Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur son programme en en matière de Justice, à Paris le 31 mars 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur son programme en en matière de Justice, à Paris le 31 mars 2012.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Colloque de l'Institut pour la Justice "Rassemblement Justice 2012 : les candidats face à 1 700 000 Français", à Paris le 31 mars 2012

ti : NICOLAS ROSSIGNOL
Bonjour Nicolas SARKOZY, bienvenue. Comme les autres candidats ou leurs représentants, vous allez pouvoir réagir, vous aussi, aux propositions du pacte 2012 de l’Institut pour la Justice.

NICOLAS SARKOZY
Merci.

Je sais que vous vous êtes donné comme objectif de replacer la victime au centre de l’instruction judiciaire. C’est une préoccupation que je n’ai cessé d’avoir depuis la date où j’ai eu l’honneur d’être ministre de l’Intérieur il y a déjà dix ans. Certains m’ont fait le reproche lorsque j’étais ministre de l’Intérieur comme tout au long de mon mandat de président de la République de montrer trop d’empathie à l’égard des victimes et de leur famille. J’ai été insulté, accablé, dénoncé. J’aurais dû selon ces beaux esprits – pardon, ces esprits forts ! – me tenir à distance de la douleur sans doute parce que la douleur est vulgaire pour incarner la froide impartialité de l’État. Eh bien, je vais vous faire une confidence : avec toute l’expérience qui est la mienne, je n’ai jamais pu croiser le regard anéanti d’une mère dont la fille avait été agressée, puis assassinée sans être bouleversé et sans essayer non pas d’apaiser son chagrin mais de lui donner des raisons d’espérer dans la justice de notre pays. Je l’avoue : je n’ai jamais pu entamer un dialogue avec un père dont le petit garçon avait été retrouvé massacré sur le bord d’une rivière sans essayer de chercher une issue même imparfaite à ce chagrin.

Tout au long de mon mandat, j’ai tenu à recevoir ces familles dont l’histoire a malheureusement plus d’une fois horrifié la France pour leur dire simplement que leur douleur et même leur révolte, j’allais dire leur colère, pouvaient être entendues au plus haut sommet de l’État, pour leur dire que ce qui avait ému les Français ne laissait pas indifférent un chef de l’État. Et à vous, je vais dire quelque chose : je n’ai oublié aucun des visages de ces familles que j’ai reçues depuis dix ans. Je me souviens très bien du père de ce petit garçon violé et noyé dans la Nièvre qui m’avait demandé si c’était le ministre qui recevait ou l’homme, le père, et parce que j’ai répondu « le père », il m’a ouvert sa porte. Je n’ai pas oublié les dialogues que j’ai entretenus avec le président de l’association des victimes de ce monstre qui est Guy GEORGES, de ce que nous avons discuté. Je n’ai pas oublié les parents d’Estelle dont nous n’avons pas encore retrouvé le criminel. Je n’ai pas oublié l’enterrement de Nelly CREMEL et de sa petite fille à mes côtés qui m’a demandé – il y a des choses que l’on doit écouter même quand elles sont mezzo voce parce qu’elles sont suffisamment fortes pour ne pas avoir besoin d’être criées – et quand sa petite fille m’a demandé pourquoi on avait laissé sortir Patrick GATEAU qui avait déjà tué, qui, à peine ressorti, a re-tué sa mère, je n’arriverai jamais à m’habituer à ça. C’est une question de nature, de tempérament.

Alors, au-delà de l’expression de ma compassion, ce que j’ai voulu dire à ces familles, à ces victimes, c’est que la justice, cette justice que parfois ils ne comprenaient pas était pourtant une justice rendue en leur nom et j’ai voulu rappeler aux magistrats que la justice est rendue au nom du peuple français. La justice n’est pas la propriété d’un corps indépendant de la nation ; la justice n’est pas un corps en dehors de l’État ; la justice est un corps dans l’État. La justice – j’emploie ce mot – a des comptes à rendre aux citoyens parce que c’est les citoyens qui lui délèguent le pouvoir judiciaire. C’est pour cette raison qu’il faut maintenir un lien hiérarchique entre le Garde des Sceaux et l’autorité en charge des poursuites qu’est le Parquet. Veiller à ce que les lois soient appliquées, respectées, c’est bien la première obligation d’un État de droit à l’égard de ses citoyens.

Comment construire et rendre des comptes des résultats d’une politique judiciaire si l’État n’avait plus aucune autorité sur la justice ? Une politique pénale, ce n’est pas le droit de l’État de la définir ; c’est son devoir. L’État doit incarner une politique économique, une politique fiscale, une politique sociale, une politique culturelle et une politique pénale. C’est aussi pour cette raison que j’ai institué les « peines plancher » et c’est bien le droit des citoyens que de voir fixer des peines minimum pour les comportements les plus graves.

La justice est indépendante, mes chers concitoyens, mais elle n’est pas irresponsable. C’est pourtant le sentiment de beaucoup de Français qui ne comprennent pas certaines décisions. Je ne veux pas laisser se creuser un fossé entre la justice et les citoyens. Je veux au contraire restaurer ce lien de confiance entre le peuple français et la justice et c’est pour restaurer ce lien que j’ai décidé de remettre les Français au coeur du système judiciaire. En 2007, je m’étais engagé à introduire les citoyens dans les tribunaux correctionnels. Que n’ai-je entendu à l’époque ?! J’ai voulu parce que c’est chose faite aujourd’hui que les citoyens puissent non seulement participer pour les délits les plus graves aux décisions des tribunaux correctionnels mais qu’ils soient également associés aux décisions de libération conditionnelle qui suscitent trop souvent l’interrogation dans le meilleur des cas, la colère et l’émotion populaire dans le pire. Mettre le peuple au coeur des tribunaux, ce n’est pas une mesure de défiance à l’encontre des magistrats. C’est un moyen de faire prendre conscience aux citoyens de la difficulté de la mission des magistrats et c’est un moyen pour le peuple français de se réapproprier sa justice. Quand j’ai proposé qu’il y ait des assesseurs, des représentants du peuple, dans les tribunaux correctionnels, on a crié au populisme comme si la justice devait être une affaire de caste fermée entre soi. J’ai dit : mais puisque la justice est rendue au nom du peuple français, elle va être désormais rendue par le peuple français. Et je veux par exemple dans certains départements que ceux qui vivent l’insécurité au quotidien puissent prononcer les peines à l’endroit des délinquants qui leur rendent la vie impossible. J’ai donc décidé de généraliser l’expérience pour que dès l’année prochaine, la totalité des tribunaux correctionnels pour les délits les plus graves comptent des citoyens assesseurs, jurés populaires, comme pour les cours d’assises et que les décisions d’application des peines soient aussi soumises à l’avis des citoyens.

Le rapprochement de la justice et des citoyens ne pourra pas se faire si nous ne reconnaissons pas à la victime d’un crime ou d’un délit les mêmes droits que ceux d’un prévenu, les mêmes. La victime a été, disons-le, longtemps la grande oubliée de notre justice pénale. C’est pour cette raison que depuis 2007, j’ai voulu renforcer les droits des victimes. Depuis le 25 février 2008, vous avez la possibilité de contester la décision de déclarer l’irresponsabilité pénale d’un criminel. Je l’avais fait à la suite d’une affaire épouvantable, un monstre qui est rentré dans un hôpital psychiatrique avait décapité une infirmière, avait laissé la tête sur la télévision – il faut dire les choses comme elles sont – et où les membres de la famille avaient reçu une décision de non-lieu sans un mot d’explication, oh je m’en souviens très bien, je les avais rencontrés. Parce que ce monsieur qui était suffisamment raisonnable et responsable pour avoir été, trois jours avant, acheter le couteau, préparé l’agression, avait été déclaré irresponsable. J’ai voulu que la victime puisse dire : je ne suis pas d’accord.

J’ai voulu également améliorer le recouvrement des dommages et intérêts au profit des parties civiles grâce au versement d’une avance par le fonds de garantie. Et puis, en 2011, j’ai voulu que les victimes d’agressions sexuelles quand même puissent être informées de la libération ou de la mise à l’épreuve de l’agresseur. Mais qui peut imaginer ce que peut ressentir la victime d’une telle agression le jour où elle croise son agresseur ? Personne ne s’était jamais soucié de son traumatisme. J’ai mis en place la loi du 18 août 2011 pour éviter cela. Ces lois correspondaient à des engagements que j’avais pris. Je les ai tenus.

Il nous faut maintenant aller plus loin : les victimes ne peuvent pas avoir moins de droits devant l’institution judiciaire que les mis en cause. C’est pourquoi je souhaite que la loi accorde un droit d’appel aux victimes pour les verdicts des cours d’assises et des tribunaux correctionnels, pour la détention provisoire et pour les décisions d’exécution. Quand j’ai prononcé cette proposition là aussi, torrent de critiques ! Si vous saviez à quel point ça me laisse indifférent ! D’une certaine manière, ça me rassure parce que ceux qui critiquent ont critiqué toutes mes initiatives mais moi, je ne veux pas agir pour eux et parler pour eux parce qu’un jour peut-être le destin – hélas ! –, je ne leur souhaite pas, les mettra dans la situation où vous vous êtes trouvés, vous, et ce jour-là, ils comprendront sans doute combien ils ont eu tort de parler si mal avec si peu d’humanité de la victime.

Il me semble également normal qu’une victime puisse s’opposer à la demande de libération conditionnelle de son agresseur si elle sent que son intégrité physique est menacée. Il est naturel de s’occuper de l’agresseur, de sa personnalité, du pourquoi et du comment, mais on n’a pas le droit d’oublier la victime, sa personnalité, le pourquoi et le comment. Et la longue expérience qui est la mienne m’amène à vous dire qu’il y a deux traumatismes pour les victimes : le traumatisme violent de l’agression mais un traumatisme aussi violent encore, plus sournois qui est le sentiment que tout le monde se moque d’elle, qu’on l’oublie, qu’elle a eu tort de se trouver sur le chemin comme si en plus d’avoir été agressée, elle devrait s’excuser d’être la victime.

Alors, je mesure le bouleversement de ces mesures que je propose dans le fonctionnement de nos tribunaux mais ces mêmes tribunaux, je veux leur rappeler qu’ils sont là pour rendre justice à ceux qui ont été victimes d’un crime ou d’un délit, qu’ils ne s’installent pas dans des habitudes surtout lorsqu’elles sont mauvaises.

Je veux aussi que les condamnés participent de façon plus importante à l’indemnisation de leurs victimes. Aujourd’hui dans la mesure où les condamnés sont le plus souvent insolvables, c’est la collectivité, donc vous, qui prend en charge la plupart du temps le paiement des dommages et intérêts. C’est injuste. Pourquoi la collectivité prendrait-elle seule à sa charge le coût de la répartition d’un délit ou d’un crime ? Les condamnés doivent participer à l’indemnisation. Désormais, tous les détenus qui travaillent en prison contribueront même modestement à l’indemnisation de la victime et je veux que toute personne condamnée pour un crime ou un délit même sans partie civile acquitte en plus de l’amende prononcée, si celle-ci dépasse un certain seuil de gravité, un droit de 10% qui sera affecté à l’indemnisation des victimes. Ce n’est pas une question d’argent ; c’est une question de morale. Quand on fait cela, on ne peut pas le réparer. On doit participer à la participation partielle. Depuis que les « peines plancher » sont en place, 37 000 peines de cette nature ont été prononcées. Ces peines, les juges ne peuvent les refuser sans avoir préalablement motivé leur décision. Le citoyen peut enfin savoir pourquoi les magistrats ont pris telle décision et pas telle autre.

Si les Français m’accordent de nouveau leur confiance, j’étendrai les « peines plancher » à la réitération car c’est aussi grave de multiplier les délits différents que de commettre plusieurs fois le même délit. A travers la rétention de sûreté, nous avons également rendu possible le maintien en milieu fermé en fin de peine de criminels dangereux qui présentent un risque très élevé de récidive pour la société. Je veux renforcer la place de cette mesure en rendant obligatoire pour les cours d’assises de modifier leur décision d’ouvrir ou non la possibilité de recourir à la rétention de sûreté à l’issue de leur peine. Je me suis vivement opposé à monsieur BADINTER sur cette question. Il y a la peine qui vient sanctionner la faute mais je souhaite qu’après la peine il y ait la rétention de sûreté pour protéger la société. Monsieur BADINTER, ça ne l’intéressait pas ; moi, ça me préoccupe.

Je veux aussi que les crimes sexuels répétés jugés au cours de la même procédure puissent être punis par la réclusion criminelle à perpétuité au lieu de vingt ans de prison comme aujourd’hui. Je vais rappeler simplement un cas d’un monstre, Patrick TREMEAU, 11 viols, quinze ans de prison. Vous savez pourquoi ? Parce qu’il n’était pas un récidiviste. Eh bien, à la sortie de prison, ce monsieur a repris sa carrière de violeur en série. C’est une responsabilité de la société que d’empêcher cela.

La fermeté, je n’ai pas peur de le dire, doit également s’appliquer aux mineurs délinquants. Je ne démissionnerai pas devant le fléau de la délinquance juvénile. Je sais bien qu’entre l’angélisme et la caricature, peu de gens regardent la réalité en face. La réalité, c’est que les mineurs des années 90 n’ont rien à voir avec les mineurs d’après-guerre. Et si vous n’en étiez pas convaincus, pensons au terrible fait divers de Beauvoir-en-Lyons : des adolescents de 15 à 17 ans – l’un d’eux, messieurs les donneurs de leçons, était au collège ! – ont tendu un piège mortel à l’un de leurs camarades. C’est un règlement de comptes mafieux, orchestré par des adolescents qui n’en sont plus. Le procureur de la République lui-même a dit, je cite : « la radicalité des faits par les auteurs de cet âge nous interpelle. » Si nous sommes interpellés, il faut répondre ! Ou alors on fait un colloque ?!

Moi, pour moi, c’est toute la société française qui attend de nous des actes. Les familles ne sont plus les mêmes ; la société n’est plus la même ; les crimes ne sont plus les mêmes. J’ai voulu un tribunal correctionnel et non pas le tribunal pour enfants. D’abord, « tribunal pour enfants », cher Jean-Paul GARRAUD, « tribunal pour enfants », c’est le tribunal correctionnel pour les mineurs récidivistes de plus de 16 ans puisque nous avons autorisé que soit écartée l’excuse de minorité. Augmenter le nombre de centres éducatifs fermés. C’est intéressant : je vois qu’un candidat vient de proposer de doubler le nombre de centres éducatifs fermés. Je crois que c’est monsieur HOLLANDE, je ne m’y reconnais plus ! C’est sympathique, il propose qu’on les double. Vous auriez dû poser la question de savoir pourquoi, pourquoi il a refusé de voter lorsque j’ai proposé les centres éducatifs fermés.

Enfin, je suis intimement convaincu qu’il faut aller plus loin. Non, ce qui est incroyable, ce n’est pas ça, c’est qu’il y ait encore quelqu’un qui puisse s’indigner de ce que je dis. C’est ça qui est préoccupant.

Je crois qu’il faut séparer le juge des enfants et le juge qui sanctionne. La fonction de juge des enfants doit être scindée en deux : d’un côté le juge de la famille …

NICOLAS ROSSIGNOL
S’il vous plaît, messieurs dames, merci !

NICOLAS SARKOZY
…et d’un autre côté, le juge des mineurs. Je vais terminer parce qu’il y a des gens décidément qui sont plus choqués par ce que je dis que par la violence qui est faite aux victimes.

Une femme prend la parole (propos inaudibles)

NICOLAS ROSSIGNOL
Madame, on va se respecter s’il vous plaît !

NICOLAS SARKOZY
Et je vais terminer, je vais terminer en disant une dernière chose. Dans les propositions que je fais, la plus importante, me semble-t-il …

La femme reprend la parole (propos inaudibles)

NICOLAS SARKOZY
Ah bon !

NICOLAS ROSSIGNOL
S’il vous plaît, on va respecter, Madame, comme on a respecté tous les autres candidats qui se sont exprimés, on va se respecter.

NICOLAS SARKOZY
Non, vous savez, vous savez, j’ai l’habitude, je sais très bien où se trouve l’intolérance. Jamais personne ne se comporte comme cela. Moi, c’est tout à fait normal que des gens aient des avis différents, que chacun les exprime et vous, mes chers compatriotes, vous choisirez ! Mais cette espèce de pensée unique, cette chape de plomb qui fait que quand on n’est pas d’accord avec la pensée unique, c’est tellement intolérable aux oreilles d’un certain nombre de gens …qu’on ne peut pas le dire ! Je les connais très bien, vous savez, je les connais très bien. L’autre jour, l’autre jour, j’étais à Nantes, vous savez, j’ai fait quelque chose de très grave, il faut que je m’en confesse devant vous, à Nantes, j’ai donc donné une interview au journal Ouest France. Ca n’a pas plu aux permanents de la CGT, ils ont bloqué la fabrication du journal et empêché sa diffusion. C’est la conception de la démocratie ! Cette dame est certainement très sympathique mais enfin, elle peut quand même attendre que je finisse. Après tout, je suis président de la République ! Je ne sais pas si je le serai la prochaine fois mais à ma connaissance, je le suis encore !

Après tout, je suis peut-être aussi représentatif qu’elle-même. Ca ne veut pas dire qu’elle n’a pas …qu’elle a raison …qu’elle a tort ou qu’elle a raison ; ça veut dire simplement qu’on doit accepter en campagne la confrontation des idées.

Et je voudrais vous dire une dernière chose sur le nombre de places en prison parce qu’il y a quelque chose qui me choque et vous avez raison, c’est la non exécution des peines, surtout les plus petites, parce que c’est au début qu’on doit arrêter le processus. J’ai proposé qu’on passe de 60 000 à 80 000 places. Ainsi, nous serons dans la moyenne des démocraties. Alors, l’année dernière puisqu’il m’oblige à les citer, je vais les citer, le groupe socialiste a proposé une proposition de loi qui consiste – elle était extrêmement originale – qui consistait à faire sortir de prison, enfin à ne mettre en prison quelqu’un que si quelqu’un d’autre sortait, bon, c’est une forme de balle aux prisonniers, quoi, vous savez, c’est …bon, moi, je pense une autre chose.

C’est que doivent être en prison ceux qui méritent d’être en prison, point ! Voilà, c’est aussi simple que ça. Je voudrais rappeler juste un chiffre. C’est que 50% des faits de crime et de délinquance sont le fait de 5% de la délinquance. La vérité, c’est que pour l’essentiel, c’est toujours les mêmes qui empoisonnent la vie de la société.

Je vous remercie.

NICOLAS ROSSIGNOL
Nicolas SARKOZY, Xavier BEBIN qui représente l’Institut pour la Justice.

XAVIER BEBIN, DELEGUE GENERAL DE L'INSTITUT POUR LA JUSTICE
Monsieur le Président, une question. Comme vous le savez aujourd’hui parmi ceux qui sont condamnés à une peine allant jusqu’à deux ans de prison ferme, beaucoup sont assurés de ne pas passer un seul jour en prison en toute légalité. Est-ce que vous trouvez cela normal ?

NICOLAS SARKOZY
Non, je vais même aller plus loin. Ce fut une erreur. Que les choses soient très claires. Je n’aurais pas dû laisser passer cela. Je considère que toutes peines au-delà d’un an doivent être strictement exécutées et je considère qu’entre la moitié et les deux tiers de la peine doivent être exécutés. Alors pour les peines de moins d’un an, je ne suis pas opposé à des aménagements, à des aménagements : bracelet électronique, centre éducatif fermé.

Non monsieur, je vous le dis comme je pense parce que je ne suis pas satisfait non plus de la façon dont ça fonctionne en prison. Je l’ai dit pour le terrorisme et les idéologies poussant à la haine. Les prisons doivent être des lieux de privation de liberté et de sanction, pas des lieux où on subit soi-même des sévices ou des influences. Donc la question essentielle de l’exécution des peines, elle est fonction du nombre de places en prison. Donc nous allons passer de 60 000 places à 80 000 places. C’est un effort gigantesque et ça permettra d’exécuter toutes les peines prononcées.

J’ajoute un dernier mot pour les mineurs ; ce qui est un problème, c’est que parfois un mineur commet un délit et il est jugé quand il devient majeur. Bon. Ce qui crée dans sa tête et pour la société un trouble manifeste. Donc ma proposition, c’est très simple : aucun aménagement possible de peine au-delà d’un an.

XAVIER BEBIN
Deuxième question, monsieur le Président. Vous avez pris un engagement qui nous tient à coeur à l’Institut pour la Justice, c’est l’égalité des droits tout au long de la procédure entre les victimes et les mis en cause et notamment le droit d’appel mais vous savez que le monde judiciaire y est en majorité hostile.

NICOLAS SARKOZY
Totalement !

XAVIER BEBIN
Votre propre Garde des Sceaux s’y est opposé il y a quelques mois.

Comment allez-vous faire pour surmonter les obstacles, les corporatismes qui ne manqueront pas de s’élever si vous êtes élu ?

NICOLAS SARKOZY
Bon, Michel MERCIER est un bon Garde des Sceaux en qui j’ai confiance et je ne sais pas s’il a changé d’avis mais devant cette proposition, il la mettra en oeuvre. C’est un engagement du Président de la République, c’est un engagement du candidat. Je ne vois pas un argument qui pourrait s’y opposer. Je m’explique : le Parquet parle au nom de la société dans son ensemble, elle ne parle pas au nom de la victime, de la société dans son ensemble, c’est-à-dire des victimes potentielles. Je ne peux pas accepter que ce droit d’appel soit contesté à la victime. J’ajoute que, une fois que ce sera fait monsieur, comme toujours, personne ne reviendra dessus. Lorsque j’ai créé le fichier des empreintes génétiques pour retrouver les criminels sexuels, monsieur le Président, vous vous souvenez certainement, j’ai été accusé d’être un dictateur. Remarquez, j’ai vu que ça progresse puisque monsieur PICCOLI me compare à FRANCO là récemment ! J’ai connu pire ! Bon. Personne ne veut remettre en cause le fichier des empreintes génétiques. On retrouve aujourd’hui – non mais c’est très important – 50% des criminels sexuels. Ca n’a jamais existé dans l’histoire de notre pays pas parce qu’il y a plus de policiers …ils font d’ailleurs très bien leur travail. Mais permettez-moi de vous le dire, c’est uniquement grâce aux progrès de la police scientifique et technique et au fichier. Vous savez que maintenant, toute personne qui fait une agression sexuelle, on le met sur un fichier comprenant son empreinte. J’ai en mémoire une affaire très douloureuse d’une jeune fille violée chez elle à Bordeaux par un individu sans scrupule qui l’avait obligée à prendre une douche, la police scientifique est arrivée, dans la bonde de la douche a trouvé une empreinte génétique. Cinq ans après, dans la région parisienne, cinq ans après, la police arrête un exhibitionniste – je ne dis pas que tous les exhibitionnistes sont des violeurs potentiels, je n’ai pas dit ça mais je dis que si on ne veut pas d’ennuis avec la police, il vaut mieux ne pas être exhibitionniste !

On peut quand même dire ça sans violer les droits de la personne. Eh bien, savez-vous qu’on le met dans le fichier comme à chaque fois qu’on met dans le fichier, on fait tourner le fichier avec les empreintes que l’on retrouve sur les scènes de crime, c’était lui. C’est-à-dire qu’un exhibitionniste en région parisienne plusieurs années après un viol en Gironde, on peut le retrouver. Les centres éducatifs fermés, vous savez, ces centres où on met des jeunes très difficiles, c’est le stade en-dessous de la prison. Il y a la prison pour mineurs, les centres éducatifs fermés, les centres de réinsertion scolaire en-dessous. Quand je les ai créés avec Dominique PERBEN, on a dit « mon Dieu, il met en prison des jeunes. Vraiment, ce monsieur SARKOZY est inhumain ! » Quelques années après, comme je vous l’ai dit, ils proposent de doubler les places ! Bon. Donc le droit d’appel des victimes, je vais vous dire comment ça va se passer. Il va y avoir une tempête dans un demi-verre d’eau, peut-être un dé à coudre parce que vous savez, si c’est pour que le syndicat de la magistrature tienne des propos aimables sur moi, là où ils ont une bonne raison d’être contre moi, d’habitude, c’est une mauvaise, bon, mais là, ce sera une bonne, de toute façon, c’est systématique. La victime n’a rien à dire, restons entre nous. On est bien confortable entre nous. Tout fonctionne bien. Outreau, ça n’existe pas, il n’y a pas de retard, il n’y a pas de problème, il n’y a pas d’incompréhension, tout va bien ! Et puis, une fois qu’on l’aura fait voter, monsieur, personne ne reviendra dessus. Vous savez pourquoi ? Parce que le peuple de France, il veut ça, voilà, et qu’il y a un moment donné où la réalité s’impose sur une pensée unique qui est en permanence alimentée à longueur de tribunes et de médias. Mais le prévenu peut faire appel, c’est normal. J’ai voulu d’ailleurs l’appel dans les cours d’assises. On n’a pas supporté le spectacle de Monsieur COLONNA à trois reprises devant les cours d’assises pour me dire maintenant que je suis une espèce de révolutionnaire parce que je veux que la malheureuse victime puisse aussi faire appel lorsqu’elle a été bafouée dans son intégrité personnelle et dans son intégrité physique. Qui osera défendre une idée contraire ? Voilà. Et ne vous inquiétez pas de Michel MERCIER.

XAVIER BEBIN
Merci Nicolas SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY
J’en fais mon affaire !

NICOLAS ROSSIGNOL
Alors, Xavier BEBIN, juste pour conclure si vous voulez bien. Nous avons entendu depuis tout à l’heure quelques représentants de candidats, jusqu’à vous-même maintenant, Xavier BEBIN, qu’est-ce qu’on retient de cette matinée, de ces échanges notamment de ce que vient de nous dire Nicolas SARKOZY ?

XAVIER BEBIN
Je tiens simplement à remercier tous les candidats et leurs représentants qui sont venus aujourd’hui et tout particulièrement les deux candidats qui sont venus en personne, Nicolas DUPONT-AIGNAN et Nicolas SARKOZY.

Et nous, nous analyserons très prochainement tous les engagements qui ont été pris ; nous en tirerons les conséquences. Mais ce que je voudrais vous dire, ici, c’est que la mobilisation historique autour du pacte 2012 signé par 1 700 000 personnes, elle ne s’arrêtera pas le 6 mai 2012 quoi qu’il arrive.

Et tant que la justice ne sera pas réformée en profondeur, nous continuerons le combat avec vous, grâce à vous pour la protection des citoyens et le droit des victimes. Merci à tous.

NICOLAS ROSSIGNOL
Merci Nicolas SARKOZY.

XAVIER BEBIN
Merci monsieur le Président.

NICOLAS SARKOZY
Si vous permettez une chose, quand on est candidat, on est invité à aller partout. Ce n’est pas toujours désagréable d’ailleurs mais j’observe une chose : quand c’est des syndicats qui invitent des candidats, je vois tous les candidats se précipitant, faire assaut d’amabilités ; j’aimerais qu’il y ait autant de considération quand c’est les associations qui n’ont pas vocation à défendre des statuts mais à parler au nom de gens qui n’ont pas souvent la parole. Moi, j’étais très heureux d’être avec vous.

NICOLAS ROSSIGNOL
Nicolas SARKOZY, merci beaucoup.

XAVIER BEBIN
Merci à tous d’être venus. Merci à vous.


Source http://www.lafranceforte.fr, le 10 avril 2012

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