Interview de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, à l'Association de préfiguration d'un conseil de presse en France le 10 avril 2012, sur la politique gouvernementale en matière de presse écrite et d'audiovisuel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, à l'Association de préfiguration d'un conseil de presse en France le 10 avril 2012, sur la politique gouvernementale en matière de presse écrite et d'audiovisuel.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

ti :
Question 1 (droit des citoyens à information)

Une telle mention dans la Constitution n'apporterait aucune garantie nouvelle à nos concitoyens. Le Conseil constitutionnel estime depuis 1984 que la liberté de communication comporte bien deux volets : le droit de s'exprimer, mais aussi le droit, pour le public, de recevoir une information pluraliste. Plusieurs décisions similaires ont confirmé dès 1986 que ce principe constitutionnel vaut également pour la communication audiovisuelle.

Question 2 (intervention du « politique » dans l'information)

La France est certainement l'une des démocraties où la presse entretient les liens les plus étroits avec les pouvoirs publics. Cela découle notamment de notre histoire récente, car le paysage de la presse écrite française s'est largement dessiné à la Libération et sous la IVème République. Le législateur avait alors pour souci de garantir aux citoyens une information pluraliste et d'éviter les dérives de la presse de l'entre-deux-guerres.

Mais les pouvoirs publics sont intervenus plus récemment pour soutenir par des aides directes la presse quotidienne, fragilisée de longue date par l'érosion de sa diffusion. La crise brutale des recettes publicitaires qui a frappé la presse à la fin de l'année 2008 et qui s'est creusée en 2009 aurait pu être fatale, sans le plan de soutien massif que j'ai mis en place à l'occasion des Etats Généraux de la Presse Ecrite. Au total, j'ai augmenté de 103% les aides au pluralisme, à la diffusion et à la modernisation, portées de 155 à 315 M€ par an. Le résultat des engagements, pris par les éditeurs à cette occasion, a commencé à porter ses fruits. Les coûts se sont réduits et la diffusion s'est sensiblement redressée depuis 2010.

Pour ce qui concerne l'audiovisuel, la régulation économique aussi bien que le contrôle du respect du pluralisme incombent à des autorités indépendantes comme le CSA et l'ARCEP. S'agissant des sociétés nationales de l'audiovisuel public, financées par l'impôt, j'ai souhaité la plus grande transparence en faisant en sorte que l'État-actionnaire désigne les présidents de ces entreprises, sous le contrôle étroit du Parlement et du CSA. Je peux d'ailleurs constater tous les jours, en regardant les journaux de France Télévisions ou en écoutant ceux de Radio France, que ce mode de désignation n'a pas abouti à une dévotion des rédactions à l'égard du chef de l'Etat, ni conduit des patrons d'antenne à signer des tribunes pour le soutenir.

J'ai enfin veillé à compléter par la loi du 4 janvier 2010, protégeant le secret des sources des journalistes, les grands principes de la liberté d'expression et de la liberté de 1a presse, tels qu'ils découlent de la loi du 29 juillet 1881.

Question 3 (réforme du CSA)

C'est un sujet sur lequel il faut faire preuve d'une exceptionnelle prudence. Si la question se pose, c'est parce que la technologie évolue : la diffusion hertzienne, qui relève de la compétence du CSA, va se trouver directement concurrencée par les services non linéaires et notamment par ce que l'on appelle la « TV connectée ». Autrement dit, vont cohabiter sur les mêmes écrans des services audiovisuels qui seront régulés à divers titres - pluralisme de l'information, financement des contenus culturels - et d'autres services qui, pour l'instant, ne le sont pas du tout. Doit-on se résigner à ce que le CSA, gardien du respect des obligations des chaînes en matière de création et de pluralisme, soit ainsi contourné ? Je m'y refuse absolument.

Il reste toutefois à déterminer les meilleures modalités pour intégrer les nouveaux acteurs dans le champ de la régulation. Une autorité unique, pour la télévision, pour la téléphonie et pour Internet, cela mérite réflexion.

Question 4 (création d'une instance nationale de déontologie de l'information)

Le recul de la confiance du public est un enjeu vital et j'avais appelé très clairement la profession à prendre ses responsabilités lors des Etats Généraux de 2008. J'avais notamment souligné l'intérêt qu'il y aurait, pour la profession, à s'accorder sur un code de déontologie national, adopté unanimement par les journalistes et les éditeurs et reconnu par le public. Le monde de la presse en a décidé autrement. Chacun s'est empressé de faire valoir son propre code, sa propre charte, sans s'interroger sur l'effet que cette attitude pouvait avoir sur le public. Je persiste donc à penser que la profession doit afficher ses engagements déontologiques. C'est maintenant à elle de s'organiser. Si une instance nationale lui semble opportune, qu'elle travaille à sa fondation. En tout état de cause il ne faut pas perdre de vue que de tels organismes ont aussi leurs limites, comme la Press Complaints Commission britannique, hier jugée exemplaire et qui n'a pu éviter le scandale de News of the World.

Question 5 (autres propositions)

Les politiques de sensibilisation des jeunes publics, d'éducation aux médias, ne peuvent se développer que sur la base du volontariat de la part des éditeurs. La meilleure illustration en a été le remarquable succès de l'opération « Mon Journal Offert » : lors de la campagne 2010-2011, ce sont 5% des 18-24 ans, soit près de 300 000 jeunes, qui se sont inscrits à l'opération et les quotidiens concernés ont enregistré un taux de transformation en abonnement payant de 5 à 10%. Je serai toujours au rendez-vous pour encourager les éditeurs dans de telles initiatives.

Je suis sur le point de signer le décret qui réforme profondément les modalités d'attribution des aides à la presse et parachève ainsi le travail entamé avec les éditeurs à l'occasion des Etats Généraux. Ce nouveau dispositif, longuement concerté depuis deux ans, permettra de soutenir de façon renforcée toutes les actions exemplaires engagées par les éditeurs de presse en termes de qualité, d'accès des publics, de recherche de nouveaux lecteurs, de respect de l'environnement, ou encore de formation des journalistes.


Source http://www.lafranceforte.fr, le 11 avril 2012

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