Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur la politique d'immigration, l'Ecole, la délinquance et sur la lutte contre le terrorisme, à Nantes le 27 mars 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur la politique d'immigration, l'Ecole, la délinquance et sur la lutte contre le terrorisme, à Nantes le 27 mars 2012.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Meeting à l'occasion de la campagne présidentielle, à Nantes (Loire-Atlantique) le 27 mars 2012

ti : Mes Chers Amis, merci.


Merci d’être là car j’ai besoin de vous.

Merci de votre engagement parce qu’une campagne présidentielle, cela ne se gagne pas seul.

Pour gagner, Il faut être soulevé, soulevé par une vague qui vient des profondeurs du pays. Il faut être porté par un élan, par une confiance, par un enthousiasme.

Eh bien, cette vague, c’est vous, car vous êtes le peuple de France !

Mes chers amis, j’ai un message, j’ai un message pour les permanents de la CGT qui ont scandaleusement empêché la diffusion d’Ouest france qui avait commis un crime, prendre une interview que je leur ai donnée.

Voilà la conception de la démocratie par les permanents de la CGT. Honte sur les gens qui se comportent de cette nature ! Et je leur dis : Faut-il que vous ayez peur pour nous empêcher de parler ? Mais vous n’y arriverez pas. Et s’il faut revenir et redonner un entretien à OUEST-FRANCE, je suis candidat pour défendre la liberté de la presse dans notre pays !

Mais oui ! Et si j’ai proposé un référendum, c’est parce que nous, le peuple de France, nous ne voulons pas de ces corps intermédiaires qui confondent tout. Le syndicalisme est légitime quand il défend les intérêts des travailleurs, il est illégitime quand il se livre à de la politique politicienne et qu’il veut empêcher le fonctionnement normal de la démocratie !

J’ai un autre message : je veux dire à Bernadette CHIRAC que je suis heureux qu’elle soit là. A mon âge, Bernadette, j’ai le droit de faire une déclaration, et j’en profite pour dire à Jean-François COPE, à Jean-Louis BORLOO, que je remercie de sa présence, à Rachida DATI que je suis heureux qu’avec tous les élus de la région, elle soit là, et je dis également toute mon amitié à Nathalie, ma remarquable porte-parole.

Mes chers amis, dans cette campagne, il nous faut penser à l’avenir.

Mais comment ne pas penser d’abord à ce présent si lourd d’émotion et de tristesse ? Comment ne pas partager la douleur des familles qu’un assassin a plongées dans une peine infinie ? Comment tourner la page et oublier ces jours horribles où chacun vivait dans l’angoisse que l’assassin détruise d’autres vies ? Comment imaginer que cela ne nous fasse pas réfléchir sur nous-mêmes, sur notre société, sur le monde dans lequel nous vivons ?

Chercher une explication sociale à cet acte monstrueux, c’est inacceptable car c’est se préparer à excuser l’inexcusable. Chercher une explication politique à ce crime atroce, c’est commencer à soutenir l’insoutenable. La société n’est pas responsable. La République n’est pas coupable. Le climat n’est pas en cause. La France n’est pas antisémite.

La France n’est pas raciste.

Et la France ne peut pas accepter une manifestation de femmes voilées pour soutenir la mère d’un assassin quand les familles des victimes pleurent leurs enfants assassinés.

Cette manifestation a été interdite, et j’ai donné l’ordre à la police de la disperser parce qu’elle était insupportable pour les familles plongées dans la tristesse.

Et je préviens que je ferai interdire toute manifestation de ce genre.

Quant au père de l’assassin qui veut porter plainte contre la France pour la mort de son fils, il devrait d’abord être meurtri par les crimes odieux que celui-ci a commis de sang-froid. Il devrait d’abord partager les douleurs de ceux que ces crimes font tant souffrir.

Et il devrait mesurer à quel point ce qu’il a dit est offensant pour les familles des victimes. Ce qu’il a dit est profondément indécent.

Mes chers amis, un événement aussi douloureux ne peut pas ne pas avoir une résonance profonde en chacun d’entre nous.

Ces crimes sont une blessure, ces crimes sont une souffrance qui bouleverse les consciences. Les épreuves de la vie nous changent.

Ce qui est vrai pour une personne l’est aussi pour un pays. Et on ne peut pas continuer à voir les choses de la même manière qu’avant les événements de Toulouse et de Montauban. On ne peut pas continuer à faire campagne comme s’il ne s’était rien passé.

Le débat démocratique reprend.

C’est légitime, c’est nécessaire parce que l’élection présidentielle, c’est le moment où nous décidons ensemble de notre avenir.

Mais désormais, nous ne pouvons pas penser à notre avenir sans penser à ce qui s’est produit. Désormais, il ne peut pas ne pas y avoir dans cette campagne plus de gravité, plus de profondeur, et sans doute plus de vérité. Les choix que vous ferez, mes chers compatriotes, seront lourds de conséquences.

Nous voyons bien les épreuves que nous avons à surmonter, les tragédies auxquelles nous sommes confrontés. Nous n’avons pas le droit d’esquiver les problèmes.

Les problèmes, il nous faut les regarder en face. Et parce qu’on les aura regardés en face, nous serons en mesure de les résoudre.

Cette campagne doit être une campagne de vérité.

Il faut dire la vérité aux Français. Je veux le dire aux Français, les événements récents ne doivent pas servir de prétexte pour clore le débat. Au contraire, ils nous obligent à aller au bout des débats. Ils nous obligent, les événements récents, à ne laisser aucune question de côté aussi dérangeante qu’elle puisse être. Car le vrai risque, ce n’est pas de poser les questions dérangeantes.

Le vrai risque, c’est de ne pas aborder les sujets qui fâchent, c’est de ne pas dire les choses, c’est de ne parler de rien, parce qu’à force de ne parler de rien, les problèmes s’aggravent.

Voilà le risque auquel nous sommes confrontés. Ne pas mettre un sujet délicat sur la table, c’est prendre le risque d’aggraver des frustrations et de nourrir les rancoeurs. Un problème dont la politique ne s’empare pas, un problème que la société ne prend pas en main, c’est un problème qui a toutes les chances de se résoudre ou de se terminer par la violence.

Alors, comment ne pas penser à ces jeunes qui, parce qu’ils ne seront pas allés à l’école, parce qu’ils n’auront pas été éduqués, parce qu’ils n’auront pas été instruits, parce qu’on ne leur aura jamais appris la valeur du travail, non seulement n’arriveront pas à trouver leur place dans la société, mais surtout seront perméables à toutes les influences et vulnérables à toutes les manipulations ?

Si le creuset républicain se remet à fabriquer de l’assimilation, c’est-à-dire des valeurs communes, une culture commune, une éducation commune, un langage commun, des représentations communes, une politesse commune, le sentiment d’une histoire et d’une destinée communes, alors il y aura plus de respect et plus de compréhension, alors il y aura moins de peur de l’autre, de rejet de l’autre, de haine de l’autre et moins de violence.

Pour cela, il faut tenir bon sur le modèle républicain, c’est-à-dire tenir bon sur les droits, mais tenir bon sur les devoirs. Il faut tenir bon sur la laïcité, il faut tenir bon sur l’égalité entre l’homme et la femme, il faut tenir bon sur le refus total du communautarisme.

Alors il y aura moins de ségrégation, moins de risque d’éclatement de la société en groupes rivaux ne se sentant rien en commun les uns avec les autres.

Mais je vais vous poser cette question parce qu’elle concerne chacun d’entre vous : comment intégrer, comment assimiler tous ceux qui ont des difficultés à trouver leur place dans la société si une vague migratoire incontrôlée vient indéfiniment réduire à néant tous les efforts de la République, si avant même, avant même, je vous demande d’y réfléchir, je vous demande d’y réfléchir, si avant même qu’une difficulté soit surmontée, une autre s’ajoute, si avant même qu’un problème soit résolu, un autre surgit, comment espérer que l’école pourra tenir ses promesses, que l’économie, la protection sociale pourront faire face, que la justice et la police pourront faire leur travail ?

Comment, oui, comment notre société ébranlée par tant de crises –économique, sociale, morale, culturelle – pourrait-elle trouver ses repères, ses marques si, de façon continue, on lui amène d’autres personnes à intégrer, alors que celles qui sont déjà sur notre territoire, nous n’arrivons pas à les intégrer correctement ?

Comment notre société – eh oui, je pose ces questions, et chaque candidat devra y apporter ses réponses – comment notre société pourrait-elle se refonder, au fond, retrouver confiance en elle-même, c’est-à-dire retrouver confiance en l’avenir si, chaque jour, elle s’épuise contre des vagues qui la submergent et qui emportent avec elle, morceau par morceau, tout ce à quoi les Français tiennent et dont ils ne veulent pas être dépossédés ?

Comment l’économie pourrait-elle se reconstruire, fabriquer des emplois, créer du pouvoir d’achat si elle est mise sans arrêt à mal par les délocalisations, les concurrences déloyales, étouffée par la bureaucratie et par les normes alors qu’ailleurs dans le monde, on ne respecte aucune des règles qu’on impose à nos producteurs, à nos agriculteurs et à nos paysans ? Ces questions sont légitimes à poser.

Ah ! Je sais, on va me dire… Ah ! Je sais ! Je sais ! Je sais ! Ah oui ! Je viens de commettre une grave erreur, je chasse sur les terres de l’extrême droite. Fermez le ban, il n’y a plus rien à discuter. Comme si l’extrême droite avait des terres.

Comme si la France de 65 millions d’habitants était partagée en autant de parts d’un gâteau qu’on pouvait s’attribuer les uns aux autres. Comme si les électeurs attribués aux uns appartenaient aux uns et aux autres.

Moi, je veux parler au peuple de France, à la France qui souffre, comme à la France qui croit en l’avenir. Je veux parler aux Français, quel qu’ait été leur vote dans le passé, ça m’est égal, parce que ce que je veux, c’est construire avec tous les Français un avenir commun pour notre pays, pour notre patrie, pour la France. Voilà mon objectif !

Alors, oui, je veux apporter des réponses. Oh ! Des réponses qu’on ne comprendra pas dans un certain nombre de cercles dirigeants. Des réponses qu’on va regarder avec cette méprisance, cette attitude hautaine.

Je veux dire une chose, c’est que dans un monde en crise, dans une société en crise, il y a un besoin renouvelé de frontières. Contester cette idée, c’est ne rien comprendre au malaise de la société française aujourd’hui. Des frontières, non pas comme une ligne Maginot qui nous isolerait du monde, des frontières, mes chers amis, comme un repère parce que la société a besoin de repères.

Des frontières comme une protection parce que la société a besoin de protection. Une société qui se sent fragile, vulnérable, qui vit le futur comme une menace, ne peut pas s’élancer vers l’avenir. Elle ne peut pas prendre des risques, elle ne peut pas faire preuve de l’audace qui, seule, engendre le progrès.

C’est en se sentant protégée que la société française s’ouvrira davantage au monde. C’est en se sentant protégée qu’elle retrouvera en elle la force de créer, d’inventer, d’entreprendre. Rien ne sera plus décisif pour rétablir la confiance que le sentiment que les frontières de l’Europe constituent une protection contre une concurrence avec laquelle la lutte à armes égales est impossible, et contre tout ce qui constitue une menace pour notre modèle social, pour notre modèle de civilisation et, j’ose le mot, pour notre identité que nous avons le devoir de défendre.

C’est la condition pour que les peuples européens cessent de regarder l’Europe comme un danger et la regardent à nouveau comme une chance.

C’est la condition pour que beaucoup de Français ne se laissent pas entraîner dans un refus de tout, qui conduirait au repliement et qui serait désastreux.

C’est pourquoi, ce que j’ai annoncé à Villepinte, je le tiendrai. Il n’est pas possible pour l’Europe de ne pas protéger ses frontières quand tous les autres pays du monde protègent les leurs. Si au bout d’un an – je le préviens – aucun progrès n’a été accompli dans la renégociation des accords de Schengen, je suspendrai l’application pour la France jusqu’à ce que les négociations aient abouti. Si c’est la seule façon de se faire entendre, alors la France se fera entendre !

Il faut faire pour Schengen ce qui a été fait pour la zone euro. Il faut un gouvernement de Schengen. Ce n’est pas aux bureaucrates de gérer la politique migratoire de l’Europe.

Il faut une convergence des politiques migratoires parce que sinon ceux qui viennent viendront simplement par attirance pour nos prestations sociales. Il faut une convergence du droit des étrangers entre les États signataires.

Ne pas voir cette réalité, c’est mentir aux Français. Je le dis comme je le pense, toute ma vie, j’ai été Européen. C’est un idéal pour moi.

Mais l’Europe passoire, c’est fini. C’est fini pour l’immigration et c’est fini pour les marchés publics. Si au bout d’un an, la France n’a pas progressé en matière de réciprocité pour l’accès aux marchés publics, alors la France appliquera pour elle-même les règles qui, aux Etats-Unis, exigent que tout ce qui est acheté avec l’argent du contribuable américain dans le cadre d’un marché public soit fabriqué aux États-Unis. J’exigerai la même chose. Et je ne vois pas pourquoi ce qui est autorisé aux Etats-Unis d’Amérique serait interdit à l’Europe et à la France.

Mes chers amis, au fond, dans cette campagne, je veux mettre tout le monde en face de ses responsabilités et, naturellement, je veux assumer les miennes.

Non seulement les frontières de l’Europe doivent être défendues, mais la France a le droit – je dis le droit – de choisir qui elle veut accueillir sur son territoire et selon quels critères. C’est notre souveraineté !

La France est un pays ouvert. La France se renierait si elle se fermait. La France a besoin de l’Europe et l’Europe a besoin de la France. Mais – il y a un « mais » – nous ne sommes pas décidés à nous ouvrir sans réciprocité et sans conditions.

Désormais, il faudra dix ans de présence sur le territoire à un étranger pour bénéficier du minimum vieillesse et dix ans de présence dont cinq travaillés pour recevoir le RSA. Je le dis comme je le pense, c’est une mesure de sauvegarde de notre protection sociale, car notre protection sociale est financée par le travail des Français et – je le dis comme je le pense –, la poche des Français n’est pas inépuisable.

Nous sommes l’un des pays les plus généreux au monde, ça ne nous autorise pas à être dispendieux avec l’argent du contribuable.

Je veux parler du regroupement familial, qui est un droit, mais j’y pose des conditions de revenus et de logement, mais aussi des conditions de connaissance du français et des valeurs de la République. Mes chers amis, si l’on veut que les enfants soient élevés dignement, il faut un logement décent, il faut un revenu suffisant. C’est la moindre des choses. Imaginez la rancoeur qu’éprouveraient ces enfants vis-à-vis de leur pays d’adoption si ces conditions de bon sens n’étaient pas remplies.

Quant à la maîtrise du français, elle est la condition de l’émancipation des femmes qui, sinon, sont condamnées à vivre en marge de la société, isolées, cloîtrées chez elles. Elles doivent connaître, ces femmes, leurs droits.

Elles doivent pouvoir, ces femmes, tisser des liens sociaux. Imaginez une mère qui ne parle pas un mot de français. Comment peut-elle suivre la scolarité de ses enfants ? Comment peut-elle les éduquer ?

La langue et les valeurs de la République, c’est pour la femme que nous accueillons la chance de pouvoir s’intégrer pleinement dans la société française et pouvoir éduquer ses enfants. Pensons à l’enfant dont la mère ne parle pas le français et imaginons l’image qu’il se fait de l’autorité de sa mère et de ses parents. Alors, oui, il y aura désormais un examen de connaissance du français et des valeurs de la République avant l’entrée sur notre territoire. C’est une responsabilité que j’assume.

Je veux que vous compreniez une chose qui est importante pour moi, des partis extrémistes prônent la haine de l’autre, je prône l’ouverture de la France. Des partis extrémistes disent : « nous ne voulons pas de gens différents », je dis qu’en France, la différence revendiquée, acceptée, intégrée, elle est utile pour notre société. Il n’y a jamais une société qui est morte ou qui a disparu par excès de différence.

Mais je dis une chose, ceux qui viennent en France doivent suffisamment aimer la France pour parler le français et connaître nos valeurs, sinon ils ne viendront pas en France. Et je dis une autre chose, nous accueillerons autant que nous le pourrons, mais nous ne mettrons pas en cause le financement de notre protection sociale et les équilibres de notre société parce que cela, nous ne le voulons pas. Nous disons à ceux qui veulent venir : « nous acceptons votre part de différence, mais nous, nous ne voulons pas changer les valeurs qui sont les nôtres, que nos parents et nos grands-parents nous ont transmises et que nous voulons, à notre tour, transmettre à nos enfants ! »

Alors, pour l’enfant… Je veux vous parler. Ce n’est pas que ça ne me fait pas plaisir. Ça me fait très plaisir, mais je veux vous faire partager les convictions qui sont les miennes parce que je pense qu’elles sont aussi les vôtres.

Et je pense que le plus important pour un candidat – puisque je suis candidat, bien sûr, ce soir –, c’est de mettre des mots sur des idées et des sentiments qui sont les vôtres, pour que vous ne vous sentiez pas seuls dans votre coin à penser ce que vous pensez.

Je veux parler de l’école. L’école est absolument essentielle. Elle est essentielle pour l’enfant, tous les enfants, mais spécialement celui qui vit dans un milieu social défavorisé ou dans un de ces quartiers où toutes les difficultés sociales se sont concentrées. Dès la maternelle et l’école primaire, il convient d’être beaucoup plus attentif aux difficultés des enfants.

C’est pour cela que je souhaite, pour l’avenir, que l’école primaire et l’école maternelle soient exonérées de la règle du non-remplacement d’un enseignant sur deux partant à la retraite. C’est trop important.

C’est une priorité trop lourde pour nous. Nous avons voulu l’aide personnalisée, qui est en place, pour compléter le travail en classe. Mais beaucoup d’enfants, beaucoup – peut-être cent mille sur une génération de sept cent cinquante mille chaque année – ont des difficultés, des difficultés trop lourdes, trop lourdes pour que l’enseignant puisse les aider, et les parents sont souvent trop démunis pour y faire face. C’est une réalité que nous devons regarder en face. Si nous traitons ces difficultés de ces milliers d’enfants chaque année, dès la maternelle, dès le primaire, nous avons une chance de les sauver pour la République. Si nous ne les traitons pas à ce moment-là, nous n’avons aucune chance de les réintégrer durablement dans la société qui est la nôtre.

Plus tôt les problèmes sont repérés et traités, et plus il a y a de chance que l’enfant n’accumule pas des retards qui, à la longue, deviennent irrattrapables. Pour aider ces milliers d’enfants en difficulté qui, faute d’attention, deviennent des enfants en perdition, Jean-Louis BORLOO a proposé de créer des « conseils de soutien » regroupant tous ceux qui peuvent venir au secours des écoliers en très grande difficulté, de leurs parents désemparés. Ces « conseils », nous voulons les doter d’une enveloppe de crédits qui leur permettra de financer l’intervention de tous les spécialistes dont l’enfant aura besoin, et que sa famille ne peut pas prendre en charge.

Je voudrais parler de cette question de façon très humaine. Chacun d’entre nous, nous savons que le destin, que la vie, que l’identité nous donne des enfants qu’on aime, qui sont tous différents, et qui ont tous des difficultés particulières. Pour toute famille, l’éducation est difficile et réserve tant de surprises.

Mais imaginez pour la personne qui ne parle pas le français, qui accumule les difficultés sociales, imaginez sa détresse face à un enfant dyslexique, face à un enfant qui a des problèmes psychologiques, face à un enfant qui n’arrive pas à trouver sa place dans la classe. Vous pensez que c’est le problème de la famille ? Moi, je vous dis autre chose. C’est le problème de la société.

Car c’est le problème de la famille quand ces enfants sont en maternelle, en primaire, mais quand ces enfants passeront en secondaire et au lycée, ça devient le problème de la société. Je proposerai donc et je présenterai, dans le cadre du projet global, avec financement, que je présenterai la semaine prochaine, que chaque directeur d’école puisse avoir une enveloppe de crédits pour aider et suivre plus particulièrement, avec les spécialistes nécessaires, ces enfants. Mon objectif pour les cinq années qui viennent, c’est qu’on sauve ces enfants en perdition. Et en sauvant ces enfants en perdition, nous sauverons l’équilibre de notre société.

Je préciserai les montants et le financement, mais je veux vous dire autre chose à ceux qui me disent que ça coûte cher. Je vais leur dire une chose, ça coûte beaucoup plus cher de ne pas s’en occuper et de les retrouver éduqués par la loi de la rue, par la drogue, par la désespérance, par le suicide ou par la délinquance. Voilà une des priorités de mon quinquennat.

Oh, elle n’est pas technique, elle est simplement humaine, mais cette priorité, je la tiendrai et je la mettrai en oeuvre parce que, à chaque fois qu’on sauvera un enfant de maternelle et de primaire, à chaque fois que l’école se portera au secours d’une famille en perdition, alors on aura bien travaillé pour la France du 21ème siècle. Voilà ce que je pense.

Alors ce que je pense pour le primaire et la maternelle, je voudrais également revenir sur une de mes propositions pour le collège et le lycée. Je conteste l’idée que l’éducation de l’enfant ne se fait que dans la classe. La classe, c’est formidable, mais c’est formidable pour vos enfants quand ils peuvent suivre la classe.

Mais dans la classe, l’enseignant n’a pas le temps pour s’occuper de celui qui se noie, de celui qui n’y arrive pas. J’ai donc proposé que les enseignants aient 25 heures d’obligation de service au lieu de 18 heures. Parce que je souhaite qu’une fois la classe terminée, les enseignants puissent s’occuper, non pas de tous les enfants, mais des enfants qui en ont besoin, les aider à faire leurs devoirs, comprendre leurs difficultés sociales, les difficultés familiales, éviter qu’ils se noient, les accompagner. Oh, je sais, il faudra vaincre bien des réticences. Je le sais.

Ce sont les mêmes réticences que j’ai dû vaincre lorsque j’ai voulu les internats d’excellence qui concernent aujourd’hui dix mille enfants, vingt mille à la fin de l’année.

Je sais que les syndicats de l’Éducation nationale s’y sont opposés, appuyés par le Parti socialiste qui ne peut pas dire un mot sur l’Education sans leur demander d’abord l’autorisation. Moi, quand je parle de l’Education nationale, je ne parle pas aux syndicats, je parle aux familles de France et aux enfants de France.

Quand je parle du statut des enseignants, je parle avec les syndicats. Mais quand je parle de l’école de la République, je refuse d’en faire un débat corporatiste où on ne parle que de statut, ou d’avantages.

Mais je veux vous dire autre chose, l’école que je propose, je veux une école de l’exigence. Oui, de l’exigence. J’ose le mot.

Pas une école au rabais, parce que je pense que c’est la recherche de l’excellence et non le nivellement qui permet l’égalité des chances. Pour le gosse qui n’a aucune chance, dont les parents n’ont pas la chance de vivre dans un milieu où on accède naturellement à la culture, l’exigence est un devoir. Cette leçon, ne rien céder sur l’exigence, c’est la grande leçon de Jules FERRY. Eh bien, cette leçon, notre société avait fini par l’oublier avec les résultats désastreux que l’on sait. Une école de l’exigence, mais je vais rajouter un autre mot : de l’autorité. L’autorité. L’autorité du maître, j’ose le mot, l’autorité du savoir, j’ose le mot, que les apôtres du laxisme ont consciencieusement démolie pendant des décennies et qu’il nous faut reconstruire pierre par pierre.

Alors je vais mettre les points sur les « i ».

Si à l’école, on n’apprend pas à respecter l’autorité du maître et l’autorité du savoir, ce sont les fondements mêmes de la vie en société que l’on démolit.

Si à l’école, on n’apprend pas la politesse et le respect, c’est notre capacité à vivre ensemble que l’on détruit.

Si à l’école, on n’apprend pas le sens de l’effort et la valeur du mérite c’est toute la République qu’on met à terre.

Si à l’école, on n’inculque pas la notion de devoir, qui apprendra aux enfants que chacun a des obligations vis-à-vis des autres, et que c’est la condition de la solidarité, on ne prépare pas les citoyens de demain.

L’école, le service public, la protection sociale doivent tenir les promesses d’égalité et de justice de la République. Mais je ne cèderai rien sur la responsabilité, sur les devoirs de chacun, sur l’autorité et sur le respect. C’est la condition de l’égalité des chances.

J’ai parlé de l’école, mais je veux parler du fraudeur qui détourne l’argent que les Français ont gagné par leur travail. Les Français aiment la justice, veulent la justice. Mais il est profondément injuste que celui qui ne travaille pas et ne paie pas ses cotisations gagne autant que celui qui travaille et qui paie ses cotisations.

Je veux remoraliser les rémunérations, c’est vrai, qui ont choqué les Français. Mais je dis que l’exilé fiscal qui veut profiter de ses droits de citoyen, qui veut bénéficier de la solidarité et de la protection nationale, mais qui ne veut rien donner, qui ne veut rien partager, qui ne veut pas payer ses impôts en France, eh bien, celui-là, je vais l’obliger à payer des impôts en France. Et je vous propose de rétablir un lien entre l’impôt et la nationalité, parce que c’est une question de civisme et de morale. Si l’on est citoyen, on paye des impôts en France, voilà ce qui est juste !

Je veux parler des devoirs aussi des parents, je l’ai dit, les parents qui ne veillent pas à l’assiduité à l’école de leurs enfants, il est normal qu’ils soient privés des allocations familiales, parce que les parents ont une responsabilité dans l’éducation de leurs enfants. Mais j’ai la même règle pour celui qui fraude, qui fraude le fisc, qui doit être sanctionné. J’ai pris mes responsabilités, j’ai refusé l’accord financier que proposait la Suisse pour les fonds dissimulés dans ses banques, parce que cet accord aurait mis ceux qui fraudent le fisc à l’abri de toute poursuite. Je ne l’ai pas voulu, parce que c’était la porte ouverte à toutes les fraudes et parce que c’était profondément immoral. Je parle des droits mais aussi des devoirs, c’est l’idéal républicain, que l’on soit en haut de l’échelle ou en bas de l’échelle, la même règle pour tout le monde.

Et je voudrais parler d’un mot, pour terminer, dont on ne parle plus, je veux dire qu’il ne peut pas y avoir de socialisation, d’éducation, sans sanction. On n’éduque pas un enfant, on n’apprend pas la vie en société à un jeune si la faute reste impunie.

L’impunité, c’est le contraire de l’éducation. L’impunité, ce n’est pas une preuve d’amour pour un enfant, c’est simplement un abandon.

L’impunité, c’est la porte ouverte à toutes les dérives, à tous les excès, à toutes les violences. L’impunité, c’est l’assurance qu’il n’y aura pas d’apprentissage et pas de retenue. C’est la voie grande ouverte à la loi des voyous et des caïds. C’est un encouragement à l’illégalité et aux trafics. Le maître d’école qui ne punit pas l’enfant fautif ne lui rend pas service. Le juge pour enfants qui ne punit pas compromet les chances de l’adolescent qui s’est mal comporté à rentrer dans le droit chemin.

Et peu m’importe que cela ne se dise pas, moi je le dis parce que je le pense. Il faut que les peines soient exécutées. La non-exécution des peines, c’est l’impunité. Nul ne doit pouvoir être libéré de sa peine avant d’en avoir accompli les deux tiers. Pour que ce soit possible, il faut construire 20.000 places de prison. Je tiendrai cet engagement qui est maintenant inscrit dans la loi. On ne peut plus traiter par ailleurs la délinquance des mineurs comme en 1945. La délinquance a changé, les mineurs ont changé. Qu’il me soit permis de dire que la justice doit changer. Il faut séparer le juge de l’enfance en danger, le juge qui est en charge de la dimension éducative et le juge qui est en charge de la sanction.

Il y a toute une jeunesse qui ne demande qu’à être heureuse de vivre, et qui ne peut pas en être empêchée par un petit nombre de voyous qui, ayant gâché leur vie, ne supportent pas que celle des autres ne soit pas gâchée aussi.

Mes chers amis, le laxisme ne fait pas reculer la délinquance, il la renforce. Ceux qui prônent le laxisme, ceux qui prônent l’impunité sont des irresponsables. On a vu, lorsqu’ils étaient aux responsabilités, ce que ça a donné dans notre pays. A l’époque, ils ne demandaient pas de faire la guerre au dictionnaire en supprimant les mots.

A l’époque, ils vous reprochaient d’avoir peur. Et ils vous disaient : vous n’avez pas peur. Vous avez l’impression d’avoir peur. Un peu comme ce patient qui allait chez le médecin, et le médecin lui répondait : vous n’avez pas mal, vous avez l’impression d’avoir mal, eh bien, je vous le dis comme je le pense, la généralisation des jurys populaires dans les tribunaux correctionnels pour les violences aux personnes, que j’ai voulue malgré tant d’oppositions, je la généraliserai à tous les tribunaux correctionnels de France. Parce que la justice se rend au nom du peuple français. Eh bien, désormais, elle sera rendue par le peuple français.

Mais je veux dire un mot : ce n’est pas à la victime de rendre la justice. Parce que la justice, ce n’est pas une vengeance.

Mais la justice, ce n’est pas non plus le tête-à-tête exclusif entre la société et l’accusé. Il est temps de reconnaître à la victime un droit qu’elle n’a pas, le droit de faire appel d’un jugement d’Assises. Il faut reconnaître à la victime un droit qu’elle n’a pas, le droit de faire appel de la décision de remise en liberté de celui qui l’a agressée. Car c’est sur la vie de la victime que le sort de l’agresseur pèse le plus. Je ne comprendrai jamais pourquoi la victime devrait être moins bien considérée, avoir moins de droits, faire l’objet de moins d’attention de la part de la justice que l’accusé ou que le condamné. Je mesure la révolution que le droit des victimes à se faire entendre introduira dans le fonctionnement de notre justice.

Mais c’est la seule condition pour que la justice de notre pays retrouve la confiance des Français.

Et quand j’entends des candidats expliquer qu’ils veulent livrer aux trafiquants et aux voyous une guerre sans merci, et proposer en même temps, sans l’ombre d’un soupçon de regret, avec une totale incohérence, la suppression des peines plancher, chère Rachida DATI, que nous avons fait voter, l’abandon de l’aggravation des peines en cas de récidive, je me dis que l’on se moque du monde. Je veux élargir la notion de récidive pour frapper plus fort les récidivistes, le noyau dur de la délinquance. Le trafiquant ne craint qu’une chose, l’alourdissement des peines en cas de récidive et les peines plancher.

Enlevez ces sanctions dissuasives à la justice et le trafiquant rira au nez de la police et des juges !

Dans la lutte contre le fanatisme et le terrorisme, nous devons réfléchir aux insuffisances de notre arsenal juridique. Je n’accepte pas, je n’accepterai plus que des jeunes de nos quartiers puissent se rendre à l’étranger sans avoir aucun autre motif que de suivre des cours d’apologie au terrorisme. Ces voyages seront désormais considérés comme des délits, avec des peines de prison. Je n’accepte plus l’abrutissement et le risque de conditionnement de cerveaux fragiles par des images et des idées insupportables, diffusées sur Internet.

Celui qui consultera un site propageant des idées ou faisant l’apologie du terrorisme sera considéré comme un délinquant et risquera la prison.

Enfin, j’ai souhaité que tous les étrangers qui prêcheront la violence, l’antisémitisme ou toute forme de fanatisme, soient interdits de séjour sur notre sol.

La République, c’est la défense de la liberté d’opinion, le terrorisme, ce n’est pas une idée, ce n’est pas une opinion, c’est un crime. Et nous n’avons pas à tolérer qu’on fasse l’apologie du terrorisme.

La démocratie, ce n’est pas un régime faible. La démocratie, c’est fort parce c’est sûr de ses valeurs.

Alors je vois que certains disent que ces mesures ne sont pas nécessaires, qu’il y a bien assez de lois, parce qu’ils trouvent toujours que l’on en fait trop pour protéger les Français, mais je me permets de faire observer que ce sont ceux qui depuis 10 ans ont combattu tous les textes qui avaient pour but de donner à la police et à la justice davantage de moyens juridiques pour lutter contre la délinquance.

Voilà que ceux-là mêmes, que j’ai entendus vibrer quand j’étais ministre de l’Intérieur, contre ces lois que je faisais voter pour protéger les Français, m’expliquent maintenant, avec une grande autorité et un cynisme parfait, que ces lois sont excellentes.

Pourquoi ne les ont-ils pas votées ? Qu’elles suffisent bien et qu’il faut se garder d’en faire de nouvelles. Ce sont les mêmes, les mêmes, qui ont refusé les fichiers qui ont permis à la police d’identifier plus rapidement les auteurs de crimes et de délits, les mêmes qui trouvent que, aujourd’hui, que la police ne va pas assez vite.

La mise en cause des Forces de l’ordre est scandaleuse, elle est inadmissible, elle est irresponsable. Ce sont les mêmes qui se sont opposés à la création des centres éducatifs fermés et qui les trouvent tellement bien aujourd’hui qu’ils proposent de les doubler. Que ne les ont-ils votés quand, en 2003, nous les avons créés !

Mes chers Amis, pour diriger un pays comme la France, il faut être capable de prendre des décisions, de dire « non », d’assumer et de tenir quand c’est difficile, et c’est toujours difficile de conduire la France.

Je veux que vous compreniez, je m’engage dans cette campagne comme jamais de ma vie je me suis engagé. Pendant cinq ans, à la tête de notre pays, j’ai eu à affronter des crises d’une violence inouïe, inouïe.

La France a tenu parce que nous avons tenu. Je n’ai jamais reculé face à la pression des syndicats, à la pression de la rue, à la pression des médias. A la pression des sondages. J’ai tenu parce que c’était le devoir du chef de l’Etat de tenir. Ils ont tout refusé.

Mais quand je vois la liste de ce qu’ils annoncent qu’ils vont garder, je me dis : dans le fond, notre bilan est mieux que ce qu’ils en disent. Mais dans cette campagne il y a autre chose. Je débusquerai le mensonge, j’obligerai au débat. Je poserai des questions et j’apporterai des réponses. On ne vous volera pas la campagne, on ne pratiquera pas l’esquive, on ne pourra pas passer des semaines à faire comme si on était moi, ou comme si on était François MITTERRAND.

On ne pourra pas suivre, on ne pourra pas simplement imiter, on ne pourra pas simplement faire du bruit avec la bouche, on ne pourra pas simplement faire semblant. On devra assurer ses choix, prendre ses responsabilités, dire aux Français ce que l’on fera, ce que l’on décidera pour le pays dans les cinq années qui viennent.

Mais vous savez, mes chers amis, nous sommes en train d’écrire une page historique de la vie politique française.

Parce que la vague, la vague dont je vous parlais tout à l’heure, je la sens monter.

Vous êtes la majorité silencieuse à laquelle on ne pourra plus jamais dire ce qu’elle doit faire, plus jamais.

Vous êtes le peuple de France qui aura refusé qu’on lui vole cette campagne.

Vous êtes les citoyens Français qui, le 6 mai, imposeront leur choix à tous les observateurs, à tous les spécialistes et à tous les sondeurs !

Vous êtes cette région merveilleuse, magnifique. Je me souviens de 2007 dans cette même salle, mais vous étiez moins nombreux en 2007.

Je m’en souviens parfaitement.

Eh bien, cette campagne, je veux vous la dédier, mes chers amis ; c’est à vous, à vous le peuple de France, que je veux donner toute mon énergie, toute ma force, tout mon amour de la France, parce que c’est avec vous, avec vous, et avec vous seulement, que je veux construire une République forte, dans une France forte !

J’ai besoin de vous.

Vive la République et Vive la France !


Source http://www.lafranceforte.fr, le 29 mars 2012

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