Déclaration de M. François Hollande, député PS et candidat à l'élection présidentielle 2012, sur l'enjeu du vote au premier tour de l'élection présidentielle, Charlevielle-Mézières le 20 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, député PS et candidat à l'élection présidentielle 2012, sur l'enjeu du vote au premier tour de l'élection présidentielle, Charlevielle-Mézières le 20 avril 2012.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Parti socialiste (PS), candidat à l'élection présidentielle de 2012

ti : Mesdames, Messieurs, chers amis, je cherchais pour terminer cette campagne un endroit symbolique. Je voulais la plus belle place de France. Je voulais le département le plus ouvrier de France. Et je voulais une région dirigée par un Socialiste, mais là où il y avait eu des promesses qui n’avaient pas été honorées par le candidat sortant. J’ai donc choisi Charleville, plus belle place de France ! Les Ardennes, département ouvrier ! Et la région Champagne-Ardenne, là où Nicolas Sarkozy a exprimé en 2007 un discours et là où, président sortant, il aura en définitive scellé son échec. Je voulais venir devant vous presque à l’improviste. Vous n’avez été prévenus que depuis 48 heures. Et en plus, je n’ai pas grand temps car la campagne se termine à minuit. Donc nous sommes ensemble encore pour cinq ou six heures ! Pour qu’aucun argument ne vienne à manquer. Je sens comme vous un mouvement, secret, dans le pays. Un mouvement puissant, un mouvement ferme, un mouvement décidé, un mouvement vers le changement : celui qui va commencer le 22 avril et qui va se clore le 6 mai par notre victoire !

Ce mouvement, ce sont les Français qui vont en décider. Non pas du sens et de la direction – je leur fais confiance –, mais de son ampleur. Et tout l’enjeu du premier tour ce n’est pas de savoir quel va être l’ordre d’arrivée, le classement. Non, l’importance que j’attache à ce premier tour c’est de me donner la force nécessaire pour qu’il n’y ait plus de doute, plus d’inquiétude sur ce que va produire ensuite le second tour de l’élection présidentielle.

Dans une élection présidentielle, il ne s’agit pas simplement d’exprimer une préférence, un choix, un sentiment pour attendre au second tour de décider du prochain président de la République. Non ! Dans un scrutin aussi majeur qu’une élection présidentielle, dans un contexte aussi grave pour notre pays, dans un instant aussi majeur pour l’Europe, la décision que vous allez prendre dès le premier tour, c’est de dire qui vous voulez comme président de la République.

J’ai compris qu’ici vous aviez déjà fait votre avis ! Mais il y en a tant d’autres qui hésitent encore, qui veulent le changement – et ils sont de bonne foi. Ils se disent « nous voulons au second tour prendre la décision, mais nous ne sommes pas forcément obligés de nous déplacer au premier ». Quelle illusion ! Quelle erreur ! Quelle perte de mémoire ! Quelle absence de références ! Combien de fois nous avait-on dit qu’en 2002 c’était sûr, qu’il n’y aurait que deux candidats ? Et qu’avons-nous vu surgir il y a dix ans ? Et si aujourd’hui les conditions sont différentes, si tout semble acquis pour le second tour, qu’en savons-nous quand il y a tant de colère, tant de misère, tant de découragement ? On me dit : « Mais les sondages vous sont favorables ». Je ne m’en plains pas, mais je finis par m’en accabler. Parce que si ces sondages, finalement, démobilisaient les nôtres, s’ils laissaient penser qu’en définitive tout serait acquis avant même que nous n’allions voter, eh bien ce serait le dernier ressort de la Droite pour ressurgir ! Je me demande même parfois si – mais il faut avoir les idées mal placées, je ne les ai pas –, si ces enquêtes d’opinion n’encourageraient pas la démobilisation des nôtres pour justifier la mobilisation des autres. Ne laissez pas faire ! Si vous voulez gagner, eh bien c’est tout de suite qu’il faut prononcer votre choix.

Je sais bien que je ne suis pas le seul à gauche à affirmer l’exigence de changement, qu’il y a des colères que d’autres autant que moi peuvent porter, qu’il y a des protestations, des revendications – qu’il est nécessaire, même, d’exprimer. Mais la différence entre les autres candidats de Gauche que je respecte et ce que je porte comme candidat de rassemblement dès le premier tour, c’est que je suis le seul capable d’être au second tour, de battre la Droite et de porter une espérance de changement !

La Droite d’ailleurs aime tellement en ce moment la Gauche qu’elle voudrait la diviser ! Séparer une Gauche qui serait celle de la colère d’une Gauche qui serait celle de la gestion. Une Gauche qui serait celle de la résistance et une autre, de la conquête. Une Gauche qui serait celle de l’idéalisme et une autre qui serait celle de l’opportunisme. Ce serait tellement simple pour la Droite si la Gauche était divisée, séparée, éclatée, fragmentée. Eh bien je vous le dis ici, dans les Ardennes, terre de gauche : nous serons rassemblés, nous serons unis au premier tour, au second tour ! Et rien ne nous détournera de cet objectif.

Si je suis venu ce soir devant vous, c’est pour lancer un appel. L’appel, d’abord, au vote. Il y a encore trop de nos concitoyens écrasés par une vie sans espoir, par le doute sur la capacité de la politique, rongés par l’idée qu’en définitive le bulletin de vote ne servirait plus à rien, que la force des marchés, du capitalisme, de la finance, serait bien supérieure à la politique, à la démocratie, à la République. Nous en connaissons tous de ces proches, de ces voisins qui se détournent du scrutin. Eh bien c’est ceux-là qu’il faut aller chercher aujourd’hui et demain, et jusqu’au dernier instant ! Leur dire la fierté qui doit être la leur d’être citoyens français et donc de prendre part, dans la République, à la construction de notre destin commun. C’est le jour du vote que chacun est à égalité l’un avec l’autre. Un vote est un vote. Il n’y a pas d’un côté les puissants, et les humbles. Ce qui compte, ce n’est pas d’être les plus riches au moment du vote, c’est d’être les plus nombreux. Et vous êtes les plus nombreux !

J’appelle aussi au sursaut républicain. Souvent, pour les mêmes raisons – découragement, désœuvrement – il y a tant de nos concitoyens, républicains pourtant, qui se détournent de nos valeurs et vont chercher vers l’extrême-droite un refuge, un repli, une rancœur, une rancune – s’en prenant aux plus faibles au lieu de s’en prendre aux plus forts, allant chercher l’étranger comme cause de nos malheurs. Eh bien nous devons dire à ces Français-là qu’ils doivent avoir de la mémoire et que jamais – je dis bien jamais – dans notre histoire l’extrême-droite n’a été capable de relever la France. Au contraire, elle l’a abaissée, abîmée, amoindrie. Et donc si l’on est français, fier d’être citoyen, si l’on est ouvrier, conscient de son destin, si l’on est jeune avec la volonté farouche de défendre ses libertés, on ne vote pas pour l’extrême-droite : on vote pour la République !

Je suis venu lancer un appel aussi à la méfiance. Il y a ce climat que je décrivais, qui est à la fois notre bonheur. Nous sommes rassemblés, nous avons conscience aujourd’hui d’être portés plutôt par des vents favorables. Et comme le disait Jean-Paul, même dans l’adversité climatique, chaque fois que je m’exprime, le ciel s’éclaircit. Tout cela, ce sont de bons présages ! Mais j’ai appris à me méfier de l’euphorie. Cette douce anesthésie, ce poison sulfureux qui fait qu’en définitive, nous pensons avoir gagné avant même que le premier bulletin n’ait été glissé dans l’urne. Oui, nous avons aussi ce sentiment qu’il y a même des amis – et nous ne les blâmons pas – qui déjà se projettent au lendemain de l’élection comme si nous avions déjà gagné. Nous n’avons rien remporté comme suffrage. Et une victoire électorale se mérite, se conquiert, s’arrache. Et c’est ce que nous allons faire. Ce sera la plus belle des victoires si nous avons convaincu pour elle, si nous avons eu peur de ne pas l’obtenir, si nous avons frémi d'en être privés. Alors faites en sorte de vous mobiliser jusqu’au denier moment, jusqu’au dernier instant, de façon à ce que si la victoire est là, vous puissiez en goûter tout le bonheur, toute la joie, toute l’émotion !

Ne baissez pas la garde. Restez vigilants. Soyez ardents. Faites en sorte que nous soyons nombreux, très nombreux dimanche à venir voter pour le changement. Convainquez les derniers indécis, ceux qui entre deux bulletins sont encore dans l’incertitude. Jusqu’au bout ! Vous ne pouvez pas les accompagner jusqu’à l’isoloir – à un moment, c’est interdit –, mais rien qu’à l’entrée de la mairie c’est encore possible. Au retour, c’est trop tard. Faites en sorte de créer ce grand mouvement dès le premier tour et vous verrez qu’à ce moment-là, la dynamique sera irrésistible, irrépressible. On attend souvent le second tour pour voir le visage du président qui a été élu par les Français. Vous le verrez, si vous en décidez, ce visage-là, dès le premier tour ! Pourquoi perdre du temps ? Pourquoi quinze jours de plus si tout peut déjà être engagé dès le 22 ? Ne laissez aucun répit à la Droite. Offrez-lui simplement le repos qu’elle mérite !

La Droite ne lâchera rien sans combattre. Elle a de puissants leviers, ne les oubliez jamais. Elle détient l’Etat avec tout ce qu’il peut dispenser de faveurs. Et j’entends le candidat sortant se déplacer de lieu en lieu et promettre, et promettre, et promettre – avec un argent d’ailleurs dont il n’a pas le premier euro, c’est-à-dire le nôtre. Il promet à crédit ! Et tout son programme, c’est pour les prochaines années ce qu’il n’a pas fait depuis cinq ans et dont il n’a pas aujourd’hui assuré le financement. Il détient des leviers puissants : les forces de l’argent, le patronat. J’entendais Madame Parisot dire que Nicolas Sarkozy avait fait « un boulot exceptionnel ». Moi, je préférerais qu’il l’arrête, ce boulot-là. Mais c’est dire s’il sera soutenu jusqu’au dernier instant par ces puissances-là. J’ai cru comprendre qu’il avait même rassemblé le jour de la Concorde pas simplement des militants et des sympathisants, mais de joyeux donateurs qui s’étaient regroupés dans un hôtel pour accorder des fonds particuliers dans l’angoisse de payer davantage d’impôts si nous revenions aux responsabilités. Oui, la Droite jusqu’au bout – et c’est finalement l’honneur de la démocratie – luttera pour garder ce qu’elle considère sa propriété : le pouvoir, l’Etat. Elle considère que la Gauche peut gérer les villes, les départements – encore qu’en Champagne-Ardenne, vous ne montrez pas le bon exemple ! —, peut gérer la Région. Mais « l’Etat, désolé, ce n’est pas pour la Gauche ». Nous ne serions pas légitimes. Ce ne serait pas possible pour celles et ceux qui portent les valeurs du progrès d’accéder à la responsabilité du pays. Certes, une fois, une fois dans l’histoire, cela a pu à un moment se produire. C’était avec François Mitterrand. Mais une fois seulement. Maintenant, ce serait terminé. Eh bien non ! Nous allons donner, vous allez donner un successeur à François Mitterrand !

Le dernier recours pour la Droite, c’est l’arme de la peur. Ah ! Si seulement les Français, au moment où ils vont faire leur choix pour le premier tour et dans quinze jours pour le second, pouvaient être pris d’une angoisse, d’une inquiétude, d’un trouble. Si l’on pouvait agiter les spectres, les fantasmes pour que le peuple se détourne de nous – alors l’invraisemblable pourrait se produire. La Droite qui aurait échoué pourrait prolonger encore cinq ans sa mauvaise œuvre. Alors on s’en prend à ce qui inquiète les gens modestes. On leur dit : « Mais si la Gauche arrivait au pouvoir, les marchés, les spéculateurs attaqueraient notre propre pays. La Bourse connaîtrait un fléchissement. Les investissements reculeraient. Ce serait la faillite ». On nous dit, d’ailleurs : « Regardez du côté de l’Espagne ou de la Grèce ». Mais qui a été capable d’augmenter de 600 milliards la dette publique ? C’est eux ! Qui a été capable d’accumuler les déficits depuis cinq ans ? C’est eux ! Qui a été capable d’affaiblir la croissance ? C’est eux ! Qui a été capable d’augmenter le chômage jusqu’à 10 % ? C’est eux ! Alors ne nous laissons pas faire et ne laissons pas dire. Toujours dans l’histoire c’est la Gauche qui a été capable de sortir le pays de l’épreuve dans laquelle la Droite l’avait hélas placé. Souvenez-vous du Front populaire en 36 quand la Droite avait échoué. Souvenez-vous du gouvernement de Pierre Mendès France au début des années cinquante. Souvenez-vous de François Mitterrand en 1981 et encore en 1988, et de Lionel Jospin en 1997. C’est toujours la Gauche qui fait l’effort de redressement et de sursaut ! Ne vous laissez pas emporter par la peur. Peur de quoi ? La seule peur, en définitive, que nous pouvons hélas ressentir, le seul risque que notre pays pourrait courir, c’est d’en prendre encore pour cinq ans avec la même politique et le même président. Et on nous dit, je l’entendais hier à la télévision – vous aviez sans doute changé de chaîne, j’étais peut-être le seul téléspectateur, donc c’était déjà le débat du second tour que nous engagions –, et il disait : « Avec moi c’est la France forte » – sous-entendu avec nous, ce serait la France faible. Mais la France faible, c’est celle qu’il va nous laisser, une France d’injustices, une France d’inégalités, une France abîmée, une France également abaissée. Donc nous devons donner à notre pays confiance.

Voilà ce que j’ai exprimé tout au long de cette campagne, avec 60 engagements, avec la transparence sur le financement de ces mesures et avec aussi la précision indispensable sur ce que nous aurions à faire dès les premiers jours de notre victoire jusqu’au dernier jour de notre mandat. Oui, nous, nous sommes devant les Français clairs. Et je ne promettrai rien devant vous que je ne sois capable de tenir. Je me souviens comme Claudine de cette phrase où il vous avait dit, il y a cinq ans, qu’il ne vous trahirait pas, qu’il ne vous décevrait pas. Eh bien moi, je préfère m’en tenir à mes 60 engagements que de promettre que tout serait possible et que rien ne serait tenu !

Une élection présidentielle, c’est à la fois une sanction et une espérance. La sanction, elle doit être prononcée par rapport au candidat sortant. Il avait promis, il n’a pas tenu. Il avait dit que le chômage serait à 5 %, il est à 10 % de la population active. Il avait affirmé que le pouvoir d’achat serait augmenté et quoi qu’il en dise, pour beaucoup de Français, il a été diminué. Il avait dit que l’Etat serait impartial, il a été partisan. Il avait dit que la justice serait indépendante, elle a été soumise. Il avait dit qu’il respecterait les Français, il a souvent méprisé un certain nombre de catégories. Il avait dit qu’il rassemblerait, il a divisé. Alors oui, en démocratie, quand un bilan est aussi lourd, il est légitime de changer le président. Il a fait encore ce matin – décidément, c’est une longue complainte depuis le début de cette campagne –, un acte de repentance. Il a dit : « Si c’était à refaire, je ne commencerais pas comme j’ai fait en 2007 ». Belle lucidité ! Mais cela ne sera pas à refaire, c’est déjà fait. Et donc nous avons à prononcer cette sanction, mais elle ne suffit pas. Je ne peux pas être simplement le candidat d’un rejet. Les Français attendent davantage que simplement de chasser le président sortant. C’est la condition, c’est le passage obligé, mais les Français méritent mieux et nous aussi. Nous portons un grand idéal. Nous devons enlever une belle espérance. Nous devons affirmer un certain nombre de choix. Nous devons répondre à grand nombre d’inquiétudes. Nous devons faire avancer le progrès, l’égalité, la justice. Bref, nous sommes, je suis le candidat de l’espoir dans cette élection !

Dimanche, la France a rendez-vous avec l’espoir. L’espoir, c’est la jeunesse ! Et j’ai voulu placer ma campagne sur la grande priorité de la jeunesse. Et la jeunesse, c’est l’école de la République. Et elle devra être renforcée ! Elle devra être défendue ! Elle devra être accompagnée. Et je créerai le plus tôt possible les postes qui sont attendus dans l’école primaire, dans les collèges, dans les lycées. Nous rétablirons les RASED qui ont été – hélas ! – rayés de la carte. Nous accéderons à la réussite pour les jeunes, ceux-là mêmes qui sortent de l’école sans aucune qualification, sans aucun diplôme. Aucun jeune de 16 à 18 ans ne sera laissé de côté. Il sera soit en formation, soit en emploi, soit en service civique. Mais jamais nous n’accepterons qu’un jeune de 16 ans soit déjà condamné parce qu’il aura échoué ou parce qu’on l’aura fait échouer à travers l’école. L’espoir, c’est la jeunesse ! Nous créerons 150 000 emplois d’avenir, les emplois jeunes, là où ils sont attendus et dans les quartiers les plus fragiles. Je créerai le contrat de génération, ce contrat qui permettra à un employeur qui garde un sénior le temps qu’il puisse partir à la retraite et qui embauche un jeune avec un contrat à durée indéterminée de ne plus payer de charges sociales.

L’espoir, c’est l’emploi. C’est pourquoi je m’exprime ici, dans cette grande région, dans ce département industriel. Parce que nous avons besoin d’entreprises qui soient accompagnées. Nous changerons la fiscalité des entreprises, les plus grosses payeront davantage d’impôt sur les sociétés, les plus petites payeront moins. Chaque fois qu’une entreprise investira ses bénéfices, elle payera moins d’impôt. Et chaque fois qu’elle les distribuera à ses actionnaires, elle en payera davantage. Nous créerons une banque publique d’investissement pour soutenir, accompagner le développement des entreprises. Nous mobiliserons l’épargne, l’épargne des Français, pour la mettre au service non pas de la spéculation, non pas des gains immédiats, non pas de la recherche du profit. Non, nous mettrons l’épargne des Français au service des entreprises, de l’investissement, de l’embauche, de l’exportation, bref de l’avenir. Nous ferons un effort pour l’innovation, pour la recherche, pour une grande politique industrielle. Voilà l’enjeu ! L’emploi, l’emploi de tous !

L’enjeu aussi, l’espoir, c’est la justice. La justice fiscale — et ce sera la première réforme que je ferai voter au Parlement, celle qui mettra le même régime d’imposition aux revenus du capital par rapport aux revenus du travail, celle qui plafonnera les niches fiscales, celle qui rétablira l’impôt sur la fortune.

La justice, c’est la justice sociale, et notamment permettre à ceux qui ont travaillé tôt et qui ont cotisé 41 années de pouvoir accéder enfin à la retraite à 60 ans. La justice, c’est de pouvoir accéder aux soins. Et nous referons de l’hôpital public un service public et non pas une entreprise. La justice aussi, c’est de permettre aux personnes dépendantes, handicapées, de pouvoir avoir la dignité qui tient d’abord à la manière de les accueillir, de les soigner, de les accompagner. Et nous ferons la réforme de la dépendance pour les plus âgés, parce que nous ne pouvons pas laisser les familles être une nouvelle fois exposées à ce risque. Nous créerons une cinquième branche de la Sécurité sociale pour les personnes dépendantes et très âgées.

L’espoir, c’est la République. La République, c’est l’exemplarité. Et le président devra être de ce point de vue le premier à montrer que les temps ont changé. Il n’aura plus de statut pénal pour le protéger. Sa rémunération sera abaissée de 30 % ainsi que celle de ses ministres. Il respectera les équilibres de pouvoirs. Il sera le chef de l’Etat — je dirais, « je » serai le chef de l’Etat. Mais je ne serai pas le chef de tout. Le chef de la majorité sera le Premier ministre. Il y aura un chef du Parti socialiste. Ce ne sera plus moi, j’ai fait cela pendant onze ans, je n’ai pas envie d’y revenir ! Le gouvernement sera composé à la parité : autant de femmes que d’hommes. Il n’y aura plus de cumul de mandats ni au gouvernement ni au Parlement. L’Etat sera impartial. Les nominations auxquelles nous procéderons seront fonction de la compétence, de la loyauté non pas à l’égard du chef de l’Etat mais à l’égard de l’Etat lui-même.

Et puis, je veillerai au respect des valeurs de la République. Je réconcilierai les Français. Je les rassemblerai autour d’une belle cause, je vous l’ai dit : l’avenir de la génération qui arrive. Et je ferai en sorte que la laïcité ne soit pas un objet de conflit dans la République, mais un sujet de réunion, de rassemblement, de réconciliation.

L’espoir aussi, c’est de réussir la transition énergétique, écologique, d’être capables de diversifier nos sources d’approvisionnement énergétique, de réduire nos dépendances à l’égard du nucléaire, à l’égard du pétrole, de faire des économies d’énergie. Cela entraînera aussi des créations d’emplois, de nouvelles industries, de nouvelles activités – là encore avec le devoir de transmettre à la génération qui arrive une planète en meilleur état, une France plus économe de ses ressources naturelles, un pays plus beau. Parce que nous avons ce devoir, toujours, de transmettre aux générations qui viennent.

L’espoir aussi, dans cette élection, c’est l’Europe. Je suis européen. Ici, il y a des amis belges. Et j’ai rencontré tellement d’Européens qui attendent, qui espèrent notre victoire à l’élection présidentielle. Pour la première fois depuis très longtemps, une élection en France va être une élection européenne. Du choix que vous allez faire, du président que vous allez désigner le 6 mai va dépendre aussi l’orientation de l’Europe. Je ne veux plus d’une Europe libérale. Je ne veux plus d’une Europe qui ne serait qu’un marché. Je ne veux pas d’une Europe qui ne serait que de l’austérité imposée aux peuples. Je ne veux pas d’une Europe qui mette à genoux certains Etats. Je veux une Europe de la solidarité, de la croissance. C’est la raison pour laquelle je renégocierai le traité budgétaire européen pour lui ajouter la dimension d’activité, d’emploi, de projets industriels, de grandes infrastructures, qui permettra à l’Europe d’être plus forte et au pays de pouvoir sortir de cette logique folle de l’austérité sans lendemain.

Voilà, mes chers amis, ce que j’étais venu vous dire. L’élection qui arrive dimanche est décisive pour la Gauche. Cela fait combien de temps que vous n’avez pas vécu une soirée électorale présidentielle avec une victoire ? Depuis 1988 – 24 ans ! François Mitterrand lui-même avait attendu 24 ans pour devenir premier président socialiste de la Ve République. Le temps est venu pour la Gauche de prendre ses responsabilités. C’est mon devoir, c’est ma mission, vous me l’avez conférée avec les primaires citoyennes. Je n’ai pas dévié. Je ne me suis pas détourné de cet objectif. J’ai mené autant qu’il a été possible cette campagne avec cette seule perspective : la victoire. Vous donner cette fierté, à vous peuple de gauche, d’être enfin, de nouveau associé à la responsabilité du pays. Je l’ai fait au nom du parti qui est le mien — je suis socialiste. Je l’ai fait avec l’idée d’un rassemblement plus large — celui de la Gauche. Et je l’ai fait aussi comme républicain conscient que dans l’épreuve qui est celle que traverse notre pays, je devais faire davantage encore, je devais porter un langage et un propos qui permettent même à ceux qui n’étaient pas de gauche de pouvoir voter pour nous au premier tour et a fortiori au second tour.

Je vois venir d’ailleurs avec surprise des personnes qui jusque-là avaient pu travailler avec d’autres, et même qui parfois venaient des nôtres. Heureusement, certains sont restés de l’autre côté ! Mais ne les blâmez pas — je ne parle pas de ceux qui sont restés de l’autre côté, je parle de ceux qui nous rejoignent ! Je pense aussi à ceux qui n’ont pas été de gauche, jamais de leur vie, et qui cette fois-ci sont prêts à voter pour nous. Ne vous en inquiétez pas ! Parce que s’il n’y avait que des électeurs de gauche de 2007 qui votaient pour nous cette fois-ci, nous ne pourrions pas gagner. Il faudra bien qu’il y ait des électeurs qui aient pu voter Nicolas Sarkozy la dernière fois, qui viennent voter pour nous cette fois-ci. Et si nous les repoussions… d’ailleurs, comment les reconnaître ? C’est un problème ! Et d’ailleurs, pour beaucoup d’entre eux, ils ne s’en souviennent plus. Ils ne s’en rappellent plus. Et ceux qui ont le souvenir cruel d’avoir fait ce choix en 2007, il doit bien en avoir — non pas parmi vous, je vous connais tous — mais dans ce département qui a été en définitive trompé par les promesses du candidat de l’époque, eh bien chaque jour, chaque nuit, je le sais, ils se flagellaient en se disant : « Jamais plus nous ne le ferons ! ». Le moment est venu. Ils ne le feront plus ! Et nous, nous avons à leur donner confiance et à leur dire : « Vous avez maintenant fait le choix qui correspondait à l’intérêt de vote pays. Vous avez fait l’expérience de cinq ans, de dix ans de Droite. Alors maintenant, c’est au tour de la Gauche de diriger le pays ! ».

Nous y sommes, à 48 heures. Il est bientôt minuit, vous n’avez pas vu le temps passer… La nuit ne tombe plus, elle attend notre venue et votre vote.

C’est une grande responsabilité que nous allons prendre, dimanche prochain. La responsabilité de changer. Un personne dans la foule me dit : « Cela ne sera pas facile après la victoire ». Eh non, ce ne sera pas facile ! Je sais ce qui nous attend. Il nous faudra redresser les comptes publics. Il nous faudra réduire la dette. Il nous faudra redonner de la croissance, chercher de l’emploi, mettre de la justice, faire en sorte que les impatiences ne nous saisissent pas immédiatement à la gorge. Il faudra créer un élan, et tous les concours seront les bienvenus. Nous aurons besoin de toutes les forces vives, de l’Etat bien sûr, mais aussi des collectivités locales — saluons nos élus ! Parce que j’aurai besoin de toutes les régions de France — elles sont à gauche, cela tombe bien ! J’aurai besoin des îles de France, des départements de France, au-delà des sensibilités politiques. Je crois à la démocratie locale. Je crois aux corps intermédiaires. Je ne me méfie pas de ceux qui représentent la Nation, même s’ils ne sont pas de ma sensibilité politique.

Nous avons besoin aussi de partenaires sociaux, les entreprises, les employeurs, mais également les syndicats. Et je renforcerai la responsabilité des syndicats dans la négociation collective et leur présence auprès des salariés dans toutes les entreprises. Je veillerai aussi à leur reconnaître un nouveau droit dans les grandes entreprises, celui de participer aux conseils d’administration de toutes les firmes, de toutes les sociétés, pour avoir l’information et pour également donner la voix des salariés à ceux qui dirigent ces entreprises.

Nous avons besoin de l’engagement de tous ceux qui se dévouent dans la vie associative, des organisations non-gouvernementales, de tous ces militants anonymes dont vous êtes souvent l’exemple. Oui, nous avons besoin de toutes les forces de la France !

Et nous avons besoin de la jeunesse de France, qui attend, qui espère, qui exige. Et elle a raison ! Elle veut du travail, elle veut de la formation, elle veut de la qualification. Elle veut aussi son autonomie, son indépendance pour accéder au logement, pour accéder à la santé, pour accéder à la dignité. Et un grand peuple se doit de donner à sa jeunesse l’avenir qu’elle attend, quelle espère, qu’elle exige. Nous sommes le pays d’Europe le plus jeune. Nous avons la vitalité démographique que beaucoup nous envient. Nous avons cette force qui est d’avoir une jeunesse nombreuse, hélas reléguée souvent, abandonnée, réduite au chômage, à la précarité. Eh bien, je veux dire à cette jeunesse que je demanderai, si je suis le prochain président de la République, au terme de mon mandat, d’être jugé sur ce que j’aurai fait pour améliorer le sort de cette génération !

Mesdames, Messieurs, chers amis, à chaque moment de notre histoire, il y a une mission, un devoir, une responsabilité qui est confiée à une génération. En 1981, et beaucoup s’en souviennent, la Gauche a pris la responsabilité du pays. C’est notre tour. C’est maintenant que nous avons aussi à agir au nom de la Nation. Il y a des moments où la Gauche rencontre la France. Ce moment est venu. Nous devons reprendre la marche de l’histoire, les avancées du progrès, la conduite de ce qu’est, finalement, la République. A chaque fois, à chaque moment, à chaque épreuve, il s’est trouvé des hommes et des femmes pour le faire. C’est maintenant à nous, à vous de prendre votre décision !

Nous sommes dans un récit collectif. Je veux que plus tard, bien plus tard, dans les mémoires, on se souvienne qu’en 2012 il y a eu un choix historique : la France a de nouveau permis à la Gauche de diriger le pays. Je veux que cette date de 2012 soit aussi forte que celles de 1981, de 1936, que ce soit là encore une fierté et pour la Gauche, et pour la France. Vous êtes dans ce moment-là, décisif, je l’ai dit, pour la Gauche, mais bien davantage pour la France et pour l’Europe. Nous devons reprendre le cours de l’histoire comme d’autres l’avaient fait avant nous, comme d’autres le feront après nous.

Nous sommes à la veille de ce dimanche 22 avril. Je l’ai attendu pendant si longtemps ! J’avais annoncé ma candidature il y a un an. J’avais été investi dans les primaires citoyennes le 16 octobre. J’ai fait le discours du Bourget le 22 janvier. Et là, je suis au terme de la campagne de premier tour devant vous. Je savais que dans ces instants, les derniers seraient les plus décisifs, que tout ce travail que j’avais engagé avec vous était considérable, mais pas encore suffisant, et qu’il y aurait encore à faire dans les derniers moments de la campagne, et encore à faire après le premier tour pendant deux semaines où le combat sera âpre et la bataille difficile. Alors, je vous demande maintenant de me permettre d’avoir la capacité de gagner l’élection présidentielle !

Et je vais vous poser des questions simples pour que vous y répondiez directement, et au-delà de cette place, dans toute la France qui nous regarde. Voulez-vous l’alternance ? (Oui !) Alors c’est maintenant ! Voulez-vous le changement ? (Oui !) Alors c’est tout de suite ! Voulez-vous la victoire ? (Oui !) Alors c’est le 22 avril !

Souvent il m’est demandé, à travers les réunions que je fais, d’aller jusqu’au bout. J’ai réfléchi à cette interpellation. C’est quand, le bout ? Est-ce que c’est le premier tour ? J’y suis, et ça ne suffira pas ! Est-ce que le bout, c’est la victoire au second tour ? Mais ce n’est pas sûr, car après nous aurons les élections législatives que nous devrons gagner ! Et ce ne sera pas pour autant terminé, parce que nous devrons réussir. Voilà, ce n’est jamais terminé. Notre combat n’est jamais achevé. Il se répète, il se reproduit. C’est notre destin de toujours lutter pour ne jamais considérer que rien n’est définitivement acquis. Nous sommes un maillon de la chaîne, une longue chaîne dont nous avons hérité et que nous donnerons à d’autres, comme le passage de témoin d’une génération à une autre. Voilà notre destin : aller jusqu’au bout, jusqu’au bout de notre idéal, jusqu’au bout de nos valeurs, jusqu’au bout de notre rêve. Le rêve français, celui qui nous élève, qui nous porte, qui nous permet de croire en l’avenir, qui nous donne la fierté de transmettre à nos enfants ce que nous avons reçu de nos propres parents. Ce rêve français qui est né avec la Révolution française, qui s’est affirmé dans la République, qui s’est bâti avec les grandes conquêtes sociales et qui se poursuit aujourd’hui avec nous.

Et puisque je suis ici à Charleville-Mézières, la patrie de Rimbaud qui lui-même évoquait le rêve, je terminerai avec lui. Dans un de ses poèmes, il écrivait : « Nous faisons quelques fois ce grand rêve émouvant de vivre simplement, dignement, ardemment, dignement, écoutant le devoir comme un clairon qui sonne. Et l’on se sentirait heureux. Et personne ne nous ferait ployer. Nous serions libres. » Voilà le beau rêve qu’avec Rimbaud, avec vous, nous devons poursuivre. Etre libres, être fiers, être dignes et être capables de servir la République et la France !


Merci à tous !


Source http://francoishollande.fr, le 25 avril 2012

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