Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, notamment sur les réformes de son quinquennat et sur l'immigration, à Saint-Maurice (Val-de-Marne) le 19 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, notamment sur les réformes de son quinquennat et sur l'immigration, à Saint-Maurice (Val-de-Marne) le 19 avril 2012.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Meeting à l'occasion de l'élection présidentielle, à Saint-Maurice (Val-de-Marne) le 19 avril 2012

ti :
Mes chers amis, c’est vrai que je vous fixe des défis de plus en plus considérables. En semaine, en milieu de journée, avec deux jours et vous voilà si nombreux dans cette salle pleine à craquer. Les vacances, la semaine, à une heure dont j’admets bien volontiers qu’elle n’est pas tellement simple pour vous. Je voudrais remercier tous les élus du Val-de-Marne, toute la fédération, remercier toi, Monsieur le maire. Et c’est l’occasion pour moi de vous parler avec mon coeur, de vous parler librement.

Hier, j’étais à Arras avec nos amis du Pas-de-Calais. Demain, je serai à Nice et je veux vous expliquer quelque chose. Le choix, ce sont les Français qui le feront et personne d’autre. Et personne n’imposera aux Français un choix. Les Français… Et on va leur montrer qui sont les Français ! L’autre jour… Merci. L’autre jour, un journaliste aimable et positif – non non… – m’a dit : « Mais au fond, qu’est-ce que c’est ? Qui est ce peuple de France à qui vous voulez parler ? » Eh ben je vais vous dire, je vais vous expliquer ce qu’est le peuple de France. Le peuple de France, c’est un peuple qui, lorsqu’il a des difficultés, les surmontent par lui-même par son travail, par ses efforts, par son mérite… sur sa famille, sur ses proches, sur les valeurs qui sont les siennes avant d’aller tendre la main parce que le peuple de France, celui que je connais, celui dans lequel je me reconnais, il est trop fier et trop pudique quand il souffre pour le dire. C’est le peuple de France.

Le peuple de France que je connais, dans lequel je me reconnais et à qui je veux parler, c’est un peuple à qui il arrive souvent d’être en désaccord et quand il est désaccord, il ne casse pas, il ne proteste pas, il ne manifeste pas, il attend les élections pour, dans les urnes, dire : voilà ce sur quoi je suis d’accord et ce sur quoi je suis en désaccord. Le peuple de France… il aime son travail… de sa ville et de son terroir. Le peuple de France que je connais et dans lequel je me reconnais, il a compris une chose depuis bien longtemps, c’est qu’il a son histoire familiale et que celle-ci s’inscrit dans une histoire plus grande que sa famille encore qui est une histoire collective. Il s’inscrit dans la tradition, dans l’histoire de la France. Il se dit que la France n’est pas un pays comme les autres, qu’il est lui-même l’héritier de cette France de CHATEAUBRIAND, de Victor HUGO, de cette France de Jeanne d’ARC et de de GAULLE. Il s’inscrit dans le continuum de cette histoire et il dit : « Nos ancêtres, nos aïeux, nos grands-parents, nos parents nous ont laissé ce pays où il fait bon vivre. Nous voulons le transmettre avec notre mode de vie, nos idées, nos valeurs à nos enfants. Nous ne voulons pas qu’on change cela. »

Le peuple de France, celui dans lequel je me reconnais et à qui je veux parler ignore toute forme de sectarisme. Il ignore toute forme de sectarisme parce qu’il sait que sur le sectarisme, on ne construit rien. … Il veut être respecté le peuple de France mais il respecte les autres. Il considère que le président de la République doit être le président de ceux qui ont voté pour lui et de ceux qui n’ont pas voté pour lui. Il considère que la République est au-dessus de tout, le peuple de France, qu’elle n’appartient à aucune famille politique, à aucune secte et à aucun clan. Il déteste quand on est sectaire. Le peuple de France, il n’aime pas l’injure, il est courtois, il aime la politesse et il aime le respect. Voilà le peuple de France à qui je veux parler.

Le peuple de France, il ne se reconnaît pas dans une radio de service public où, lorsqu’on donne la parole à un auditeur, il insulte celui qui est l’invité de la radio de service public. Il ne se reconnaît pas dans ces valeurs. Le peuple de France, il considère que quand on est une radio ou une télévision de service public, on doit parler à tous les Français, respecter tous les Français et ne jamais donner la parole à quelqu’un qui pourrait choquer une partie des Français parce que c’est avec l’argent du contribuable que l’on finance l’audiovisuel du service public. Le peuple de France considère qu’il est normal, en démocratie, que l’on critique, que l’on pose des questions mais il est exaspéré par le systématisme et une forme de dictature des esprits que représente la pensée unique et le militantisme comme jamais on n’en a vu dans l’histoire de notre pays.

Alors, qu’est-ce qu’il attend le peuple de France ? Il attend qu’on réponde aux souffrances et aux questions qui se posent. L’autre jour, j’étais dans cette radio et un reportage était fait sur les militants de l’UMP, cher Jean-François. Et tout à fait au hasard, avec le souci de l’apaisement et de la mise en valeur que l’on connaît et que l’on vit et qui nous va très bien et pour lequel, naturellement, je ne prononcerai pas un mot au risque d’être accusé de ne pas être démocrate car, naturellement, vous avez compris, bien sûr, qu’il faut faire très attention à ce qu’on dit. Il y avait une dame militante de notre famille politique qu’on interrogeait et, au hasard, on l’avait choisie où ? En Seine-Saint-Denis, cher Éric RAOULT. Et cette dame a dit quelque chose qui m’a touché. Je ne me reconnais pas dans ses mots mais je lui reconnais le droit de le dire. Elle a dit : « Monsieur le président, on n’en peut plus. On n’en peut plus parce qu’on a peur et ce sont toujours les mêmes qui nous font peur. » Et la personne qui l’interrogeait dit : « Mais qui sont… ? » Et on voit bien la ficelle qui n’était pas une ficelle mais un câble, un câble qui n’était pas un câble mais un immeuble et un immeuble qui n’était pas un immeuble mais une arrière-pensée qui était devenue une pensée. On voulait me servir sur un plateau une déclaration, naturellement. Et elle dit, cette femme : « Mais enfin, vous savez très bien que ce ne sont pas des Portugais. »

Je veux répondre à cette femme et je voudrais, devant vous, le dire et je le fais devant la presse pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Ces mots exprimés par cette femme ne sont pas les miens et sans doute que quand on les regarde avec une longue jumelle, quand on n’habite pas dans ces villes, quand on ne met pas ses enfants dans des écoles qui sont devenues ghettos, on peut juger sévèrement cette femme. Mais, moi, je conteste qu’on donne des leçons à cette femme quand on habite dans les quartiers où il n’y a aucune violence et quand on met ses enfants dans les écoles qui sont privilégiées. La gauche caviar n’a aucune leçon à donner au peuple de France et à cette femme ! Voilà la vérité ! Elle est là la vérité ! Parce que quand on souffre, mes chers amis, on a le droit d’exprimer cette souffrance et moi, j’ai le droit de dire à cette femme : je ne me reconnais pas dans cette expression, dans cette réponse mais je me reconnais un devoir, celui de répondre à cette souffrance parce que si nous, les républicains, nous ne répondons pas à cette souffrance, alors ce ne sera pas la peine de verser des larmes de crocodile quand cette femme nous aura quittés pour s’abstenir ou pour voter pour les extrêmes. Voilà la réalité du débat politique.

Tous ces gens qui ne pensent qu’à leur image et pas à la souffrance des Français. Que lui dire à cette femme si ce n’est lui dire de bien réfléchir à une chose : pendant deux septennats, François MITTERRAND a pu prospérer parce que des gens, des braves gens qui souffraient ont cru qu’ils pouvaient voter pour Jean-Marie LE PEN. Et le vote pour Jean-Marie LE PEN, ça a été un vote qui a permis à François MITTERRAND et aux socialistes de durer deux septennats. C’est la vérité. Elle n’est pas ailleurs ! Et le vote pour Marine LE PEN favorisera François HOLLANDE. Si vous voulez la politique des socialistes, votez pour le Front national. C’est une vérité qu’il convient d’entendre et d’accepter. Tous ces gens qui souffrent et qui ont envie de renverser la table, je veux leur dire : renverser la table ne résoudra aucun de vos problèmes, n’apaisera aucune de vos souffrances parce que la table, vous ne la renverserez pas sur ceux qui sont coupables ou responsables, vous la renverserez sur vous-mêmes. L’extrême, les solutions extrêmes sont des mensonges et le mensonge n’a jamais allégé les souffrances de quiconque.

Mais, mes chers amis, si nous commençons, nous, les républicains, à contester à cette femme le droit d’exprimer sa souffrance, alors sa colère sera si grande qu’elle ne réfléchira plus. Si on conteste les souffrances, à ce moment-là, celui qui est contesté dans son identité ne répond plus, il réagit. Voilà pourquoi c’est une responsabilité qui pèse très exactement sur nos épaules. Souvenez-vous de ce qui est arrivé à Lionel JOSPIN lorsqu’il a contesté la peur des Français face à l’insécurité. Les Français ne lui ont pas reproché de ne rien avoir fait pour améliorer la sécurité, ils lui ont reproché d’avoir contesté l’expression même de cette souffrance. Nous devons parler à cette souffrance. Nous devons y répondre. Nous devons poser les éléments d’un nouveau modèle français. D’un nouveau modèle français ! Pourquoi ? Parce que ceux de nos compatriotes qui souffrent se disent : y a-t-il une réponse ? Y a-t-il une possibilité de changer les choses ou sommes-nous condamnés ? Cette réponse, elle s’adresse à nous comme aux autres. Moi, je ne me contente pas d’avoir tout fait pour protéger la France pendant quatre ans. Ça ne suffit pas ! Il faut que dans les cinq années qui viennent, on aille plus loin pour construire ce nouveau modèle français.

Mais je pose cette question-là à chacun d’entre vous : dans les quatre années que nous avons vécues, imaginez la situation de notre pays, imaginez celle de votre famille si je n’avais pas décidé, envers et contre tous, de faire la réforme des retraites. Entendez ce qu’a décidé le gouvernement espagnol hier. Après sept années de gouvernement socialiste en Espagne, les frais de santé ne seront plus remboursés de la même façon, les bourses des étudiants seront diminuées, la valeur des retraites sera diminuée. C’est l’Espagne, un grand pays juste à côté de nous dont il y a quelques années on louait le développement. Imaginez, si nous n’avions pas fait cette réforme des retraites, si j’avais cédé, si j’avais reculé devant la pression de la rue, c’est vous qui, aujourd'hui, payeriez le résultat d’une lâcheté que je me suis interdite parce que quand on est président de la République, on protège son pays et ses concitoyens. Voilà la réalité !

Vous habitez ce département. Tous – je peux regarder les visages un par un –, vous avez construit votre famille, vous avez travaillé un nombre d’heures incalculable. Parfois, vous avez mis un genou à terre parce que la vie est cruelle pour chacun. Ça c’est la véritable égalité. Sur une vie, il y a beaucoup plus de moments où il y a des souffrances que de moments où il y a des facilités. Mais vous avez construit une famille, vous avez, par votre travail, constitué une épargne et vous essayez, de toutes vos forces, de faire que vos enfants, demain, pourront commencer d’un peu plus haut dans la vie que ce que vous, vous avez connu à l’époque. Cela c’est une réalité.

Si, en tant que président de la République, je n’avais pas engagé un plan de sauvetage des banques au moment où le monde menaçait de basculer dans la tourmente, au moment où deux des cinq premières banques américaines ont fait faillite, je me suis rendu à Toulon, j’ai fait le discours de Toulon et j’ai dit : « Pas un seul d’entre vous – vous m’entendez ? –, pas un seul d’entre vous ne sera ruiné, ne sera obligé d’aller à la banque pour retirer une épargne parce qu’il n’a plus confiance. » Nous avons mis en place un plan de soutien aux banques, pas pour les banques mais pour vous parce que c’était votre épargne, c’était l’argent de votre travail, c’était ce que vous aviez construit, bâti qu’il fallait sauver. À ce moment-là, l’aimable Ségolène ROYAL a dit : « Il vous ment. » Nous sommes trois ans après le plan, pas un seul d’entre vous n’a perdu son épargne, pas une banque n’a fait faillite. Et mieux, la France est le seul pays d’Europe où le plan de soutien aux institutions bancaires non seulement n’a rien coûté au Trésor public mais a rapporté de l’argent au Trésor public. Qui a menti ? Eux ! Qui a eu raison ? Nous !

J’ai voulu mettre un terme à une fatalité – et après cinq ans de l’honneur que vous m’avez fait de diriger la France –, à une fatalité qui pesait sur tant de gouvernements de droite et du centre, reculer. Parce que la tradition avait été prise de reculer non pas parce que la souffrance qui s’exprimait était forte mais parce que la capacité de nuisance de ceux qui manifestaient était intolérable pour l’économie française. Combien de fois, depuis combien de temps, dans combien de réunions n’ai-je entendu nos amis, nos militants, nos sympathisants, nos électeurs dire : « Pourquoi avez-vous cédé ? Pourquoi avez-vous reculé ? Les manifestants n’étaient qu’une minorité par rapport à soixante-cinq millions de Français ! » Après cinq années comme chef de l’État, je peux regarder chacun d’entre vous ! Jamais je n’ai reculé, jamais je n’ai cédé quand je pensais que l’intérêt général était en cause !

Et vous, mes chers amis, habitants de Paris, de la région parisienne et de ce département du Val-de-Marne, combien de fois avez-vous éprouvé la colère de l’impuissance quand vous étiez pris en otages de conflits qui ne vous concernaient pas, que le métro était bloqué, que le RER ne circulait pas, que les trains étaient arrêtés et qu’à l’école, alors que vous travaillez à deux dans un couple, on refusait de prendre vos enfants parce qu’on avait décidé de faire une grève ? Eh bien c’est fini depuis que je suis chef de l’État parce qu’il y a un service minimum dans le métro, un service minimum dans le RER, un service minimum dans les trains et un service minimum dans les écoles de la République ! Voilà ce qui a changé !

Jacques, depuis combien de temps n’ai-je entendu – et tu le sais bien – dans nos réunions qu’on nous disait : « Mais pourquoi ne faites-vous pas l’autonomie des universités ? » Le mot même, on avait l’interdiction de le prononcer. « Pourquoi cédez-vous ? Pourquoi pas le service minimum ? Pourquoi toujours céder à ceux qui ne partagent pas nos convictions ? » Nous avons voulu la réforme des universités et là l’autonomie des universités. Ça a été un an de conflit. Aujourd'hui, la totalité des universités de France, la totalité autonomes. Il a fallu simplement faire preuve de courage, de fermeté et tenir et non pas céder avant même que l’on descende dans la rue pour manifester. Voilà ce qui a changé dans notre pays !

Je recevais une personne pour qui – ancienne syndicaliste – j’avais beaucoup de considération. Elle me disait : « Vous savez, chez les syndicalistes, ce qui a changé ? C’est qu’ils se disent, quand ils rentrent dans votre bureau : il ne cédera pas. » Et ça change tout quand on doit négocier, ça change tout quand on doit discuter. Mais je veux m’expliquer là-dessus parce que je veux vous dire pourquoi j’aurai recours au référendum dans les cinq années qui viennent. Pour discuter, il faut être deux. Lorsqu’au moment des retraites, la totalité des organisations syndicales m’a indiqué qu’il n’y avait rien à discuter puisqu’on niait même l’allongement de la durée de la vie, qu’aurais-je du faire ? M’asseoir autour d’une table, on se regarde et on conclut. On fait comme on a dit. Oui, mais il y en a toujours un qui dit : « Nous, on n’a rien dit. » Mais ce n’est pas grave, on continue quand même et on se donne rendez-vous pour dans deux mois, pour dans quatre mois, pour dans six mois. Mais dans le même temps, ça aurait conduit quoi ? À laisser la facture d’une génération à nos enfants parce que notre génération n’aurait pas eu le courage de régler ses additions. Voilà la réalité.

Alors j’ai dit que je ferais appel au référendum s’il y avait blocage. Je vais prendre deux exemples devant vous. L’immigration. Alors il ne faut pas en parler. Un certain nombre de censeurs ont décidé qu’on n’en parlerait pas, que prononcer le mot est en soi déjà la preuve d’une forme de culpabilité. Mais, est-ce que vous croyez que les Français sont si sots qu’ils ne comprennent les choses ? Je sais d’où je viens, je sais qui je suis. Jamais je ne plaiderai pour la fermeture de la France. Jamais je ne viendrai vous expliquer qu’il faut montrer du doigt, qu’il faut avoir peur, qu’il faut détester, qu’il faut rejeter. Moi, je plaide pour la France forte, pas pour la France faible. Donc, une France forte, c’est une France qui est confiante, qui est ouverte et qui accueille. Mais je dis avec la même force que je n’accepte pas qu’on nous empêche de parler de ce sujet comme des républicains et comme des humanistes. Et je le dis devant mes amis parlementaires quelles que soient vos origines, l’immigration, oui. Mais je veux dire que l’immigration peut aussi être un problème et j’explique. Pourquoi, d’après vous, le système d’intégration à la française ne marche plus ? Pour une raison simple que personne n’a le courage de dire, c’est que quand on accueille trop de monde, on ne peut plus les intégrer. Voilà la vérité.

Et cette vérité, elle pèse sur qui ? Elle pèse d’abord sur ceux qu’on a accueillis et à qui on a menti parce qu’on n’a pas de logements, pas d’emplois et pas d’écoles pour intégrer leurs enfants. Le mensonge, c’est aussi autre chose. Je ne peux pas dire aux Français : « Attention, il y a un déséquilibre de nos comptes publics. Il faut faire des économies. » Et dans le même temps, je ne peux pas accepter une immigration qui ne serait motivée que par l’espérance de toucher des prestations sociales parmi les plus généreuses du monde. C’est un sujet qui est incontournable ! Tous les candidats à la présidence de la République devraient dire aux Français : « Voilà, dans les cinq ans qui viennent, quelle sera la politique en la matière ? Qu’est-ce que nous voulons ? » D’un côté, quelqu’un qui dit : « Détestez, craignez, refusez. » Ce ne sera jamais mon discours. De l’autre, quelqu’un qui dit : « Nous accepterons tout le monde, nous régulariserons tout le monde et de surcroît, nous donnerons le droit de vote à ceux qui, pourtant, ne sont pas des citoyens français. »

Notre politique : je diviserai par deux le nombre de personnes dans les cinq années qui viennent que nous accueillerons. Pourquoi ? Parce que je veux que la machine à intégrer refonctionne, parce que je veux que la France soit vraiment accueillante et qu’elle ne fasse pas semblant d’accueillir des gens qu’elle laisse rentrer et ensuite, qu’elle parque, qu’elle parque dans des ghettos, des ghettos des écoles ou des ghettos des quartiers. Je ne veux pas de cette réalité. Cette réalité-là ne peut pas durer. Alors, comment ferons-nous ? Osons les choses ! Est-ce que ça a un sens de vouloir entrer dans un pays, être intégré dans un pays si on ne sait pas, si on ne connaît pas, avant d’entrer dans ce pays, les valeurs de sa République et la connaissance de sa langue ? J’imposerai donc dorénavant à toute personne qui veut rentrer sur notre territoire d’apprendre le Français et les valeurs de la République avant même que d’être accueilli sur le sol de la République française.

J’ajoute un mot à ce point : les frontières ne sont pas l’expression d’un fantasme de personnes qui voudraient être protégées. Imaginez un peu, pourquoi êtes-vous si accueillants chez vous ? Parce que vous êtes sûrs d’être titulaires du bail de location ou d’être titulaire du titre de propriété de l’appartement ou de la propriété. Mettez-vous dans une situation différente, imaginez que l’endroit où vous habitez, vous et votre famille, la seule façon de le défendre serait la force parce qu’il n’y a pas de reconnaissance d’un cadastre ou d’une propriété. Il n’y a pas un seul pays qui peut être assuré s’il n’a pas de frontières. Regardez les grands pays du monde qui réussissent, ils ont une frontière, ils ont une identité. La propriété, le cadastre, la frontière rassure et permet l’expression d’une volonté d’accueil. Si on est contesté dans sa propre propriété, alors on n’a que le refus, le rejet et la force pour essayer de se défendre. C’est une erreur de considérer que la frontière n’existe pas. Si nous avons voulu construire l’Europe, c’est pour que nos frontières soient mieux défendues, pas qu’elles soient moins bien défendues. Eh bien je revendique pour la France le droit de dire : si, dans un an, ils n’ont pas garanti les frontières de l’Europe, si ça continue entre la Grèce et la Turquie – cent quinze kilomètres, pas un contrôle, pas un douanier, pas une règle –, eh bien la France rétablira unilatéralement les contrôles ciblés à ses frontières et suspendra l’application de Schengen.

Ce n’est pas… parce que je refuse l’Europe, c’est au contraire parce que je suis Européen. L’Europe, c’est un idéal humaniste. L’Europe a été faite, pourquoi ? Pour défendre la civilisation européenne, pas pour la détruire. Si nous avons décidé de mettre en commun nos frontières, c’est pour les défendre ensemble, pas pour qu’il n’y ait plus de frontières ! Imaginez un peu les pays qui réussissent. Voyez-vous les États-Unis qui refusent de défendre leurs frontières, alors que quand on va dans ce pays magnifique, on voit sur une maison sur deux le drapeau des États-Unis parce qu’ils sont fiers, parce qu’ici, ce sont les États-Unis et que les États-Unis, ça compte dans le coeur d’un Américain. Est-ce que vous pensez qu’en Chine ou au Brésil, l’identité brésilienne ou l’identité chinoise, ça ne compte pas ? Eh bien la France dit : nous voulons adapter au monde d’aujourd'hui mais nous voulons conserver nos valeurs, notre identité et notre mode de vie et nous voulons décider par nous-mêmes de qui peut rentrer sur notre territoire et de qui ne doit pas rentrer sur le territoire de la République.

Dire cela… Je le dis ici, dans le Val-de-Marne parce que je sais que ces questions se posent dans nos quartiers, dans la région parisienne comme à Paris, je sais que nombreux se disent : est-ce qu’il nous abandonne ? Est-ce qu’on lui dit ce qui se passe sur le terrain ? Est-ce qu’on connaît la réalité ? J’ai été l’autre jour dans votre, dans le département de la Seine-Saint-Denis et j’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont dit ça : « Nous souffrons, nous n’en pouvons plus de cela. » C’est à eux que je veux parler. C’est à eux que je veux dire qu’il n’y a pas de fatalité. Je n’accepte pas d’ailleurs qu’on mette en cause la République française après l’effort gigantesque de la société française pour la rénovation urbaine. Et je n’accepterai aucune leçon d’une gauche qui avait paupérisé les banlieues et laissé tomber les banlieues dans un état absolument lamentable avec pas un centime d’investissement ni pour les immeubles ni pour les transports en commun. C’est la réalité ! Mais je veux m’adresser à ceux qui habitent dans les villes dont vous êtes maires, dont vous êtes parlementaires, qui habitent dans vos départements en leur disant : « Aidez-nous à défendre ces idées, à porter ce débat. » Il y a une chape de plomb ! Je l’ai dit moi-même !

Quelle est l’image que peut avoir cet enfant de famille immigrée lorsque sa mère ne parle pas un mot de français, ne peut pas dialoguer avec son instituteur, l’instituteur de son enfant, ne peut pas lire la moindre lettre de l’école de son enfant et est claquemurée entre les quatre murs du petit appartement parce qu’elle n’a pas de travail, qu’elle ne parle pas français et qu’on veut la laisser dans un état de dépendance et d’esclavagisme ? Quelle image cet enfant aura-t-il de sa mère, de l’autorité de ses parents et de la société française qui a laissé une femme qu’on a accueillie dans cette situation-là ? Où sont les vrais généreux ? Où sont les humanistes ? Où sont ceux qui défendent les valeurs de la République ?

Oh ! Comme c’est facile ! Je me regarde dans un miroir. Rentrez, il n’y a pas de problème. Et une fois que vous êtes rentrés, je ne m’occupe ni de vos enfants ni de vous-mêmes. Rentrez, bien sûr, il n’y a pas de problème ! La République est généreuse ! Généreuse avec qui ? Avec l’argent des autres ! Mais la poche du contribuable, elle n’est pas inépuisable et le contribuable en a plus qu’assez qu’on dépense cet argent à ses dépens ! Et quelle est la générosité et quelle est la République qui dit : peu importe, rentrez, ça n’a aucune importance. Portez le voile, portez la burqa, on s’en moque ? Eh bien c’est une trahison de la République française ! Rentrez ! Rentrez ! On s’en moque ! Il y avait, dans d’autres pays, la tradition que les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes horaires dans les piscines. Eh bien chez nous, les femmes et les hommes ont les mêmes horaires dans les piscines municipales et nous n’avons pas l’intention de changer cela ! Et puisqu’il faut mettre les points sur les i, dans les cantines scolaires, les menus sont les mêmes pour tous les enfants de la République parce que la République est laïque ! Et si ça ne suffit pas, dans les hôpitaux, ce sont les mêmes médecins pour les hommes et pour les femmes parce qu’en France, dans la République française, hommes et femmes, c’est l’égalité stricte ! Voilà le message de la France et de la République !

Et je dénie à quiconque le droit de nous donner des leçons d’humanisme ou de République ou même de générosité. Ce sont des Tartuffe parce que le mensonge n’est pas la générosité, parce que l’image n’est pas la réalité, parce que l’égalité, ce n’est pas un mot qu’on prononce, c’est une réalité. Et cette égalité, ça consiste à dire que les gens que nous allons accueillir, nous les intégrerons, que nous leur connaîtrons des droits et que nous leur imposerons des devoirs à la hauteur des droits que nous leur reconnaîtrons parce que s’ils sont sur le territoire de la République, ils respecteront les règles de la République. Et à ce moment-là où les républicains se seront réveillés, qu’ils auront eu le courage de parler aux habitants de nos quartiers, de nos villes et de nos banlieues, à ce moment-là, la question du vote extrême ne se posera pas parce qu’il passera pour ce qu’il est, ridicule, déplacé, contraire aux valeurs de la République. Voilà la vérité ! Voilà le message ! Voilà ce que nous devons dire aujourd'hui !

Mes chers amis, je veux aussi dire un mot d’une valeur qui est pour nous essentielle, le travail. Le travail est central ! L’autre jour, je participais à une émission de télévision et je voyais un reportage sur la France. On l’avait choisi tout à fait au hasard. C’est une image très valorisante, vous l’imaginez : un homme qui avait envoyé deux mille cinq curriculums vitae et qui était au chômage depuis trois ans. Un homme pris au hasard, bien sûr, naturellement. Il n’y avait absolument aucune arrière-pensée derrière tout cela. Mais derrière cette réalité, il y avait quelque chose et je me suis dit : pauvre homme ! Parce qu’il peut en envoyer cinq mille des curriculums vitae. Quelle confiance lui restera-t-il ? À aucun moment on ne s’est posé la question de faire un diagnostic de compétences et de dire au fond : cet homme, il n’était pas dans le secteur, il faut le réorienter, il faut lui donner une nouvelle chance. Mais la nouvelle chance qu’on lui donne, ce n’est pas une indemnité pour survivre, ce n’est pas une allocation pour déprimer chez lui, c’est une formation pour apprendre et exercer un métier. Voilà la réalité telle qu’elle est.

Au lieu de lui demander d’envoyer deux mille cinq cents curriculums vitae en pure perte, on aurait mieux fait de lui proposer une formation professionnelle pour vivre dignement. Eh bien je ferai, avant la fin de l’année 2012, un changement considérable qui sera la reconnaissance pour chacun d’entre vous d’un droit à la formation professionnelle quel que soit votre âge, quelle que soit votre situation. Et je veux que ce droit soit reconnu également pour la mère de famille qui a fait le choix d’élever seule ses enfants. On ne va pas le lui reprocher. Il y a des femmes – et c’est leur droit – qui ont fait le choix de se consacrer à l’éducation de leurs enfants. Mais après quinze ans à éduquer ses enfants et à s’en occuper, quelle chance a-t-on de retrouver un emploi, alors que, naturellement, on a perdu de la confiance professionnelle en soi ? Elle a le droit, cette femme, à une formation professionnelle. Elle a le droit à une nouvelle chance. Je demanderai donc que désormais, les chômeurs ne soient plus indemnisés pour rester chez eux mais rémunérés pour suivre une formation et que cette formation soit obligatoire pour chacun de ceux qui n’ont aucune chance de retrouver un emploi dans le secteur qui est le leur. Mais mieux, Michel, je veux qu’une fois cette formation acquise, nul n’ait le droit de refuser une offre d’emploi qu’on lui propose.

Naturellement, c’est un changement considérable. Naturellement, Christian, Michel, il y aura des oppositions. Mais je n’ai pas l’intention de passer des années à faire une fausse concertation. Je comprends parfaitement que telle ou telle organisation aura du mal à accepter la réforme d’un pactole de trente-cinq milliards d’euros – disons les choses – dont une partie sert au financement de certaines organisations. Alors, ce que je ferai, c’est très simple, je vous ferai juges, c’est vous qui déciderez et je poserai deux questions aux Français à ce moment-là, avant la fin de l’année 2012 : êtes-vous d’accord pour un nouveau droit à la formation professionnelle quel que soit l’âge et êtes-vous d’accord pour que celui que la société a pris la peine de former soit obligé d’accepter l’offre d’emploi qui correspond à cette formation ? Vous serez juges et vous trancherez. C’est le peuple français, en quelque sorte, qui sera le garant de mes engagements.

Mes chers amis, c’est une campagne comme sans doute je n’en ai jamais menée et c’est un engagement comme sans doute je ne me suis jamais engagé. La conception extraordinaire de l’égalité à la française, c’est neuf contre un. Et en plus, il ne faut pas se plaindre. Je passe dans des émissions à des heures extraordinaires entre deux personnes que je ne connais pas d’ailleurs, qui viennent tous les cinq ans comme une forme de Festival de Cannes qui s’arrête et qui ne recommencera pas. C’est une démocratie formelle qui étonne le monde entier et que même les Français regardent avec beaucoup de scepticisme. Quels sont certains des personnages à qui on donne des temps de parole extraordinaires qu’on n’a pas vus avant, qu’on ne reverra pas après ? Quelle curieuse façon d’exprimer la démocratie ! Mais je me suis soumis à cette règle et ce n’est pas ce qui m’empêchera de courir le plus vite possible l’épreuve à laquelle on m’a…

Mais quand même, moi, je veux vous dire une chose quand même, cinq semaines à ce rythme, neuf contre un. Quand je pense qu’on a dit que c’est moi qui maîtrisais les médias. Qu’est-ce que ça serait si je ne les maîtrisais pas ? Qu’est-ce qu’ils diraient et qu’est-ce qui se passerait ? C’est la règle, je l’accepte bien volontiers. Mais je veux vous dire une chose, je veux vous remercier et saluer la lucidité du peuple français qui, partout, sur notre territoire, remplit nos salles comme jamais je ne l’ai vu, manifeste un enthousiasme comme jamais je ne l’ai entendu, qui refuse de baisser la tête, qui refuse de se décourager et qui va donner une leçon à tous ces gens comme jamais ils n’en ont reçu une avant !

Hommage soit rendu à votre courage, à votre sang-froid, à votre liberté de penser, de croire et de parler. Jamais on n’a vu de telles forces mises en avant et malgré tout, oui, moi, je sens, je sens le peuple de France exaspéré et à un point qu’on n’imagine pas dans certains milieux et dans certaines élites. Je sens le peuple de France qui dit : on ne me volera pas cette élection, on ne m’imposera pas un choix dont je ne veux pas parce que nos idées sont les bonnes, nos valeurs sont justes et parce que ce que nous voulons, c’est la France dont nous avons rêvée, pas la France qu’on voudrait nous imposer !

Je mène une campagne au plus proche de vous. Je mène une campagne en disant vraiment du fond de mon coeur ce que je pense et ce que je ferai et je le fais avec, dans moi, la volonté de vous dire à quel point j’aime notre pays, à quel point je mesure l’honneur qui a été le mien de conduire les Français, à quel point je veux dire aux Français combien j’ai ressenti cet honneur comme une charge mais aussi comme peut-être la période de ma vie où j’ai donné le plus. On me dit parfois : « Il faut dire aux Français que tu les aimes. » Moi, je pense que l’amour n’est pas une question de mots ou de phrases. L’amour, il se prouve. Et ma façon de vous prouver mon attachement, mon affection et mon amour pour le pays, c’est de m’engager dans cette campagne comme je m’engage, pas chaque jour, chaque minute, pas chaque minute, chaque seconde de toutes les forces dont je suis capable parce que je sais depuis bien longtemps que notre énergie, notre unité, notre rassemblement renversera les montagnes, les montagnes de papiers qu’ils veulent dresser devant vous, devant nous, devant moi ! Ils n’y réussiront pas parce que nous avons un idéal, nous avons des convictions ! Nous sommes le peuple de France ! Et le peuple de France, dimanche, il donnera sa réponse à tous ! Vive la République et vive la France !


Source http://www.lafranceforte.fr, le 20 avril 2012

Rechercher