Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à RMC le 10 février 2012, sur le projet de référendum du président de la République concernant les droits des chômeurs, la centrale nucléaire de Fessenheim, l'ouverture par Renault d'une usine low cost au Maroc et la poursuite du moratoire sur les OGM. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à RMC le 10 février 2012, sur le projet de référendum du président de la République concernant les droits des chômeurs, la centrale nucléaire de Fessenheim, l'ouverture par Renault d'une usine low cost au Maroc et la poursuite du moratoire sur les OGM.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET est notre invitée ce matin, bonjour.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Bonjour.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. Alors regardons, le président de la République donne une interview au FIGARO MAGAZINE, il est candidat, il sera candidat la semaine prochaine dit-on, vous confirmez ? Vous savez, vous avez des informations ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je n’en sais absolument rien. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’interview du FIGARO MAGAZINE…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais c’est une interview de candidat ça.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est une interview qui remonte en tout cas le débat au niveau des valeurs et des idées face à des candidats qui eux, et notamment François HOLLANDE, misent manifestement sur les sondages, l’impopularité des autres, ne disent rien, ne précisent pas leurs propositions, et sont plutôt dans l’idéologie.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Les idées, c’est utile, et l’idéologie, c’est nuisible. Je trouve que l’interview remonte le débat à un niveau intéressant.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors entrons dans l’interview et dans ce que dit le candidat président. Le droit des chômeurs, les droits des chômeurs, donc si j’ai bien compris, formation obligatoire pour les chômeurs dans des secteurs, peut-être différents d’ailleurs de leur métier d’origine, et après la formation obligation d’accepter une première offre d’emploi. C’est bien cela ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ce qui est faux c’est que vous présentez ça sous l’angle des obligations. Le premier droit d’un chômeur c’est d’être pris au sérieux, et accompagné sur le chemin de l’emploi. Le premier droit d’un chômeur c’est de retrouver de l’emploi, ce n’est pas être là par défaut.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est ce que fait Pôle Emploi, j’espère, déjà non ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Eh bien aujourd’hui, aujourd’hui vous avez 10% des chômeurs, seulement, qui sont en formation. Pourquoi ? Pas parce qu’ils ne demandent pas de formation, il y a beaucoup de demandes de formation qui ne sont pas pourvues.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais pourquoi ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET La formation professionnelle ça ne fonctionne pas bien en France. Il y a 30 milliards par an et ça ne tourne pas bien. Parce que c’est très…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc il y a 30 milliards qui sont gaspillés quoi, si j’ai bien compris.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Pas 30 milliards qui sont gaspillés, on ne peut pas dire ça, mais c’est très éclaté entre différents acteurs. Alors moi je le vois bien depuis mon mandat local, on a beaucoup de mal à trouver le bon guichet, le bon acteur. Le nombre de gens qui vont voir leur maire en leur disant qu’ils cherchent un stage…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je croyais qu’en créant Pôle Emploi on avait, moi je me souviens, des discours, pardon Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, on a dit mais Pôle Emploi ça va permettre justement de rassembler toutes les énergies autour des chômeurs, non ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non Jean-Jacques, on a rassemblé la partie indemnisation et la partie recherche et propositions d’emplois, c’est vrai, mais la formation, elle, elle reste à l’écart de tout ça. Et on le voit aujourd’hui avec 10% de chômeurs seulement qui sont en formation.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, on n’est pas capable aujourd’hui d’offrir des formations aux chômeurs ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Pas assez. 75% des demandes de formation des chômeurs, les trois quarts ne trouvent pas finalement de suite. C'est-à-dire, pas de réalité concrète, éventuellement pas de financement. Vous voyez, l’autre jour je faisais une sortie sur l’hébergement d’urgence, j’étais à l’Armée du Salut au Fort de Nogent. Il y avait un homme, jeune, qui était là, il était hébergé parce qu’il n’avait pas ressource, il était en attente de formation, et lui, ce qu’il voulait, c’était les financements pour devenir travailleur social. Il avait la formation. Les financements, ils existent, il ne trouvait pas le bon guichet. Bon, on a un problème sur la formation professionnelle. Ce que propose le président de la République, finalement, c’est de mieux rapprocher la formation professionnelle et les systèmes d’indemnisation et de gestion du chômage, pour faire en sorte que tout chômeur se voit proposer une formation qualifiante, dans un secteur qui embauche. Parce que, voilà, il y a des secteurs qui embauchent.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, si j’ai bien compris, alors, un chômeur se verra proposer… chaque chômeur se verra proposer une formation, il va falloir mettre en place – alors ça va prendre du temps, ça, parce que… - chaque chômeur se verra proposer une formation, on est bien d’accord, une fois que la formation est accomplie, le chômeur se verra proposer une offre d’emploi, puisqu’il aura été formé dans un secteur qui marche, nous dit-on. Donc, s’il refuse cette offre d’emploi, est-ce qu’il est sanctionné ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET La formation ne se fera pas, ne se choisira pas contre lui, on ne vous imposera pas une formation dans un secteur qui manifestement ne vous correspond pas, ne vous attire pas. Mais, surtout, c’est une proposition, le président de la République le dit clairement dans cet entretien, à discuter avec les partenaires sociaux. Si les partenaires sociaux ne se mettaient pas d’accord…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais non.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Si… lisez bien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a référendum.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Si les partenaires sociaux ne se mettaient pas d’accord, cette proposition pourrait être soumise à tous les Français, par référendum. Est-ce que vous…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais vous ne m’avez pas répondu.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je vous réponds là.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’il y aura sanction ? Si le chômeur refuse le métier, enfin l’emploi qu’on lui donne, qui sera peut-être un emploi moins bien payé, je ne sais pas, est-ce qu’il y aura sanction ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET La proposition, telle qu’elle est faite, c’est qu’on ne pourra pas refuser éternellement l’offre d’emploi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc il y aura sanction.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, enfin le terme sanction… c’est marrant, depuis le début vous parlez d’obligation, vous parlez de sanction…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais je vous demande des précisions, Nathalie KOSCIUSKOMORIZET.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais, Jean-Jacques, la première sanction c’est de rester pendant des années au chômage, à voir ses droits qui diminuent, à voir la fin qui se rapproche, à ne pas avoir de formation, à ne pas avoir de perspective.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Attendez, mais je vous demande une précision…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Donc je vous dis très précisément…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’il y aura sanction, je ne sais pas moi, comme en Allemagne ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je vous dis précisément les choses, on ne pourra pas, à terme…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On baisse les indemnités.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On ne pourra pas, à terme, refuser cette proposition qui…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc il y aura sanction, on baissera les indemnités.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Qui correspondra à une formation qu’on aura eue. Mais cette proposition, de toute façon, ce n’est pas quelque chose qui est imposée aux Français, c’est quelque chose sur lequel il est question de consulter les partenaires sociaux et, un jour, de consulter les Français, et ça c’est d’une grande modernité. Je vais vous dire pourquoi. Les référendums dans notre pays, par le passé, on en a faits, mais toujours sur des questions institutionnelles. Eh bien oui, il y a eu le référendum sur le traité européen, il y a eu… même du temps du Général de GAULLE, c’est des référendums sur des questions institutionnelles. Là c’est une espèce de renouveau de la vie démocratique, c’est l’idée d’aller vers un référendum sur des idées, des sujets de société, qui nous concernent, au plus proche.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, est-ce qu’il y a des chômeurs…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Vous ne me laissez pas finir.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y, finissez.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET J’ai écouté le commentaire de François HOLLANDE que vous passiez tout à l’heure sur votre antenne, qui disait « le prochain référendum c’est l’élection présidentielle. »
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais c’est une obsession François HOLLANDE !
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, mais ça m’a choquée, parce qu’en fait François HOLLANDE il voudrait transformer l’élection présidentielle en référendum anti- SARKOZY. D’un côté il conteste une proposition de référendum et de l’autre côté il n’a une démarche que référendaire, et référendaire anti- SARKOZY. Moi, j’aime bien l’idée, je le dis, j’aime bien l’idée qu’on consulte les Français sur des sujets qui les concernent, et en plus je trouve ça bien l’idée qu’il y ait enfin un référendum sur autre chose que des questions institutionnelles, parce que c’est vrai que c’est toujours compliqué de mobiliser les Français sur des questions strictement institutionnelles, dont ils ont l’impression, souvent à raison, qu’elles sont un peu éloignées d’eux-mêmes.
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’il y a des chômeurs qui n’ont pas envie de se sortir du chômage, vous pensez ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, je ne crois pas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, vous ne croyez pas ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Il y a des chômeurs qui peuvent être désespérés, qui peuvent avoir l’impression qu’ils ne trouveront pas de solution, donc ils peuvent, si vous voulez…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Moi ce que je ne comprends pas très bien c’est que le candidat SARKOZY pourrait inscrire cette réforme dans son programme. S’il est réélu, il n’y a pas besoin de passer par un référendum. S’il est réélu, il applique cette réforme, et s’il n’est pas réélu, eh bien on ne l’applique pas, non ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Sauf, Jean-Jacques, que c’est quelque chose d’aussi fort que ça nécessite quand même, et c’est l’idée qui est derrière cette interview je crois, que ça nécessite quand même d’aller en parler avec les Français, parce que c’est un changement…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, je vois François BAYROU, puisque vous ne citez que François HOLLANDE, moi je vais vous citer François BAYROU qui dit « voilà une dérive inquiétante et pernicieuse. »
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et pourquoi ?
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pourquoi, je vous dis ce que dit François BAYROU moi, vous allez lui répondre.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, mais ça a besoin d’être un peu expliqué.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN « Le rôle d’un président de la République c’est d’apaiser les tensions, pas de jeter de l’huile sur le feu. Il y a quelque chose d’inquiétant dans le discours de Nicolas SARKOZY qui contredit tout ce que le gaullisme a été, tout ce que la tradition sociale de la droite modérée voulait dire. »
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, le rôle d’un président de la République c’est…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN François BAYROU. Qu’est-ce que vous dites à François BAYROU ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est d’agir et de trouver des solutions.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Qu’est-ce que vous dites à François BAYROU ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On a un drame, on a un drame en France, qui est le chômage, ce n’est pas nouveau, ça allait un peu mieux, avec la crise ça revient en force…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça s’est aggravé depuis 2007, oui.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On a un drame qui est le chômage.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Largement aggravé.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On continue à agir à la marge, en quelque sorte, ou on essaye de réformer en profondeur notre système ? Ça ne vous choque pas quand je vous dis il y a 30 milliards d’euros dans la formation professionnelle…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a longtemps que je suis choqué par le chômage, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et on trouve qu’ils ne sont pas utilisés efficacement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, ça, ça me choque, oui. François BAYROU qui parle de dérive inquiétante et pernicieuse, vous ne voulez pas lui répondre ? François BAYROU vous l’épargnez !
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais je n’ai même pas compris pourquoi c’est une dérive inquiétante et pernicieuse de parler, de faire un référendum, sur la formation et le chômage.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc il se trompe BAYROU ? Il se trompe, il dit faux ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Il se… enfin, il se trompe, et je ne comprends même pas son objet. Pourquoi est-ce que c’est inquiétant et pernicieux de parler du chômage, d’essayer d’agir, de proposer des solutions aux Français, de placer le débat au niveau des valeurs et des idées, là où d’autres, finalement, ne sont que dans l’invective.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien, il est 43…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET BAYROU aussi, sur ce coup-là d’ailleurs.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il est dans l’invective là ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Là oui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, 8H43, à tout de suite. [8h47, Deuxième partie]
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, TOTAL a réussi…a réussi, oui, je dis le mot, 12,3 milliards d’euros…le chiffre est totalement énorme que… de bénéfice en 2011. Que doit-on regretter, que TOTAL ne paie pas plus d’impôts en France ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est un problème, vous savez, très complexe de structure d’impôt sur les sociétés. Moi, ce que je crois qu’on doit surtout faire, c’est accélérer notre réforme du code minier, dans la perspective, si on choisit de la faire un jour, de l’exploitation de gisements en face de la Guyane. Pourquoi ? Parce que ceux qui s’en tirent bien…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …j’ai cru que vous alliez nous parler des gaz de schiste.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non ! Ce qui s’en tirent bien en matière pétrolière, c’est ceux qui ont des gisements et une fiscalité adaptée à ces gisements. Donc, pour moi…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …c’est-à-dire que ça permettrait de faire payer plus d’impôts à TOTAL, si TOTAL exploitait des gisements au large de la Guyane ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, en l’occurrence, il y a un gisement avec des demandes d’exploration aujourd’hui. Moi, je trouve inimaginable de penser qu’on pourrait un jour l’exploiter sans qu’il y ait des retombées économiques importantes pour la métropole et pour la Guyane. Ca été confirmé par le président de la République lors du déplacement qu’il a fait en Guyane, ça nécessite de réformer le code minier. Si un jour on exploitait ce gisement, il faut absolument qu’il y ait des retombées financières et des retombées en termes d’emploi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Faut trouver des moyens.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Donc, par ailleurs, des formations du côté de la Guyane.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, si j’ai bien compris, vous cherchez des moyens.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Parce que une plateforme, sinon c’est offshore, voilà, donc ça peut être complètement offshore.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, non, mais ça j’ai bien compris, oui, complètement offshore.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Gens pas concernés, pas les sous, pas les emplois.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN J’ai bien compris. Si je comprends bien…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Il ne faut pas que ça se passe comme ça.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Si j’ai bien compris, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, vous cherchez des moyens de faire payer plus d’impôts à TOTAL, quoi.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Alors, là, en l’occurrence ce n’est pas de l’impôt.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est un peu ça, oui.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est plus que ça.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, c’est plus que ça, oui, de faire participer TOTAL à la richesse nationale, un peu plus.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Moi, dans mon ressort de responsabilité, si vous voulez…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …ben, c’est ça, non ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET J’essaie d’être d’abord, moi, utile.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est ça ou pas ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Dans mon ressort de responsabilité, il y a un intérêt pour le code minier, bon.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, d’accord, mais…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mon urgence à moi c’est la réforme du code minier pour qu’un jour si on va sur ce genre d’exploitation on puisse en bénéficier.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN L’urgence est aussi le budget de l’Etat.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Après, sur le reste, c’est un problème de structure de l’impôt sur les sociétés sur lequel je ne suis pas forcément spécialisée. Ce que je comprends c’est que les gisements de TOTAL, les gisements qu’exploite TOTAL, ils sont plutôt en Afrique, et en fait ils sont taxés sur place, en Afrique.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Eh oui, exactement, à 50 %.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et du coup, nous, on n’a pas les retours. Ce que je vous dirais comme ministre de l’Ecologie, c’est que à terme de toute façon le prix du pétrole il ne peut qu’augmenter.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Eh oui !
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et donc, ce que nous devons faire c’est nous désintoxiquer du pétrole.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ah !
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Le pétrole c’est une drogue. Notre société est shootée au pétrole, quoi que vous fassiez sur les profits de TOTAL, etc., le prix du pétrole il ne fera qu’augmenter.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN De toute façon, les profits de TOTAL augmentent avec le prix du pétrole. Plus les prix du pétrole augmentent, plus les bénéfices de TOTAL augmentent.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ce dont nous avons besoin c’est d’indépendance.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais c’est nous qui payons aussi, quand même.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Nous avons besoin d’indépendance énergétique et nous avons besoin de nous décarboner. Il y avait un très bon article de Jean-Marc JANCOVICI sur l’idée, finalement le déficit de l’Etat, là, ce déficit chronique, il a commencé en 74 en même temps, en même temps…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …que le choc pétrolier.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET …que le choc pétrolier, voilà. Nous devons gagner notre indépendance énergétique. Ca passe en partie par le nucléaire, ça ne passe pas que par le nucléaire, ça passe par l’efficacité énergétique. Moi, je vous donne un exemple.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Allez !
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On a mis 1,5 milliard sur la précarité énergétique. Si votre budget énergétique, toutes vos factures énergétiques représentent plus de 10 % de votre budget, vous êtes considéré comme étant en précarité énergétique, vous avez droit à cet argent, ce sont des subventions qui vous permettent de financer jusqu’à 80 % de l’isolation de votre logement. Allez-y, c’est le moment. C’est destiné à des personnes qui n’ont pas les moyens de faire les travaux. On finance les travaux pour elles, pour qu’elles puissent arrêter de courir après les charges d’année en année, et particulièrement quand il fait froid.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, RENAULT, RENAULT qui a été aidé un temps, je me souviens, par l’Etat. Alors, j’ai vu la réaction de Christian ESTROSI qui nous dit, « Est-il logique que RENAULT réalise du dumping social au Maroc pour produire des voitures destinées à l’Europe ? ».
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est-à-dire que, moi, je ne suis pas satisfaite quand j’entends, ah oui, on va produire ailleurs mais c’est pour les marchés étrangers, parce que parfois c’est aussi ça l’histoire.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, en France, aussi, oui.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et donc en France, on installe nos capacités en France, et la France sera…enfin, le marché français sera fourni par la France, parce que moi ce que je voudrais c’est que la France non seulement puisse subvenir à son propre marché, mais aussi qu’elle exporte, voilà. Donc, je trouve que ce discours n’est pas complètement satisfaisant.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bon, vous n’êtes pas tout à fait satisfaite du discours de Carlos GHOSN.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ben non ! Non !
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, vous n’êtes pas satisfaite.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je voudrais que la France non seulement produise pour son propre marché…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …vous aimeriez que RENAULT soit un peu plus… une entreprise un peu plus française.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET …mais que la France devienne aussi exportatrice.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais dites-moi, l’Etat est actionnaire à 15 %. Vous pouvez dire à monsieur Carlos GHOSN… vous êtes au conseil d’administration, non ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET A 15 % ce n’est pas si simple !
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ce n’est pas si simple. Comment se fait-il que VOLKSWAGEN arrive à construire 60 % de ses voitures en Allemagne, et RENAULT 21 %, en France ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ah, ils n’ont pas la même gamme non plus, si vous voulez.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est un choix.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, ils n’ont pas la même gamme non plus.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est le choix du low cost fait par RENAULT.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais ce que je voudrais c’est que par exemple pour les véhicules d’avenir, pour les véhicules électriques, alors ça va être le cas avec la ZOE qui va être construite en France, mais qu’on capte nous ces technologies-là et qu’on soit le lieu de production de ces véhicules-là. J’en parlais avec Carlos GHOSN récemment sur le déploiement des installations de charges électriques, parce que pour qu’on soit le lieu de production, ce qu’on va être, il faut aussi qu’on soit un marché, et ça nécessite aussi que les collectivités s’engagent plus loin sur le déploiement des places de charges électriques.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN AIR FRANCE, cette grève. Vous avez en charge ce secteur, le secteur du transport, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. Bon, la grève se termine. Nouvelle rencontre avec les syndicats de pilotes. Ce sont les pilotes avant tout qui font grève et qui disent qu’ils menacent de reprendre la grève en période de vacances. D’abord, combien AIR FRANCE a perdu avec cette grève ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET AIR FRANCE peut perdre jusqu’à 50 millions par jour de grève si c’est 100 % d’annulation de vols. Là, ce n’était pas 100 %, donc c’était plutôt de l’ordre de 10 millions par jours de grève. Donc, AIR FRANCE…c’est des chiffres à confirmer par la compagnie, mais aurait perdu entre 40 et 50 millions d’euros, c’est-à-dire beaucoup dans la période de crise qu’AIR FRANCE traverse, et que traversent les compagnies aériennes.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Que dites-vous aux pilotes d’AIR FRANCE qui menacent de faire grève à nouveau ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, d’abord, le gouvernement soutient et ira jusqu’au bout sur cette proposition de loi du député Eric DIARD, qui consiste tout simplement à mettre de la prévisibilité dans la grève. Ca n’est pas une atteinte au droit de grève, c’est juste la transposition au transport aérien de ce qu’on fait dans le transport terrestre.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, sur se prononcer 48 h avant le jour de grève, c’est ça.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Aujourd’hui, on ne donne de préavis que collectif, et donc les compagnies ne peuvent pas prévoir leur plan de vol. Là, il faudra se prononcer 48 h à l’avance individuellement, engager des négociations avant, et les compagnies auront l’obligation de prévenir les voyageurs 24 h avant leur vol, comme ça chacun pourra s’organiser. Il n’y a pas de fatalité à ce qu’un conflit social oblige des familles à venir s’échouer dans les aéroports et y passer des heures parce que les grévistes ne se sont pas déclarés grévistes individuellement à l’avance. Et le gouvernement tiendra bon sur cette position. Cette loi doit être votée. Et d’ailleurs, moi, je m’interroge sur l’attitude des socialistes. On a en face de nous un candidat socialiste, François HOLLANDE, qui nous dit, finalement, le service minimum dans les transports terrestres c’est bien, après l’avoir beaucoup combattu et l’avoir pas voté quand il passait à l’Assemblée, je ne reviendrai pas dessus. Il dit, ah oui, mais alors c’est bien dans le terrestre, mais ce n’est pas bien dans l’aérien. Ah ben, il va falloir expliquer pourquoi c’est bien dans le terrestre et pas bien dans l’aérien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, je parle du nucléaire maintenant. Fessenheim, donc ne fermera pas. Cette centrale est pourtant située sur une zone sismique.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Le problème principal qui a été soulevé par l’Autorité de sûreté nucléaire à Fessenheim n’est pas la zone sismique. Il relevait en deux points que l’Autorité…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …mais c’est une réalité quand même.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, mais ce n’est le sujet principal. Le sujet principal c’était l’épaisseur du radier, ça été signalé par l’Autorité de sûreté nucléaire. Le radier c’est le plancher de la centrale, et c’était la possibilité d’avoir une source d’eau alternative au Grand Canal d’Alsace. Nous avons toujours dit, et le président de la République l’a redit hier, que si l’Autorité de sûreté nucléaire avait dit, ou à quelque autre moment disait il y a un risque qu’on ne peut pas maîtriser…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …ça ferme.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ca ferme.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bon.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ce que l’Autorité de sûreté nucléaire dit c’est il n’y pas de risque majeur, il faut faire les travaux. Et donc, ce que nous avons dit à l’opérateur…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …dire à EDF, oui.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ce n’est pas d’économie sur les travaux. Tous les travaux demandés par l’Autorité de sûreté nucléaire doivent être faits et dans ces conditions-là, Fessenheim n’a pas de raison de fermer. Sinon, c’est quoi ? Sinon c’est de l’idéologie.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, engagez-vous. 8 h 55, oui, oui, c’est un nouveau truc. Est-ce que vous vous engagez…un nouveau truc, oui. Est-ce que vous vous engagez à préserver le moratoire sur les OGM ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui !
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Engagez-vous, c’est marrant, on me l’a déjà fait à 20 ans.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Eh bien, c’est formidable, non, de s’engager non.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Quand je suis sortie au service militaire. Ca m’a un peu surpris. Oui, le moratoire sur les OGM…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …qu’est-ce qu’on demande aux responsables politiques ? On demande des engagements. Alors ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET …et précisément par la clause de sauvegarde, voilà. La clause de sauvegarde sera reprise avant fin février. Pourquoi fin février ? Parce que la période des semailles commence début mars. Donc, nous l’avons dit très clairement aux agriculteurs, ce n’est pas la peine d’acheter des semences OGM, et d’ailleurs la société MONSANTO a dit qu’ils n’en vendraient pas en France parce qu’ils ont bien compris, pas d’OGM en France.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 13 février 2012

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