplois proposés, soit dans la Scop, soit par le privé.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Madame la Ministre du Logement, Eric CANTONA veut participer à la course à l'Elysée et demande aux maires, 500 signatures. N'est pas Coluche qui veut, mais CANTONA est une voix populaire de protestation, qu’est-ce que vous lui dites, ce matin, pour le rassurer ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Alors... oh, eh bien écoutez, comme maire de Longjumeau, je n’ai pas encore reçu sa demande...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il vous l’enverra, il vous l’enverra.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Donc, je l’attends avec impatience. Après, au-delà du caractère, si vous voulez, toujours un peu particulier, de ce genre de candidature, il y a une vraie problématique sur laquelle Eric CANTONA veut attirer l’attention, qui est le logement.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il a raison ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Alors, il faudrait à la fois qu’il dise ce qui est fait, par exemple aujourd'hui, 120 000 logements sociaux par an. Par le passé, au début des années 2000, à la fin du gouvernement JOSPIN, c’était 40 000, aujourd'hui il y en a trois fois plus, ou les efforts sur le logement privé, sur les petits propriétaires privés modestes, c'est 1 350 000 000 d’euros pour améliorer par exemple l’efficacité énergétique dans ces logements et baisser les factures. Là où il a raison, c'est que le mal-logement existe encore aujourd'hui en France, en dépit de tous ces efforts, et nous avons un problème très particulier en matière de logement, sur certaines zones tendues et notamment sur l’Ile-de-France...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il faut libérer les terrains.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Voilà, qui est la libération des terrains.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Dites-le aux élus.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ça n'est pas essentiellement, ça n'est pas avant tout un problème financier, il faut savoir qu’aujourd'hui en Ile-de-France, 80 % des permis de construire sont portés par 20 % des communes. Le Grand Paris va apporter certaines solutions, puisqu’on va beaucoup construire autour des gares.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Il faut secouer les oreilles des élus, et CANTONA veut que le logement devienne une grande cause nationale dès la campagne présidentielle, là vous lui donnez raison.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Eh bien le logement est dans la campagne présidentielle, c'est une des premières préoccupations des Français, c'est bien normal.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Dernier thème, on pourrait en aborder d’autres, LOUIS-DREYFUS Armateur ne se limite pas à vouloir aider SeaFrance, il veut créer une filière industrielle française dans l’éolien en mer. Or, demain, la Commission de régulation de l’énergie va recevoir les projets de deux grands français : EDF, GDF-SUEZ et de l’espagnol IBERDROLA. L’éolien en mer...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais pas seulement, il y a aussi VINCI, il y a AREVA, c'est en fait un appel d’offres que nous avons lancé au mois de juillet...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc l’éolien en mer, ça commence.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET L’éolien en mer, ça commence, il y a 5 sites, sur lesquels nous avons fait un appel d’offres, nous attendons 10 000 emplois, c'est un projet du Grenelle environnement, nous attendons 10 000 emplois à la fois pour créer une capacité en France, et aussi, derrière, pour créer une filière à l’exportation. Nous pensons que nous pouvons devenir...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH A quelle profondeur on met les éoliennes ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On met les éoliennes à moins de 30 m de profondeur, c'est une machine qui fait plus de 150 km (sic) de haut, c'est une grosse machine...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH 150 m de haut.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET 150 m, pardon, mais nous avons la chance d’avoir un plateau continental très plat, et donc nous pouvons néanmoins les mettre loin de la cote, elles sont à 15 km de la côte, c'est-à-dire qu’elles ne gênent pas, visuellement.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Une allumette dans l’océan.
 
BRUCE TOUSSAINT Ouh là, c'est poétique !
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C'est comme une allumette que vous tiendriez au bout de votre main.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et à quelle distance du rivage ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET A une quinzaine de kilomètres, grâce au fait que notre plateau continental est plat et encore une fois, c'est 10 000 emplois, 10 milliards d’investissements pour cette première série, c'est une nouvelle filière industrielle qui se crée...
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH A partir de quand ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET ... avec des emplois pour tout le monde, l’écologie c'est aussi de l’emploi industriel.
 
BRUCE TOUSSAINT Merci.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH A partir de quand ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Les premières éoliennes, les premiers travaux commenceront en 2015.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 31 janvier 2012

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