Conférence de presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le financement international de la transition politique dans les pays du "printemps arabe", et les dossiers syrien, nord coréen et iranien, Washington le 13 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le financement international de la transition politique dans les pays du "printemps arabe", et les dossiers syrien, nord coréen et iranien, Washington le 13 avril 2012.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Voyage d'Alain Juppé aux Etats-Unis du 11 au 13 avril 2012 : participation à la réunion des ministres des affaires étrangères du G8 à Washington du 11 au 12

ti : J’ai eu l’occasion d’introduire le débat sur la situation dans les pays arabes et je me suis réjouis que l’initiative française dénommée «Partenariat de Deauville» soit aujourd’hui dans les priorités de la Présidence américaine.

Vous savez de quoi il s’agit : les transitions qui sont en cours dans les pays arabes ne réussiront véritablement que si la situation économique de ces pays s’améliore et s’ils sont capables de développer leur marché du travail et d’offrir à leur jeunesse des possibilités d’emploi. Il est donc très important de les accompagner. Pour cela, la Présidence française, l’an dernier, avait lancé ce projet du Partenariat de Deauville susceptible de mobiliser 70 milliards de dollars, dont à peu près la moitié en provenance d’organisations internationales, (FMI, la Banque mondiale et banques régionales de développement), une vingtaine de milliards de la part des pays du Golfe et une dizaine de milliards de la part des pays du G8, la France ayant elle-même annoncé sa propre participation sur la période 2011-2013.

Ce qui compte aujourd’hui, c’est de transformer ces engagements en plan d’action. La Présidence française s’y est beaucoup employée à la fin de l’année dernière et de nouveaux progrès ont été réalisés. Des premiers décaissements ont pu intervenir mais il faut aller plus loin. J’ai bien insisté sur la nécessité d’une conjonction de volontés, celles des pays du G8 de faire fonctionner le système et celles des pays bénéficiaires d’être capable de formuler leur demande et de mettre au point ces fameux plans d’action que je viens d’évoquer.

Je voudrais bien sûr m’attarder sur la Syrie qui nous a beaucoup occupés puisque nous sommes dans une période tout à fait cruciale. Vous connaissez les dernières évolutions : la mission de Kofi Annan, Envoyé spécial à la fois des Nations unies et de la Ligue arabe dans le cadre du mandat qui lui a été confié sur la base de la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies. Nous avons dès le départ soutenu cette mission. Elle a donné lieu, aujourd’hui même, à un rapport de Kofi Annan devant le Conseil de sécurité qui est un rapport en demi-teinte.

D’un côté, il relève que le régime de Damas n’a pas pleinement tenu les engagements qu’il avait pris en acceptant le plan en six points de l’Envoyé spécial. En particulier, les troupes gouvernementales n’ont pas été éloignées des centres urbains et elles n’ont pas regagné leurs casernes. Jusqu’à ce matin en tout cas, des violences continuent à être perpétrées en Syrie.

Hier, le ministre des Affaires étrangères syrien avait annoncé un cessez-le-feu à 06 h 00, heure de Damas. Il semble que ce cessez-le-feu ait été effectif à partir de cette heure matinale et qu’une certaine amélioration de la situation puisse donc être notée. Nous en avons-nous-mêmes pris note au sein du G8 et c’est ce que fait également la France.

Cela dit, nous restons extrêmement vigilants. Il est très important de vérifier que ce début d’apaisement sur le terrain se prolonge et que l’ensemble du plan en six points est effectivement respecté par les différentes parties concernées. C’est la raison pour laquelle nous soutenons à fond le projet de déploiement sur le terrain d’une mission d’observateurs des Nations unies qui, dans notre esprit, doit être une mission robuste, c’est-à-dire suffisamment nombreuse et équipée pour pouvoir se déplacer librement dans le pays sans être à la merci de la bonne volonté du régime de Damas.

En ce moment-même, nous déposons, avec nos amis américains et britanniques, un projet de résolution au Conseil de sécurité qui donnerait la base légale du déploiement de cette mission avec deux étapes, comme le souhaite Kofi Annan : immédiatement, une sorte d’échelon avancé qui pourrait se rendre sur le terrain et puis, le plus vite possible, une mission plus étoffée dans l’esprit que je viens de signaler.

Voilà où nous en sommes. Il y a peut-être un espoir de voir la situation s’améliorer. Nous appelons bien sûr l’opposition syrienne à respecter également ce cessez-le-feu. Mais je pense qu’il est encore trop tôt pour manifester une vraie satisfaction sur l’évolution de la situation. Nous avons été trop habitués par le passé à des annonces de la part du gouvernement syrien non suivies d’effets, nous allons donc observer très attentivement ce qui va se passer dans les prochaines heures et les prochains jours.

J’ajoute que cette résolution du Conseil de sécurité insistera aussi, bien évidemment, sur la nécessité d’acheminer rapidement une aide humanitaire importante puisque la situation s’est beaucoup dégradée. Nous avons vu, au cours des derniers jours, augmenter très sensiblement les flux de réfugiés, notamment en direction de la Turquie. On sait que la situation, dans beaucoup de régions du pays, est extraordinairement tendue et difficile pour les populations. Il faut donc que l’aide humanitaire puisse être acheminée dans les meilleures conditions et le plus rapidement possible.

Je crois n’avoir rien oublié d’essentiel sur ce dont nous avons débattu ce matin et sur tout ce qui est en train de se passer au Conseil de sécurité.


Q - Demander aux dirigeants syriens d’arrêter les combats, ce n’est pas leur demander de s’en aller ?

R - Vous connaissez le plan en six points.

Ce plan prévoit un premier point qui est la mise en œuvre d’une transition politique qui doit aboutir à des élections libres permettant au peuple syrien de choisir librement son destin. Est-ce qu’il choisira de soutenir le régime actuel ? Je n’en suis pas sûr mais cela fait partie intégrante de notre démarche et c’est un point sur lequel nous serons particulièrement vigilants.

Il y a le cessez-le-feu, il y a le retour des troupes dans les casernes, il y a l’accueil de la mission des Nations unies, il y a l’accès des médias internationaux au territoire syrien, la liberté de manifester et de s’exprimer. Il y a aussi «an inclusive Syrian political process that addresses the legitimate aspiration of the Syrian people».

Cela fait partie intégrante du plan, il ne s’agit pas de figer la situation politique et « d’acter le statu quo» si je puis dire. Il y a tout un processus dynamique qui doit aller jusqu’au bout de cette logique.

Q - Avez-vous noté un certain rapprochement de la Russie ? À défaut d’un accord, peut-être une abstention ?

R - J’ai longuement discuté hier avec Serguei Lavrov sur ce point. Je ne veux pas parler à sa place ni faire preuve de trop d’optimisme. Nous avons des points de convergence sur certains aspects : le soutien à la mission Kofi Annan, la prise en considération du rapport qu’il vient de faire au Conseil de sécurité, le soutien également à la mise en place d’un mécanisme d’observation c’est-à-dire d’une mission d’observateurs des Nations unies. Je vois donc mal comment la Russie pourrait s’opposer au projet de résolution que nous sommes en train de déposer sur le bureau du Conseil de sécurité.

Nous restons évidemment dans la divergence en ce qui concerne l’analyse de la situation. Comme je l’ai rappelé hier, il n’est pas question pour nous de renvoyer dos à dos les deux acteurs sur le terrain. La responsabilité pèse, pour l’essentiel, sur le régime qui, au début, aurait pu et aurait dû engager un vrai processus de réforme en prenant en compte les aspirations de son peuple. Il ne l’a pas fait. C’est lui qui, par la répression qu’il a exercée dès le départ, est responsable de l’utilisation d’armes par une partie de l’opposition afin de se défendre. On ne peut en aucune manière mettre les deux choses sur le même plan et je ne souscris pas du tout à l’idée selon laquelle Damas serait la malheureuse victime d’une opération terroriste visant à le déstabiliser ou à le renverser.

Q - Le sénateur McCain était en Turquie il y a 48 heures. Il a appelé publiquement la communauté internationale à agir plus, notamment à armer l’opposition syrienne. Quelle est votre position là-dessus ?

R - Nous sommes dans la logique que je viens de vous décrire. Cette logique, c’est le soutien à la mission de Kofi Annan, la mise en œuvre de son plan en six points qui ne prévoit pas de s’engager dans une escalade de nature militaire. Si les choses n’aboutissaient pas, si on se rendait compte que les engagements de Damas n’était pas tenus alors nous serions dans une autre configuration, une autre situation.

Q - Vous avez une «deadline» en tête ?

R - Dans les jours qui viennent. Il est prévu que Kofi Annan revienne devant le Conseil de sécurité, régulièrement. Donc, au fur et à mesure de ces différents rapports, de nos observations, des informations dont nous disposons… Nous avons toujours en tête aussi l’idée d’une réunion des amis de la Syrie au mois de mai pour essayer, là encore, de faire le bilan et éventuellement d’exercer les pressions nécessaires.

Q - Sur la Corée du Nord, vous avez discuté avec les Américains ? Que fait-on en cas de lancement du satellite suivi d’un essai ? N’a-t-on pas été trop optimiste ?

R - Nous condamnerons vigoureusement cet essai, s’il a lieu, puisqu’à l’évidence c’est un mélange des genres. Il ne s’agit pas seulement d’un satellite de communication, mais c’est également un missile de portée balistique qui est tout à fait en contravention avec les résolutions des Nations unies.

Q - Et sur le dossier iranien ?

R - Nous avons aussi évoqué cette question. La rencontre d’Istanbul se prépare, c’est demain. Catherine Ashton était là et nous a rendu compte du dernier état de la préparation entre les Six. Nous avons une position tout à fait commune, nous partageons à 100 % l’objectif qui est de faire en sorte que l’Iran respecte ses engagements internationaux : le Traité de non prolifération que ce pays a signé, les résolutions du Conseil de sécurité, celles de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Nous sommes prêts à nous engager dans un processus de discussion qui porte sur cela et pas autre chose ; avec, évidemment, une démarche étape par étape. Mais du point de vue français, il n’appartient pas aux Six de prendre les devants en faisant des ouvertures prématurées. Donc nous allons voir quels sont les engagements pris par les Iraniens et la discussion se poursuivra.

Q - Vous avez le sentiment que les Américains sont plus optimistes que d’habitude ?

R - Optimistes ? Je ne sais pas. Dans ce genre de dossier l’optimisme n’est pas de mise. Ils sont réalistes. On va voir, je ne peux pas vous dire ce qui sortira de la réunion de demain. On verra si les Iraniens sont enfin prêts à jouer le jeu ou si c’est encore une manœuvre dilatoire. On y verra plus clair demain. En tout cas, la position de la France est claire, ce n’est pas à nous de faire le premier pas.

Q - Les Américains disent de plus en plus que s’il n’y a pas d’action, «les mots, ça suffit». Est-ce votre sentiment et pensez-vous que l’option militaire va arriver ?

R - Vous savez ce que nous pensons : la meilleure manière d’éviter une option militaire dont les conséquences pourraient être incalculables, c’est de maintenir sur le régime iranien une pression forte, avec des sanctions fortes comme celles prises par l’Union européenne ; et puis s’engager simultanément dans un processus de discussion dans les limites que je viens d’indiquer.

Q - Sur la Corée du Nord, vous dites «on condamne». Donc, s’ils tirent leur satellite, vous condamnez vigoureusement, s’ils suivent avec un essai nucléaire vous allez au Conseil de sécurité de l’ONU ?

R - On verra à ce moment là.

Q - N’a-t-on pas été trop optimistes sur la Corée du Nord ?

R - Il y a eu des avancées dans la négociation avec la Corée, et il y a eu des retours en arrière. Nous maintiendrons donc une position très ferme et, là encore, il est hors de question pour nous que la Corée du Nord développe une arme nucléaire ou une puissance balistique.

Q - Pour revenir sur la Syrie, où en est ce nouveau projet de résolution ? Quand pourrait-il sortir ? Est-ce une initiative française ? La France essaye-t-elle de prendre un leadership là-dessus ? On sent une proximité avec les Britanniques aussi…

R - Non, ce n’est pas une question de leadership. Je ne raisonne pas en ces termes. Nous avons travaillé en P3, c’est-à-dire les membres permanents du Conseil de sécurité qui sont les plus proches de nous, les Américains et les Britanniques. Le texte existe, on vient de me le passer par e-mail. Il sera déposé à 15 h ; nous visons donc une approbation le plus vite possible, si possible demain.

Q - Et sur l’application immédiatement pour le déploiement des observateurs ? Combien d’observateurs dans un premier temps ? Combien dans un second temps ?

R - L’idée de Kofi Annan est d’avoir une équipe avancée - qui pourrait comporter quelques dizaines d’observateurs -, qui pourrait, dans les jours qui viennent, se rendre sur le terrain pour s’assurer que, effectivement, le cessez-le-feu est réel ; et ensuite, dans la foulée - cela pourrait être une question de jours - une force qui pourrait, elle, être de plusieurs centaines d’observateurs suffisamment bien équipés.

Ce qui est important pour nous, c’est que la résolution prévoit bien les conditions d’intervention de cette force, qui ne doit pas être dans les mains du régime de Damas. Elle doit pouvoir se déplacer librement, rencontrer qui elle veut rencontrer, et sa sécurité doit être assurée par le régime tout en préservant sa capacité d’intervention et de mobilité.

Q - Une porte de sortie est-elle prévue pour Bachar ? Lui a-t-on donné des garanties ou est-ce que c’est démocratie contre tribunal militaire ?

R - C’est aux Syriens d’en décider. Je vous ai dit que c’était un processus politique conduit à l’initiative des Syriens. Ce n’est pas nous qui allons nous substituer à eux. On évoque souvent le précédent yéménite qui s’est accompagné d’une amnistie pour les précédents dirigeants… La France pour sa part, j’y ai veillé, a réuni un certain nombre d’éléments de preuves qui permettraient, le cas échéant et le moment venu, de saisir la justice internationale parce qu’il y a eu des crimes contre l’humanité qui ont été commis, c’est une évidence.

Q - Quel est le moteur de l’incitation pour que le régime accepte de…

R - Le moteur, c’est tout ce que nous avons fait depuis des mois et des mois. La pression internationale, est présente. Je ne vais pas vous rappeler tout ce que l’on a fait depuis des mois et des mois, de tentatives, devant le Conseil de sécurité, d’obtention d’une résolution devant l’Assemblée générale avec 137 voix ; le lancement par la France de l’idée du Groupe des amis de la Syrie ; la réunion de Tunis ; la réunion d’Istanbul avec 80 participants ; les déclarations de la Présidence du Conseil de sécurité. C’est donc un processus dont on peut se dire qu’il est dramatiquement lent, compte tenu de la gravité de la situation. Eh bien, c’est comme cela que vont les choses sur la scène internationale.

Nous avons, petit à petit, isolé le régime, fait avancer à la fois, je crois, les Chinois et les Russes ; aujourd’hui il n’est pas complètement exclu que la Russie puisse s’associer à ce projet de résolution au Conseil de sécurité dans les termes que je viens de dire. C’est donc cela le moteur, c’est l’action diplomatique que nous avons menée, c’est la pression que nous avons faite dans le respect de la légalit?? internationale, puisqu’il n’y avait pas pour l’instant de mandat du Conseil de sécurité. J’ai oublié de dire, évidemment la désignation de Kofi Annan et le soutien que nous lui avons apporté, le travail avec la Ligue arabe, etc., etc.

Q - Pensez-vous qu’un régime qui est dos au mur peut accepter les propositions internationales ?

R - Quand vous êtes dos au mur, vous commencez à réfléchir, sauf si vous avez un goût marqué pour le suicide, mais ce n’est pas peut-être quelque chose d’absolument répandu.

Q - Peut-être pas un goût marqué non plus pour les tribunaux militaires...

R - Oui, eh bien, nous exercerons la pression à ce moment-là ; il suffit de montrer qu’on exécute de bonne foi les engagements qu’on a pris. Si on ne les exécute pas, effectivement on se met dans une mauvaise position.

Q - Vous dites qu’il n’est pas totalement exclu que la Russie s’associe à la résolution présentée, est-ce que ce serait un vote positif ou ce serait une abstention ?

R - Hier, dans mon entretien avec Serguei Lavrov, comme je l’ai dit, j’en ai retiré l’idée que la Russie était favorable, d’abord à la poursuite de la mission de Kofi Annan, à la mise en œuvre du plan en six points qu’il a préparé, et, dans cet esprit - qu’il a présenté -, au déploiement d’une mission d’observateurs des Nations unies et de ce que Serguei Lavrov lui-même avait proposé il y a quelques semaines et qu’il appelait le «monitoring mecanism». Donc, sur tout cela, je pense qu’il y a une base d’accord.

À partir de là, vous savez comment cela se passe : la rédaction de la résolution sera pesée à la virgule près, quel sera le degré de sévérité de cette résolution à l’encontre du régime ? Est-ce qu’elle fera appel aussi à l’opposition ? Tout cela va donc être négocié cet après-midi.

J’espère qu’on pourra arriver très vite à une prise de position, parce qu’il faut bien marquer, vis-à-vis du régime, que cette fois-ci ce n’est pas simplement un rapport de Kofi Annan, c’est une résolution du Conseil de sécurité avec une prise de position ferme et une espèce d’ultimatum qui est fixé à la Syrie de se conformer avec les engagements qu’elle a pris.

Q - Est-ce que vous trouvez les Américains assez allants sur la Syrie ? Une grille de lecture ici dit que c’est aussi confortable de pouvoir se cacher derrière le dos de la Russie, de ne pas en faire trop...

R - Ah, je croyais que c’était derrière le dos de la France, qui, elle, est particulièrement allante !

Q - Non, mais, cette analyse peut valoir d’ailleurs pour la France qui est aussi en campagne électorale, peut-être que les...

R - Oh non je ne vais pas… Les déclarations d’Hillary Clinton ont été d’une très grande fermeté sur le dossier syrien, nous avons travaillé main dans la main, participé à toutes les réunions du Groupe des amis de la Syrie, et les entretiens que nous avons eu aujourd’hui, elle et moi, ont montré une très grande convergence de vue. Je ne sens pas du tout de freinage de ce côté-là, au contraire.

Q - Résultat : les massacres continuent quand même...

R - Oui, mais cela je vous ai dit pourquoi, je sais bien que chaque fois que je parle de la Syrie on me dit «les massacres continuent». Que voulez-vous que je vous réponde à cela ? La seule façon d’arrêter les massacres, cela aurait été soit d’obtenir une résolution du Conseil de sécurité avec une intervention militaire et vous savez très bien que c’est impossible ; soit de violer la légalité internationale et de le faire sans mandat. Donc, je n’ai pas de réponse à votre question. Bien sûr que les massacres continuent, bien que ce soit pour nous, comme je l’ai dit, un immense sentiment de frustration, mais voilà on fait ce qu’on peut, et on fait beaucoup. On fait beaucoup et je vous ai rappelé toutes les initiatives que nous avons prises, et peut-être qu’aujourd’hui c’est en train d’ouvrir une porte, enfin un petit coin de ciel un peu moins gris que d’habitude.

Q - Mais qu’est-ce qui fait changer les Russes d’avis alors, pourquoi les Russes...

R - Eh bien, tout le monde change d’avis... d’abord parce qu’on prend conscience de la responsabilité du régime. Quand vous voyez un régime qui en est à dix mille morts, cela commence à vous faire réfléchir ; et deuxièmement quand vous avez face à face les 137 pays de l’Assemblée générale des Nations unies, 80 délégations réunies à Istanbul et la pression de la communauté internationale, cela fait réfléchir. Voilà, je pense, que c’est cela qui a, petit à petit, conduit les Russes là où ils en sont aujourd’hui.

Q - Vous évoquez une mission robuste d’observateurs qui vont jouir de la liberté de mouvement. Pouvez-vous clarifier un petit peu comment cela se traduirait dans la préparation ?

R - Je crois que c’est assez simple...

Q - Est-ce que la mission pourrait être armée ?

R - C’est une mission nombreuse d’abord, c’est une mission bien équipée, qui n’est pas destinée à ouvrir des hostilités militaires naturellement, ce n’est pas une force armée mais qui a la capacité de jouer pleinement son rôle et de ne pas, je le répète, se trouver dans la main du régime pour que ce soit le régime qui décide de l’endroit où elle va, des personnes qu’elle rencontre et des investigations qu’elle mène. Il faut qu’elle ait sa capacité d’action.

À partir de là, ce n’est pas à moi de définir exactement les conditions, il y a pour cela un département des opérations de maintien de la paix aux Nations unies qui est excellemment dirigé par un Français d’ailleurs... qui doit y travailler.

Q - Il y a un modèle auquel vous vous référez dans le passé pour cette mission ?

R - On verra.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 avril 2012

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