Déclaration de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, sur les élèves étrangers de l'Ecole nationale d'administration, à Paris le 24 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, sur les élèves étrangers de l'Ecole nationale d'administration, à Paris le 24 avril 2012.

Personnalité, fonction : RAINCOURT Henri de.

FRANCE. Ministre de la coopération

Circonstances : Cérémonie de remise des diplômes aux élèves du cycle international long et du cycle international d'administration publique de l'Ecole nationale d'administration, Promotion "Marie Curie", à Paris le 24 avril 2012

ti : Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Directeur de l’ENA,
Mesdames et Messieurs les Élèves du Cycle international long de la promotion « Marie Curie»,
Mesdames et Messieurs les Élèves du cycle international d’administration publique «Henri Dunant»,
Mesdames et Messieurs,


C’est pour moi un très grand plaisir de vous accueillir au nom du gouvernement au Quai d’Orsay pour cette remise de diplômes, moment solennel, moment émouvant, mais avant tout moment convivial et chaleureux. Élèves des cycles internationaux «Marie Curie» et «Henri Dunant», vous arrivez au terme d’une aventure entamée il y a de longs mois. À chacune des étapes de ce parcours, le ministère des Affaires étrangères et européennes vous a accompagnés, que ce soit lors des épreuves de sélection que vous avez passées dans les ambassades de France de vos pays respectifs, lors de votre accueil en France et tout au long de votre scolarité. Il était donc naturel que cette cérémonie se déroulât au sein du Palais des Affaires étrangères.

Vous parvenez aujourd’hui à la complète réalisation du projet que vous vous étiez fixé et pour lequel vous n’avez ménagé ni les efforts ni parfois les sacrifices. Ce succès est donc avant tout un succès pour vous-mêmes. C’est le fruit de votre ambition et de votre volonté, et je vous félicite d’avoir choisi une formation si exigeante. Vous avez en effet fait le choix de l’immersion totale dans un univers totalement nouveau : un autre pays, une autre langue, une plongée au cœur de réalités administratives souvent complexes et une exigence de tous les instants. Aujourd’hui vous pouvez témoigner que vous avez surmonté tous les obstacles, dont l’éloignement d’avec votre famille et vos proches n’était pas le moindre.

Votre réussite personnelle est aussi un succès pour notre pays, la France. À l’heure de la mondialisation et de la concurrence internationale entre les filières de formation, votre choix témoigne que l’excellence de l’École Nationale d’Administration est reconnue bien au-delà de nos frontières. C’est une reconnaissance pour l’École, mais c’est aussi la preuve que le modèle français d’administration n’est en rien une spécificité nationale condamnée à prospérer en vase clos. Ce modèle est au contraire d’une grande actualité dans le monde d’aujourd’hui. Plus que jamais, les principes mis en avant par le général de Gaulle au moment de la création de l’École sont nécessaires à notre temps. Dans ses Mémoires de guerre, le général souligne que l’État ne peut être «une juxtaposition d’intérêts particuliers d’où ne peuvent sortir jamais que de faibles compromis, mais bien une institution de décision, d’action, d’ambition, n’exprimant et ne servant que l’intérêt national.» Ces principes ont permis, alors, la reconstruction d’après-guerre. Il ne fait pas de doute que les mêmes principes doivent présider, aujourd’hui, à la reconstruction d’après-crise.

Il fut un temps récent où le rôle de l’État était discuté, critiqué, parfois raillé. La crise mondiale a démontré la futilité de ces conceptions. Ce sont les États qui ont agi en première ligne pour faire face à la plus grave crise financière depuis les années 1930. Ce sont les États qui, dans chaque pays, luttent pour protéger ceux qui sont les plus touchés par cette crise. Ce sont les États, enfin, qui se mobilisent afin d’organiser la solidarité internationale et de permettre que les pays les moins avancés poursuivent, malgré la dureté des temps, un développement prometteur.

Plus que jamais, la compétence des fonctionnaires chargés de mettre en œuvre les politiques publiques est un critère discriminant dans la compétition mondiale. C’est un atout essentiel de ce qu’il est convenu d’appeler le «soft power», et cette compétence contribue ainsi au rang des pays sur la scène internationale.

Mais si le temps présent veut des fonctionnaires compétents et efficients, il exige aussi qu’ils soient intègres. Partout dans le monde, les peuples s’élèvent contre les dévoiements des élites. Et partout dans le monde, derrière de justes indignations, pointe le spectre du populisme ou de l’extrémisme. Vous avez pu constater durant votre scolarité à l’ENA combien les valeurs d’intégrité, d’impartialité et d’indépendance restent au cœur de la formation qui y est dispensée, comme elles l’étaient en 1945. Car l’École porte en elle, grâce au concours d’entrée et au classement de sortie, le projet républicain d’une promotion de chacun en fonction «de ses vertus et de ses talents», selon la belle formule de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. C’est parce que ces valeurs sont réellement mises en pratique dans notre pays, c’est parce que les élites administratives en France, grâce aux concours, doivent plus au mérite qu’à la brigue et à l’intrigue, que nos concitoyens font confiance à l’État mais aussi attendent tellement de lui et ne tolèrent pas les manquements.

Durant votre scolarité vous avez découvert de manière très approfondie les réalités françaises, qu’elles soient administratives mais aussi de terrain. Vous avez désormais une connaissance incomparable de la France et des Français. Mais durant votre scolarité à l’ENA vous avez, vous aussi, énormément apporté à notre pays. La diversité de vos pays d’origine, de vos cultures, de vos points de vue a été pour tous vos interlocuteurs une source d’enrichissement sans pareil. Durant votre séjour en France, grâce à votre implication et à votre enthousiasme, vous avez été vous aussi le visage de la France, d’une France ouverte, d’une France accueillante, d’une France tournée vers le monde et confiante en ses valeurs universelles, qui refuse de se recroqueviller dans la frilosité, l’angoisse ou la peur. Soyez donc remerciés pour tout ce que vous nous avez apporté, et pour la confiance que vous avez témoignée à notre pays, aux valeurs qu’il représente et qu’il entend défendre quoi qu’il advienne.

Désormais, vous faites partie d’une communauté, celle des élèves étrangers de l’ENA. Il s’agit d’un réseau réparti dans le monde entier, dont les 3.000 membres occupent des fonctions de responsabilité diversifiées et souvent éminentes. Je vous engage à conserver ce lien entre vous et avec tous les interlocuteurs que vous avez rencontrés en France, où vous serez toujours les bienvenus. Pour ceux d’entre vous qui ont la chance d’embrasser la carrière diplomatique, vous pouvez constater que de nombreux diplomates étrangers en poste à Paris ont suivi votre parcours, et plusieurs sont devenus ambassadeurs. Certains d’entre vous seront donc amenés à ce titre à revenir en ces lieux d’ici quelques années.

Le diplôme qui va maintenant vous être remis marque donc l’accomplissement de votre parcours académique d’excellence. Il est aussi le sceau qui illustre la relation désormais indéfectible que vous avez avec la France, qui a été honorée de vous accueillir, et qui vous compte désormais pour toujours au nombre de ses amis les plus chers.


Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 avril 2012

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