Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le projet de TVA sociale et le recours au référendum pour réformer la formation des chômeurs, à Moreuil le 13 février 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le projet de TVA sociale et le recours au référendum pour réformer la formation des chômeurs, à Moreuil le 13 février 2012.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement du Premier ministre à Moreuil (Somme) le 13 février 2012

ti : Mesdames et Messieurs,


Je voudrais d’abord remercier Pierre Boulanger, le maire de Moreuil, pour le travail qu’il accomplit au bénéfice de sa collectivité, pour son dynamisme tout azimut et puis pour l’accueil chaleureux qu’il vient de nous réserver à Valérie Pécresse, à François Baroin et à moi-même.
Je veux saluer tous les parlementaires présents ici, je veux leur dire toute l’estime que m’inspire leur action au service de la Picardie et de notre pays et puis je voudrais évidemment remercier tout particulièrement Alain Gest qui a beaucoup insisté depuis plusieurs mois pour que je vienne dans la Somme, que je vienne ici à Moreuil. Alain fait partie de ces élus d’expérience qui savent ce que c’est que la réforme, qui savent ce que c’est que le courage, qui savent ce que c’est que l’intérêt général qui doit être mis au service de toutes les politiques que nous conduisons. Alain fait partie aussi des parlementaires qui s’expriment avec beaucoup de franchise, qui a beaucoup de dynamisme et de tonus le mardi matin aux réunions du groupe politique qui est le sien. Je connais maintenant le secret de ce dynamisme, ce sont les petits déjeuners à base de céréales qu’il prend avant de venir à Paris.

Alain a évoqué beaucoup de sujets et notamment des sujets qui concernent directement la Somme et la Picardie auxquels j’aurai l’occasion de lui répondre directement et sur lesquels je demanderai naturellement aux membres du Gouvernement de se pencher avec bienveillance et efficacité.
Je voudrais juste répondre à son interpellation sur le financement des collectivités locales, pour dire que non seulement nous allons mettre à la disposition des collectivités locales une nouvelle enveloppe sur les fonds d’épargne de la caisse des dépôts, de l’ordre de 5 milliards, pour permettre le financement des investissements du premier semestre 2012, grosso modo, puisqu’il ne faut pas qu’il y ait de rupture dans le financement des investissements des collectivités locales. Et d’ici la fin du premier semestre 2012 nous aurons mis en place la banque des collectivités locales à partir de la caisse des dépôts et de la banque postale, qui pourra venir, avec l’ensemble du réseau bancaire privé, financer les investissements de collectivités.
On a connu un énorme sinistre, une crise majeure avec les difficultés de la banque Dexia. Ces difficultés, le Gouvernement français y fait face, c’est compliqué, mais on y fait face, en veillant à protéger les intérêts des collectivités locales et c’est la difficulté de ce dossier qui a un peu retardé la mise en place de cette banque des collectivités locales.

Alors en cette période préélectorale, les Français observent les candidats et ils se demandent ce que ces candidats peuvent faire pour eux…
C’est une question qui est légitime, mais je crois que chacun d’entre-nous devrait aussi se demander ce qu’il peut faire pour son pays.
Dans cette passe difficile que nous vivons, je voudrais vous convaincre que l’effort de chacun, la lucidité de chacun, le sang froid de chacun constituent la meilleure arme de la France pour sortir de la crise et pour aller chercher la croissance. J’ai été, dans cet esprit, très heureux de visiter ce matin le site de Daillycer à Faverolles. Parce que cette entreprise produit en France, parce qu’elle exporte les productions réalisées ici dans la Somme, parce qu’en investissant dans notre pays elle reconnaît les qualités et les compétences dont dispose la France et ces qualités et ces compétences, sont d’abord celles des hommes et des femmes de cette région, ce sont celles des salariés de ce groupe, dont les effectifs ont ici augmenté de 10% au cours des cinq dernières années. Cette entreprise est une entreprise phare d’un secteur qui est un secteur capital pour l’économie française, il s’agit de l’agro-alimentaire, l’un des secteurs les plus dynamiques de notre économie.
C’est le premier secteur industriel français en termes de chiffre d’affaires. C’est le deuxième secteur industriel français en termes d’emploi. C’est un secteur qui est implanté localement, qui ne délocalise pas ou peu, qui continue de recruter, avec 30.000 emplois à pourvoir chaque année.
C’est aussi le deuxième contributeur à notre balance commerciale, avec un excédent de près de 7 milliards d’euros en 2011, un excédent qui est en hausse de près de 44% par rapport à l’année précédente. Pourtant, malgré ces indices qui sont extrêmement favorables, il ne faut pas se cacher que l’agro-alimentaire a des défis à relever qui ne sont pas moins considérables.
Je pense à la volatilité des prix des matières premières agricoles.
Je pense à la question de la valeur ajoutée qui a beaucoup diminué au cours des deux années qui viennent de s’écouler.
Je pense aussi à la fragilité de l’excédent commercial, parce que cet excédent ne doit pas occulter le fait que la France ne cesse de perdre des parts de marché au niveau mondial et européen.

Nous sommes en cinq ans passés du premier rang des pays exportateurs de produits agro-alimentaires au quatrième rang, derrière les Etats-Unis, derrière les Pays-Bas, et derrière l’Allemagne.
Et la vérité c’est que cet effritement reflète malheureusement celui qui touche à l’ensemble de notre commerce extérieur.
En 2011 nous avons eu un déficit commercial de 70 milliards d’euros, c’est 20 milliards de plus qu’en 2010. Ca fait presque dix ans maintenant que le solde du commerce extérieur français est négatif.

Ce sont bien sûr des chiffres que l’on peut toujours expliquer par la conjoncture, la hausse de la facture énergétique qui est responsable de la moitié du creusement du déficit commercial extérieur, mais on ne peut pas se satisfaire de ces explications. Et nous avons le devoir de faire notre examen de conscience et de chercher tous les moyens pour renforcer la compétitivité de l’économie française.

Dans le débat politique, je le disais tout à l'heure lors de la table ronde que nous avons eue avec les industriels de la région, beaucoup craignent d’utiliser même le mot de «compétitivité». Certains trouvent qu’il est trop technique, d’autres trouvent qu’il est provocateur.
Nous, nous l’utilisons avec François Baroin, avec Valérie Pécresse, parce que, dans notre esprit, il est absurde d’opposer la compétitivité de l’entreprise, la compétitivité de l’économie française à la solidarité qui est le corolaire d’une activité économique, qui est une activité en croissance parce qu’elle produit de la richesse.
Derrière la compétitivité, il y a des entrepreneurs qui réussissent, il y a des emplois qui se créent, il y a des marchés qui s’ouvrent, il y a des usines, il y a des travailleurs, il y a des ingénieurs, qui font face au choc de la mondialisation.
C’est-à-dire à l’éclosion d’un très grand nombre de concurrents sur la surface de la planète. Vous savez qu’au niveau mondial la part de marché de la France est passée de 6% au début des années 90 à 3,5% aujourd’hui.
A quoi est-ce que cela est dû ?
C'est dû évidemment à la montée en puissance des pays émergents, mais c’est dû aussi à la dégradation de nos propres performances par rapport à certains de nos partenaires de la zone euro.

Qu’est-ce qui s’est passé ?
Notre compétitivité a d’abord souffert des déficits publics qui se sont accumulés au cours des années. La dette a en effet entretenu un niveau d’activité artificiel, un niveau d’activité qui masque la fragilité de la production et de la création de richesses.
Et puis notre compétitivité a souffert aussi d’erreurs de politique économique qui ont été, pour une grande part, commises au début des années 2000 : les 35h uniformes, la hausse non maîtrisée des coûts de production, l’insuffisance de la recherche et développement dans le secteur privé.
Pendant un temps la faiblesse initiale du cours de l’euro a fait illusion et a relégué au second plan ces problèmes de compétitivité avant qu’ils ne viennent ralentir de façon durable notre économie.
Nous avons pris des mesures dès 2007 pour desserrer les carcans qui pèsent sur la production française. L’exonération des heures supplémentaires, qui était saluée tout à l’heure par tous les chefs d’entreprise présents comme étant une mesure extrêmement positive, cette exonération des heures supplémentaires a permis à 9 millions de salariés de bénéficier de 450 euros en moyenne par an et elle a surtout permis aux entreprises de faire face à tous les à-coups de production, à faire preuve de beaucoup plus de flexibilité dans l’organisation du travail et donc de cette manière, à conserver des marchés qui auraient pu être perdus sans cette mesure.
Nous avons réduit la pression fiscale sur les entreprises avec en particulier cette réforme si discutée de la taxe professionnelle, il fallait supprimer un impôt qui n’existait qu’en France et qui venait taxer les investissements des entreprises. A chaque fois qu’une entreprise investissait pour produire plus, elle était taxée plus, c’était une aberration : il fallait en finir, nous l’avons fait et là aussi j’ai été particulièrement heureux d’entendre tout à l’heure la plupart des chefs d’entreprises présents lors de cette table ronde s’en féliciter. Et puis nous avons assoupli le droit du travail avec ce que l’on appelle la rupture conventionnelle qui permet à un salarié et à son entreprise de négocier une rupture du contrat de travail de manière amiable.
Ensuite, nous avons dessiné des ambitions stratégiques à long terme.
Nous avons encouragé l’innovation, nous avons encouragé la conquête de nouveaux marchés. Je veux parler du triplement du crédit impôt recherche, des pôles de compétitivité, des investissements d’avenir. Je veux parler de l’ensemble du dispositif de financement de l’économie que nous avons mis en place avec le Fonds Stratégique d’Investissement, avec Oseo qui est devenu au fond une sorte de banque irremplaçable des PME, avec la médiation du crédit pour passer les moments les plus difficiles de la crise économique et on va poursuivre dans cette voie en créant, dans le cadre d’Oseo, une filiale destinée, spécialisée dans le financement de l’industrie.
Vous entendez souvent dans cette période où l’on entend un peu tout et n’importe quoi, des critiques sur beaucoup de ces mesures et notamment des critiques sur l’idée que beaucoup de ces mesures ne profiteraient qu’aux grandes entreprises. Outre le fait que l’on ait besoin de grandes entreprises dans notre pays parce que ce sont elles qui tirent l’ensemble de l’économie française et qui assurent pour une large part notre présence sur les marchés internationaux, la vérité est totalement différente. S’agissant du crédit impôt recherche c’est une mesure qui a principalement profité aux PME et aux entreprises de tailles intermédiaires.

En tout cas toutes ces mesures ont permis de contrer le choc de la crise.
Mais maintenant, nous sommes face à un nouveau palier et il nous faut prendre de nouvelles mesures pour permettre à l’économie française de trouver un rythme de croisière en termes de croissance qui soit plus satisfaisant.
Et de ce point de vue là on ne peut plus esquiver la question du coût du travail.
Il est grand temps que nous recalions nos coûts par rapport à ceux de nos concurrents de la zone euro. Et d’ailleurs comment pourrions-nous imaginer une monnaie européenne solide si cette monnaie européenne repose sur des territoires qui ont des coûts différents, qui ont des différences de compétitivité, qui ont une organisation en termes d’organisation du travail, d’organisation sociale, d’organisation fiscale complètement différente d’un territoire à l’autre.
Notre objectif doit être de faire en sorte que l’ensemble des pays de la zone euro progressivement se rejoignent sur un niveau de compétitivité qui soit comparable.

Alors on nous reproche souvent de n’avoir à la bouche que le mot Allemagne et de vouloir l’imiter en tout point. C’est évidemment tout à fait faux, personne ne veut imiter l’Allemagne en tout point. Chacun a ses spécificités, il y a des domaines dans lesquels l’Allemagne devrait plutôt essayer de nous imiter sur notre politique familiale par exemple, ou s’agissant de l’existence d’un salaire minimum dans notre pays, ou s’agissant des règles que nous avons mises en place pour éviter le dumping social avec le recrutement de salariés venants de pays qui sont hors la zone euro. L’Allemagne a des progrès à faire dans ces domaines.
Mais enfin, elle a aussi des performances économiques que nous devons regarder et donc nous devons nous inspirer.
L’Allemagne est notre principal partenaire commercial et notre premier concurrent : une entreprise française exportatrice a environ huit chances sur dix de se trouver dans le monde, face à un concurrent allemand. Vous savez qu’autrefois, il n’y a pas si longtemps, grosso modo avant les années 2000, nous avions un avantage sur l’Allemagne en matière de coûts salariaux ?
Nous avons perdu cet avantage.
Nous l’avons perdu, au cours de la dernière décennie, parce que nos voisins ont fait des efforts que nous, nous n’avons pas faits.
Dans l’industrie manufacturière les coûts salariaux étaient en France de 15% inférieurs à ceux de l’Allemagne en 98, ils sont maintenant au même niveau. Et dans le secteur des services aux entreprises ils sont aujourd’hui plus bas d’environ 25% en Allemagne, alors qu’ils étaient comparables à la fin des années 90.
A l’heure actuelle, le coût horaire de la main d’œuvre dans l’industrie et les services marchands est supérieur en France de près de 10% par rapport à l’Allemagne, et de plus de 20% par rapport à la moyenne des pays de la zone euro.
Je disais tout à l’heure que l’Allemagne est récemment passée devant nous dans le classement des pays exportateurs de produits agro-alimentaires, et là encore les diagnostics convergent pour dire que la question du coût du travail a fortement pesé dans cette évolution. Lorsque les coûts de production sont trop élevés par rapport à la concurrence internationale, les entreprises ne parviennent plus à introduire de manière significative et durable leurs produits sur les marchés étrangers ou alors elles y parviennent au prix d’une réduction trop importante de leurs marges qui les empêche d’investir dans la recherche, qui les empêche d’investir dans la qualité de leurs produits.

C’est justement pour remédier à ces difficultés que nous avons choisi avec le Président de la République de proposer à notre pays de réduire les charges qui pèsent sur le travail en réformant le financement de notre système de protection sociale.
Nous allons transférer une partie des cotisations qui pèsent sur les salaires, et donc sur les coûts de production, et donc sur les prix des produits fabriqués en France.
C’est une mesure qui ne peut avoir que des effets bénéfiques sur la compétitivité de nos entreprises.
C’est une mesure qui doit doper la production dans notre pays, qui doit favoriser les exportations, qui doit nous permettre de lutter contre les délocalisations.
C’est aussi une mesure qui, sur le plan des principes, se justifie pleinement, parce qu’il n’y avait aucune logique, parce qu’il n’était pas cohérent, de faire autant reposer sur le travail le financement des charges sociales.

Je pense en particulier aux prestations familiales qui sont désormais universelles et qui ne doivent donc pas être financées par l’entreprise, par les salaires mais par la fiscalité dans son ensemble.
Concrètement, cette mesure consiste à faire en sorte que d??sormais il n’y ait plus du tout de cotisations sociales famille à payer pour les salaires inférieurs à 2 300 euros nets.
Le taux de cotisation augmentera ensuite progressivement pour les salaires compris entre 2 300 euros et 2 650 euros et au-delà, il restera identique à ce qu’il est aujourd'hui. Ca veut dire que 14 millions de salariés sont concernés par cette réforme et parmi eux, il y a 80% des salariés de l’industrie et 95% de salariés de l’agriculture.
Ce sera donc une formidable bouffée d’oxygène pour des secteurs qui sont les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale.
Nous estimons que cette baisse coût du travail devrait à terme permettre de créer de l’ordre de 100 000 emplois dans notre pays.
Je lisais ce matin dans un grand journal économique une analyse très intéressante, qui peut montrer à quel point on peut tout faire dire aux chiffres, qui prétendait que cette mesure était finalement assez peu, concernait assez peu l’industrie.
Comme l’industrie dans notre pays malheureusement compte beaucoup moins qu’autrefois, évidemment si on prend les 13 milliards de transferts, une partie seulement concernera l’industrie.
Mais c’est la partie la plus importante, parce que c’est celle qui va toucher la fabrication de produits en France qui va permettre de défendre la fabrication de produits en France, qui va permettre de maintenir des usines sur notre territoire et qui va permettre de lutter contre les délocalisations.
Alors pour financer cette mesure qui représente environ 13 milliards d’euros, tout en garantissant l’équilibre des finances publiques - ce n’est pas le budget de l’Etat qui peut prendre à sa charge comme on l’a fait par le passé avec les allégements de charges notamment sur les 35 heures, ça n’est pas le budget de l’Etat qui est, vous le savez, en déséquilibre qui peut prendre en charge ce transfert - nous avons donc décidé d’augmenter de 1,6 point le taux normal de TVA et d’augmenter les prélèvement sur le capital.

Je sais que cela suscite des interrogations et pour certain des inquiétudes et je veux y répondre devant vous.
D’abord, je voudrais dire qu’il n’est pas justifié et qu’il est même assez fallacieux de présenter comme une hausse d’impôt une mesure qui est avant toute chose un transfert favorable aux entreprises dont les coûts de production vont diminuer et qui vont donc gagner en compétitivité.
C’est une mesure qui est favorable aux employeurs qui verront diminuer les freins à l’embauche.
C’est une mesure qui est favorable aux salariés dont le sort est intimement lié aux performances de leur entreprise.
J’ajoute que cette mesure n’est pas une mesure de rendement qui viendrait augmenter les recettes de l’Etat puisque l’ensemble de ce transfert ira au financement de la protection sociale et de la politique familiale.

Je veux insister également sur un point qui n’est pas négligeable, qui est que les importations qui est que les importations vont désormais participer au financement de notre protection sociale puisque les produits importés devront s’acquitter d’une TVA augmentée.
Je veux souligner enfin que cette mesure ne pénalisera en aucun cas ni la consommation, ni le pouvoir d’achat.
Bien sûr, il y aura une hausse de 1,6% de la TVA mais cette hausse ne devrait pas avoir de répercussions sur les prix.
Pourquoi ?
D’abord, parce que 60% des produits qui sont consommés au quotidien, 60% de ce qui fait le pouvoir d’achat de nos concitoyens, n’est pas soumis au taux de TVA normale. Ils sont soumis au taux de TVA réduit ou au taux de TVA intermédiaire.
Je pense notamment aux produits alimentaires.
Le prix de ces produits ne va donc pas augmenter puisque la TVA sur ces produits n’augmente pas.
Je voudrais indiquer que le prix de ces produits devrait même baisser puisque les charges qui pèsent sur les salaires des ouvriers qui les produisent ou des agriculteurs qui les produisent, elles, vont baisser.
Quant aux produits qui sont au taux normal, ceux qui sont produits en France vont bénéficier de la baisse du coût du travail, et donc de celle de leur prix de fabrication.
Et cette baisse sera supérieure à la hausse de la TVA puisque vous savez qu’une partie de ce transfert est financée par une augmentation des prélèvements sur le capital.

Alors, est-ce que les entreprises ne vont pas conserver pour elles cette baisse de coût ?
Je sais que c’est une question qui est souvent posée. Je ne le crois pas et je ne le crois pas pour une raison simple, c’est que ça ne serait absolument pas leur intérêt.
Les entreprises sont dans une concurrence qui est une concurrence extrêmement dure et elles sont dans un contexte qui est un contexte de reprise progressive de la consommation et donc, elles chercheront avant tout à maintenir leurs ventes et à augmenter leurs parts de marché.

Voila Mesdames et Messieurs,
Avec le Président de la République, nous avons pris la décision d’engager cette réforme parce que c’est une réforme qui relève du bon sens.
Parce que notre redressement économique passe par des ajustements structurels, et pas simplement par des mesures de court terme, parce que le calendrier électoral n’est pas une excuse pour tout arrêter, notamment tout ce qui est difficile.

Nous vivons dans un environnement international qui est de plus en plus concurrentiel, qui est de plus en plus dur, et la crise économique est venue accélérer ce processus.
Rien ne serait pire que de baisser les bras. Rien ne serait pire que de proposer aux Français des perspectives illusoires de repli sur soi.
Il faut dire à nos concitoyens que la mondialisation pèse sur notre destin.
Mais face à cette mondialisation, nous avons des atouts, nous avons même beaucoup d’atouts.
Nous avons des compétences techniques et scientifiques dans bien des domaines.

Je ne crois pas à la fatalité, je suis convaincu que la lucidité n’a rien à voir avec le pessimisme ou la résignation. Il n’y a pas de raison à ce que nos usines ferment et il n’y a pas de raison à ce que nos parts de marché diminuent.
Si nous faisons des efforts, si nous sommes capables de donner à nos talents les moyens de se déployer, si nous libérons les énergies, nous avons toutes les chances de continuer à jouer un rôle important dans ce nouveau monde qui est en train de se dessiner sous nos yeux.
Nous y arriverons en faisant preuve de cran et d’audace.

En ce début de campagne électorale, j’entends ceux qui parlent de «rêves», et ceux aussi qui suggèrent de tout bazarder pour que les lendemains se mettent à chanter…
Eh bien pardonnez-moi d’être devant vous plus terre à terre mais la priorité des priorités, c’est ni de rêver ni de tout bazarder, c’est de sortir de la crise !
C’est un combat qui exige d’abord de dire la vérité ; c’est un combat qui exige de parler vrai, c’est un combat qui est pragmatique, c’est un combat qui dépend de chacun d’entre nous parce les finances de l’Etat sont strictement limitées, c’est un combat qui exige encore et encore des changements.

Le Président de la République vient de proposer une grande réforme de la formation professionnelle, qui doit être au cœur de la bataille pour l’emploi.
Immédiatement, j’ai entendu des cris d’orfraie venant d’hommes et de femmes qui souvent d’ailleurs n’avaient même pas lu ce qui avait été dit par le Président de la République.
Quelle est la situation ?
Nous dépensons 31 milliards pour la formation professionnelle.
De l’autre côté, nous dépensons des milliards pour indemniser les demandeurs d’emploi et nous n’arrivons pas à faire en sorte que ces demandeurs d’emploi bénéficient de la formation professionnelle qui est financée par ailleurs par les entreprises, par la fiscalité, c’est-à-dire par chacun de nos concitoyens.
Ce que nous voulons demain, c’est que tous les demandeurs d’emploi, en tout cas tous ceux qui sont demandeurs d’emploi un certain temps, puissent accéder à une vraie formation professionnelle qualifiante, soit pour améliorer leurs capacités, pour améliorer leur savoir-faire, pour pouvoir être plus efficace, pour pouvoir gravir des échelons demain dans leur emploi, soit pour apprendre un nouveau métier parce qu’ils ont été formés à des métiers qui sont des métiers en voie de disparition.
Il ne s’agit bien sûr pas d’obliger.
J’entendais les micros qui se tendent avec rapidité. Alors on interroge un ingénieur et on lui dit « est-ce que vous seriez d’accord pour devenir demain, pour tenir la caisse d’un supermarché ? ».
Qu’est-ce qu’il faut être bête pour poser une question pareille, pour ne pas se rendre compte de l’absurdité qu’il y a à détruire une idée qui mérite un vrai grand débat national par un raccourci aussi stupide !
Qui peut nier qu’il y a un énorme gâchis à laisser 90% des demandeurs d’emploi sans formation ? 90% des demandeurs d’emploi aujourd’hui ne bénéficient d’aucune réelle formation professionnelle qualifiante.
Alors, nous avons depuis plusieurs années tenté des réformes de la formation professionnelle pour essayer de répondre à cette question ; j’en ai moi-même conduit une en 2003.
Elle avait fait l’objet d’un accord unanime des partenaires sociaux. Je m’étais félicité de cette unanimité mais je me suis rapidement rendu compte que quand il y a unanimité des partenaires sociaux sur ce sujet, c’est que rien ne bouge parce que la vérité, c’est que la formation professionnelle est un sujet tabou dans les relations sociales.
C’est 31 milliards d’euros. C’est beaucoup d’argent qui souvent participe au financement de l’ensemble des organisations qu’elles soient patronales ou qu’elles soient syndicales. C’est en tout cas un sujet qui est une sorte de chasse gardée de toute une série de groupements qui veulent garder leur autonomie et conserver l’argent de la formation professionnelle pour eux-mêmes.
Nous avons tenté une deuxième réforme de la formation professionnelle en 2009 ; elle a permis d’améliorer les choses mais à la marge, elle n’a pas changé radicalement les données du problème.
Alors, le Président de la République a osé dire que si les partenaires sociaux ne parvenaient pas à proposer une véritable révolution dans le financement de la formation professionnelle pour faire en sorte que cette formation professionnelle bénéficie aux demandeurs d’emploi, alors peut-être serait-il possible de poser la question aux Français à travers un référendum.
Est-ce un crime ? Est-ce un crime de demander aux Français leur avis sur une question aussi fondamentale lorsque l’on est en face d’un blocage qui dure depuis aussi longtemps dans le dialogue entre les acteurs sociaux et les acteurs économiques de notre pays.
Bien sûr, le référendum, c’est une sorte d’arme ultime contre le conservatisme du système. Si la voie de la négociation entre les acteurs, notamment les partenaires sociaux et les régions, permettait d’aboutir à une réforme ambitieuse, alors l’appel au peuple ne serait pas nécessaire.
Mais si c’est une négociation au rabais, si rien de fondamental ne bouge, alors oui le référendum est légitime et comme le Général de Gaulle, je crois qu’il y a des moments où la mise en œuvre des procédures habituelles ne permet pas à la volonté nationale de s’accomplir.
Eh bien justement, le référendum permet de transcender ces contingences procédurales. Le référendum permet de nouer un dialogue direct avec le peuple français pour avancer et personne ne devrait avoir peur de recourir au référendum lorsqu’il s’agit de dénouer une situation qui est bloquée depuis des décennies et des décennies.

Mesdames et Messieurs,
Tout ce quinquennat aura été un quinquennat de combat : crise de la finance, crise des dettes des États, crise de l’Europe.
Mais vous savez aussi que ca n’est pas la première épreuve que la France rencontre dans son Histoire. Moreuil, dévasté par la guerre, connaît le prix du sacrifice et celui du redressement. La question que nous devons nous poser, c’est « est-ce que nous sommes à la hauteur de nos anciens ? Est-ce que nous sommes à la hauteur de ceux qui nous ont apporté la liberté, qui nous apporté l’indépendance, qui nous apporté la prospérité ? » C’est une question qui est une question difficile, mais il faut avoir le courage de nous la poser parce que l’on a tendance à oublier d’où nous venons, on a tendance à oublier à qui nous devons ce que nous sommes aujourd’hui et on a tendance à oublier le prix extrêmement précieux de ce petit bout de terre qui s’appelle la France.
La France est un petit pays par sa géographie et son territoire mais c’est une grande nation.
Le défaitisme n’a pas de sens et le catastrophisme n’est pas digne d’un pays comme le nôtre.

Mesdames et Messieurs,
Avancer dans la mondialisation les bras croisés, la tête basse, ca n’est pas ce que j’ai vu sur le site de Dailycer. Et ce n’est pas ce que j’ai entendu de la bouche des chefs d’entreprise avec lesquels j’ai débattu. Ici, j’ai vu de la fierté, j’ai vu de la ténacité, j’ai vu du dévouement. Et j’en conclus avec vous que nous allons nous en sortir !
Voilà le message de volonté et de confiance que je voulais partager avec vous ce matin à Moreuil.


Source http://www.gouvernement.fr, le 14 février 2012

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