Interview de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, dans "Tahiti today" du 3 avril 2012, sur la Polynésie française. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, dans "Tahiti today" du 3 avril 2012, sur la Polynésie française.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

ti :
1/ Vous vous êtes déterminé depuis longtemps à ne pas franchir la ligne blanche de l’indépendance de la Polynésie française, je ne vous demanderai pas si vous avez changé d’avis puisque vous avez réitéré votre position encore récemment. En revanche si vous êtes élu et que le président Temaru vous demande d’organiser un référendum sur cette question, accepterez-vous ? Et dans quel délai, tant il est impératif d’éclaircir la situation ?

Nicolas Sarkozy : Je connais bien la situation en Polynésie. Je pense que les Polynésiens attendent de nous, les responsables politiques, que nous leur apportions des solutions concrètes pour que leurs enfants puissent bénéficier d’un enseignement de qualité puis d’un emploi, pour que les plus modestes puissent se loger plus convenablement, pour que l’activité économique redémarre. Voilà l’urgence : faire en sorte que les Polynésiens aient une vie meilleure dans les années qui viennent. Après, s’il faut organiser une consultation sur l’avenir des relations entre la France et la Polynésie, pourquoi pas ? Mais je crois que tous les Polynésiens connaissent déjà la réponse qui sortirait des urnes. Ne perdons plus de temps, il faut agir aujourd’hui.

2/ M. Temaru souhaite que seuls les natifs Polynésiens puissent s’exprimer lors de ce référendum. Est-ce que cela vous semble équitable pour tous les Polynésiens de coeur qui ont choisi de vivre dans ce pays et ont fait souche ?

N.S Franchement, je pense qu’il ferait mieux de s’occuper de la vie quotidienne des Polynésiens : il n’est sans doute pas inutile de se projeter dans l’avenir, mais il ne faut pas que cela se traduise par un désintérêt pour le présent.

3/ Le parti du président n’a de cesse d’accuser l’État de tous les maux qui frappent la Polynésie. Au cours de ces cinq dernières années, pensez-vous avoir fait tout ce que vous pouviez en faveur de la Polynésie française alors que certains élus politique « autonomistes » se disent déçus ?

Il est toujours délicat d’être le commentateur de son propre bilan. Ce n’est d’ailleurs pas mon rôle, mais le vôtre. Pour l’heure, je ne peux que constater que l’ensemble des partis autonomistes soutient ma candidature, et je les en remercie. J’ai sans doute mis du temps pour trouver les mots justes pour m’adresser aux Polynésiens, et ai parfois pu être impatient devant l’instabilité chronique de la vie politique locale qui a paralysé votre territoire pendant toutes ces années. Et puis je dois aussi dire qu’il n’est pas facile de trouver le bon équilibre entre le respect de l’autonomie d’une part, et le fait de se voir reprocher de ne pas en faire assez pour les Polynésiens, y compris sur des matières qui ne sont pas de la compétence de l’Etat, d’autre part. Je sais bien que, quand vous êtes dans les difficultés, le fait que ce soit imputable au gouvernement local ou à l’Etat ne fait aucune différence, et les renvois de responsabilité des uns vers les autres a plutôt tendance à vous exaspérer. Ce que vous voulez, c’est simplement que les choses s’arrangent, et que tous ceux qui en ont la responsabilité y travaillent activement. Je pense avoir mieux compris, ces dernières années, les aspirations des Polynésiens. J’ai essayé de vous parler avec le coeur lors de mon intervention télévisée du 3 février dernier. Mon attachement aux Polynésiens ne se manifeste peut-être pas de la même manière que par le passé. Il n’en est pas moins sincère. Je sais ce que la France doit à la Polynésie, dans l’histoire comme aujourd’hui.

4/ L’État octroie à la Polynésie française une compensation annuelle de 18 milliards cfp environ 150 millions d’euros, considérés par Jacques Chirac comme une contribution de la France à la Polynésie pour avoir mis au point et finalisé la dissuasion nucléaire. Est-ce une contribution pérenne véritablement alors que certains élus la jugent encore insuffisante ?

NS J’ai renforcé cette dotation en lui donnant une valeur législative, alors qu’il s’agissait auparavant d’une simple convention passée entre l’Etat et le pays. Dans le même temps, j’ai souhaité que les communes puissent en bénéficier d’une partie, afin de les dégager de l’influence exclusive du gouvernement local, ce qui ne me semblait pas sain. Enfin, j’ai voulu qu’une partie de cette contribution serve effectivement à donner du travail aux entreprises et permette des embauches de Polynésiens, c’est-à-dire soit consacrée à financer des investissements et pas uniquement des frais de fonctionnement.

Pour autant, cette réforme de la dotation est récente. Si sa valeur ajoutée n’était pas démontrée, je n’hésiterais pas à revenir dessus. Le but, c’est de s’assurer de son bon emploi. Il faudra notamment voir si un préfinancement des opérations d’investissement par l’Etat est possible, compte-tenu de la trésorerie du territoire. Il faut donner rapidement du travail aux entreprises, notamment dans le BTP. Nous pourrons avoir cette réflexion juste après les élections présidentielles.

4 bis/ A l’issue du conflit sur l’ITR en novembre 2008, les syndicats et le ministre de l’outre-mer de l’époque, Yves Jego, avaient signé un protocole d’accord prévoyant d’étudier la mise en place d’une retraite complémentaire pour les fonctionnaires. Est-ce que vous comptez mettre en place le groupe de travail sur cette question, prévu par les accords de fin de conflit ?

NS Je comprends la frustration de certains fonctionnaires. Je crois qu’il faudra, avec le futur gouvernement de la Polynésie, faire une évaluation de cette réforme, qui aura cinq ans en 2013. Je suis prêt à discuter d’évolutions significatives en la matière, par exemple en creusant la piste d’une retraite complémentaire sur la base de versements volontaires. Ce dont je suis certain, c’est qu’on ne pourra pas rester dans la situation actuelle.

5/ De manière récurrente, certains parlementaires UMP souhaitent remettre en cause l’index de correction au taux actuel applicable aux fonctionnaires d’Etat servant outre-mer. Quelle est votre position sur ce sujet qui intéresse un grand nombre de personnes ?

NS Cette réforme n’est pas à l’ordre du jour.

6/ En pleine crise économique, alors que les entreprises ont du mal à survivre, le gouvernement Temaru travaille sur une caisse de chômage qui serait alimentée par les salariés, les patrons et le Territoire ? Qu’en pensez-vous ?

NS D’une manière générale, je ne peux que soutenir toutes les initiatives qui vont dans le sens d’une meilleure prise en compte de la situation de ceux qui sont le plus touchés par la crise. Naturellement, il ne faut pas que tout ceci se traduise par des difficultés encore plus grandes pour les entreprises. Le bon équilibre doit être trouvé par le Gouvernement local. Je veux toutefois dire que, dans la limite de ses prérogatives, l’Etat n’a pas été en reste sur ce front de l’emploi. Après les 1.500 contrats à durée déterminée mis à disposition en 2011, ce sont 3.500 chantiers de développement qui ont été, à ma demande, consacrés à la Polynésie française cette année. C’est une réponse d’urgence, car l’Etat a aussi le devoir d’assurer la solidarité entre tous les Français. J’ai entendu les déclarations récentes d’Oscar TEMARU à ce sujet. Je crois qu’il ne faut surtout pas faire de politique sur le dos des jeunes Polynésiens.

7/ Êtes-vous favorable à l’instauration d’un impôt sur le revenu en Polynésie française qui ne rapporterait pas grand-chose sinon faire fuir un peu plus vite les chefs d’entreprise et investisseurs potentiels déjà extrêmement rares aujourd’hui ? (260.000 habitants dont près de 50% moins de 18 ans)

NS Il ne m’appartient pas de répondre sur ce point précis qui relève de la compétence locale. Ce que j’observe, c’est que la Polynésie française est confrontée aujourd’hui à l’essoufflement de son modèle de développement économique et social. La question à se poser, avant de mieux partager les richesses au bénéfice du plus grand nombre, c’est d’abord de savoir comment en créer de nouvelles.

C’est pourquoi j’ai proposé à deux reprises de travailler à la définition d’un nouveau projet de développement pour les 10 ou 15 prochaines années. Ma proposition est plus que jamais d’actualité. Je suis prêt, si je suis réélu, à proposer au Parlement une loi d’orientation sur le développement économique et social de la Polynésie française qui réponde aux grandes questions qui se posent aux Polynésiens et qui fixe les engagements des uns et des autres en ce sens, Etat comme « Pays ».

8/ On vous accuse d’avoir de bonnes initiatives mais de les remettre toujours à plus tard. Ce qui fait dire à vos détracteurs socialistes que votre bilan n’est pas bon puisque vous avez promis sans tenir vos promesses. Que leur répondez-vous quand la télévision repasse des passages de la campagne de 2007 lorsque vous dites « quand je serai élu je ferai ceci ou cela... » alors que vous ne l’avez pas fait et que vous faites les mêmes promesses aujourd’hui ?

NS Ceci est inexact. Depuis 2007, j’ai posé les fondations d’une politique qui privilégie le talent et les atouts des Polynésiens. J’ai aussi tout fait pour protéger votre territoire contre les soubresauts du monde. J’avais écrit, à l’époque, une « lettre aux Polynésiens », dont la totalité des engagements ont été tenus. Mon seul regret, c’est de n’avoir pas eu le temps de me rendre en Polynésie pendant ce quinquennat. Aucun de mes prédécesseurs récents ne l’avait fait, du reste, au cours de leur premier mandat. Si les Français me font à nouveau confiance, je m’engage à venir rapidement en Polynésie française.

9/ Trouvez-vous acceptable de ponctionner même un gros revenu à 75% comme vient de l’annoncer François Hollande au risque de voir les capitaux et les entreprises se délocaliser et accroitre le nombre de chômeurs ?

NS Créer un impôt qui, de l’aveu même de son promoteur, ne rapporte rien est un non-sens politique et une faute économique. Le problème, ce n’est pas qu’il y ait moins de riches, mais bien qu’il y ait moins de pauvres. Ce n’est pas avec ce genre de mesure démagogique que l’on y parviendra.

10/ Pensez-vous que maintenir les 3/5 des représentants pour le vote d’une motion de défiance comme Mme Penchard l’a fait voter dans la loi statutaire soit une bonne chose ? N’est-ce-pas excessif et condamner les citoyens à supporter l’incompétence toujours possible d’un gouvernement en n’ayant qu’une seule possibilité « subir »?

NS La réforme statutaire de 2011 a été votée à la quasi-unanimité par le Parlement national. Elle ne poursuit qu’un but : rétablir la stabilité et ainsi redonner du sens, de la cohérence et de la durée à l’action politique en Polynésie française. Une grande partie de cette réforme est entrée immédiatement en vigueur. Elle a apporté la stabilité à la Polynésie. Il reviendra ensuite aux Polynésiens de choisir avec beaucoup d’attention leurs représentants, qui auront enfin le temps de gouverner.

11/ Seriez-vous prêt à faire la paix avec votre ancien allié le Tahoeraa qui a laissé entendre qu’il voterait pour vous au second tour ? Et pourquoi est-ce important de voter Sarkozy au premier tour ?

NS Je ne suis en guerre avec personne en Polynésie. Bien au contraire, je suis heureux que l’ensemble des principales formations autonomistes m’apportent leur soutien, et ce dès le premier tour. Je souhaite les en remercier très sincèrement, je sais que ce n’est pas toujours une démarche évidente. J’espère que ces appels seront à l’origine d’un élan populaire et d’une réconciliation de tous ceux qui pensent que l’avenir de la Polynésie française doit s’écrire avec la France. Au-delà des questions de personnes, c’est ce qui nous rassemble profondément. Les enjeux pour la Polynésie sont trop importants alors que le candidat socialiste a, pour ce qui le concerne, choisi au mieux l’ambigüité sur ce sujet. Je ne peux à cet égard que constater qu’à chaque fois qu’un parti indépendantiste structuré existe Outre-mer, il choisit d’apporter son soutien au candidat socialiste. C’est vrai ici, en Polynésie, comme c’est vrai en Nouvelle-Calédonie par exemple.

12/ Enfin si vous battez au poteau votre adversaire socialiste, viendrez-vous en Polynésie française et que diriez-vous aux Polynésiens pour qu’ils votent pour vous.

NS Comme je vous l’ai dit, je viendrai en Polynésie rapidement. Pour répondre à votre deuxième question, il me semble que l’élection présidentielle sert d’abord à se mettre d’accord sur les orientations fondamentales que nous souhaitons pour le pays. En Polynésie, le choix est assez simple : les Polynésiens souhaitent-ils prendre le risque de suivre une position floue avec peut-être, à terme, un cheminement vers l’indépendance ? Alors il faut voter pour le candidat soutenu par l’ensemble des partis indépendantistes du Pacifique et qui est représenté, en Polynésie, par Oscar TEMARU. S’ils souhaitent au contraire, comme je le crois, une Polynésie forte avec une France forte, alors il me semble que je suis le candidat qui incarne le mieux cette aspiration : la Polynésie et la France ensemble.


Source http://www.lafranceforte.fr, le 11 avril 2012

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