Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur les réformes de son quinquennat notamment en matière d'amménagement du territoire, à Paris le 11 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur les réformes de son quinquennat notamment en matière d'amménagement du territoire, à Paris le 11 avril 2012.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Meeting à l'occasion de la campagne présidentielle, à Paris le 11 avril 2012

ti : Mes chers amis – merci beaucoup – mes chers amis,

Dans quelques jours, mes chers amis, dans quelques jours, les 22 avril et 6 mai prochains, le peuple français choisira le chemin qu’empruntera notre République pour les cinq années à venir.

Depuis deux mois, jour après jour, je m’adresse à chacun de nos compatriotes sans détours aussi directement que possible, je leur parle de la France et je ne veux rien leur cacher des difficultés que notre pays a eu à surmonter et aura à surmonter.

Je crois dans une France forte, car nous n’avons pas le choix. Le monde est à un tournant, si nous voulons relever les défis de ce monde nouveau, qui a totalement changé, la France ne peut pas choisir la voie de la faiblesse, seule une France forte dans ce monde qui bouge pourra préserver notre identité et notre mode de vie.

La France veut préserver l’essentiel, veut rester une grande Nation, et pour cela, elle doit réinventer ses politiques, la France forte qui pourra protéger nos concitoyens, car si la France est faible, chaque Français sera exposé.

L’enjeu est considérable, il se résume au fond en une phrase : comment réconcilier les gagnants de la mondialisation et les perdants de la mondialisation, ce sont des nouveaux clivages, qu’aucun d’entre nous n’a connus il y a quelques années.

Les gagnants de la mondialisation, ce sont nos compatriotes qui ont soif de conquête, qui ont envie de partir à la conquête de ce monde, et qui le font, et les blessés de la mondialisation, c’est tous ceux qui voient nos usines se fermer, leurs compétences se dévaloriser, ceux qui trouvent que le monde change trop vite, et ceux qui pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux.

La France a besoin de ces deux France, qui n’en font qu’une, et qui ont chacune leur part de vérité. Et nous devons, dans le même temps, nous adresser à ces deux France, je crois que la réconciliation est possible, je crois même qu’elle est incontournable.

Les cinq années d’expérience à la tête de notre pays, au travers de crises d’une violence inouïe, m’ont convaincu que la France avait tous les atouts pour demeurer une Nation qui compte. Mais il y a une condition à cela, c’est regarder les réalités en face. On ne peut pas nier les réalités.

Et vous tous, qui êtes réunis ici, élus des villes ou des campagnes, élus de toutes les provinces de France, élus de métropoles ou d’Outremer, venus des rangs de la droite, du centre, mais aussi d’une gauche ouverte, vous avez fait le choix de l’engagement, puisque vous avez souhaité vous présenter au suffrage de nos concitoyens.

Vous avez donc choisi d’assumer votre part de l’intérêt général, et c’est de cet intérêt général dont je veux vous parler aujourd’hui, d’abord, je veux dire aux observateurs que c’est une richesse d’avoir un demi-million de Français qui consacrent une partie de leur temps à être des élus locaux, des élus de terrain, qui y consacrent leur énergie, leurs compétences, leur enthousiasme et leur… C’est une spécificité française que d’autres pays en Europe ne connaissent pas, mais c’est une force, ce n’est pas une faiblesse.

Et je voudrais dire que je me sens de la famille de tous ceux qui, comme vous, s’engagent, car quand on ne s’engage pas, on subit moins de critiques, quand on s’engage, on subit des critiques.

Nous sommes de la famille de ceux qui subissent les critiques. Et mieux que tout autre, vous connaissez la responsabilité qui sous-tend l’exercice de toute fonction élective, vous connaissez mieux que tout autre le poids de la responsabilité, de celui qui doit dire non, pas oui, de celui qui doit trancher, de celui qui doit arbitrer, dans sa commune, dans son département, dans sa région, dans son canton. Vous, mieux que les autres, connaissez les enjeux pour notre pays, et vous, mieux que d’autres, vous pouvez comprendre la vérité, la vérité, c’est que nous sommes passés au bord du gouffre, cette vérité, elle est absolument incontournable.

Au bord du gouffre d’une faillite bancaire, mondiale, généralisée, qui aurait ruiné nos compatriotes, les images que l’on croyait démodées à jamais de clients de banques faisant la queue devant l’établissement bancaire pour récupérer ce qui restait de leur épargne, ces images sont redevenus d’actualité tous ces mois derniers. Au bord du gouffre d’une récession mondiale, de plusieurs années, si l’ensemble des pays n’avait pas réagi de façon coordonnée. Souvent, le monde avait connu des crises économiques, elles avaient une caractéristique, c’est qu’elles étaient régionalisées, et il y avait toujours un continent pour compenser l’autre, en tout cas, depuis la crise de 29.

C’est la première fois que la crise économique a frappé tous les continents du monde et tous les secteurs, sans aucune prudence et sans aucune exception. Au bord du gouffre d’une implosion de l’euro, qui aurait fait exploser la construction européenne et plongé les pays européens dans une crise plus grave encore. Jamais depuis la création de l’euro personne n’avait imaginé comme possible, comme même crédible l’explosion de notre monnaie. Nous sommes passés à quelques centimètres de cette explosion.

Toutes ces réalités, nous ne pouvons pas faire comme si elles ne s’étaient pas passées, toutes ces années de crise, ces quatre années de crise internationale, d’une force inouïe, nous ne pouvons pas faire comme si nous n’avions aucun enseignement à en tirer, comme si elles n’obligeaient pas la France à réfléchir sur ce qui s’est passé, et comme si elles étaient le résultat d’une politique et d’un gouvernement, qu’il suffirait de changer de politique et de gouvernement pour oublier ces quatre années de crise phénoménales dans leur ampleur et dans leur universalité, dans la crise, je devrais dire dans les crises, la France a tenu, elle a tenu car tous les Français ont fait des efforts, et vos collectivités également. Elle a tenu car notre socle de protection sociale a été préservé.

Elle a tenu pour une raison, c’est qu’au plus fort de la crise, nous avons assumé des décisions difficiles, qui ont protégé la France, que certains de nos voisins, de l’autre côté de la frontière, n’ont pas prises parce que leur gouvernements respectifs n’ont pas voulu les prendre et ils paient aujourd’hui l’addition du manque de courage de ceux qui les ont dirigés dans la période de crise. Voilà la situation, voilà la vérité.

Quand au moment de la réforme des retraites, nous accumulions les manifestations nationales, d’autres nous regardaient, aujourd’hui, c’est nous qui les regardons devoir baisser les pensions de retraite et les salaires dans la Fonction publique, et c’est nous qui avons préservé le pouvoir d’achat de notre pays. Il y a toujours un rendez-vous, le hasard sur le long terme, ça ne marche pas, il y a toujours un moment où il faut régler les factures, et assumer les décisions qu’on a prises ou que l’on n’a pas prises.

La France a tenu, mais ce n’est pas parce que nous avons tenu que nous devons ignorer les faiblesses que ces crises ont révélées, faiblesses de nos finances publiques, faiblesses de notre économie, pas assez compétitive, et par-dessus tout, faiblesses de notre rapport au travail, parce qu’il faut dire la vérité : on ne travaille pas assez, parce que nous n’en finissons pas d’en payer les conséquences : d’une retraite à 60 ans, décidée à l’inverse de ce que faisaient tous les autres, alors que nous n’avions absolument pas les moyens de la financer, des 35h, de l’assistanat et de toutes ces mesures qui ont adressé un message désastreux à notre pays : le travail est dépass??, le travail ne sert à rien, on peut s’en sortir sans le travail ; voilà la facture du début des années 80. Cette facture, c’est les Français qui la paient. C’est donc avec un sens aigu de nos responsabilités qu’il nous faut affronter les prochaines échéances électorales.

La France ne peut rester elle-même que si elle accepte de regarder la réalité du monde telle qu’elle est. Vous-mêmes, les élus, vous avez dû faire des efforts, et avec François FILLON, avec le gouvernement, nous avons dû prendre des décisions difficiles pour vous, je le sais, mais avec le recul, je vous demande d’y réfléchir, la réforme de la carte judiciaire, la réforme de la carte militaire, la réforme de la carte hospitalière, la carte des services publics, je veux y revenir, pouvait-on maintenir la carte judiciaire sans modifications depuis 1958 ?

Est-ce qu’on pense vraiment que la justice de notre pays était incontournable si chacun gardait son tribunal d’instance et si, dans chaque département, il y avait deux ou trois tribunaux de grande instance ? Est-ce qu’on croit vraiment que pour nos concitoyens, la justice de proximité, c’est un quart d’heure pour aller au tribunal ? Non, la justice de proximité, c’est une justice dont on comprend les décisions, une justice qui arrive dans les temps, et qui est rendue au nom du peuple français et pas au nom de telle ou telle organisation syndicale. Ça n’a rien à voir avec la carte judiciaire. La carte militaire, ce fut un fameux débat, Hervé MORIN s’en souvient, la carte militaire, pouvions-nous continuer à concentrer nos unités sur la frontière Est, plus de vingt ans après la chute du mur de Berlin et plus de quinze ans après la fin du service national ? Qui peut croire que c’était un service rendu à notre pays ! La carte hospitalière, cher Xavier BERTRAND, à l’époque de la télémédecine, des réseaux de soins, du travail en réseau, pouvait-on garder la carte hospitalière comme si rien n’avait changé ? Je ne dis pas que partout, ces réformes ont été accueillies avec enthousiasme. Et je sais les préoccupations qu’elles ont suscitées, y compris chez nombre de mes amis. Je sais les incompréhensions qu’elles ont pu provoquer. Et j’ai entendu les élus qui, ici, ne souhaitaient pas que l’on ferme un régiment, là, voulaient préserver une maternité, bien sûr, et sans doute, à votre place, j’aurais eu la même réaction, mais il se trouve que je ne suis pas à votre place, que je suis président de la République, et je dois préserver l’intérêt général et assumer mes responsabilités et les choix qui ont été faits. J’ai pris mes responsabilités.

Pourquoi je les ai prises ces responsabilités, c’est parce que la France ne pouvait pas se permettre de vivre plus longtemps au-dessus de ses moyens, c’est une réalité incontournable.

Parce que la France ne pouvait plus se permettre – pardon du mot – une forme de gabegie d’argent public dépensé en fonds perdus oubliant que cette dette colossale, nous la laisserions à nos enfants et à personne d’autre. C’est incontournable.

Naturellement que la santé va coûter de plus en plus cher, mais on n’a pas le droit de dépenser plus d’argent pour la santé, uniquement pour maintenir une maternité qui ne fait pas assez de naissances, pour être sécure, on n’a pas le droit de le faire pour maintenir une Trésorerie, un bureau de POSTE, une brigade de gendarmerie qui recevaient une personne tous les trois jours, on n’a pas le droit, on n’a pas le droit, vis-à-vis de l’intérêt général, et on n’a pas le droit vis-à-vis même des territoires ruraux, à qui nous devons donner la chance d’un développement économique endogène, et non pas le sentiment que ce développement passait par la présence d’un bureau de POSTE, d’une sous-préfecture ou d’un tribunal d’instance, voire d’une garnison, voire d’une base aérienne où depuis dix-huit ans, il n’y avait plus un avion. Les collectivités locales, elles-mêmes, que vous représentez, et je me suis interrogé avant de proposer de vous inviter à cette réunion, j’ai pensé que la vérité et le devoir de transparence étaient toujours la meilleure stratégie, les collectivités locales, elles-mêmes – n’y voyez de ma part aucun jugement, Monsieur le Président, cher Jacques – ne peuvent pas rester en dehors de ce vaste mouvement de réformes. C’est impossible. Ceux qui vous le diront vous mentiront, et vous savez très bien au fond de vous-même, citoyens, et pas simplement élus, que ce n’est pas possible.

Il était indispensable d’accomplir la première étape de la réforme des collectivités locales, c’est complexe, parce que vous êtes le réceptacle de toutes les demandes de nos compatriotes, vous êtes en première ligne, en quelque sorte, entre le marteau, qui serait l’Etat, et l’enclume, qui serait le peuple.

Et pourtant, nombreux parmi vous, vous nous avez soutenus avec courage. Il a fallu faire des choix, le premier choix que nous avons fait, c’est de préserver l’identité de chaque commune.

J’ai refusé l’idée absurde qui aurait consisté à fusionner par la force des communes héritées de notre histoire. La réforme de la collectivité territoriale, des collectivités territoriales, que nous avons engagée, a d’abord protégé les communes qui demeurent aujourd’hui le seul niveau de compétence générale avec l’Etat, la commune est sortie plus forte de la réforme des collectivités territoriales.

La commune, c’est l’élément de base du vivre ensemble, de notre identité, de notre identité rurale notamment. Nous avons réussi à fédérer les efforts des communes parce que ce n’est pas un village isolé qui pourrait, seul, aménager une zone d’activités ou faire venir l’Internet à très haut débit, j’en parlerai.

Nous avons réussi, après quel combat, cher Philippe RICHERT, à supprimer la taxe professionnelle, mais je vous propose d’y revenir un instant, pour savoir, au moment du débat, qui disait la vérité et qui mentait, qui avait peur et qui était courageux ; nous avons conduit cette réforme à son terme, malgré l’opposition virulente de la gauche, à grand renfort – il faut bien le dire – de campagnes de communication financées par les budgets des régions, des départements et des villes qu’ils dirigent, de ce côté-là, le moins qu’on puisse dire, c’est que la période n’est pas à l’économie !

Qu’avons-nous entendu à ce moment-là, que la suppression de la taxe professionnelle allait asphyxier le budget des collectivités locales, avec le recul, avons-nous, oui ou non, garanti les engagements au centime d’euro près, sur une fiscalité de remplacement qui ne vous pénaliserait pas, ces engagements ont été tenus, les plus virulents à critiquer hier, pourquoi sont-ils si silencieux aujourd’hui ?

La vérité, c’est que nous ne pouvions pas garder la taxe professionnelle parce que nous étions le seul pays d’Europe à garder cette fiscalité, qui encourageait à la délocalisation.

Nous avons également essayé de faire émerger des métropoles capables de rivaliser avec les grandes aires urbaines européennes, la métropole de Nice, cher Christian ESTROSI, le pôle métropolitain du sillon lorrain, cher André ROSSINOT, qui ont montré l’exemple.

Il nous faut aller plus loin, régions et départements, vingt milliards d’euros de dépenses engagées de manière concurrente sur les mêmes sujets par ces deux niveaux de collectivités. Ce qui était possible hors la période des crises, ce qui était possible au 20ème siècle, ce n’est plus possible aujourd’hui, vingt milliards d’euros de dépenses communes sur les mêmes sujets.

Je crois beaucoup à la création du conseiller territorial, pourquoi, parce qu’il me semble que nous avons trouvé le bon arbitrage qui permet de sauver le canton, et nous avons voulu sauver le canton parce que sans canton, on ne sauvait pas la ruralité, qui est la circonscription géographique adaptée à la ruralité.

Mais en même temps, ce sont les mêmes désormais qui dirigeront régions et départements. Nous avons proposé 40% d’élus en moins. Y a-t-il un seul parmi vous qui puisse me dire qu’avec la crise, les efforts qui sont demandés aux Français, il y a beaucoup de Français qui nous demandaient d’avoir plus d’élus ?

Ceux qui contestent la réforme sont ceux qui considèrent que les collectivités locales sont leur chose, leur propriété, leur baronnie, je comprends qu’on ne soit pas content de la création du conseiller territorial et de la diminution de 40% du nombre d’élus territoriaux, quand la communauté d’agglomérations de Rouen compte 45 vice-présidents, quand la communauté urbaine de Lille métropole compte 32 vice-présidents, dont 10 premiers vice-présidents, sont-ils absolument indispensables ?

Est-ce la conception que nous avons des collectivités locales, est-ce l’exemple que nous voulons donner, est-ce qu’on croit vraiment qu’on travaille pour l’image des élus locaux et des collectivités territoriales en donnant ce spectacle de la gabegie au moment où on demande des efforts à nos compatriotes ? J’ai vu que les sénateurs socialistes ont voté l’abrogation du conseiller territorial, comme s’il n’y avait rien de plus urgent à faire que d’augmenter de 40% le nombre des élus régionaux et départementaux.

Regarder la vérité en face, ne pas biaiser, ne pas mentir, ne pas raconter d’histoires, la vérité, mes chers amis, c’est que le redressement de nos comptes publics appelle non seulement à un comportement irréprochable, mais des efforts partagés.

Si vous voulez, comme je le souhaite, que la France reste maîtresse de son destin, la France doit rembourser ses dettes et doit réduire son déficit. Il n’y a pas d’exercice souverain de son destin lorsqu’on paie 42 milliards d’euros d’intérêts de la dette chaque année. C’est incontournable.

Pendant trente années, le choix de travailler moins, toujours moins, déresponsabiliser toujours plus, car en même temps, on dit aux Français : travailler moins, et on leur dit : et déresponsabiliser plus ; excuser toujours tout, et surtout, dépenser toujours davantage, eh bien, la succession de crises brutales que nous avons affrontée depuis 2008 nous a définitivement interdit le choix de la facilité.

Ce que je pense est très simple, à ceux qui, dans vos communes, dans vos départements, dans vos régions, dans vos cantons, ne croiraient pas à cette analyse, il suffit de leur dire de regarder simplement au-delà de nos frontières juste à côté de nous, y a-t-il un Français qui veut connaître le sort de l’Irlande il y a deux ans ? Y a-t-il un Français qui veut connaître le sort de la Grèce, qui ne pouvait payer aucun de ses fonctionnaires, qui était au bord de la faillite il y a trois mois ? Et y a-t-il un Français qui veut connaître le sort de ce grand pays d’aujourd’hui, l’Espagne, qui se demande si elle va pouvoir affronter les prochaines échéances. Nous avons protégé la France de ce drame. Nous avons protégé la France de cette situation. Il n’y a pas besoin de faire de discours grandiloquents, d’en appeler à des grands exemples, simplement, décrire la situation, regarder la situation et dire la vérité. J’entends souvent qu’on dise, qu’on se sent inspiré par l’esprit de 1981, c’est leur droit, en 1981, il a fallu deux ans pour que tout s’arrête, tout se retourne. En 2012, il faudrait deux jours, c’est ça la vérité !

Il y a entre nous – et c’est bien ainsi – des différences, différences de sensibilité et différences de parcours, différences de culture, différences parfois d’idées, mais il y a un point qui nous rassemble, c’est : nous ne voulons pas d’une crise de confiance qui emporterait la France, nous ne voulons pas d’une France à genoux, nous ne voulons pas d’une France qui perdrait la maîtrise de son destin, nous ne voulons pas que tous ceux qui ont amené la France où elle est aujourd’hui aient à ramasser la France dans une situation que connaissent aujourd’hui une partie de nos partenaires européens. Ce n’est pas les juger que de dire cela, c’est simplement décrire les choses, et présenter aux Français une évaluation lucide de la situation. François HOLLANDE doit bien la connaître cette situation, puisque le seul chef d’Etat qui l’a reçu, chef de gouvernement, à qui il a voulu rendre visite, c’est José Luis ZAPATERO, qui a conduit l’Espagne pendant sept ans. Nous avons pris des engagements, et c’est là où d’ailleurs ceux qui compareraient la campagne de 2007 et celle de 2012 se trompent complètement, dans l’engagement que j’ai pris et qui est compatible d’ailleurs avec l’engagement qu’a pris le gouvernement de François FILLON, en 2016, nos finances seront à l’équilibre. C’est un engagement incontournable. 2013, 3%, parce que, à partir de 3%, la dette dans le PIB commence à baisser. 2016, l’équilibre. Nous sommes en avance sur la marche de l’équilibre. Nous avions prévu 7,7 en 2010, nous étions à 7,1. Nous avions prévu 5,7 en 2011, nous sommes à 5,2. Et nous serons à 4,4 à la fin de cette année. Je sais bien qu’on ne fait pas campagne sur les additions, sur les soustractions ou sur les comptes, mais on ne fait pas campagne non plus en promettant la ruine à un pays que l’on prétend aimer. Quel est le chemin ? Le chemin, nous l’avons fixé, j’ai pris un autre engagement, c’est que ce chemin, nous l’atteindrons sans aucune augmentation d’impôts pour les ménages durant les cinq années qui viennent, je voudrais d’ailleurs attirer votre attention sur cette bizarrerie, la France est l’un des pays qui a les prélèvements obligatoires les plus élevés, et c’est en même temps le pays où on adore se déchirer sur la question des riches qui seraient préservés ; la France est le pays qui taxe le plus, sans doute avec la Suède, nous devrions en tirer un certain contentement du côté de la justice fiscale, mais on a l’impression que c’est une aspiration sans fin, qu’il faut absolument crier au loup, ignorer ce que font les autres de l’autre côté, et continuer, nous-mêmes, dans des débats idéologiques qui ne signifient plus rien. La seule voie, pour aboutir, pour arriver au résultat – que j’ai proposée – c’est la réduction des dépenses publiques. L’Etat a commencé, ce fut difficile, la première année du 1 sur 2 a été dure, et chaque année, on se disait : ça va être encore plus dur. Et finalement, 160.000 postes de fonctionnaires, que nous n’avons pas remplacés.

Dans le débat public, dans les réunions que vous faites, chez nos compatriotes, y en a-t-il souvent qui se lèvent pour dire : allez, supprimez la règle du 1 sur 2, dépensez plus ! La maturité du débat public auprès du public est infiniment plus grande que la maturité du débat médiatique – qui n’en a aucune – et même la maturité du débat dans nos élites. Les Français ont compris, bien avant les élus, la nécessité de cette politique. Mais là encore, il faut qu’on se dise la vérité, nous avons diminué le nombre des fonctionnaires d’Etat de 160.000, mais depuis 2007, depuis 2007, cher Jacques, jusqu’à aujourd’hui, les effectifs des collectivités ont augmenté de 100.000 agents, 2007, je ne dis pas que c’est facile. Je dis que c’est le même pays et le même contribuable. Que le contribuable local, je ne sais pas qui c’est, et que le contribuable national, je sais qui c’est, c’est le même, que celui qu’on sollicite pour la commune, pour le département, pour la région ou pour l’Etat, c’est le même, les poches de l’Etat sont celles du contribuable, et ce ne sont pas des poches sans fond. Les effectifs des fonctionnaires travaillant dans les services du département, plus 57%, 98-2009, les effectifs dans les régions, sur la même période, plus 173%. Et les effectifs dans les intercommunalités, plus 177%, or, nous avions tous présenté les intercommunalités comme une façon de faire des économies pour nos compatriotes. Dire cela, ce n’est pas mettre en cause les élus, j’ai été moi-même pendant tant d’années élu, c’est simplement attirer votre attention sur le fait que c’est le même contribuable et que c’est le même pays. Et que lorsqu’on parle des déficits et de l’endettement de la France, il faut parler Sécurité sociale, il faut parler Etat et il faut parler collectivités territoriales. Voilà les propositions que je voudrais que nous fassions… que je voudrais vous faire autour d’un pacte de stabilité fait d’engagements réciproques. J’ai trop de respect pour les collectivités territoriales et les élus territoriaux pour ne pas imaginer une seconde qu’ils ne sont pas concernés par la question des déficits, pas une seconde. Les élus sont responsables, ils savent ce qu’il en est. Un pacte de stabilité, les grandes collectivités locales, c’est incontournable, devront appliquer, comme l’Etat, la règle du non remplacement de fonctionnaires, d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Je sais que la pyramide des âges n’est pas la même, je sais qu’il y a des difficultés, je le sais, mais je vous dis une chose, c’est le même électeur, c’est le même contribuable, c’est le même pays, nous avons la même ambition.

La question de la dépense publique est incontournable. Et dans nos budgets, la question des dépenses du personnel représente entre la moitié et les deux tiers de notre budget. L’effort financier de l’Etat pourrait consister à un mécanisme de bonus/malus, permettant une modulation intelligente des dotations versées aux collectivités, pour récompenser quoi, récompenser un comportement vertueux. Je sais que c’est complexe, mais je pense qu’il faut qu’on change nos paradigmes. Comment peut-on y arriver ? Je propose des contrats individuels négociés entre le gouvernement et les plus grandes collectivités, celles au-dessus de 30.000 habitants, qui concentrent plus des deux tiers de la dépense locale. Contrats individuels, bien sûr, cher Jean-Louis BORLOO, le tissu social n’est pas le même, et il ne suffit pas de s’en tenir au critère de la richesse ou au critère du nombre d’habitants. D’autres paramètres doivent rentrer en compte. Mais on ne pourra pas faire l’économie de ce pacte de stabilité individualisé collectivité par collectivité, région, département ou grande commune. Je crois qu’il nous faut également progresser vers plus de transparence. Je suis clairement pour une feuille d’impôt par collectivité, pour que chaque Français sache précisément ce qu’il paie pour la région, pour le département, pour sa commune, la transparence ! Mais en échange, je voudrais vous proposer, dans ce pacte individualisé de stabilité, d’autres idées, parce que j’entends déjà, et je le comprends très bien, nous, les collectivités, on va prendre des engagements, mais vous, l’Etat, quels engagements prendrez-vous, je pense que le premier engagement que nous devons prendre, c’est celui qui consistera pour un ministre à s’interdire toute nouvelle norme qui entraînerait de nouvelles charges financières pour les collectivités territoriales. Je ne crois pas à la modération sur ce sujet, excusez-moi, je ne crois pas à la modération, je crois à la désintoxication par la privation absolue. Je veux dire, non, moi, je ne suis un addicte que des choses bonnes, je n’ai pas de problème, mais je veux dire qu’il n’y a pas de désintoxication qui puisse s’engager sans privation absolue, que si on dit un niveau raisonnable de normes, ça sera un niveau très déraisonnable de normes. Je propose même une chose, après avoir dit : pas de normes qui engagent financièrement, lorsqu’un ministre voudra créer une nouvelle norme, il devra proposer la suppression de deux normes anciennes. Comprenez-moi bien, je ne pense pas qu’il soit raisonnable de dire : on immobilise tout, on arrête tout, il peut y avoir de nouveaux problèmes, de nouveaux choix, de nouvelles décisions, mais je propose une nouvelle norme, proposition de normes anciennes supprimées, j’ajoute que sur chaque norme, chaque ministre devra se poser la question de son adaptation au monde rural et proposer, chaque fois que c’est nécessaire, une norme pour l’urbain, une norme pour la ruralité, ce n’est pas possible de considérer que les mêmes règles s’appliquent de la même façon pour la crèche en ruralité et pour la crèche au coeur de Paris, ce n’est pas possible, ce n’est pas raisonnable. Je crois depuis bien longtemps que c’est l’uniformité qui crée la division, et que c’est la souplesse qui renforce l’unité d’un pays. Donc j’ajoute que – et ça sera une priorité – notre législation doit être considérablement simplifiée. C’est un sujet qui concerne au premier rang les parlementaires et le gouvernement, mais le droit de l’urbanisme, le droit de la construction, le contentieux invraisemblable qui accompagne non pas la mise en oeuvre du droit à la construction, mais le contentieux sur l’idée qu’on pourrait construire, parce qu’avant même qu’on aie décidé de construire, on se retrouve devant le tribunal administratif et le Conseil d’Etat, avant même, c’est l’idée même qui est contestée, ce n’est même pas la réalisation, ce sont des freins, des freins considérables à la construction de nouveaux logements.

Je voudrais vous rendre attentifs à une bizarrerie française et une incohérence française. Le budget public pour le logement, c’est quarante milliards d’euros. Et en même temps le droit de l’urbanisme, le droit de la construction, le contentieux rendent parfaitement inutiles ces quarante milliards d’euros qui ne servent en vérité pour la plupart qu’à augmenter la spéculation puisque ça a fait rentrer de l’argent dans un système qui ne peut pas construire du fait de sa complexité. Donc par la complexité, on empêche la construction ; par le soutien public on amène de l’argent ; ça se traduit par une augmentation des prix et non pas par une augmentation de l’offre. Déséquilibre entre la demande et l’offre : spéculation immobilière. La France est le seul pays au monde où quand il y a crise, les prix de l’immobilier augmentent. Voilà le problème du logement dans notre pays.

Je regardais encore les chiffres. Sur les dix dernières années, les prix de l’immobilier ont doublé. Comment voulez-vous que les Français y comprennent quelque chose. Quel est le décalage entre les chiffres du pouvoir d’achat qui augmentent et la réalité perçue par les Français qui est différente ? C’est le logement, car le logement pèse tant, qu’on soit propriétaire (il faut rembourser) ou qu’on soit locataire (il faut payer le loyer) que cela pénalise le sentiment qu’on a de son propre pouvoir d’achat. Les prêts à taux 0, c’est une très bonne idée. Simplement, on est sans arrêt en train de courir pour solvabiliser une demande avec des prix qui courent encore plus vite, donc on n’en fait jamais assez. Les efforts sur la TVA pour le bâtiment, c’est très bien. Ça a donné du travail, mais n’a-t-on jamais vu le prix de l’immobilier baisser parce que tout d’un coup la TVA baissait spectaculairement sur la construction de logements nouveaux ? Qui a empoché la plus-value ? Qui ? Chacun le sait. La situation ne peut donc pas durer et l’une de nos priorités absolues sera l’allègement, la simplification du droit de l’urbanisme, du droit de la construction et du droit de l’immobilier. Nul n’est censé ignorer la loi. Qui oserait le dire aujourd'hui ?

Enfin mes chers amis, je voudrais dire un mot de nos territoires et de réfléchir à ce que nous pouvons faire pour eux. Ce sont des sujets extraordinairement compliqués, parce que je suis convaincu qu’il faut réinventer une politique de l’aménagement du territoire pour une raison très simple. C’est que pendant des décennies, la politique de l’aménagement du territoire a consisté à accompagner des territoires vers une mort la moins rapide possible.

C’était ça pour beaucoup, l’aménagement du territoire. Des territoires qui se vidaient ; or nous constatons depuis quinze ans un phénomène parfaitement inverse : des territoires qui se repeuplent, des populations qui augmentent avec une difficulté particulière. C’est qu’un certain nombre de vos territoires se repeuplent de personnes qui viennent à la retraite, consommateurs de service public les pauvres, bien sûr, et donc déséquilibre des finances. Je pense que cette politique du développement passe par une réflexion sur la péréquation. *applaudissements+ Non, ce n’est pas la peine.

Vous vous dénonceriez comme non-Francilien ! non-Francilien. Il faut progresser dans cette loi. Il faut progresser dans cette loi, mais la péréquation ce n’est pas toujours ce qu’on dit. Département riche, département pauvre : oui, bien sûr. Mais c’est aussi la commune centre qui offre des services pour tout le monde, à l’extérieur. Donc là aussi, il faut une réflexion beaucoup plus intelligente, beaucoup plus ouverte sur ce que doit être la péréquation. Sur ce qu’elle doit être, comment elle doit être fixée mais je pense profondément que c’est quelque chose qu’on doit faire de façon transparente et c’est un débat national qu’on ne peut plus avoir simplement, cher Gilles CARREZ, au moment d’une loi de finance, dans le secret ou dans la complexité des débats en Commission de finances. C’est un débat qui doit avoir lieu devant la communauté nationale et qui doit dire comment nous accompagnons des territoires qui ont moins d’atouts que d’autres et pour combien de temps. Et pour combien de temps. Voilà.

Car je crois aussi que les règles de la péréquation, aussi nécessaires qu’elles soient, n’ont pas vocation à être définitives. Qu’il lui faut de la souplesse ; qu’il lui faut tenir compte de la réalité, de l’évolution d’un marché ou d’une situation. Je pense également que l’idée qu’on peut maintenir des territoires ruraux sous perfusion est une idée fausse.

Les territoires ruraux ont le droit au développement. C’est un droit. C’est la seule façon : les laisser des terres de production. Nous avons mobilisé un demi-milliard d’euros pour soutenir les six cent cinquante-deux pôles d’excellence rurale à travers la France. L’excellence, ce n’est pas que l’affaire de nos métropoles : c’est aussi l’affaire des territoires ruraux. Le dispositif d’exonérations fiscales prévues pour la création d’entreprise a été étendu à la reprise et à la transmission d’entreprise artisanale, et nous avons maintenu l’exonération des charges sociales pour les organismes d’intérêt général.

Ces deux mesures, c’est encore un demi-milliard d’euros pour la ruralité. Et je veux dire une chose : les finances de l’État peuvent être mises à contribution pour aider au développement des territoires ruraux, pas pour faire survivre une trésorerie où plus personne ne vient, ou un bureau de poste où plus personne ne vient à l’heure d’Internet, de l’échange des mails et de la communication électronique. Voilà la vérité.

Aucun tribunal d’instance ne sauvera un territoire rural et je préfère de beaucoup qu’on mette l’argent en investissement dans un pôle d’excellence plutôt que dans le maintien artificiellement d’un bureau de poste, d’une trésorerie, d’une sous-préfecture ou d’un tribunal. Je n’ai rien contre ; je comprends qu’il y ait un problème de statut, mais permettez-moi de vous dire que pour Metz, Beaubourg ça compte davantage que le maintien artificiel d’une base pour veiller à notre frontière avec une Union soviétique qui n’existe plus.

Je veux évoquer la question du numérique et du très haut débit. C’est une question absolument essentielle et elle est, me semble-t-il, aussi essentielle qu’à l’époque de l’installation du téléphone. Pourquoi ? Parce que la présence du numérique à très haut débit, c’est un critère décisif pour l’installation d’une PME, comme pour l’installation d’une famille.

Quels que soient les efforts que feront les élus des territoires pour attirer des PME, des entreprises, de l’activité, s’il n’y a pas le haut débit comment ferez-vous ? Sur le grand emprunt, deux milliards d’euros sont consacrés à l’équipement numérique du territoire et sur cette somme, neuf cents millions d’euros sont affectés au projet de raccordement des collectivités situées dans des zones délaissées par les opérateurs. Les premiers projets viennent d’être financés.

Mais enfin, disons-nous les choses. La couverture en très haut débit du territoire, c’est une affaire d’une vingtaine de milliards d’euros, tout le monde le sait bien. Cessons l’hypocrisie, disons les choses comme elles sont. Qui va financer ? Comment va-t-on financer ? Voilà le problème : si un territoire n’a pas le haut débit, son développement économique endogène sera rendu extraordinairement difficile, voire impossible. Nous voulons accélérer la couverture en très haut débit du territoire. Eh bien il faudra créer une solidarité financière entre les territoires urbains facilement pourvus, et les territoires ruraux pas assez rentables pour les opérateurs.

C’est ce qui a été fait pour le téléphone à l’époque ; c’est ce qui devra être fait si on veut bien considérer que la République doit donner sa chance à chacun. Sans cette mutualisation, il n’y aura pas d’installation du numérique sur l’ensemble du territoire national. Et ceux qui la promettront sans s’engager sur cette mutualisation mentiront aux Français. Cette somme n’apparaîtra pas comme par miracle.

Elle sera l’objet comme pour la couverture téléphonique, où tant que la France n’a pas été complètement installée en téléphone : eh bien dans les zones où il y avait le téléphone, on avait une taxe qui a permis d’équiper au fur et à mesure et plus rapidement un certain nombre de territoires qui, sinon, auraient été totalement exclus. Je dis clairement que je pense qu’on ne peut pas attendre 2025 pour l’installation du numérique sur l’ensemble du territoire national et qu’il faudra avoir ce grand débat pour savoir comment on va financer cette installation généralisée sur l’ensemble du territoire qui créera beaucoup de richesse.

La voie que je propose, c’est celle de la mutualisation entre les territoires urbains et les territoires ruraux.

J’ajoute qu’à ceux qui me diront que je pénalise les territoires urbains : non. Vous savez, les territoires urbains : une île de prospérité dans un océan de pauvreté, ça ne dure jamais très longtemps.

Un pays qui se développe avec des déséquilibres, c’est un pays qui cassera son développement.

Je voudrais dire un autre mot d’un sujet absolument considérable pour vous qui est la question médicale et de la désertification médicale. Il n’est pas normal qu’un enfant qui vient en zone rurale doive attendre six mois avant d’obtenir une consultation chez un ophtalmologiste.

Pour un enfant qui a des problèmes de vue, ça peut être une année scolaire perdue. Et en même temps, je veux dire aux partisans du blocage des loyers, du blocage des prix, de l’interdiction que je ne leur conseille pas d’aller voir un médecin qu’on aurait obligé à exercer dans une ville où dans un territoire qu’il n’apprécie pas. Vous voyez le spectacle.

On va voir un médecin qui vous soigne très bien. Le seul problème : il déteste votre ville, il déteste votre territoire et on a dû lui mettre l’épée dans les reins pour qu’il puisse y exercer. Vous pensez que ça peut fonctionner ? Moi je ne pense pas que ça peut fonctionner. Il n’y a que l’incitation qui est efficace ; et je remercie Xavier BERTRAND, pour ce que nous avons fait pour les majorations d’honoraires de 10 % pour les médecins qui s’installent dans un secteur géographique sous doté. Je voudrais que vous fassiez là aussi la publicité de cela.

Nous avons vaincu un tabou considérable. Le paiement à l’acte : désormais, quand un médecin s’installe dans une zone reconnue comme un désert médical, pour la même prestation, pour le même acte il sera rémunéré 10 % de plus. C’est la vraie solidarité à l’endroit des territoires ruraux. Je pense la même chose avec les bourses que nous allons doubler.

Ces étudiants en médecine dont l’État paye les études et qui leur dit simplement et qui leur dit simplement : « Vous rembourserez vos études en exerçant pendant dix ans dans un territoire sous doté. » Regardez, mes chers amis, les catastrophes auxquelles a conduit le numerus clausus fixé par Lionel JOSPIN. Nous avons mis dix ans à rattraper. Le problème des déserts médicaux vient de la décision numerus clausus de Lionel JOSPIN qui a fait qu’au lieu de former sept mille médecins par an comme nous le faisons aujourd'hui, ils en ont formé quatre mille et encore une fois, les socialistes promettent et c’est nous qui réglons les additions.

Enfin, je crois bien sûr aux maisons pluridisciplinaires.

Quel changement quand j’ai commencé dans la vie politique : les médecins que nous rencontrions n’avaient qu’un rêve : exercer dans leur cabinet, en général seuls et libres, une profession parfaitement libérale. Aujourd'hui ces médecins que j’ai rencontrés par dizaines, par centaines, n’ont qu’une seule idée : exercer en commun dans des maisons pluridisciplinaires avec, ô sacrilège !

Qui n’en est plus un, d’autres professionnels de la santé. Des kinés, des infirmiers, des dentistes, des sages-femmes, bref ! Tout ce qu’on peut trouver de panel de métiers de la santé pour faire des maisons pluridisciplinaires.

Savez-vous qu’il y en a sept cents d’ici à la fin de l’année ? Je souhaite porter leur nombre à mille cinq cents à la fin du prochain quinquennat. Et vous voyez, sur ce sujet qui n’avait pas évolué depuis des années, le sujet de la médecine que l’on touchait, cher Bernard ACCOYER, avec une main tremblante ; imaginez quelqu'un qui viendrait participer à cette réunion sans transition avec une réunion il y a trente ans, ne reconnaîtrait absolument plus le débat sur l’organisation du système de soins.

Je veux terminer par l’école parce que je sais combien de maires de petites communes sont à raison attachés à leur école. Je sais que quand une classe ferme, c’est un drame. Je sais tout ça mais je veux vous dire également que les enseignants représentent la moitié de la fonction publique d’État.

Et dire qu’on ne touchera pas à l’éducation nationale : on ne touchera à rien. J’entends que certains proposent, avant même d’avoir négocié quoi que ce soit, simplement comme on dit pour voir, la création de soixante et un mille postes d’enseignants. Il faut que vous connaissiez les chiffres : il y a douze millions d’enfants scolarisés ; il y a un million d’enseignants. Le taux d’encadrement, c’est un pour douze, le taux d’encadrement national, je veux par classe, d’encadrement. C’est l’un des plus élevés de tous les pays de l’OCDE. Je regardais sur les trente dernières années l’évolution des effectifs et des budgets.

Chaque année, le budget de l’éducation nationale a augmenté. Chaque année les effectifs ont augmenté. Si nous devions jouer l’évaluation de notre éducation nationale à la seule question du nombre d’enseignants, nous devrions avoir et de loin la meilleure éducation nationale. Nous devrions, et de loin, avoir les enseignants les plus heureux, les familles les plus épanouies et les enfants réussissant le mieux. Est-ce la situation ?

Qui peut contester qu’il y a un problème gigantesque de mal-être chez les enseignants ? Que nous avons chaque année sur sept cent cinquante mille enfants qui arrivent, cent mille (cent mille !) qui perdent pied dans la classe ? Et que le budget de l’éducation nationale est de loin le premier budget de la nation ?

Nous devons réfléchir autrement, y compris dans les territoires ruraux. Je vous ferai d’ailleurs la proposition que ce que nous allons faire pour éradiquer l’échec scolaire, vos écoles rurales soient les premières à bénéficier du nouveau dispositif.

La vérité, c’est qu’on a fait croire aux Français que l’égalité consistait à traiter tout le monde de la même façon.

Ce n’est pas de l’égalité, c’est de l’égalitarisme. L’égalité, ça consiste à traiter chacun en fonction de ses atouts et de ses handicaps. Dire que tout enfant qui est donné à l’institution scolaire doit mériter le même nombre d’heures, la même pédagogie, le même programme sans se préoccuper de qui il est et de quelles sont ses difficultés, c’est un mensonge et c’est une erreur. Parce que la vérité, c’est que dans nos classes, il y a une majorité d’enfants qui n’ont pas besoin qu’on s’occupe d’eux indépendamment de ce qu’on fait dans la classe.

Parce qu’ils ont une famille, parce qu’ils ont un environnement social, culturel, affectif qui fait qu’ils s’en sortent très bien ici et que ça ne pose aucun problème. Qu’est-ce qu’on fait avec les cent mille qui n’y arrivent pas ?

Qui n’y arrivent pas parce qu’ils sont dyslexiques, qui n’y arrivent pas parce qu’ils ont un problème psychologique, qui n’y arrivent pas parce qu’ils ont un problème familial, qui n’y arrivent pas parce qu’ils ont un problème de santé, qui n’y arrivent pas et qui se noient. Aujourd'hui, on n’en fait rien. Pourquoi ?

Parce que le maître, quel que soit son dévouement, est payé pour faire ses heures de classe. Pour assurer la classe, le faire le mieux possible, et l’immense majorité d’entre eux le font le mieux possible.

Et dans l’organisation actuelle, le maître, le professeur, quand il voit les parents pour discuter, il n’est pas rémunéré : c’est en dehors de ses heures d’obligation de service. D’ailleurs, s’il venait à l’idée au professeur, bizarre, de parler à son élève en difficulté, il le ferait où ?

Aucun professeur n’a un bureau dans nos établissements. Il n’y a pas un lieu où on puisse s’isoler pour parler, pour rencontrer, pour comprendre, pour échanger. Nous allons changer complètement cette logique car nous avons observé que les mêmes, vos enfants, qui perdent pied au CP ce sont les mêmes que l’on retrouve en échec scolaire gravissime au lycée ou en échec tout court dans la rue, lorsqu’ils ont vingt ans ou vingt-deux ans.

Les mêmes ! Certains s’en sortent mais en général, non seulement les difficultés ne diminuent pas mais elles s’aggravent au fur et à mesure qu’on a fait semblant de les traiter en les ignorant et qu’on les laisse grandir sans traiter le problème qui est le leur. Et ça coûte à la société infiniment plus cher que si on s’en occupe.

Eh bien je vais proposer une mesure extrêmement structurante, qui va concerner l’ensemble de vos écoles et qui consistera à donner le pouvoir aux directeurs d’écoles et aux maires, d’identifier ces enfants qui ont des difficultés au croisement de la maternelle et de la primaire.

D’avoir un crédit de deux mille euros par an et par enfant, de pouvoir utiliser ce crédit comme ils l’entendent pour analyser les problèmes de cet enfant et mettre au chevet de cet enfant les spécialistes (médecins, psychologues, qui vous voulez) qui permettra d’aider ces enfants à reprendre pied et à avoir une scolarité primaire normale. Aucun enfant ne sortira de primaire sans savoir lire, écrire, compter.

Aucun de nos enfants ne sera sacrifié par la République parce que c’est nos enfants. Comprenez- moi bien, cette idée qui était la tienne, Jean-Louis, je la crois beaucoup plus importante pour la République que celle qui consisterait à promettre à tous les élus locaux de garder les classes même si les enfants s’en vont.

Que celle de promettre de ne fermer aucune école, même si les enfants s’en vont. Il y a une spécificité de la ruralité, je le sais : nous la préserverons et nous mettrons à l’extérieur de la règle du un sur deux le primaire. Je dis une chose : ce n’est plus une affaire de quantité, c’est une affaire de qualité.

Ce n’est plus une affaire de prêt-à-porter, c’est une affaire de soins particuliers parce que chaque enfant a sa propre histoire et chacun mérite d’être pris en charge par la République.

C’est un enjeu considérable dont on peut d’ailleurs me dire : « Pourquoi ne l’avez-vous pas fait lors du premier quinquennat ? » Je répondrais très volontiers : « J’ai considéré, avec le Premier ministre, que la priorité du premier quinquennat devait être la réforme de l’université. » Rappelez-vous l’état dans lequel nous l’avons trouvée, avec nos universités qui dégringolaient année après année dans les classements internationaux. Et la réforme de la recherche parce que c’était l’enjeu de la compétitivité pour la France et de l’investissement pour la France.

Et j’ai considéré qu’il n’était pas raisonnable de prendre le risque d’additionner le monde de la recherche, le monde de l’université et le monde de l’éducation nationale pour des réformes de cette importance, pour des réformes aussi structurelles. L’université fut la priorité de mon premier quinquennat ; l’éducation nationale sera la priorité de mon second quinquennat.

Voilà mes chers amis. J’ai encore trois choses à vous dire. La première, c’est que j’ai écrit une lettre au peuple français. J’y ai mis toute mon expérience des cinq dernières années.

Je n’ai pas fait cette lettre comme un tract, je n’ai pas fait cette lettre comme une compilation de discours. Je n’ai pas fait cette lettre comme un livre qu’on doit mettre en vitrine et dont le seul message est la photo qu’on met en couverture.

J’ai d’ailleurs voulu cette lettre sans photo. J’ai écrit cette lettre parce que je crois que l’écrit engage, parce que je pense que c’était une preuve de respect à l’endroit de chaque Français, qu’il ait voté pour moi ou qu’il ne l’ait pas fait, qu’il s’apprête à le faire ou qu’il s’apprête à ne pas le faire. Écrire à chacun.

Et au fond, l’idée c’est de lui dire : « Peu importe pour qui vous avez voté dans le passé, peu importe les habitudes politiques qui étaient les vôtres, celles de votre famille ou celles de votre environnement, voulez-vous s’il vous plaît prendre le temps de lire cette lettre et de regarder l’avenir de notre pays, et de décider en fonction de ce que vous pensez être l’avenir de ce pays. En toute liberté, comme je fais campagne en toute liberté. » Je vous demande de m’aider à faire en sorte que cette lettre soit lue par le maximum de nos compatriotes. La situation de notre pays l’exige.

Je voudrais vous dire une deuxième chose. Nous menons depuis deux mois une campagne vraiment passionnante et avec un certain dynamisme. Cette campagne rencontre de plus en plus de Français et de plus en plus d’adhésion.

Je vous demande de considérer que, pour nous, il n’y a pas d’autre choix que de nous adresser directement au peuple de France et j’ai voulu donner rendez-vous au peuple de France, à cette majorité silencieuse, dimanche prochain à la Concorde. J’ai voulu que chacun de ceux qui croient en nous ne se sente pas seul dans le déferlement d’images, de propos, d’attaques, de critiques. J’ai voulu qu’il y ait un grand rassemblement populaire de façon à ce que cette majorité silencieuse puisse adresser un message tranquille : « C’est nous. Nous sommes là et nous disons : ‘Ça suffit. On veut nos idées, nos valeurs et nous prendrons nos décisions en peuple libre.’ » Voilà pourquoi j’ai besoin de vous dimanche à la Concorde.

Et enfin, je veux dire une chose plus personnelle encore. Vous tous qui êtes ici, vous savez ce que c’est qu’une campagne électorale, tous. Une campagne électorale, c’est toujours une épreuve. Une épreuve de vérité pour celui qui est candidat ou candidate, pour ses idées et pour sa personne. C’est une épreuve mais c’est en même temps un moment de très grande joie parce que c’est un moment de liberté. Je suis dans cette campagne électorale de tout mon être, de toutes mes forces, sans aucune crainte. Et je dis à tous ceux qui veulent m’aider : « Ayez le même état d’esprit. » Cette campagne électorale n’est pas faite pour les gens à la colonne vertébrale un peu fragile.

Cette campagne électorale n’est pas faite pour ceux qui doutent.

Cette campagne électorale n’est pas faite pour ceux qui pensent que la victoire est facile.

Cette campagne électorale, elle est faite pour ceux qui aiment la France, qui croient profondément dans leurs idées, qui ont confiance dans le bon sens et la lucidité du peuple français, et qui ont envie d’écrire les pages les plus extraordinaires de la vie politique contemporaine.

C’est cela, la campagne électorale que nous avons décidé de faire ensemble.

Elle est faite pour des femmes et des hommes qui aiment la France, qui y croient, qui ne sont pas fatigués, qui ont l’enthousiasme et qui ont envie de convaincre.

Voilà pourquoi à dimanche !

J’ai besoin de vous ! Merci !


Source http://www.lafranceforte.fr, le 13 avril 2012

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