Point de presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, sur les difficultés de la situation au Mali confronté au terrorisme et menacé dans son intégrité territoriale, Bamako le 26 février 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, sur les difficultés de la situation au Mali confronté au terrorisme et menacé dans son intégrité territoriale, Bamako le 26 février 2012.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Voyage d'Alain Juppé au Mali le 26 février 2012

ti : Je suis venu exprimer l’attachement de la France à l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali. Pour nous c’est un principe absolument fondamental et à aucun moment nous n’avons varié sur cette ligne.

Il n’y aura pas de solution militaire dans ces affrontements, et il faut donc prendre la voie du dialogue politique aussi inclusif que possible avec tous ceux qui doivent s’asseoir autour de la table, et le président Amadou Toumani Touré à tout à fait confirmé que c’était son intention. Je crois que c’est d’abord la responsabilité des autorités maliennes de le faire, mais des médiations peuvent être utiles, nous en avons parlé avec nos amis algériens, nous en avons parlé aussi avec le président Compaoré hier, avec la CEDEAO et l’Union africaine, donc nous sommes disponibles nous aussi pour aider.

Enfin, il me paraît très important que le calendrier électoral soit respecté. Le président Amadou Toumani Touré a joué un très grand rôle dans la transition démocratique, ici, dans ce pays et je pense qu’il est très attaché au respect du calendrier constitutionnel. Ces élections doivent avoir lieu à la date prévue et sur l’ensemble du pays, y compris au nord ; je crois que là aussi nous avons une convergence de vues absolue.

Voilà ce que nous nous sommes dit, j’ai bien conscience que la situation est difficile mais la France est plus que jamais aux côtés du Mali pour l’accompagner et trouver une solution.


Q - Ce n’est pas plus simple de demander aux rebelles de déposer les armes, puisque c’est le Mali qui a été attaqué, c’est la République qui a été attaqué. L’on a l’impression que les rebelles sont confortés dans leur vérité sécessionniste par la France, il y a l’aile politique et le siège à Paris, est-ce que ce n’est pas plus simple de leur demander de déposer les armes, puisque c’est le Mali qui a été agressé ?

R - D’abord je ne comprends pas très bien le procès d’intention qui est fait à la France par une partie de la presse ici. Notre position, que je résume, est très claire : nous n’avons jamais mis en cause, je le répète, l’unité et l’intégrité territoriale du Mali. S’il suffisait de demander le dépôt des armes et si cet appel était entendu, ce serait parfait. Mais si l’on s’enferme dans cette vision des choses, si l’on continue à aller vers des affrontements, il n’y aura pas de solution. D’ailleurs je suis en parfaite harmonie avec le président du Mali sur ce point, c’est un dialogue politique qui peut permettre de s’en sortir et pas une confrontation parce que, à ce moment là, les conséquences pourraient en être très graves, non seulement sur le Mali mais sur la région aussi. Les réfugiés sont nombreux maintenant dans les pays limitrophes du Mali. Il faut sortir je pense de cette logique-là et ce qui m’a rassuré, c’est que c’est exactement l’approche du président Touré.

Q - En invitant les rebelles, justement, les deux parties à la table des négociations, est-ce que vous ne légitimez pas un peu ces rebelles là ?

R - Est-ce que vous connaissez dans le monde un seul exemple de situation dans laquelle on fait la paix sans parler à ses adversaires ? Évidemment il faut parler négociations. Ce qui nous paraît absolument important d’écarter c’est la négociation avec les terroristes. Nous avons depuis très longtemps dénoncé le danger d’AQMI, qui s’est renforcé au cours des derniers mois. J’ai exprimé aussi les condoléances de la France au président après les évènements épouvantables d’Aguelhoc. Pour nous il n’y a aucune espèce d’ambiguïté, le terrorisme est l’adversaire numéro un et AQMI nous menace nous aussi directement. J’ai une pensée aussi pour nos otages qui sont toujours prisonniers d’AQMI.

Voilà la ligne rouge à ne pas franchir, mais pour le reste il est bien évident qu’il y a des questions qui se posent au nord du Mali et que ces questions doivent être abordées. Ce n’est pas à la France de se mettre en première ligne, ce n’est pas à nous de négocier, ce n’est pas à nous de proposer des solutions dans ce domaine. Nous pouvons simplement être en appui et en médiation, mais un dialogue inter-malien est absolument nécessaire.


Merci.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 2 mars 2012

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