Conférence de presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le plan d'action de M. Kofi Annan en Syrie, les sanctions contre le régime syrien et le rôle leader du Conseil national syrien dans l'opposition, Istanbul le 1er avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le plan d'action de M. Kofi Annan en Syrie, les sanctions contre le régime syrien et le rôle leader du Conseil national syrien dans l'opposition, Istanbul le 1er avril 2012.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Voyage d'Alain Juppé en Turquie le 1er avril 2012 : participation à la réunion du groupe des amis du peuple syrien, à Istanbul le 1er

ti : Cette réunion d’Istanbul est pour nous très importante. Elle fait suite, vous le savez, à la réunion de Tunis et, depuis lors, des progrès ont été accomplis. La mission confiée à Kofi Annan a été lancée sur la base de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies. L’opposition syrienne s’est également réunie, elle s’est structurée, elle a adopté un pacte national qui est un progrès très important dans lequel est affiché l’attachement aux principes de la démocratie et du respect des minorités. Kofi Annan a proposé un plan en six points que le régime de Damas a, en principe, accepté. Ce sont là les points positifs.

Le point négatif, c’est qu’en réalité Bachar El Assad nous mène en bateau et n’applique pas les engagements qu’il a pris. Le massacre continue ; nous avons eu des témoignages de plusieurs personnalités syriennes qui ont fui leur pays.

Aujourd’hui, nous nous étions fixés trois objectifs majeurs.

D’abord, afficher un soutien fort à la mission de Kofi Annan dans ses trois aspects : la cessation des violences, le libre accès de l’aide humanitaire et le lancement d’un processus politique fondé sur le plan de la Ligue arabe. Ceci est pour nous extrêmement important ; il n’est pas question de se limiter à un cessez-le-feu et à une action humanitaire qui gèleraient le statu quo politique. À cet égard, les déclarations que nous avons adoptées sont très claires.

Le deuxième objectif, c’est d’accentuer les sanctions sur le régime. Il est prévu de constituer un groupe de travail sur les sanctions sous présidence française et j’ai indiqué qu’il se réunirait à Paris dans une quinzaine de jours. L’objectif est de coordonner les sanctions américaines, les sanctions européennes, les sanctions de la Ligue arabe et de convaincre l’ensemble des Amis du peuple syrien, ici rassemblés, d’appliquer également ces sanctions qu’il conviendra de durcir.

Enfin, troisième objectif, encourager l’opposition syrienne à s’unir. Il est indiqué dans le communiqué final que le Conseil national syrien est «the leading interlocutor», et que c’est sous sa houlette - «under its umbrella» - que nous appelons l’ensemble des forces de l’opposition à se réunir.

Voilà donc ce que nous avons fait, cela me fait dire que cette réunion est une réussite et j’en félicite les autorités turques. Il y a bien sûr, un risque d’enlisement et, on le voit bien, la tactique du régime est de gagner du temps. C’est la raison pour laquelle il faut, et nous sommes tous d’accord aussi là-dessus, fixer une limite dans le temps à cette action. Demain Kofi Annan fera son rapport au Conseil de sécurité des Nations unies. Nous attendons qu’il nous indique comment il voit maintenant le déroulement de cette mission. Cette mission ne saurait s’éterniser, elle doit avoir un terme, rapproché. Et si nous n’aboutissions pas à des résultats positifs, il faudrait retourner au Conseil de sécurité des Nations unies pour étudier toutes les options qui sont sur la table. Voilà ce que je souhaitais vous dire après cette réunion.


Q - Et la réunion de Paris ?

R - Pour la réunion de Paris, je viens de dire qu’il y aurait deux réunions. La première réunira le groupe de travail sur les sanctions, dans un délai de quinze jours, ou plus tôt si cela est possible. Nous allons nous atteler à la préparation de cette réunion immédiatement. L’autre réunion, la réunion plénière, qui fera suite à celles de Tunis et d’Istanbul, c’est une question de semaines. Il va falloir voir ce qu’il se passe dans les prochains jours, quelle est l’issue de la mission de Kofi Annan : est-ce qu’elle débouche sur quelque chose ? Est-ce qu’elle échoue ? Les options seront levées je pense dans les prochains jours et en fonction de cela nous fixerons un calendrier.

Q - Et l’ultimatum à Bachar El Assad ? Le CNS demande qu’il soit très court, quelques jours pas plus ?

R - Attendons le rapport de Kofi Annan qui devrait s’exprimer sur ce point demain, je pense, au Conseil de sécurité.

Q - Vous avez dit que le Conseil national syrien est reconnu comme organisation leader de l’opposition. Est-ce que cela tombe en-deçà de la demande du CNS d’être reconnu comme seul représentant du peuple syrien ?

R - Je pense que c’est un progrès très significatif et il est bien clair que c’est le CNS qui joue le rôle principal et le rôle fédérateur. Il y a encore d’autres groupes dans l’opposition et nous souhaitons donc qu’ils puissent rejoindre le CNS ; je pense notamment aux Kurdes - mais aussi à d’autres -, pour se fédérer. Je l’ai dit à plusieurs reprises, dans ce genre de situations dramatiques où il s’agit de la vie et de la mort d’hommes, de femmes et d’enfants, la priorité des priorités c’est de se rassembler. Tant qu’on est divisés dans ce genre de situations historiques on n’atteint pas ses objectifs. Alors, il peut y avoir des différences de sensibilité dans l’opposition mais je les appelle encore solennellement à passer au-dessus de ces différences, à faire jouer l’intérêt général du peuple syrien. Tout cela est en bonne voie, on progresse.

Q - You spoke of … sanctions that might be report. What kind of sanctions will you be studying more and what should be the deadline which should be given to Assad ?

R - Sanctions have already been decided by several countries, by the United States of America, by the EU, several waves of sanctions have been adopted in Brussels, and by the Arab League too. So the idea is to coordinate those sanctions and to check that they are really implemented on the ground. And also we will try to convince the other members of the group of the friends of Syria to implement those sanctions against the people involved in the repression of course but also the freeze of financial assets of the Central Bank, oil embargo and other sanctions of that kind.

Q - Monsieur le Ministre, l’établissement d’une zone sécurisée sera-t-il discuté au Conseil de sécurité dans le cadre de l’échec de l’initiative Kofi Annan ?

R - Je ne veux pas aller plus loin que ce que je vous ai dit. La mission de Kofi Annan n’a pas encore échoué, attendons de voir son rapport demain. Nous souhaitons que le calendrier qu’il se fixera soit resserré. Il ne s’agit pas de se lancer dans des semaines ou des mois de négociations, cela doit aller vite. Et puis nous verrons, si effectivement le régime continue à mentir et à ne pas appliquer ce à quoi il s’engage, à ce moment-là toutes les options devront être étudiées, en particulier celle que vous évoquez.

Q - It would be so kind to summarize what you said in French in English, in a couple of words for the non-French speaker journalists.

R - I said our priorities are first to give support to Kofi Annan’s mission with its three aspects: cessation of violence on both sides, second the free access of humanitarian aid, and third the enforcement of political process according with the Arab League’s plan. Our second objective is the strengthening of the sanctions on the regime and I announced a meeting of a working group on sanctions in Paris within two weeks. And third, we would like to encourage the Syrian opposition to organize itself and to be more inclusive. We commend the national pact which has been adopted by the opposition. It is a very important progress, confirming the attachment of the opposition to principles of democracy, respect of minorities, the equality of genders between women and men. So it is a very important achievement and that’s why we consider that the Syrian National Council would play a leading role and should be a leading interlocutor for the Group of Friends of Syria.

Q - L’acheminement de cette aide humanitaire pose un problème technique pour le moins, comment peut-on acheminer de l’aide humanitaire dans un pays qui la refuse, sans mettre en place une opération militaire ?

R - Nous retombons là encore sur l’option que j’évoquais tout à l’heure. Si, dans les prochains jours, le régime tient ses engagements sachant que le libre accès de l’aide humanitaire fait partie du plan en six points du plan de Kofi Annan, alors à ce moment-là il y a un problème opérationnel mais l’OCHA, les Nations unies et nous-mêmes sommes prêts à agir très vite. Si le régime persévère à ne pas remplir ses engagements, à ce moment-là, on retombe sur l’hypothèse que j’ai évoquée du Conseil de sécurité et de la nécessité d’étudier d’autres options.

Q - Dans ce cas, vous avez effectivement fixé une «deadline» pour la mise en œuvre du plan Annan.

R - Non, nous n’avons pas fixé de date. Je le répète, il appartient d’abord à Kofi Annan de nous présenter son rapport et je pense que demain, au Conseil de sécurité, il fera le point là-dessus ; peut-être d’ailleurs évoquera-t-il lui-même une limite de temps. Pour le reste, nous en déciderons le moment venu mais, pour l’instant, nous n’avons pas voulu afficher une date précise. Je le répète, ce n’est pas une question de mois, c’est une question de semaines.

Q - I am sorry this may be a similar question, but in English: how long do you give the Annan plan to work ?

R - First of all, we are expecting the Kofi Annan’s report in front of the Security Council. It will take place tomorrow and so we will see what the idea of Kofi Annan on this question of timeline is. And in a second step, if the regime is still reluctant to implement its commitments, we will decide what we have to do. We’re not giving any figure on a fixed-date for this period of time, but it will not take several months, it is a question of weeks.

Q - Turkish government pushed so hardily for the Syrian National Council to be recognized as the only legitimate representative of the Syrian people. Is this going to happen ?

R - France shares the view of the Turkish government on this part and wishes that the SNC could be recognized as the legitimate representative body of the Syrian people. All the members of the Group are not on the same line, that why we adopted a balanced wording on our communiqué. The SNC for us is a legitimate interlocutor and under its umbrella, we wish other members of the opposition could gather. We consider the SNC as the leading interlocutor for this task. So, you see, it is a good progress.

Q - Les deux pays en panne dans les Conseils de sécurité, la Russie et la Chine, ne sont pas représentés aujourd’hui pour la deuxième fois, est-ce que vous croyez qu’au sein du Conseil de sécurité, les opinions s’approchent, il y a du changement pour pouvoir arriver enfin à un accord à New York.

R - De petits changements, de petits frémissements. Je vous rappelle que la Russie et la Chine n’ont pas fait opposition à la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité qui a été adoptée à l’unanimité. Alors certes, ce n’est pas une résolution, ce n’est qu’une déclaration, mais c’est déjà un pas en avant. Par ailleurs, j’ai bien noté les déclarations de Serguei Lavrov demandant à Bachar El Assad de soutenir, en tous cas de répondre, aux propositions de Kofi Annan ; la Russie soutient la mission de Kofi Annan, et donc le mandat confié à Kofi Annan.

Voilà donc quelques signes d’espoir. Je ne suis pas sûr que si nous devions aller à une résolution au Conseil de sécurité tout le chemin ait été encore parcouru. Nous allons donc continuer à essayer de convaincre les Chinois d’abord, mais aussi les Russes qu’on ne peut pas, que rien ne permet d’excuser ce qui est en train de se passer. C’est un véritable massacre, des armes lourdes continuent à être utilisées contre des populations civiles. Cela ne peut plus durer et rien, je le répète, ne justifie le blocage que nous avons connu devant le Conseil de sécurité. Espérons que les choses vont se débloquer.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 avril 2012

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