Interview de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, dans "Le Télégramme" du 17 avril 2012, sur la campagne présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, dans "Le Télégramme" du 17 avril 2012, sur la campagne présidentielle.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

ti :
Comment expliquez-vous que les extrêmes soient si présents dans cette campagne. Cela s’explique-t-il par une mobilisation insuffisante des partis de gouvernement ?

C’est normal qu’il y ait des tentations populistes après quatre années de crise. Mais je veux dire à cet électorat que, si on peut comprendre sa souffrance et sa colère, le vote extrême ne les résoudra en rien. Au contraire. À propos de la mobilisation, j’ajoute que, quand on atteint 75 % de participation, cela fait quand même trois quarts des électeurs qui se déplacent. J’aimerais savoir dans combien de démocraties on constate une telle participation.

Ne payez-vous pas le fait d’avoir plaidé pour davantage de rigueur et de sacrifices ?

Je pense que les Français sont lucides. Les 15 millions de retraités n’ont pas envie de se retrouver dans la situation de l’Espagne. Ce grand pays emprunte l’argent nécessaire au remboursement de sa dette à un taux deux fois supérieur à celui de la France. Je suis certain que les Français comprennent l’enjeu attaché à la réduction de nos déficits et la gravité du gouffre près duquel l’Europe est passée. Il n’y a pas une seule famille qui pense qu’elle peut éternellement vivre au-dessus de ses moyens. C’est pareil pour l’État.

À propos de lucidité, pensez-vous que Madame Chirac en a fait preuve en dénonçant le caractère insuffisant du « gabarit » de François Hollande ?

Madame Chirac sait mieux que quiconque, et pour cause, quelles sont les qualités pour être président de la République. Par ailleurs, il est étrange de considérer que toutes les critiques qui me sont adressées relèveraient de la démocratie alors que celles qui touchent M. Hollande seraient illégitimes. Si on ne veut pas être critiqué en campagne électorale, il ne faut pas se présenter.

N’êtes-vous pas dans la même situation que Gerhard Schröder qui a perdu en Allemagne, alors qu’il avait profondément réformé ce pays ?

Je suis flatté de cette comparaison avec l’homme de gauche qu’est Gerhard Schröder, qui, par ailleurs, me soutient. Mais le système allemand est très différent du nôtre. C’étaient des élections législatives. Nul ne peut dire que les résultats auraient été les mêmes s’il s’était agi d’une élection présidentielle. De toute façon, les Français choisiront. Leur choix sera le bon. J’observe qu’il y a deux mois, on disait que je ne serais pas au second tour ; il y a un mois, on expliquait que ce serait un référendum anti-Sarkozy. Aujourd’hui, tout le monde attend le match mano a mano du second tour. Une campagne est forcément une épreuve de vérité pour les tempéraments et pour les personnes. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup de bonheur à mener cette campagne. Je suis tous les jours au contact des Français, et j’ai ma petite idée sur ce que seront les réactions des gens.

N’assiste-t-on pas en effet à un référendum pour ou contre vous ?

Non ! La question centrale de cette campagne est de savoir où l’on veut aller. Il y a clairement une alternative. D’un côté, on veut nous recycler les recettes du passé, c’est-à-dire plus de dépenses et moins de travail. De l’autre, je propose un nouveau modèle français autour de la formation, du travail, et d’une ouverture moins naïve de nos frontières par l’Europe sur le plan économique notamment. La différence entre aujourd’hui et 1981 est simple. En 1981, il a fallu deux ans pour que François Mitterrand renonce à tous ses engagements. Dans la situation de 2012, il faudrait deux jours.

Que répondez-vous à ceux qui dénoncent la « droitisation » de votre campagne ?

En face de moi, j’ai le triptyque Hollande, Mélenchon, Joly. Reproche-t-on à M. Hollande de conduire une campagne trop à gauche ? En ce qui me concerne, je ne parle pas à la droite, au centre ou à la gauche. C’est pourquoi j’ai adressé une lettre au peuple français (http://www.lafranceforte.fr/lettreaupeuplefrancais). J’essaie de défendre les idées qui permettront l’émergence d’un nouveau modèle français. Quand je dis que la question des frontières est posée, je suis profondément européen. Quand je dis qu’il faudra remettre en cause Schengen, c’est parce qu’entre la Grèce et la Turquie, il y a 120 kilomètres de frontières européennes qui ne sont pas gardées. Je dis cela non pas pour telle ou telle catégorie d’électeurs, mais simplement parce que cela relève du bon sens.

Vous vous en prenez souvent aux médias et aux journalistes. Pourquoi ?

Un directeur d’une radio publique a pris position pour M. Hollande. Imaginez ce qu’on aurait dit si cela avait été en ma faveur ! Quand certains journaux prennent parti pour M. Hollande, c’est la démocratie. Quand d’autres me soutiennent, c’est La Pravda ! Il y a une certaine gauche qui considère que tout ce qui n’est pas de gauche est illégitime. Moi, je vous prédis qu’ils vont avoir une grande déception.

Comment rassembler au second tour les électeurs de François Bayrou et ceux de Marine Le Pen ? N’est-ce pas un grand écart dangereux ?

Je ne le pense pas. Ce que je crois, c’est que, cette fois-ci plus que tout autre, les Français se décideront au dernier moment parce que les quatre années de crise ont bouleversé tous les repères. Aujourd’hui, l’électeur est beaucoup plus mobile. Il juge la solidité d’un candidat, la pertinence de son propos, et il se décide au dernier moment. Dans un monde qui a traversé quatre années de crise, il est normal que les Français se demandent, avant d’élire leur président, qui a la solidité face à une situation difficile, qui a de l’expérience. Dire cela, ce n’est insulter personne. Quand on voit le candidat socialiste rayer d’un trait de plume 24 réacteurs nucléaires pour faire plaisir à Madame Joly, on se demande ce qu’il fera pour faire plaisir à M. Mélenchon qui pèse six fois plus que la candidate verte.

Certains propos que vous auriez tenus devant la romancière Yasmina Reza sont peu flatteurs pour les Bretons. Quand viendrez-vous passer vos vacances en Bretagne ?

Yasmina Reza est une romancière de grand talent, mais c’est une romancière… Moi, j’aime la Bretagne. Cela correspond à mon amour du vélo, à mon attachement à certaines productions authentiques, à mon goût pour les paysages et les caractères forts. Venir en Bretagne, comme ce mardi à Morlaix, est toujours un grand plaisir pour moi. J’ajoute que je suis un des rares hommes politiques à connaître le stade de la route de Lorient. S’agissant de vacances en Bretagne, pourquoi pas. Mais pour moi, le problème ce n’est pas la Bretagne, ce sont les vacances… (rires)


Propos recueillis par Hubert Coudurier et Philippe Reinhard


Source http://www.lafranceforte.fr, le 17 avril 2012

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