Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RTL le 5 mars 2012, sur la situation de la délinquance à Marseille, la polémique suscitée par le lien fait entre le droit de vote des étrangers et la viande halal dans les cantines scolaires et l'obligation prochaine de l'éthylotest dans chaque véhicule. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RTL le 5 mars 2012, sur la situation de la délinquance à Marseille, la polémique suscitée par le lien fait entre le droit de vote des étrangers et la viande halal dans les cantines scolaires et l'obligation prochaine de l'éthylotest dans chaque véhicule.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE Les règlements de comptes se multiplient entre bandes à Marseille, sur fond de trafics d’armes et de drogue. Une vingtaine de morts violentes l’année dernière. 4 morts par balle, durant ces 8 derniers jours. Vous serez, tout à l’heure, en fin de matinée à Marseille, Claude GUEANT. La police est-elle en échec face à cette forme de banditisme ?
 
CLAUDE GUEANT Il y a à Marseille comme ailleurs, plusieurs types de délinquance que nous devons affronter. Il y a d’abord la délinquance du quotidien, je dirais. Et c’était une préoccupation à Marseille, comme dans d’autres villes, nous avons obtenu des résultats, et à Marseille notamment. J’ai augmenté les effectifs de police à Marseille, l’annonce en a été faite au mois de mai dernier, de l’ordre de 200 fonctionnaires. Et dans ce domaine, depuis l’arrivée d’Alain GARDERE au début de l’automne, nous enregistrons des résultats. La délinquance générale recule de l’ordre de 5 % et encore sur les deux premiers mois de cette année, elle recule. Et personne à Marseille, ne vous dira que la situation du centre ville s’est aggravée. Le nombre des patrouilles se multiplie, on en a 2000 de plus par mois, il y a des policiers en nombre important, il y a deux compagnies républicaines de sécurité qui sont affectées de façon permanente. Et tout le monde dit : la situation a changé, nous nous sentons rassurés, pour ce qui est de notre sécurité quotidienne. Mais, mais…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Mais trafics de drogue, bandes, cités, ça ne va pas mieux ?
 
CLAUDE GUEANT Il y a, il y a, vous avez raison, Jean-Michel APHATIE, vous avez raison, un grand banditisme qui demeure, qui est beaucoup ancré sur les trafics de drogue, avec une nouvelle génération de criminels qui sont plus jeunes que dans le passé. N’oublions pas que Marseille est une ville, qui s’est souvent distinguée par une grande criminalité. Mais les truands ont changé. Et à cet égard que pouvons-nous faire ? D’abord nous pouvons, bien entendu, interpeller les auteurs. Je voudrais dire que l’année dernière, en 2011, nous avons interpellé 71 % exactement des auteurs d’homicides commis sur Marseille. La police ne peut intervenir qu’après coup, bien évidemment. Ensuite, nous faisons un travail préventif, qui consiste en quoi ? Le travail préventif, consiste à saisir les armes qui traînent dans Marseille. L’année dernière, nous avons saisi plus de 500, 534 exactement, dont la moitié des armes longues, c'est-à-dire type kalachnikov ou fusils d’assaut. Et encore au début de cette année, sur les deux premiers mois, nous en avons saisi 150. Il faut ensuite interpeller les trafiquants de drogue.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Le trafic de drogue, la circulation des armes, vous en parlez, on a l’impression que ça s’aggrave, plutôt que ça ne se résout ?
 
CLAUDE GUEANT  Ecoutez, si on arrête beaucoup de gens, en matière de drogue par exemple, 500 trafiquants de drogue ont été interpellés, à Marseille, l’année dernière. C’est bien le signe d’une activité qui redouble. C’est une oeuvre qui n’est pas immédiate, les armes vous les chalutez, si je puis dire, à mesure que vous visiter les caves. En 16 mois, nous avons visité près de 6000 caves et halls d’immeubles, avec de très nombreuses interpellations. Il y a des opérations coups de poings tous les jours.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous ne pouvez pas en faire plus ?
 
CLAUDE GUEANT 900 opérations en 16 mois, tous les jours, tous les jours. Alors tous les jours il faut y revenir, c’est un travail qui est important, parce qu’il y a effectivement, un défi d’importance qui se trouve… mais nous allons le gagner.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous suggérez, Claude GUEANT, que oui, enfin, quand, la fin de votre raisonnement, c’est nous allons gagner. Mais enfin, quand on vous écoute, on a le sentiment d’une certaine impuissance, et plutôt d’être dépassé par les évènements ?
 
CLAUDE GUEANT Mais non, Jean-Michel APHATIE, je suis tout à fait désolé, je suis absolument désolé, Jean-Michel APHATIE, mais quand nous interpellons 500 trafiquants de drogue, quand nous saisissons plus de 500 armes, je suis désolé, nous ne restons pas les deux pieds dans le même sabot. Quand nous interpellons 70 % des auteurs d’homicides, c’est aussi du résultat. Et les autres seront interpellés cette année.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Du coup, dans la campagne électorale, beaucoup de concurrents de Nicolas SARKOZY, de candidats à l’élection présidentielle, pointent la faiblesse de la situation à Marseille, pour dire, c’était le cas de Marine LE PEN, hier, qui était elle-même à Marseille, d’ailleurs…
 
CLAUDE GUEANT Mais les problèmes ne sont pas…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Où est-il le Karcher ? Est-ce que vous n’avez pas fait trop de promesses et tenus trop de discours définitifs sur la sécurité ?
 
CLAUDE GUEANT Les problèmes ne sont pas définitivement réglés à Marseille, et je sais bien, qu’en France, il y a toujours des attentes en matière de sécurité. Il y a notamment une attente qui consiste à avoir plus de policiers sur la voie publique parce que des policiers sur la voie publique, ça rassure. C’est ce que nous faisons avec les patrouilleurs. Et je voudrais quand même, dire à nos détracteurs, qui ont parfois des passés qui pèsent un peu, et dont ils devraient se souvenir, je pense au Parti socialiste. Que l’année dernière, en France, il y a eu 680 000 crimes et délits de moins que 10 ans plus tôt. C’est quand même quelque chose.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Est-ce que vous n’êtes pas pris au piège, Claude GUEANT, du discours très volontariste, peut-être trop en matière de sécurité. Les choses sont plus difficiles à faire sur le terrain, que quand on les décrit à la tribune ?
 
CLAUDE GUEANT Mais jamais personne et Nicolas SARKOZY est parfois accusé d’avoir fait des promesses excessives. Jamais il n’a promis qu’il n’y aurait plus de délinquance en France. Mais je vais vous citer encore un chiffre, l’année dernière, 38,6 % exactement des auteurs de crimes et de délits, ont été interpellés et déférés à la justice. 10 ans plus tôt, c’était 24 %, alors nous ne sommes pas arrivés au bout, nous n’élucidons pas, 100 % des affaires. Mais je constate que nous avons considérablement progressé de presque 50 %.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc vous serez à Marseille, tout à l’heure, en fin de matinée, et vous aurez l’occasion de parler encore de la situation dans cette ville. Vous avez déclenché, à nouveau, parce que ce n’est pas la première, une polémique très vive, vendredi soir, en déclarant à Nancy, dans un argumentaire, visant à vous opposer au vote des étrangers lors des élections locales, vous avez déclaré ceci : « nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent par exemple, obligatoire la présence de la nourriture halal dans les repas, des cantines. » On a l’impression, Claude GUEANT, que l’islam est une obsession pour vous ?
 
CLAUDE GUEANT Non, ce n’est pas du tout une obsession. Mais par rapport d’ailleurs, aux propos d’Alain DUHAMEL, tout à l’heure, je dirais qu’il est très important, que nous puissions exposer aux Français, des visions de société. Je veux dire au passage, d’ailleurs, que si Nicolas SARKOZY ne parle pas souvent d’économie, en revanche il le fait, son action permet de baisser les taux d’intérêt, par exemple, Alain DUHAMEL. Mais je reviens au sujet. Je reviens au sujet. Il y a des visions de société…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Oui, pourquoi vous parlez tout le temps de l’islam ?
 
CLAUDE GUEANT Nous, nous récusons complètement le communautarisme. Le Parti socialiste l’accepte, le communautarisme qu’est-ce que c’est ? Ca veut dire que des communautés vivent selon des règles, qui ne sont pas celles de la République. Et nous refusons qu’à travers cette possibilité donnée aux étrangers de voter et d’être conseillers municipaux de surcroît, puisque c’est la proposition de loi qui a été votée par le Parti socialiste, au Sénat. Nous ne… non, mais permettez que j’aille jusqu’au bout de ma phrase au moins !
 
JEAN-MICHEL APHATIE Oui, j’avais compris.
 
CLAUDE GUEANT Je dirais que nous ne voulons pas, que des règles intéressant la gestion des communes échappent aux règles de la République. Et par exemple, un conseil municipal, par exemple un conseil municipal, a la possibilité de décider quels sont les menus dans les cantines scolaires. L’école c’est le temple de la laïcité, nous avons interdit les signes ostentatoires religieux à l’école. Eh bien, nous ne voulons pas, non plus que des menus qui correspondent à des préceptes religieux, viennent à l’école. C’est très simple. La question est de savoir, et c’était vraiment un projet de société, une conception de société, si nous tenons à la laïcité ou non.
 
JEAN-MICHEL APHATIE S’opposer au vote des étrangers lors des élections locales, c’est tout à fait légitime, ça fait partie du débat.
 
CLAUDE GUEANT Oui.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Mais penser que si ce vote se produisait, ceux qui seraient dans les conseils municipaux, seraient des méchants, chercheraient à imposer des choses, c’est introduire un soupçon, a priori, qui est très étonnant…
 
CLAUDE GUEANT C’est une conséquence pratique…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Les gens ne sont pas forcément méchants ?
 
CLAUDE GUEANT Ce n’est pas une question de méchanceté, mais les gens peuvent avoir des convictions.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Et puis ils seraient minoritaires dans les conseils municipaux…
 
CLAUDE GUEANT Les gens peuvent avoir des convictions.
 
JEAN-MICHEL APHATIE On a l’impression d’une exagération ?
 
CLAUDE GUEANT Mais qui vous le dit ? Qui vous le dit ?
 
JEAN-MICHEL APHATIE On n’imagine pas que les étrangers élus soient majoritaires dans un conseil municipal ? C’est difficile à imaginer ?
 
CLAUDE GUEANT Là, avec les questions… c’est parfaitement inimaginable, compte tenu, des proportions d’étrangers dans un certain nombre de communes. C’est tout à fait certains. Et je crois que notre devoir c’est de souligner, un certain nombre de risques. Et j’ajoute d’ailleurs que les menus, j’ajoute que les menus…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous divisez jusqu’à votre camp, Claude GUEANT. Il n’y en a pas encore des menus halals dans les écoles…
 
CLAUDE GUEANTA préceptes religieux, ne sont même pas souhaités par les musulmans. Nos compatriotes musulmans sont des citoyens comme les Français, ils ne sont pas moins républicains. Et le conseil français du culte musulman, n’est pas d’accord, avec l’introduction de ce type de menu. Mais je dis qu’il y a un risque…
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous divisez jusque dans votre camp…
 
CLAUDE GUEANT Je dis qu’il y a un risque.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Vous divisez jusque dans votre camp, Claude GUEANT. Rachida DATI, dans LE FIGARO, ce matin : je ne peux pas souscrire à des propos qui assimilent les musulmans français à des étrangers. Elle dit diplomatiquement, qu’elle n’est vraiment pas heureuse de vos propos.
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je vais peut-être vous étonner, Jean-Michel APHATIE, je suis entièrement d’accord avec les propos de Rachida DATI, parce que je n’ai rien dit de tel. Je n’ai rien dit de tel.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Son propos est diplomatique. Mais vous avez compris, ce qu’elle voulait dire ?
 
CLAUDE GUEANT Non, pas du tout ! Je crois qu’elle m’a insuffisamment lu.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Claude GUEANT, ministre de l’Intérieur, était l’invité de RTL, ce matin. Bonne journée !
 
PHILIPPE CORBE Claude GUEANT, qui est aussi en charge de la Sécurité routière, on parle ensemble au 32.10 ce matin, des éthylotests qui seront bientôt obligatoires dans chaque véhicule à partir du 1er juillet, c’est ça ?
 
CLAUDE GUEANT Et qui sont une excellente chose. Absolument, ça permettra un autocontrôle des automobilistes. Parce que l’alcool est devenu le premier fléau en matière de Sécurité routière.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 5 mars 2012

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