Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur la lutte contre le terrorisme, la France dans les relations internationales et sur la construction européenne, à Strasbourg le 22 mars 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur la lutte contre le terrorisme, la France dans les relations internationales et sur la construction européenne, à Strasbourg le 22 mars 2012.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Meeting à l'occasion de la campagne présidentielle de 2012, à Strasbourg (Bas-Rhin) le 22 mars 2012

ti : Merci à tous, merci beaucoup.
Mes Chers Amis,


Un assassin a voulu selon ses propres mots « mettre la France à genoux » en semant la haine et la terreur, il a été mis hors d’état de nuire. Il reste les larmes, il reste la douleur des familles des victimes et ma pensée ce soir comme la vôtre, j’en suis sûr, va d’abord vers les victimes et leurs familles.

Ces événements tragiques ont endeuillé la France mais ils nous rappellent ces événements que nous sommes forts lorsque nous sommes unis autour de nos valeurs, que nous sommes faibles quand nous oublions nos valeurs.

Je veux vous parler aujourd’hui de ces valeurs, ces valeurs morales qui sont le fondement de notre Nation, le fondement de notre République. Des millions de femmes et d’hommes dans le monde attendent que la France y soit fidèle.

La France n’est elle même que lorsqu’elle se bat pour un idéal, un idéal de justice, de liberté, un idéal de paix. Si la France compte dans le monde c’est parce que la France donne son nom et son visage aux plus beaux idéaux de l’humanité.

La France aujourd’hui est meurtrie, elle est meurtrie au plus profond d’elle-même par ces crimes odieux perpétrés contre des enfants et contre des soldats désarmés.

Ce sont les valeurs de la France qui ont été niées, ce sont les principes de la République qui ont été bafoués. Et je veux dire aujourd’hui que ces crimes ne sont pas les crimes d’un fou parce qu’un fou est irresponsable, ces crimes sont ceux d’un monstre et d’un fanatique. Un monstre capable d’achever froidement un homme blessé et une enfant qui pleure au milieu d’une cour d’école. Chercher une explication au geste de ce fanatique, de ce monstre, laisser entrevoir la moindre compréhension à son égard ou, pire, lui chercher la plus petite excuse serait une faute morale impardonnable.

Mettre en cause la société, montrer du doigt la France, la politique, les institutions c’est indigne, ce n’est pas faire preuve d’un esprit de responsabilité dans un moment où la Nation a besoin d’unité.

Non, la France n’est pas coupable, non, il n’y a pas en France un climat qui puisse expliquer ces crimes parce que ces crimes sont inexplicables et inexcusables !

Non, la République n’est pas fautive, non, la société n’est pas responsable ! Et, non, rien de ce qui se passe dans le monde et en France, aucune cause, quelle que soit sa nature, quelle que soit sa légitimité, ne peut justifier, ne peut expliquer, ne peut excuser l’assassinat d’un enfant et d’un soldat désarmé.

Ce crime ne sert aucune cause, aucune cause politique, aucune cause religieuse, aucune cause humaine, ce crime abîme toutes les causes. Ce crime doit être regardé pour ce qu’il est, un acte inacceptable pour la conscience, pour la civilisation et pour la société. Ce geste isolé monstrueux engage la responsabilité de celui qui l’a commis mais ce geste doit nous faire réfléchir sur nous-mêmes.

Cette tragédie nous prouve une fois de plus que le combat contre le fanatisme, l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme doit être un combat de tous les jours. La France n’est pas raciste, la France n’est pas antisémite, la haine de l’autre n’appartient ni à notre histoire ni à notre culture.

Nos valeurs sont celles de la République, c’est la République qui permet à chacun de trouver sa place dans la société, d’avoir sa chance, d’être libre. C’est la laïcité qui protège la liberté de conscience, la liberté religieuse. C’est l’égalité de l’homme et de la femme qui empêche le repliement communautaire. Nous ne transigerons jamais sur ces principes, sur ces droits et sur ces devoirs. Et nous ne transigerons pas sur le respect dû aux institutions de la République, aux autorités de l’Etat, le respect dû à la police, le respect dû à la justice et à tous ceux qui dans la société incarnent la République, le respect dû aux enseignants, aux éducateurs, aux médecins dans les hôpitaux qui subissent des violences inacceptables, le respect dû aux élus, aux maires, le respect dû aux soldats qui portent l’uniforme de la République et qui la défendent, le respect dû aux pompiers auxquels dans certains quartiers on ose jeter des pierres, nous ferons respecter les institutions de la République ! Et à chaque fois que nous acceptons le moindre relâchement dans la défense des valeurs et des institutions républicaines nous affaiblissons le trait d’union qui relie entre tous les citoyens de notre pays, quelles que soient leurs origines, leurs croyances, leurs milieux, et nous ouvrons une brèche pour les semeurs de haine et de violence.

Ceux qui seraient tentés de s’enfermer dans une hostilité radicale à la République, ceux qui voudraient l’abattre, ceux qui par leurs propos et leurs comportements encourageraient le fanatisme et feraient prévaloir des idées qui sont contraires à nos valeurs ceux-là doivent bien comprendre que la République n’aura à leur égard aucune indulgence, nous ne leur passerons rien !

Désormais, toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera punie pénalement d’une peine de prison !

Toute personne qui consultera de manière habituelle des sites Internet qui font l’apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement par des peines de prison ! Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est impossible, ce qui est possible contre les pédophiles doit l’être contre les apprentis terroristes ou ceux qui les soutiennent y compris par les idées !

Et, désormais, la propagation et l’apologie d’idéologies extrémistes incitant au terrorisme seront réprimées par un délit figurant dans le code pénal avec les moyens qui sont ceux de la lutte antiterroriste. Chacun est prévenu, chacun prendra ses responsabilités, de notre côté, c’est clair, la République ne cédera pas un millimètre de terrain.

La France est une démocratie, personne ne lui imposera quoi que ce soit par la violence.

La France est un pays où la raison tempère toujours la passion, la France est un pays qui ne se laissera jamais emporter par aucun fanatisme.

La République est un régime d’autorité et de fermeté, ceux qui ne veulent pas être dans la République se heurteront à cette fermeté et à cette autorité. Qu’il me soit d’ailleurs permis de rendre hommage aux forces de l’ordre, au ministre de l’Intérieur qui ont fait un travail remarquable et à nos services de renseignements, je veux simplement dire que quand j’entends proposer qu’on veut les affaiblir ou les faire disparaitre, c’est la République que l‘on affaiblirait, ce serait totalement irresponsable !

Mes Chers Amis, en 1947, ici à Strasbourg, Cher Philippe RICHERT, Chers Amis, le général de GAULLE disait aux Français : « nous nous trouvons désormais dans un univers entièrement différent de celui où notre pays avait vécu pendant des siècles ». Il disait : « il faut que nous restions nous-mêmes, c’est-à-dire des occidentaux fidèles à une conception de l’homme, de la vie, du droit, des rapports entre les Etats qui nous a fait tel que nous sommes ». Il disait encore : « si nous n’étions pas le peuple français, nous pourrions reculer devant la tâche et nous asseoir au bord de la route en nous livrant au destin mais nous sommes le peuple français ».

Voilà mes Chers Amis où nous devons puiser nos références, d’où nous venons et voilà ce qui éclaire l’avenir, « nous sommes le peuple français ». A l’intérieur, à l’extérieur, la seule politique de la France c’est la défense de ses valeurs, c’est en défendant ses valeurs que la France est forte, c???est en défendant ses valeurs que la France protège le mieux les Français. C’est en se battant pour les autres que la France se bat le mieux pour elle-même.

A l’intérieur donc la République. A l’extérieur, la France doit être la voix de ceux qui n’ont pas de voix, le droit substitué à la force, la liberté des peuples, la solidarité des nations. Voici la politique de la France, à l’intérieur et à l’extérieur, la justice et la paix, voici la politique de la France.

Depuis le général de GAULLE, le monde a changé, la France, l’Europe, l’Occident ne pèsent plus de la même manière sur les destinées du monde mais comme au temps de Jean MONNET, de Robert SCHUMAN, de de GAULLE, d’ADENAUER, le sort de la France, et ici, en Alsace, on le comprend, est lié à celui de l’Allemagne, de l’Europe et de l’Occident.

Les moyens ne sont plus les mêmes, les menaces non plus mais les finalités demeurent parce que la vocation de la France n’a pas changé. Comme au temps du général de GAULLE, la France doit s’adapter à son époque, la France veut construire un monde nouveau où chaque peuple trouve sa place.

La France a des responsabilités particulières en Europe et dans le monde, elle a assumé ses responsabilités la France lors de la conférence de Copenhague sur le climat. Elle les assumées la France lorsqu’elle s’est interposé au nom de l’Europe dans le conflit où la Géorgie était menacée de disparaitre. Elle les assumées quand elle a répondu en Côte d’Ivoire à la demande des Nations Unies pour mettre un terme à un déni honteux de démocratie. Elle les assumées la France ses responsabilités lorsqu’elle a envoyé ses soldats et ses avions dans le ciel libyen pour empêcher le massacre des habitants de Benghazi !

C’est la même France qui assume ses responsabilités particulières quand le Conseil de sécurité grâce à notre ministre des Affaires étrangères, Alain JUPPE, elle se bat pour sanctionner un régime syrien qui assassine honteusement son peuple innocent victime d’un dictateur sans scrupule. Elle les assume la France ses responsabilités quand elle travaille à unir la communauté internationale contre le régime iranien qui cherche à se doter d’un armement nucléaire et qui ose affirmer qu’un pays membre des Nations Unies comme Israël doit être rayé de la carte, la France n’acceptera jamais ces menaces et cette attitude ! La France ses responsabilités elle les a assumées quand elle a pris l’initiative de l’Union pour la Méditerranée, pour essayer d’éteindre les haines qui déchirent le monde méditerranéen et qui se répercutent sur le monde entier.

L’Union pour la Méditerranée, une grande idée digne de la France pour qu’en travaillant ensemble les peuples apprennent à se connaitre pour briser comme l’a fait l’Europe le cercle infernal de la vengeance, pour sceller entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient une destinée commune. Combien les événements récents ont rendu encore plus nécessaire l’accomplissement de ce grand dessein. La France a assumé ses responsabilités lorsqu’elle présidait la présidence de l’Europe en 2008, au moment où une crise financière sans précédent a failli emporter le monde.

C’est la France qui a exigé des Etats-Unis d’Amérique la création du G20, instrument indispensable au rétablissement de la confiance ! C’est la France qui a réclamé la réforme de la finance mondiale qui nous a amenés au bord du gouffre, la lutte contre les paradis fiscaux, la taxe sur les transactions financières, la lutte contre la spéculation sur les marchés des matières premières et l’avenir de notre agriculture. Dans 40 ans, il faudra nourrir deux milliards de personnes en plus alors qu’aujourd’hui même il y a un milliards de personnes qui meurent de faim et on vient nous expliquer qu’il ne faudrait pas défendre l’avenir de notre agriculture, de nos agriculteurs et de nos paysans, c’est la France qui porte ce message !

C’est la France, mes Chers Compatriotes, mes Chers Amis, qui a entraîné toute l’Europe dans le soutien à la Grèce menacée de faillite. Et que serait-il arrivé si la Grèce avait été rayée de la carte, si l’euro avait implosé, si l’Europe avait explosé, si nous n’avions pas exigé la solidarité pour éviter les drames ! C’est la France avec l’Allemagne qui a obtenu la création d’un gouvernent économique, qui a mis un terme à la crise qui menaçait d’emporter notre monnaie.

Le premier enseignement que je tire de toutes ces crises c’est que lorsque la France ne place pas ses valeurs en premier, alors elle prend un risque, celui de ne pas être au rendez-vous de l’histoire. Et disons les choses comme elles sont, trop longtemps, trop souvent, la France dans sa politique étrangère a préservé la stabilité plutôt que ses idéaux.

Au nom de la stabilité, nous avons toléré des régimes qui n’avaient rien à voir avec les valeurs qui étaient les nôtres ! Au nom de la stabilité, nous avons accepté pendant des décennies que presque 100 millions d’Européens ne bénéficient pas de la liberté, la liberté pour nous, la dictature pour eux au nom de la stabilité. Au nom de la stabilité, nous avons eu peur lorsque l’Union soviétique a implosé. Avec les printemps arabes, la France a senti que sa place ne pouvait être qu’aux côtés des peuples, des peuples qui voulaient se libérer. La France continuera de respecter le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes mais elle sera plus vigilante sur le respect des valeurs universelles qu’elle entend opposer à toutes les tyrannies et à tous les fanatismes.

L’égalité entre les femmes et les hommes c’est une valeur universelle, nous n’accepterons aucune entorse à ce principe. Nous sommes solidaires des révolutions arabes et nous avons été bouleversés que les jeunes arabes soient descendus dans la rue au cri de « vive la démocratie », « vive l’éducation », « vive la croissance ». Et nous avons été bouleversés parce qu’ils n’ont pas dit « mort à Israël », ils n’ont pas dit « mort aux Etats-Unis », ils n’ont pas dit « mort à l’Occident ». Et nous avons été bouleversés parce qu’ainsi en quelques semaines étaient démontré que les prophètes, les soi-disant experts qui annonçaient le conflit inéluctable entre l’Occident et l’Orient avaient tort !

Mais avec la même franchise je veux dire à ces nouveaux régimes que nous avons soutenus et que nous aiderons que pour nous le respect des minorités ça ne se discute pas, le respect des libertés religieuses y compris pour les chrétiens d’Orient ça ne se discute pas ! Les droits de l’homme et les droits de la femme ça ne se discute pas !

Nous ne voulons rien imposer, nous n’avons pas à choisir leur avenir mais nous disons « nous croyons dans vos révolutions, nous croyons dans votre jeunesse mais nous pensons aussi qu’au XXIe siècle il y a des valeurs universelles dont nous n’accepterons pas qu’elles soient bafouées ni là-bas ni ici ni ailleurs ! Voilà le choix de la France !

Alors la France plaide pour un nouvel ordre mondial, la France dit que les grands pays émergents, la Chine, le Brésil, l’Afrique du sud, l’Inde, le Mexique, ne peuvent plus parler au nom des pays pauvres parce qu’ils ne sont plus des pays pauvres.

C’est toute l’architecture des grandes négociations internationales que la France propose de reconsidérer car si l’on continuait à confondre les pays émergents avec les pays pauvres alors il n’y aurait aucune issue possible aux grandes négociations commerciales et pas davantage d’accords possibles pour les négociations climatiques.

Pour que les choses soient claires, ce que l’on peut faire pour l‘un des pays d’Afrique les plus pauvres au monde on ne peut pas le faire pour cette immense puissance qu’est la Chine, ce n’est pas juste de traiter les uns et les autres sur un même pied. Les pays pauvres ont besoin de la solidarité internationale, les pays émergents ont des responsabilités et des devoirs. Le Conseil de sécurité doit être réformé pour que chaque continent y ait ses représentants permanents, pour que des milliards d’hommes ne soient pas tenus à l’écart, c’est un scandale qu’il n’y ait pas un seul pays africain membre permanent du Conseil de sécurité ! C’est un scandale que le pays le plus peuplé du monde dans 20 ans, l’Inde, ne soit pas membre permanent du Conseil de sécurité ! Et c’est un scandale que le Japon et l’Allemagne en vertu de ce qui s’est passé il y a plus de 60 ans ne soient pas membres permanents du Conseil de sécurité !

Mais en même temps la France dit à ces pays « vous avez de nouveaux droits mais ils vous créent de nouveaux devoirs, le devoir du sang, du sang de vos soldats, pour maintenir la paix dans le monde et le devoir de la solidarité quand un dictateur veut isoler son pays ».

Alors ce monde nouveau nous devons l’aider à naître car le monde ancien n’en finit plus de mourir et le nouveau a du mal à naître, c’est à la France de l’aider à naître. Je veux dire ici à Strasbourg que la mondialisation sans règle, sans réciprocité, c’est fini, que la toute puissance des marchés qui ont toujours raison, fini, que l’aplatissement du monde, la pensée unique, le modèle unique, le mode unique, fini.

De ces années de crise, je tire une conviction profonde, la période que nous vivons est absolument décisive pour l’avenir du monde. Si nous échouons, ça sera la balkanisation. Si les gens ne se sentent pas protégés, ils exigeront partout la fermeture. Je vous demande de réfléchir à cela, le repliement sur soi serait tragique mais on ne peut pas continuer à faire souffrir des peuples dans le monde au nom d’une idéologie qui consiste à tout accepter, à tout laisser passer et à ne jamais demander la régulation et la justice.

Avec la crise financière, avec la crise des dettes souveraines, la fuite en avant dans la dette n’est plus possible, il nous faut construire un monde nouveau. Le message de la France est simple, nous n’avons pas le droit d’échouer.

Je veux aussi à ce moment où l’histoire a une dimension si tragique dire que notre sort est lié plus que jamais à celui de tous les autres. Je veux vous dire avec toutes les fibres patriotiques qui sont les miennes que la souveraineté de chaque pays ne peut s’exercer qu’avec la souveraineté des autres que ceux qui vous expliquent qu’on peut exercer seul sa souveraineté vous mentent, ils n’ont rien compris au monde d’aujourd’hui !

Nul dans le monde ne peut exercer seul sa souveraineté, l’exercer avec ses voisins, avec ses amis avec ses alliés, c’est être plus fort ! Souvenez-vous, le général de GAULLE, « si nous n’étions pas le peuple français, nous pourrions reculer devant la tâche » mais, mes Chers Amis, nous sommes le peuple de France, nous ne reculerons pas devant cette tâche ! D’ailleurs, si la France ne prend pas d’initiative, qui les prendra ? Si la France ne propose rien, qui mettra des propositions sur la table ? Si la France ne croit pas à la taxation des transactions financières, personne ne le fera ! Si la France ne lutte pas pour la création d’une Organisation mondiale de l’environnement, qui luttera pour cette création ? Si la France ne lutte pas pour un new deal économique et écologique planétaire, qui le fera à notre place ? Personne !

Le libre-échange absolu, je veux le dire en prenant un engagement devant les Français, le libre-échange absolu ne peut pas être la seule et unique règle de l’économie mondiale, on a vu où cela nous conduisait. Dire cela ne signifie en rien que l’on veut être protectionniste, en rien que l’on condamne l’économie de marché ! Dire cela c’est dire qu’il n’y a pas de liberté s’il n’y a pas de règles !

Il ne s’agit pas de chercher à avoir partout le même droit du travail, partout la même protection sociale mais nous exigerons que le monde s’entende sur un socle minimum de règles et que les organisations spécialisées comme l’Organisation internationale du travail, le FMI ou l’Organisation mondiale de l’environnement doivent être chargées de les faire respecter.

Quand un problème de dumping écologique surgira dans un conflit commercial, le juge du commerce international sera alors obligé de saisir l’Organisation mondiale de l’environnement dont la France réclame la création pour trancher la question.

Quand nous serons face à un problème de dumping monétaire, alors le juge commercial saisira le FMI. Quand nous serons face à un problème de dumping social, alors le juge nous devrions saisir l’Organisation internationale du travail. Quand la santé sera en cause, l’Organisation mondiale de la santé tranchera.

Ce n’est pas la liberté du commerce que de faire trancher un conflit entre deux pays par la seule Organisation mondiale du commerce en ignorant que dans un pays on fait travailler les enfants, on fait travailler les prisonniers, on manipule le cours de la monnaie et on ne respecte aucune des règles écologiques et environnementales qu’on impose aux autres !

Ce n’est pas de la concurrence loyale, ce n’est pas du libre-échange, c’est de la concurrence déloyale, c’est un monde que nous en voulons plus ! Voilà ce que la France propose !

Au fond, je veux en votre nom me battre pour que l’équité du commerce bien sûr soit mieux garantie mais surtout pour une chose, et dans cette terre d’Alsace vous le comprendrez mieux que d’autres, que l’homme soit remis au coeur de l’économie parce que pour la première fois dans la mondialisation l’homme pourra faire valoir ses droits sur ceux de la marchandise, on ne parle que de la marchandise, la France demande que l’on parle de l’homme !

Bien sûr, bien sûr, bien sûr, ce combat-là n’est pas gagné d’avance. Parce qu’il bouscule bien des intérêts et bien des habitudes.

Mais mes chers amis, si nous n’étions pas le peuple français, nous pourrions reculer devant la tâche, mais nous sommes le peuple de France et nous ne reculerons pas devant la tâche. Alors, bien sûr, ce combat, la France doit le mener avec l’Europe, cher Claude ALLEGRE, merci de votre présence.

L’Europe, au nom de l’Europe, je veux vous dire les choses avec mon coeur, c’est avec l’Europe que la France peut espérer peser suffisamment sur la scène du monde pour changer les choses.

Dans le monde tel qu’il est, la France seule, l’Allemagne seule, la Grande-Bretagne seule ne peuvent rien. Pour faire avancer nos idées, la France n’a pas d’autre levier que l’Europe. Mais pour que l’Europe devienne un levier du changement, alors, je le dis en européen convaincu, l’Europe doit changer.

Depuis cinq ans, elle a déjà changé, elle a changé à cause des crises, parce que les crises ont obligé l’Europe à agir et donc à se doter, enfin, des moyens de décider.

Dans l’Europe d’aujourd’hui, il y a plus de politique que dans l’Europe d’il y a cinq ans. La volonté politique a pris le pas sur la bureaucratie. Mais parce que face aux évènements qui s’abattaient sur l’Europe, il a bien fallu sortir du cours ordinaire des choses, il a fallu faire quelque chose d’épouvantable, transgresser, une chose encore plus épouvantable, inventer, une chose atroce, sortir du cadre, une chose incroyable, bousculer les habitudes, une chose scandaleuse, changer les procédures ! Voilà ce que la crise a permis de faire.

La crise, mes chers amis, a créé beaucoup de souffrance et personne ne peut se dire que la crise ne fut une bonne chose sur rien. Mais la crise a bousculé l’Europe et l’Europe en avait besoin.

Du coup, une nouvelle Europe est en train de naître. Aucune autre institution européenne n’aurait pu faire face à la crise que celle du Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement. Mais un danger, disons les choses et cette campagne électorale doit servir à dire les choses, un danger guette l’Europe. Ce danger, c’est qu’une fois les crises calmées, l’Europe retombe dans la routine bureaucratique, qu’elle pense que c’est fini, qu’on est débarrassé, que les gens ont oublié et qu’on peut recommencer le train-train d’avant. Ce serait mortel, parce que les mêmes causes produiraient les mêmes effets. Avec une différence, c’est qu’à ce moment-là, les Etats n’auraient plus les moyens financiers et les peuples auraient trop souffert. L’Europe n’est pas là pour faire souffrir les peuples, elle est là pour les protéger.

Alors, l’Europe, je le dis comme je le pense, ne peut pas être le seul ensemble politique au monde à ignorer qu’il a des frontières, le seul ensemble politique au monde à refuser de contrôler son immigration, le seul ensemble politique au monde à n’avoir aucune politique commerciale crédible, le seul ensemble politique au monde à ouvrir sans contrepartie ses marchés publics, le seul ensemble politique au monde à mettre en oeuvre une politique de la concurrence qui met ses entreprises à la merci de tous les prédateurs du monde. Cela, nous ne pouvons plus l’accepter !

C’est au nom de mon idéal européen que je le réclame, car je dénie le droit à ceux qui ont toujours combattu l’Europe de proposer la réforme d’une Europe à laquelle ils n’ont jamais cru. Eux n’ont pas le droit ! Nous, nous avons le devoir !

Alors, l’Europe a besoin que ses frontières soient protégées, l’Europe a besoin d’une politique commerciale, d’une politique industrielle, l’Europe a le droit de protéger son agriculture, il y en a plus qu’assez qu’on impose à nos producteurs, à nos éleveurs, à nos agriculteurs des règles de traçabilité et de bien-être de la condition animale, que je respecte parfaitement, et continue à importer sur le territoire de l’Europe des produits en provenance de pays qui ignorent le mot traçabilité, le respect des contraintes environnementales ou le bien-être animal ! Si nous imposons ces règles à nos producteurs, à nos agriculteurs, à nos éleveurs, n’importons pas des produits qui viennent de pays qui ignorent toutes ces règles.

Mes chers amis, tout va se jouer sur notre capacité à nous donner les moyens en Europe de peser sur l’évolution de la mondialisation.

Une évidence saute aux yeux, il y a pour moi trois Europe. Il y a l’Europe de l’euro qui doit s’intégrer davantage parce qu’elle partage une monnaie unique. Il y a l’Europe de Schengen, pour laquelle il faut faire ce qui a été fait pour la Zone Euro, une convergence, convergence du droit des étrangers, convergence des politiques migratoires, un gouvernement politique de Schengen, une présidence stable de Schengen, comme il y a désormais une convergence économique et un gouvernement de la Zone Euro.

Il y a enfin l’Europe à vingt-sept, bientôt vingt-huit, et plus, qui peut s’autoriser davantage de souplesse. Au coeur de cette Europe à trois dimensions, commence à s’organiser un noyau dur où la convergence des politiques sera la règle, parce que lorsqu’on partage la même monnaie, on ne peut pas avoir des politiques qui divergent.

Au coeur de ce noyau dur, la France et l’Allemagne, honte à ceux qui ont défendu des sentiments germanophobes ces derniers mois et ces dernières semaines.

Tout n’est pas possible, tout n’est pas possible, il y a eu trop de souffrance entre nous, trop d’affrontements, trop de haine, le drame de la Shoah, pour qu’on se laisse aller à autre chose que de dire que dans le trésor que nous ont remis les générations qui nous ont précédé, l’amitié entre la France et l’Allemagne est ce qu’il y a de plus précieux.

Rien jamais ne doit remettre en cause cette amitié. Faire converger le plus qu’il est possible la France et l’Allemagne, c’est la tâche que je me fixerais pour les cinq années qui viennent. Il ne s’agit pas d’imiter les autres, mais franchement, y a-t-il un seul citoyen français qui, voyant la situation de la Grèce, voudrait qu’on s’inspire du modèle grec ?

Y a-t-il un seul citoyen qui voudrait que la France s’inspire de modèles qui ont connu tant de difficultés, alors même qu’il y a en Europe le premier pays et le deuxième pays, la première économie et la deuxième économie qui doivent constituer un pôle de stabilité autour d’une convergence affirmée, revendiquée ?

Cela ne servira à rien de faire tout cela si l’Europe se contente de subir la mondialisation. Au coeur de l’Europe, la France et l’Allemagne qui convergent et une Europe qui veut être un acteur de la mondialisation.

L’Europe qui subit, qui ne protège pas, l’Europe qui ne défend pas ses intérêts, éclatera, explosera, parce que les peuples la rejetteront. L’Europe est peut-être le projet humain consacré à la paix le plus extraordinaire qui n’a jamais été inventé. Est-il normal qu’à chaque fois que l’on pose la question dans les pays d’Europe sur l’Europe, le peuple répond non ? C’est parce que l’Europe, en ne se défendant pas, en ne protégeant pas, trahit son idéal humaniste, celui de ses pères fondateurs.

C’est pour cela que l’Europe doit être acteur de la mondialisation. L’Europe ne peut plus se préoccuper que de l’intérêt de ses consommateurs, l’Europe doit se préoccuper de l’intérêt de ses producteurs et de ses travailleurs.

Parce qu’une Europe qui ne s’occuperait que des consommateurs oublierait qu’un consommateur qui perd son emploi et son salaire ne peut plus consommer grand-chose ! Tout part du travail, de l’emploi, et non pas de la consommation et de la concurrence. Il faut faire l’Europe de la production, l’Europe de l’emploi et pas seulement l’Europe de la consommation. Parce que le jour où nous n’avons plus d’usines en Europe, où nous n’avons que des chômeurs, je me demande bien ce que viendront dire les consommateurs qui ne pourront plus consommer ! C’est une inversion des valeurs à laquelle il nous faut nous livrer.

Enfin, mes chers amis, je dis cela pour tous ceux qui aiment l’Europe et je sais qu’ils sont nombreux en Alsace, qui se désespèrent de sa paralysie et, disons les choses, de sa naïveté, je prendrais mes responsabilités au nom de l’idée que je me fais de l’Europe, l’Europe humaniste qui va peser sur les destinées du monde. Ce n’est pas l’Europe ouverte à tous les vents, l’Europe passoire, l’Europe impuissante, l’Europe au fond qui finirait par renier l’héritage des Lumières et l’idéal du progrès.

Ce n’est pas l’Europe qui étouffe sous les normes et sous la bureaucratie. On n’a pas fait l’Europe pour qu’on nous explique qu’il y a trois voies, trois poids possibles et trois circonférences possibles pour les oeufs !

On n’a pas fait l’Europe pour nous expliquer la température des plats qui sont servis dans nos restaurants en Alsace ou dans les autres régions du monde !

On n’a pas fait l’Europe pour fixer la date d’ouverture de la chasse ou de protection de certaines espèces !

On n’a pas fait l’Europe pour empêcher les vaches d’aller au ruisseau qui traverse la prairie, au prétexte qu’un bureaucrate a considéré que ce qui se faisait depuis des siècles ne devait plus se faire !

On a fait l’Europe parce qu’on a un modèle social, parce qu’il y a une civilisation européenne, parce que l’homme est au coeur de tout et parce que l’Europe veut compter dans le monde du 21ème siècle, voilà pourquoi nous avons voulu l’Europe !

Nous avons voulu une Europe qui se défende, une Europe qui ait une arme, une défense européenne. Je veux dire d’ailleurs, en terminant, combien j’assume et je revendique le choix politique majeur de faire revenir la France au sein des structures de l’OTAN.

Parce que la défense européenne, à mes yeux, ne se construit pas contre l’Alliance atlantique, mais avec elle. La France sait où se trouvent ses amis et où se trouvent ses adversaires et ses amis sont des deux côtés de l’Atlantique !

Parce que la solidarité atlantique, c’est la solidarité des démocraties. Moi, je n’oublie pas une chose, c’est que dans nos cimetières, il y a des croix blanches avec de jeunes américains qui sont venus, à deux reprises, défendre la démocratie en Europe !

C’est un lien que nous n’oublierons jamais, c’est une dette que nous avons contractée avec nos amis Américains ! Ils sont nos alliés, nous partageons des valeurs avec eux et je revendique cette amitié et cette solidarité.

Pour autant, la France exerce une influence aujourd’hui dans l’OTAN qui ne lui a rien fait perdre de sa souveraineté, bien au contraire. C’était au moment de l’intervention en Libye, une belle image que de voir la France diriger les opérations de l’OTAN ! Est-ce que nous aurions pu le faire si nous n’étions pas revenus dans le commandement intégré de l’OTAN ? La France n’est inféodée à personne, la France n’est pas moins indépendante.

Mais la France, je veux le dire, est plus forte avec ses alliés que toute seule. S’il en est qui veulent rompre l’amitié avec les Etats-Unis d’Amérique, qu’ils le disent aux Français ! Je combattrais cette idée. J’ajoute que lorsque le général de GAULLE, pour des raisons bien précises, s’est retiré de l’OTAN, les socialistes l’ont condamné. Quand j’ai ramené la France dans l’OTAN, les socialistes m’ont condamné. Ils condamnent toujours !

Mais je veux dire une chose, solennellement, devant vous, parce que c’est une affaire sérieuse, les alliés de la France savent que lorsque la France engage sa parole, la France la tient, la France n’a qu’une seule parole. On ne peut pas avoir d’alliés, on ne peut pas avoir de partenaires, si l’on ne respecte pas la parole donnée. C’est une question de confiance, c’est une question de loyauté. La France est respectée parce que ses alliés savent qu’ils peuvent compter sur elle.

La France a des amis parce que les amis de la France savent que dans l’épreuve, la France ne laisse jamais tomber ses amis. Ce que la France a de plus précieux au fond et ce qui lui donne tant d’influence, c’est son honneur.

L’honneur de la France, c’est sa parole. Alors, en Afghanistan, où tant de soldats français sont tombés pour défendre la liberté du monde contre le fanatisme et le terrorisme, je le dis, abandonner nos alliés du jour au lendemain, ce serait les trahir, trahir la mémoire de nos soldats, ce serait donner raison aux assassins, ce serait déshonorer la France.

Quand on est chef de l’Etat, on n’a pas que des décisions faciles à prendre, on a même que des décisions difficiles. Mais quand on a des convictions, on les affirme, on les défend, on ne biaise pas, quel que soit le calendrier, on dit ce que l’on a dans le coeur, dans la tête, et on défend pour convaincre.

La France au Moyen-Orient, son honneur, c’est de ne pas choisir entre ses amis, c’est de ne prendre qu’un seul parti, celui de la paix et de la justice. Dire aux Palestiniens, nos amis, qu’ils ne seront jamais libres si la sécurité d’Israël n’est pas garantie. Jamais. Dire aux Israéliens, qui sont nos amis, qu’ils ne vivront jamais en sécurité tant que le peuple palestinien n’aura pas un Etat digne de ce nom. Le Moyen-Orient ne connaîtra pas la paix et le monde non plus, tant qu’il n’y aura pas deux Etats, deux Etats-Nations, l’un juif, l’autre palestinien, tant que l’injustice faite aux Palestiniens ne sera pas réparée et que l’angoisse existentielle d’Israël ne sera pas apaisée. Voilà le message de la France.

Si les Français me font à nouveau confiance, je me rendrai d’abord en Allemagne pour redire au peuple allemand l’amitié indéfectible du peuple français et sa volonté de construire avec lui un destin commun.

Mais sitôt après, je me rendrai auprès du peuple israélien et du peuple palestinien et la France leur proposera une initiative pour faire avancer la paix. Au Liban, l’honneur de la France, c’est d’être aux côtés d’un peuple avec lequel l’histoire a tissé de profonds liens de fraternité. Au Liban, l’honneur de la France, c’est de défendre un miracle, le miracle de la diversité et de la tolérance, que des ingérences extérieures scandaleuses ont ruiné. Mais la France ne défendra pas le Liban sans les Libanais, elle ne risquera pas la vie de ses soldats si les Libanais eux-mêmes ne sont pas décidés à préserver l’unité d’un Liban où vivraient en paix toutes les religions et toutes les cultures.

Mes chers amis, ici, en Alsace, on attache du prix, du prix à l’honneur de la France. Ici, en Alsace, on aime la France parce qu’on l’a choisie. Ici, en Alsace, on veut garder sa culture, son mode de vie, ses traditions. Ici, en Alsace, où l’idéal européen est si fort, je sais que la fidélité à la France est gravée dans tous les coeurs des Alsaciens.

Ici, en Alsace, on veut garder intact le legs d’une histoire si particulière parce que cette histoire si particulière fait partie de l’identité alsacienne. Ici, dans cette Alsace qui veut se réunifier pour être plus forte, ici, on sait mieux qu’ailleurs la nécessité d’une France forte dans une Europe forte et les risques d’une France affaiblie dans une Europe faible.

Alors, mes chers amis, ce soir, dans cette réunion si particulière, à un moment si particulier, au moment où, dans la même journée, je me dois d’être président de la République face à la douleur des victimes, président de la République face à des décisions graves, président de la République garant de l’unité de la nation, et en même temps candidat, candidat parce qu’il y a un rythme démocratique, ici, dans cette journée si particulière, je vous ai fait mon discours en pensant à l’étrangeté de cette journée. Je veux vous dire une chose : Aidez-moi, aidez-moi, aidez-moi, aidez-moi à construire cette France qui entraînera le monde sur la voie d’un nouvel ordre mondial. Aidez-moi à construire l’Europe forte. Françaises, Français, j’ai besoin de vous ! Vive l’Alsace ! Vive la France ! Vive la République !


Je veux remercier Jean-François COPE de sa présence, Philippe RICHERT, dire à Alain JUPPE combien je le remercie, Michèle ALLIOT-MARIE et dire à Claude ALLEGRE que la France forte, c’est une France qui va au-delà de mes propres amis politiques, c’est une France rassemblée et qu’il porte le témoignage de ce rassemblement, avec Eric BESSON, avec Jean-Marie BOCKEL, avec Fabienne KELLER, merci, merci de votre présence.


Source http://www.lafranceforte.fr, le 23 mars 2012

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