Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Canal Plus le 13 février 2012, sur la situation en Grèce après le vote d'un nouveau plan d'austérité, les projets de référendum du président de la République concernant l'indemnisation des chômeurs et le droit des étrangers et la polémique sur l'inégalité supposée des civilisations. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Canal Plus le 13 février 2012, sur la situation en Grèce après le vote d'un nouveau plan d'austérité, les projets de référendum du président de la République concernant l'indemnisation des chômeurs et le droit des étrangers et la polémique sur l'inégalité supposée des civilisations.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, BIRABEN Maïtena, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement; ;

ti : MAÏTENA BIRABEN Le mot n’est pas arrivé jusqu’à Cyrille ELDIN, qui devrait s’habiller en couleurs. Bon, c'est comme ça. Par contre, notre invitée, elle, a joué le jeu, à fond. Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement. Le rendez-vous approche et c'est cette semaine que Nicolas SARKOZY va annoncer sa candidature à la présidentielle, après son interview contestée dans LE FIGARO MAGAZINE, cette semaine est l’occasion pour lui, d’inverser la tendance. Bonjour Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Bonjour.
 
MAÏTENA BIRABEN Soyez la bienvenue.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Merci.
 
CAROLINE ROUX Bonjour. Pour commencer, je voudrais vous montrer ces images que vous avez sans doute déjà vues, images d’un pays en révolte, d’un peuple en révolte, le peuple grec, un pays qui se révolte contre des sacrifices qu’on lui demande encore. Vous dites quoi, à ces gens qui sont dans la rue, ce matin ? C’est le prix à payer pour rester dans l’Europe ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET D’abord, je dis que c'est une bonne nouvelle, qu’hier, la Grèce ait voté le plan d’austérité, qui permet de débloquer les moyens pour qu’elle ne tombe pas dans la faillite, tout simplement, c’était ça l’enjeu du weekend. Ça a provoqué des réactions très vives. C'est vrai que le plan d’austérité, il est très dur. On a des baisses de salaire des fonctionnaires, on a toute une rigueur, en fait, qui s’abat sur la société, et moi, la conclusion que j’en tire, c'est qu’il faut absolument éviter de tomber dans le cas grec, et pour ça, se réformer comme on le fait depuis 5 ans. La réforme des retraites, elle nous permet aujourd'hui d’être crédible vis-à-vis des gens qui nous prêtent de l’argent, et de ne pas avoir à craindre ce genre de situation.
 
CAROLINE ROUX L’Europe à l’allemande, c'est devenu ça : marche ou crève ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, les Allemands et nous, et nous nous exprimons bien différemment sur le cas grec, ça ne veut pas dire qu’on ne vise pas le même objectif qui est de sauver la Grèce, et la Grèce dans la zone euro, mais c’est vrai que les Allemands, parfois, ont des expressions très dures sur la Grèce, que nous n’auront pas en France.
 
CAROLINE ROUX Vous l’auriez voté, vous...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Le plan grec ?
 
CAROLINE ROUX ... ce plan, si vous aviez été députée en Grèce ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ah, mais surtout, moi je me serais battue à mort pour qu’on ne tombe pas là-dedans, parce que...
 
CAROLINE ROUX Mais, est-ce que vous l’auriez voté ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, mais, attendez, la Grèce, vous l’avez dit d'ailleurs, tout à l'heure, c'est un pays dans lequel depuis des années, on ne paie pas vraiment ses impôts, tous les chiffres ont été truqués, et aucun effort, aucun moment n’a été demandé, donc il y a une, enfin, il y a une faillite de tous, y compris une responsabilité de la classe politique. Je trouve que c'est très dur leur situation, et... et voilà, ils font face comme ils peuvent.
 
CAROLINE ROUX Dans ce climat-là, climat de crise majeure, Nicolas SARKOZY va entrer en campagne. Alors, on nous avait expliqué que le chef de l’Etat devait rester aux manettes le plus longtemps possible, parce qu’on était dans climat de crise majeure, et voilà que le calendrier s’accélère. Pourquoi d’un coup est-ce qu’il y a urgence à entrer en campagne ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C'est une question qui s'est posée à tous les présidents de la République sortants, depuis le début de la Vème République. La France a besoin d’un président jusqu’au bout, on est élu pour un quinquennat, ou à l’époque un septennat, donc il faut pouvoir diriger jusqu’au bout, et puis en même temps il y a un moment où il faut pouvoir aussi faire sa campagne. En janvier...
 
CAROLINE ROUX Pourquoi est-ce qu’il rentre en campagne cette semaine, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET En janvier, on était en plein dans les sommets européens, dans une actualité internationale qui s’est poursuivie jusqu’au début février. Maintenant, les choses sont un peu plus dégagées du côté de l’international, et moi je n’ai rien à vous annoncer sur cette semaine ou pas. Cette semaine, pour moi, elle est d’abord une semaine d’action ministérielle ; la semaine prochaine, le président de la République va à Photowatt, s’occuper d’énergies renouvelables et d’emploi dans l’industrie des énergies renouvelables en Isère, pour moi c'est ça l’actualité, on verra bien s’il y en a une autre.
 
CAROLINE ROUX C’était juste – parce que c'est lui qui le dit – le rendez-vous approche, ses conseillers, dans la presse, nous disent « ça sera cette semaine »...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Il a dit : « le rendez-vous approche », il ne vous a pas dit « ça se passe cette semaine », ça c'est vous qui le dites.
 
CAROLINE ROUX ... Ce sera cette semaine, ou pas, c'est juste que pourquoi est-ce que c'est important, est-ce que – on sent un tout petit peu de fébrilité – les sondages donnent toujours François HOLLANDE largement devant, est-ce que ça peut peser sur la décision du chef de l’Etat, selon vous ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, vraiment, je n’ai pas de scoop à annoncer sur la décision du chef de l’Etat, ce que je crois c'est qu’il y a d’un côté un candidat qui fait la planche sur le dos, en attendant que ça se passe, en se disant que les sondages sont hauts, il est dans le nuage des sondages, François HOLLANDE, et depuis 15 jours, un président de la République, comme président, lance ses idées, et ce sont ses idées qui font débat. Ce sont ses idées qui sont reprises, ce sont ses idées qui font l’actualité. C'est une situation qui, à un moment, doit donner envie d’aller les porter autrement, ça je le comprends.
 
CAROLINE ROUX Vous êtes à l’aise, totalement, vous, avec ses idées ? On se souvient qu’on a lu le livre de Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, qui s’appelait « Le Front anti national » ; vous faites partie, comme on dit, des modernes de l'UMP. Les référendums sur, donc, les questions des indemnisations du chômage, ou sur le droit de vote des étrangers, toute cette ligne-là vous met totalement à l’aise ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Moi, d’abord, je vais vous dire, je suis très surprise, je suis très surprise des commentaires qui ont été faits sur cette interview. On dit : « c'est une droitisation ». Moi je conteste tout à fait ce terme. C'est un changement nouveau. On part d’une campagne dans laquelle on est dans la polémique et dans l’invective, et le président de la République porte le débat au niveau des idées, des convictions et des valeurs. Mais pourquoi droitisation ? On parle d’un référendum sur la question de l’assurance chômage, question socio-économique. C'est droitiser. Par le passé, on faisait des référendums que sur les questions institutionnelles. On avait du mal à intéresser les Français, d’ailleurs. On a fait Maastricht, on a fait le référendum, plus récemment, sur l’Europe, on en a eu des référendums, mais c’était sur des questions institutionnelles. Est-ce que porter un référendum sur des questions économiques et sociales c'est droitiser ? Non, moi je trouve que c'est moderniser. Ça me convient bien que l’on interpelle les Français sur ce qui fait leur quotidien.
 
CAROLINE ROUX Le droit de vote des étrangers, tout ça, c'est important...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ah mais le droit de vote des étrangers, je ne suis pas pour du tout.
 
CAROLINE ROUX D’accord.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je suis maire d’une ville de 22 000 habitants, je trouve que quand on veut, il ne faut pas mélanger les choses, la citoyenneté elle ne se divise pas, quand on veut voter, on peut devenir français. C'est un peu différent pour les étrangers, qui ne sont pas des étrangers, enfin, qui sont des Européens, parce que si vous voulez, là on a des... et puis il y a des échanges, il y a une réciprocité. Là je suis très à l’aise là-dessus.
 
CAROLINE ROUX Est-ce que vous êtes aussi à l’aise...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais il n'est pas question de faire un référendum sur le droit de vote des étrangers, là il y a un mélange. Le référendum qui est proposé, il est sur la question d’indemnisation de l’assurance chômage, et de faire entrer la formation et de mettre l’argent de la formation, 30 milliards par an, au service du retour à l’emploi.
 
CAROLINE ROUX Est-ce que vous êtes aussi à l’aise avec les propos de Claude GUEANT, parce que François FILLON, lui, n'est pas si à l’aise que ça, en tout cas, il le dit dans une interview à paraitre cet après midi dans LE MONDE, il n’aurait pas parlé de « civilisation », il prend ses distances avec son ministre de l’Intérieur, est-ce qu’il a raison de le faire ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, moi je l’ai dit, c’était sur le plateau du « Grand journal », donc, sur votre chaine, je crois, en début de semaine, je trouve que le terme « civilisation » mérite d’être précisé. Si par civilisation, je fais un terme englobant, dans lequel il y a plein de choses, et d'ailleurs quand vous en parlez aux gens autour de vous, ils y mettent tous des choses différentes. Si par civilisation on entend société ou système politique, oui, je suis d’accord, il y a des sociétés dans lesquelles je n’ai pas envie de vivre et il y a des systèmes politiques qui sont moins bons que d’autres. Si par civilisation on entend culture, alors je ne suis plus d’accord, et c'est éminemment discutable, depuis LEVI-STRAUSS, on sait, on dit, on partage l’idée, qu’il n’y a pas, par exemple, de niveau dans l’art.
 
CAROLINE ROUX Donc, vous n’êtes pas mal à l’aise avec ce que l’on appelle désormais « La ligne BUISSON », gourou de Nicolas SARKOZY...
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je ne sais pas ce que c'est que la « Ligne BUISSON » et je vous ai dit que pour moi, le terme civilisation...
 
CAROLINE ROUX ... eh bien c'est ce qu’on nous explique, qu’il inspire la campagne de Nicolas SARKOZY, ça ne vous pose pas de problème, c'est cette campagne-là que vous souhaitez pour 2012.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, moi j’écoute ce que dit Nicolas SARKOZY, j’écoute ce que dit François FILLON, j’écoute ce que disent les uns et les autres. Concernant le terme « civilisation », je pense qu’il mérite d’être précisé et que s’il avait été précisé, il n’y aurait pas eu une telle polémique.
 
MAÏTENA BIRABEN On passe au « J’aime/j’aime pas ». (...).
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 13 février 2012

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