Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur les efforts gouvernementaux en faveur de la Corse, à Ajaccio le 13 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur les efforts gouvernementaux en faveur de la Corse, à Ajaccio le 13 avril 2012.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Meeting à l'occasion de la campagne présidentielle, à Ajaccio (Corse-du-Sud) le 13 avril 2012

ti : Mes chers amis, Je suis très heureux…

Le public
On va gagner ! On va gagner !

Nicolas SARKOZY
Merci beaucoup… Merci. Merci, merci !

Mes chers amis, c’est un immense bonheur de vous retrouver. Je suis venu en Corse tant de fois, tant de fois comme ministre, comme candidat à la présidence de la République, comme chef de l’État, aujourd’hui à nouveau comme candidat. Et puis je suis venu en Corse aussi parce que je n’oublie pas que deux de mes fils ont du sang corse ! D’accord, c’est Sagone, c’est Vico ! Mais bon… C’est loin d’Ajaccio mais quand même !

Je suis venu en Corse, à chaque fois, avec beaucoup d’enthousiasme et beaucoup d’espoir. J’ai veillé… J’ai voulu tisser avec l’île, ses habitants, un lien, un lien de fidélité et si vous le permettez, un lien d’affection. J’aime la Corse, j’aime les Corses et c’est au nom de cette affection que ce soir je suis venu vous parler, vous parler de la Corse, vous parler des Corses, vous parler de la France, vous parler de la République. Je vais vous parler sans détour, je vais vous parler sans intermédiaire.

A quelques jours d’un rendez-vous historique pour notre pays - historique – je veux évoquer avec vous l’avenir de la Corse au sein de notre République ; je veux vous parler des défis qu’a à relever la Corse parce que la Corse s’inscrit dans un monde totalement nouveau, parce que la Corse que j’aime, veut préserver son identité et son art de vivre, et parce que la Corse souhaite par-dessus tout que ses enfants s’ils le décident, puissent vivre, travailleur, grandir sur l’île qu’est la leur.

Je connais l’histoire de la Corse et je sais parfaitement que dans l’histoire de la Corse, le départ, le voyage est une des réalités et je veux que chaque jeune qui parte, le fasse pour une bonne raison, pas pour une mauvaise raison ; qu’il parte parce qu’il a envie de partir, pas qu’il parte de l’île parce que sur l’île on ne pourrait pas vivre, on ne pourrait pas travailler, on ne pourrait pas étudier ! Cette raison-là, je n’en veux pas !

J’ai mis du temps à comprendre la réalité corse, à m’imprégner de cette réalité corse ; j’ai compris depuis bien longtemps que les Corses voulaient la solidarité mais étaient humiliés par l’assistanat, les Corses étaient prêts à assumer leurs responsabilités mais qu’ils voulaient qu’on leur fasse confiance.

Le Corse est ainsi, il est prêt à tout donner pour peu qu’il sente que de l’autre côté, on le respecte. Il est prêt à assumer ses responsabilités, peut-être mieux qu’aucun autre citoyen de la République et pour peu qu’on lui fasse confiance. En Corse, cela marche ainsi. Il est prêt à parier sur le développement pour peu qu’il considère que l’île est traitée avec justice et avec équité car ici en Corse, moins qu’ailleurs en France (sic), on ne supporte pas l’injustice et c’est pour cela que j’ai choisi de traiter les sujets les plus difficiles, qui attendaient depuis si longtemps : l’université – je sais très bien que quand j’ai commencé, cher Tony, à m’en occuper de cette université de Corte, ce n’était pas un sujet de consensus, c’était parfois un sujet de moquerie pour le continent et c’était parfois un sujet de division sur l’île – j’ai voulu donner à l’université les moyens d’avancer.

Je me suis saisi du dossier des agriculteurs parce que je sais parfaitement ce que pèse l’agriculture, pas simplement dans votre économie mais dans votre identité ; quel est le rapport à la terre et à la tradition orale ici.

J’ai voulu investir massivement en faveur du développement économique car combattre la violence ici sans investir dans le développement économique, c’est ne pas comprendre que la Corse veut les deux choses, le pilier républicain, la paix et en même temps le développement.

J’ai dit à nos compatriotes du continent que quand on décidait de rapprocher les détenus en Corse, c’est parce que dans un Etat républicain, on punissait celui qui a fait une faute, pas la famille de celui qui a fauté. J’ai été attaqué pour ça, j’ai été critiqué pour cela - je veux dire sur le continent, pas ici - parce que punir celui qui a fait un assassinat, qui a volé, qui n’a pas respecté les règles de la République, oui, mais imposer à sa femme, à ses enfants de prendre le billet, de traverser, d’aller sur le continent, je ne l’ai pas voulu.

Tout ceci paraît presque simple aujourd’hui – presque simple - mais ceux qui m’ont aidé dans ces démarches – n’est-ce-pas Camille, n’est-ce pas Sauveur, n’est-ce pas Ange ?! – savent combien c’était long, c’était difficile et combien il m’a fallu affronter des préjugés parfois séculaires qui auraient pu nous faire échouer. Je veux que vous compreniez une chose : tout ce que j’ai fait, je l’assume, je ne l’ai pas fait par faiblesse. Je l’ai fait parce que j’aime la Corse et parce que j’ai confiance dans la Corse. Parce que c’était une preuve de confiance !

Ces efforts, nous les avons effectués alors même que notre pays a dû faire face à des crises d’une violence inouïe depuis quatre ans. Nous sommes passés tout près du gouffre. La France a été mise à l’épreuve ; à l’intérieur de la France, la Corse a été mise à l’épreuve.

Nous avons résisté, vous avez tenu. La Corse aujourd’hui produit davantage qu’il y a cinq ans et la Corse crée des emplois. Mais il est vrai que la Corse se cherche encore et que c’est sans doute le destin de la Corse à travers cette histoire mêlée qu’est la vôtre, dans un monde qui change sans cesse. La Corse se demande comment rester elle-même et en même temps la Corse veut jeter toutes ses forces dans la bataille du monde nouveau.

Il y a une voie possible. J’ai la conviction que pour la Corse, c’est l’excellence.

La Corse a les moyens de l’excellence ; la Corse ne supporte pas la médiocrité parce que la Corse se mesure à son histoire.

Personne ne doit décider à la place de la Corse, certainement pas les prédateurs économiques – ici, on n’est pas dans un paradis qui se vend, ici rien n’est à vendre, ici, on est dans un territoire de culture – ici, on ne s’abandonne pas à des marchands d’illusions, à ceux qui voudraient parler à votre place et qui sont si peu convaincus de la force de leurs idées qu’ils voudraient l’imposer par les armes, par les attentats, par les cagoules. Quand on met une cagoule, on est un lâche ! Sinon, on ne met pas de cagoule.

La Corse doit s’appuyer sur un État qui sera son partenaire, respectant ce qu’elle est. Et je voudrais que vous me compreniez, moi je suis tellement heureux d’être parmi vous. Bien sûr, certains de mes amis m’ont dit « mais tu vas parler de politique » ? Oui, je vais parler de la Corse. Je ne viens pas ici faire le « pinzutu » ou le touriste, prendre un brin de Méditerranée et retourner chez moi. Je viens en ayant réfléchi à ce que je vais vous dire et vous proposer. Ce n’est pas un discours tout fait, j’ai réfléchi à ces questions. Et si vous me faites confiance, l’État sera votre partenaire volontaire et responsable. Il sera engagé encore plus fortement aux côtés des Corses.

Alors je vais vous dire un certain nombre de choses pour que le cap des cinq prochaines années soit fixé entre nous. D’abord – et c’est l’expression d’une grande conviction - jamais l’État ne transigera tant que je serai Président de la République avec ceux qui se livrent à des violences criminelles, quels qu’en soient les auteurs, quelles qu’en soient les victimes.

Pas de pardon, pas de pitié. Ce qui s’est passé dans les quinze derniers jours est intolérable : attentat contre la sous-préfecture de Corte, engin explosif au coeur d’Ajaccio, est-ce que les criminels qui font ça, savent qu’au moment où ils font exploser un engin, il peut y avoir un enfant corse, une femme corse, un innocent corse qui se trouve à ce moment-là et ce sont eux les assassins !

Les assassins doublement de la personne et de l’identité de la Corse ! Ils n’ont rien à voir avec la culture de la Corse ; ils sont étrangers à la société, à la culture qu’ils prétendent incarner, ce sont des usurpateurs ! Ils n’ont rien : ni courage, ni culture. Ils sont totalement étrangers à ce qui fait l’âme de la Corse. Les deux homicides près d’Aleria sont une honte pour ceux qui les ont perpétrés. Comme l’assassinat d’une femme l’an dernier en Corse, c’est ne rien comprendre à la place de la femme dans la société corse depuis des siècles que de pouvoir penser qu’on peut assassiner une femme en Corse, c’est une honte ! Et ces gens prétendent parler au nom de la Corse ! Ils ne la connaissent pas, la Corse, ils la blasphèment ! Voilà la réalité.

Et que dire de l’incendie d’une salle de prières à Ajaccio, qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques ? Les Corses ont été choqués par la violence de ces faits. Rien, absolument rien ne peut les justifier. Avec le ministre de l’Intérieur, avec le ministre de la Justice que je remercie de m’avoir accompagné, nous mettrons tout en oeuvre pour les retrouver et je prends le même engagement que j’avais pris devant vous, souvenez-vous, quand il s’était agi de retrouver l’assassin d’un préfet de la République, je vous avais dit que nous le retrouverions ; je vous dis que ceux qui ont commis ces actes, nous les arrêterons, nous les défèrerons à la justice et qu’ils seront châtiés comme ils le méritent. Pas d’impunité sur le territoire de l’île.

C’est d’autant plus inadmissible que depuis dix ans, des efforts considérables ont été mis en oeuvre pour lutter contre ce fléau de la violence. Je veux rafraîchir la mémoire de ceux qui sont venus récemment en Corse… sous les palmiers, oubliant que la Corse, c’est d’abord la montagne : en 2002, à mon arrivée au ministère de l’intérieur, j’ai trouvé une Corse minée par la violence qui avait connu 33 homicides et 22 tentatives au cours de la seule année 2001 ! 111 attentats au cours du premier semestre 2002 ! C’est la situation que j’ai trouvée.

Face à cette criminalité, qui avait parfois pignon sur rue, nous avons remobilisé les forces de sécurité, 1.300 interpellations ont été opérées depuis 2002. Le nombre d’attentats a été divisé par quatre en dix ans - comprenez-moi, c’est encore trop – mais par quatre en dix ans. Et je veux rendre hommage au courage et au dévouement des forces de police et de gendarmerie qui ont fait un travail remarquable. Je veux vous dire une chose qui peut-être ne fera pas l’unanimité mais l’ami que je suis, doit vous le dire : j’ai demandé un renforcement du contrôle des armes sur le territoire de l’île. La détention illégale d’armes doit être systématiquement sanctionnée. Ce n’est pas possible que cela continue ainsi. Il n’y a pas à transiger avec ce principe. Naturellement que je ne veux pas réprimer une culture ou une tradition, mais enfin je ne mets pas dans la culture ou la tradition le culte des armes. Il s’agit d’ouvrir un autre chemin, car « la non violence est un courage plus grand que la violence ». Cette phrase « la non violence est un courage plus grand que la violence », a été prononcée il y a quelques jours par Jean-François BERNARDINI et j’y souscris totalement.

Alors naturellement, la lutte contre la violence, ce n’est pas ça qui suffira à préparer l’avenir de la Corse. La première exigence, c’est de poursuivre l’investissement en faveur des projets qui créent les richesses économiques et les emplois de demain sur l’île. En 2002, j’ai tenu à mettre en place le financement du programme exceptionnel d’investissement dont je rappelle que le gouvernement de l’époque vous avait abandonné et qu’il n’y avait pas un centime pour le PEI. Non seulement j’ai veillé à ce que ce financement soit disponible, mais je l’ai sanctuarisé chaque année sur une ligne spécifique budgétaire malgré un contexte budgétaire de plus en plus tendu. L’effort de l’Etat sur l’île, c’est 165 millions d’euros par an ; 400 opérations ont déjà été financées dans le cadre du PEI. Alors j’entends bien que pour tel ou tel élu, ce n’était pas le bon investissement, il y en avait d’autres. D’accord, mais je préfère qu’on se divise et qu’on se dispute sur les ordres de priorité plutôt qu’on se dispute parce qu’ici vous auriez le sentiment que l’Etat se moque de vous et ne prévoit pas la mise à disposition d’un financement qu’il vous avait promis.

Alors je sais bien que le rattrapage économique de la Corse n’est pas terminé. C’est pourquoi je veillerai à la négociation d’une nouvelle convention du PEI signée dès cette année, pour engager 400 millions d’euros nouveaux d’investissements sur le prochain quinquennat en Corse. Je n’ai pas l’intention d’arrêter l’effort d’investissements en Corse.

Je vous annonce donc ce PEI, ces 400 millions d’euros mais je demande que vous fixiez les futures programmations, les consultations ne doivent pas se dérouler seulement entre les services de l’État et les élus : il faut que l’ensemble des forces vives de la Corse y prennent toute leur part. L’objectif, c’est que ces emplois bénéficient d’abord aux entreprises et aux salariés de Corse. Parce que bien souvent, vous me dites : c’est bien, on crée des emplois mais ils font venir des gens et les emplois, ce n’est pas pour nous. Et les entreprises me disent : oui mais il y a un problème de formation. Alors je propose que dans les cinq années qui viennent, on mette en place un plan de formation pour la Corse et pour la main-d’oeuvre et les salariés en Corse. Les investissements… mais si on n’investit pas aussi sur la main-d’oeuvre, on n’y arrivera pas.

L’Université de Corse : je voudrais rappeler que j’ai voulu 150 emplois d’enseignants et de chercheurs pour l’université de Corse ; que le dispositif des licences professionnelles que j’ai mis en place, est extrêmement performant. Je crois aussi à l’apprentissage. L’État a fait un effort sans précédent : les places en CFA seront doublées sur l’île – merci cher Xavier – d’ici à 2015 et c’est primordial pour les jeunes de moins de 25 ans. J’ai voulu retenir le projet de pôle méditerranéen de formation aux métiers du développement durable dans le bâtiment ; ce centre de formation d’apprentis, opérationnel dans moins de deux ans, formera vos jeunes aux nouveaux métiers des énergies renouvelables et aux technologies – chère Nathalie - de l’éco-construction. Ce pôle est l’un des huit « investissements d’avenir » déjà retenus en Corse pour vos jeunes. C’est une possibilité d’avenir absolument extraordinaire !

J’ai souhaité également que 10% de la dernière tranche du PEI, soit 40 millions d’euros, soient consacrés à un programme exceptionnel de formation. Ca ne suffit pas d’investir dans les infrastructures, dans les bâtiments, il faut investir dans les hommes. Alors au-delà du PEI, nous devons continuer à soutenir les initiatives qui produisent des résultats. Ainsi, alors que la zone franche s’achevait, nous avons soutenu les entreprises grâce au crédit d’impôt pour investissement mis en place en 2003. Ce dispositif a déjà permis la création de trois mille emplois ; nous venons de décider de prolonger ce dispositif jusqu’en 2016.

Je veux parler avec vous du tourisme : 17% des emplois en Corse, le tourisme. Dans ce cadre, j’ai vu que les professionnels du tourisme ont proposé de créer un CDI pour les travailleurs saisonniers employés en Corse, moyennant un effort mutuel des employeurs et des pouvoirs publics. Moi je considère que c’est une proposition intelligente car tout le monde sera gagnant : l’employeur parce qu’il va fidéliser son salarié, le salarié parce qu’il sera sécurisé par un CDI et les pouvoirs publics au sens large parce qu’ils n’ont pas un CDI, ils vont venir s’inscrire à l’assurance-chômage. Je suis donc venu vous dire que je suis d’accord sur le principe d’un CDI pour les travailleurs saisonniers employés en Corse.

Je veux dire un mot de l’approvisionnement énergétique de l’île. J’en ai parlé ici il y a deux ans. La Corse doit pouvoir accéder à une énergie sûre et propre. L’objectif est clair : le gaz naturel doit arriver, en 2018, dans les deux centrales thermiques de l’île – à Lucciana, après la modernisation qui est en cours ; à Ajaccio, dans la future centrale. Pour cela, la France soutient le raccordement de la Corse au futur gazoduc franco-algérien. Mais le Galsi dépend de la volonté des partenaires algériens et italiens dont il faut bien dire qu’ils tardent à concrétiser, malgré nos sollicitations régulières, leurs engagements.

J’ai donc décidé – je n’ai pas voulu m’abriter derrière ça – j’ai donc décidé de lancer un autre projet, pour alimenter la Corse en gaz naturel liquéfié, à partir d’une barge qui sera installée au large de sa côte Est. Cette barge permettrait d’alimenter les deux centrales, mais aussi les réseaux de distribution de Bastia et d’Ajaccio, grâce à la construction du gazoduc terrestre « Cyrénée ». Elle permettra aussi de se brancher sur le Galsi dès que celui-ci sera construit, puisque nous aurons déjà mis en place sa partie corse. Ce projet permettra d’approvisionner la Corse en gaz naturel de façon sécurisée dès 2018. Je dis à l’ensemble de mes compatriotes français qu’il n’y a pas de raison que la Corse soit la seule région du monde où il y a des pannes d’électricité parce que la Corse n’est pas indépendante du point de vue de son énergie !

Alors il reste le problème du fonctionnement transitoire de la nouvelle centrale de Lucciana, à partir de 2013, dans l’attente de l’arrivée du gaz naturel. Deux choix étaient possibles : le fioul léger ou le fioul lourd. Avec la centrale moderne que nous construisons, ces deux combustibles permettent de respecter très largement les critères d’émissions. Mais j’avais demandé une concertation qui a été menée pendant plusieurs mois, parce que c’est un sujet particulièrement important pour la vie quotidienne des Corses. La population, et les élus ont marqué leur préférence pour le fioul léger qui pollue moins l’atmosphère en dioxyde de soufre que le fioul lourd. Eh bien je vous l’annonce : j’ai décidé de l’alimentation de la centrale de Lucciana en fioul léger, à partir de la fin 2013.

Au total, mes chers amis, c’est un investissement de plus de 500 millions d’euros que j’ai décidé pour sécuriser l’approvisionnement énergétique de la Corse. Et vous comprenez bien que parce que je dis tout cela, il faut bien entendre la première partie sur la sécurité : ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est les deux ; la loi de la République qui est respectée et le développement économique qui est engagé avec le soutien de l’Etat.

La santé. Voilà un domaine essentiel où nous aidons l’île à ne plus dépendre de l’extérieur. Beaucoup de décisions attendaient ici depuis des années, voire cher Xavier, depuis des décennies. C’est une action sans précédent, en lien avec tous les acteurs de terrain, qui a permis depuis 2010 de revaloriser de 5 à 8% le coefficient géographique qui s’applique au budget des établissements de santé sur l’île. Nous allons créer un établissement à Calvi, nous modernisons les services à Ajaccio, les réseaux de soins sur la plaine orientale, nous développons l’imagerie médicale dans toute la Corse. Pour la première fois, c’est un vrai schéma régional de l’offre de soins qui va être construit, à la fin de l’année 2012, parce que je ne veux plus qu’on soit obligé de prendre l’avion ou le bateau pour aller se faire soigner. On ne peut pas dire aux Corses : ici c’est la République mais la République n’est pas capable de vous soigner !

Et la création par l’université d’une première année de médecine, que j’avais soutenue dès 2006, va exactement dans le même sens. Je souhaite que la première année, vous savez, qui est tellement décisive dans le cursus parce que le concours à la fin de la première année, c’est quelque chose, ça permet de donner toute sa puissance à l’université corse.

Il y a un enjeu auquel j’attache une grande importance, c’est que la Corse puisse vivre en paix avec son identité. En paix avec son identité. On n’est pas en paix quand on renie son identité, on n’est pas en paix quand on l’oublie et je voudrais répondre très directement à la question qui m’a été posée s’agissant de la reconnaissance de la spécificité historique et culturelle de la Corse. J’ai longuement réfléchi à cette question, qui est difficile et ma conclusion intime et personnelle, c’est que c’est l’uniformité qui crée des tensions pour l’unité de la République et que c’est la reconnaissance des spécificités qui renforcent les liens de la République. Oui, l’identité corse existe au sein de la République française, pas à côté, pas contre, au sein de la République française.

La Corse qui a subi toutes sortes d’invasions, toutes sortes d’influences, eh bien aucune de ces invasions, aucune de ces influences n’a jamais pu s’y imposer. La Corse est française depuis 244 ans, dix générations. Mais doit-on pour autant oublier ce qu’elle a été auparavant ? Cela n’aurait aucun sens. La Corse a démontré, dans l’histoire, des qualités éminentes.

La Corse s’est toujours révoltée contre l’arbitraire, ce qui a fait tous ses héros depuis Sampiero CORSO. Et elle a su avant les autres, la Corse, adhérer à des valeurs universelles, c’est le génie de Pascal PAOLI. Elle a affronté l’adversité, la Corse, avec un courage inouï. Et elle a payé un plus lourd tribut que les autres lors de la première guerre mondiale. Elle a donné, la Corse, une magnifique leçon de résistance, avec Fred SCAMARONI, Jean NICOLI et tant d’autres, au point d’être, par ses propres forces, la Corse, le premier département de France libéré à l’automne 1943, ce n’est pas moi qui l’ai salué, c’est le général de Gaulle qui l’a reconnu ! Eh bien je le dis : il y a une identité corse qui sera reconnue par la République française à l’intérieur de la République française, qui n’a pas à avoir peur de l’identité de la Corse, qui doit au contraire en être fière. Voilà mon message aux Corses !

Alors cet héritage qui est le vôtre, il ne faut pas l’oublier. Oui bien sûr mais il y aurait bien d’autres choses à dire, je n’ai pas oublié… Je l’ai dit en venant à Ajaccio il y a deux ans : il est arrivé à l’État français de manquer d’attention et peut-être de respect à la Corse, en certaines heures de son histoire… Je l’ai dit, c’est plus facile de refaire l’histoire, mais j’ai beaucoup réfléchi sur l’histoire récente de la Corse et qu’est-ce qui avait conduit à cet enchaînement de violence et d’incompréhension et reconnaissons que ce n’était pas facile à interpréter et reconnaissons qu’il y a eu des erreurs qui ont fait qu’il a fallu tant de temps, cher Jacques DOMINATI, pour trouver l’apaisement, tant de temps ! Mais l’avenir ne nous attend pas ; il nous faut maintenant regarder ensemble dans la même direction. L’identité de la Corse au sein de la France, à mes yeux, c’est le moteur de notre action commune ; ce n’est pas une question de discorde ; cela doit passer par des actes. Alors j’ai la conviction que la spécificité de la Corse tient notamment à sa langue, le corse. La langue corse est un patrimoine vivant et ce fut une grande erreur que donner le sentiment que la langue corse n’était défendue que pour ceux qui parlaient de l’indépendance. Je ne veux pas leur faire le moindre cadeau à ceux-là ; c’est pourquoi je dis : la langue corse est un patrimoine culturel dont nous n’avons pas à avoir peur ! C’est un patrimoine vivant et je ne veux pas laisser ce patrimoine à des gens dont le projet est de saboter derrière pour plaider pour une indépendance dont personne ne veut sur l’île.

Depuis dix ans, l’Éducation nationale est très engagée dans l’enseignement du corse, 113 professeurs sont certifiés, 180 sont habilités. Je souhaite que nous allions plus loin : l’enseignement du corse doit être consacré par la création d’une agrégation. Ce ne sera pas budgétivore mais c’est un symbole sur l’île, ça compte. Aujourd’hui, 80% des élèves suivent un enseignement de corse à l’école primaire, plus d’un tiers dans le secondaire. L’État soutient également l’usage du corse dans certaines émissions. Je dis une chose, c’est que pour moi, le corse doit être encouragé, proposé à chaque fois que possible non pas à la place du français mais à côté parce qu’ici quand on remonte au village et que les grands-parents parlent aux petits-enfants, quand ils parlent en langue corse, ce n’est pas une défiance vis-à-vis de la Corse, au contraire, c’est un souci d’un enracinement culturelle, d’une fidélité à une histoire ; ça n’a rien à voir avec la politique ; ça a tout à voir avec la tradition !

La seule limite que je fixe en tant que garant de l’unité de la République : c’est que le corse ne pourra jamais remplacer le français dans les textes officiels et aux guichets du service public. Jamais. Est-ce que je suis clair là aussi ?! Je reconnais l’importance de la langue corse, importance familiale et de tradition mais aux guichets de la République, aux guichets du service public, on parle le français parce que le français, c’est la langue de la République.

Je dirais d’ailleurs que je ne verrais que des avantages à ce que les enfants corses reçoivent un enseignement en plus de l’histoire de France, de l’histoire de la Corse : pour savoir qui l’on est, pour savoir où l’on va, il faut connaître d’où l’on vient et il est normal que les élèves scolarisés en Corse apprennent, en plus de l’histoire de France, l’histoire de l’île – j’ajoute que l’histoire de l’île, c’est aussi l’histoire de France.

Regardons la réalité telle qu’elle est, sans avoir peur des mots : la Corse de 2012 a plus de pouvoirs propres qu’il y a dix ans, car nous avons tenu tous les engagements du statut de 2002. Aucun objectif nouveau ne peut être fixé pour elle sans elle, et c’est très bien ainsi. Elle a adopté des plans sur les grands dossiers qui la concernent : énergie, éducation, langue, environnement, tourisme, agriculture. Elle possède des ports, des aéroports, des routes, des forêts. Le plan d’aménagement et de développement durable de Corse, le Padduc, est le meilleur exemple de cette singularité juridique assumée. Je m’étais engagé il y a deux ans à modifier la loi, pour rendre le Padduc plus facile à élaborer, pour actualiser son contenu en tenant compte des prescriptions du Grenelle de l’environnement. C’est chose faite avec la loi du 5 décembre 2011. C’est maintenant à la collectivité territoriale de Corse de réaliser ce plan tant attendu. Non seulement c’est elle qui fixera les axes du développement, la localisation des infrastructures, mais le Padduc adopté par elle s’imposera aux permis de construire, là où il n’y a pas de documents locaux d’urbanisme. C’est un exemple unique dans notre droit.

De même, pour répondre au sujet très sérieux de l’augmentation du prix du foncier, l’État a créé un établissement public foncier comme je m’y étais engagé il y a deux ans. Le décret sera publié la semaine prochaine. Cet établissement sera cofinancé par l’État à hauteur de 15 millions d’euros ; il sera un outil au service des collectivités et son conseil d’administration sera composé en majorité d’élus. Voilà ce que je voulais vous dire sur le sujet du foncier mais puisque nous sommes sur les questions les plus sensibles, je veux dire un mot sur le statut.

Est-ce que l’avenir de la Corse passe par une évolution constitutionnelle de son statut ? Sur cette question, comme sur les autres, je souhaite que nous soyons pragmatiques, et prendre les choses dans l’ordre. Je propose que l’on examine d’abord, ensemble, ce qui peut être entrepris dans le cadre constitutionnel actuel. Si les élus de Corse me démontraient que le développement de la Corse était entravé pour des raisons constitutionnelles, alors nous en discuterions. Je ne veux pas fermer la porte, je ne veux par l’ouvrir non plus. Pourquoi je ne veux pas la fermer ? Parce que je vous connais trop : même ceux qui n’ont pas envie de l’emprunter, si je la fermais, frapperaient à la porte. Donc je dis : cette question est ouverte. Je ne prendrai pas l’initiative. En 2003, je vous ai proposé un référendum ; vous avez apporté une réponse ; je ne prendrai pas l’initiative. Je ne suis pas venu dire ici que je ferme la porte définitivement. C’est à vous de prendre vos responsabilités et je vous fais confiance. Alors dans le cadre constitutionnel actuel, faut-il faire évoluer l’organisation institutionnelle de la Corse ? Moi j’attends les propositions de vos élus car je ne compte pas venir proposer de nouvelles institutions à la Corse, imaginées à Paris pour faire le bonheur des Corses sans les consulter ! Je ne le ferai pas. La loi a institué pour l’ensemble de la République le conseiller territorial. Ce n’est pas le cas dans la collectivité qui est la vôtre. C’est à vous de nous faire des propositions.

La troisième question est celle de l’adaptation des règles applicables en Corse. Là aussi je pense qu’il faut être pragmatique et je serai attentif à ce que vous me direz.

Avec la question des droits de succession, il me semble que la préoccupation exprimée par l’assemblée de Corse doit être prise en compte : la sortie du régime de « l’arrêté Miot » était calée par la loi du 22 janvier 2002, sur la période prévue de reconstitution des titres de propriété. J’avais moi-même fait créer le groupement d’intérêt public pour la reconstitution des titres de propriété en Corse, le Girtec, en mars 2007. Cette mission est techniquement très difficile, j’estime que le groupement a besoin d’une période complémentaire de cinq années. Je propose donc que la loi prolonge le régime d’exonération provisoire jusqu’en 2017. Et je suis tout à fait prêt à m’en expliquer : pour sortir du régime dérogatoire, il faut des titres de propriété. Or c’est extrêmement compliqué. Ces titres de propriété, nous ne les avons pas ; je ne toucherai pas au régime dérogatoire tant que les titres de propriété n’auront pas été établis de façon formelle.

Mes chers amis, j’ai voulu venir en Corse pour parler aux Corses de l’île ; c’est ma façon de vous respecter. Je ne peux pas concevoir qu’on vienne en Corse simplement faire un petit tour, dire « il y a 300.000 habitants »… - il y a quelques voix à récupérer, donc on va leur faire bonjour, on va traverser la Méditerranée et puis on va partir tranquille ! Ce n’est pas ma conception des choses. Je pense que quand on vient en Corse, on vient avec des idées pour la Corse ! On vient avec des propositions pour la Corse ! On vient avec des convictions pour la Corse, sinon ce n’est pas la peine de venir ! Sinon on vient pour exploiter la Corse, pour utiliser la Corse ! Pas pour parler à la Corse et aux Corses ! Et c’est ça le lien que nous avons créé – ça ne veut pas dire que nous avons toujours été d’accord, j’ai eu bien des débats y compris avec mes propres amis – mais jamais personne n’a mis en cause mon attachement pour l’île et pour les Corses ; jamais personne n’a mis en cause ma franchise dans la compréhension des problèmes et jamais personne ne m’a pris en flagrant délit de mensonge s’agissant de la Corse et des questions si difficiles que la Corse posait. D’ailleurs vous m’avez fait évoluer sur un certain nombre de sujets – je pense notamment au rapprochement des détenus et je pense notamment à ma compréhension des langues régionales, je savais des choses par ce que j’avais vu et j’avais écouté. Je veux vous dire la même chose sur l’avenir de notre pays : le choix que vous aurez à faire dans moins de dix jours au premier tour…

(Acclamations du public)…

Je veux quand même vous dire quelque chose : je voudrais tellement que vous le fassiez en considérant qu’il y a une seule chose qui compte, c’est l’avenir de notre pays et l’idée que vous vous en faites. Je vous demande de faire abstraction de tous les votes choisir tout au long de vos vies. Vous devez voter et choisir pas en fonction du passé mais en fonction de l’avenir, c’est la seule chose qui doit compter. Je ne suis pas venu parler à la droite en Corse, au centre en Corse, je suis venu parler au peuple de France, sans aucune distinction. A ceux qui m’ont toujours accompagné comme à ceux qui m’ont toujours combattu, parce qu’un Président de la République, il est président de ceux qui ont voté pour lui et il est président aussi de ceux qui n’ont pas voté pour lui !

C’est notre différence. C’est la différence avec monsieur HOLLANDE ! Moi je ne parle pas à la droite ! Je suis désolé, la présidence de la République, ce n’est pas parler au peuple de gauche, ce n’est pas considérer qu’il est normal qu’on soit l’otage de madame JOLY et de monsieur MELENCHON ! Le Président de la République, il doit être libre pour ne penser qu’à une seule chose : l’intérêt de la nation. Nous avons connu des crises d’une violence inouïe ; nous sommes dans un nouveau monde. C’est sans doute la première élection du 21e siècle. La France est à un tournant, l’Europe est convalescente, la France est passée tout proche du gouffre. Pendant quatre ans, j’ai tout fait pour vous protéger, pour que nous résistions, pour que nous nous en sortions, pour que vos retraites soient garanties, pour que votre épargne soit protégée, pour que vos enfants ne soient pas au chômage ! La question qui se trouve posée aujourd’hui : est-ce que nous tirons les leçons de la crise ou est-ce que nous nous laissons aller ?

Juste une chose pour que chacun comprenne bien les enjeux : il y a un pays considérable, fort, puissant, dirigé par un homme remarquable - Mariano JAROY - qui est l’Espagne. L’Espagne avait promis d’être à 6% de ses déficits en 2011, l’Espagne s’est retrouvée à 8%. La France avait promis de se retrouver à 5,7% de déficit, la France était à 5,2. Eh bien la sanction est tombée tout de suite : la France emprunte pour financer sa dette à un taux deux fois moins cher que le taux qui est réservé aujourd’hui à l’Espagne. Ce n’est pas une menace, ce n’est pas une prédiction, c’est une réalité. C’est une réalité. La réalité de ce monde. Bien sûr que nous devons pas être soumis aux marchés, bien sûr que nous ne devons pas être soumis aux agences de notation mais si on veut être libre de son destin, on rembourse ses dettes et on réduit ses déficits en diminuant ses dépenses. Si on ne le fait pas, on n’est pas maître de son destin.

Mes chers amis, aujourd’hui j’ai besoin de vous, j’ai besoin de votre soutien ; j’ai besoin de votre engagement, j’ai besoin de votre mobilisation, j’ai besoin de votre enthousiasme, j’ai besoin qu’au-delà de cette salle, partout, vous alliez convaincre pour dire : la majorité silencieuse ne veut pas qu’on lui vole cette élection, ne veut pas qu’on lui dicte ses choix.

C’est vous, c’est nous qui ferons que le 6 mai, la France fera le choix de l’avenir et refusera le choix du passé !


Vive la République !
Vive la France !
Et vive la Corse dans la République française !


Source http://www.lafranceforte.fr, le 16 avril 2012

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