Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, notamment sur la police, l'immigration et le travail, au Raincy (Seine-Saint-Denis) le 26 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, notamment sur la police, l'immigration et le travail, au Raincy (Seine-Saint-Denis) le 26 avril 2012.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Meeting à l'occasion de la campagne présidentielle, au Raincy (Seine-Saint-Denis) le 26 avril 2012

ti : Merci beaucoup. Mes chers amis, mes premiers mots, ici, dans ce département de la Seine-Saint-Denis où je compte tant d’amis au premier rang desquels Éric RAOULT que je veux saluer, mes premiers mots – et je veux qu’il en soit ainsi – seront pour les fonctionnaires de police. Je les connais bien, j’ai eu l’honneur de les diriger pendant quatre ans. Je veux rendre hommage aux fonctionnaires de police et je veux leur exprimer – que les choses soient claires –, en tant que président de la République, mon soutien et ma confiance. J’ajoute que l’expression de ce soutien et de cette confiance s’adresse également aux gendarmes.

Policiers et gendarmes exercent un métier extrêmement difficile, dans des conditions particulièrement dangereuses qu’ignorent totalement et méprisent parfois ceux qui ne connaissent pas le métier de policier ou de gendarme. Les forces de sécurité sont au service de la République. Elles défendent l’État de droit. Elles défendent votre sécurité. Chaque année, ces forces de sécurité payent un lourd tribut à la lutte contre la criminalité. Je voudrais dire une chose, c’est qu’en cinq ans, j’ai vu cinquante-trois policiers être tués dans l’exercice de leurs fonctions. Cinquante-trois. J’ai participé très souvent à des cérémonies qui consistaient à les accompagner à leur dernière demeure, comme l’on dit. J’ai parlé avec leurs femmes, leurs maris quand c’était une femme, j’ai vu les enfants laissés orphelins. Je ne me suis jamais fait à ces cérémonies et je n’ai jamais été à ces cérémonies simplement par un devoir institutionnel. J’y ai été comme un père et j’y ai été parce que je savais que ces femmes et ces hommes qui risquent leur vie et qui l’avaient perdue en l’occurrence l’avaient été parce qu’au sommet de la pyramide, le chef de l’État avait donné instruction aux policiers ou aux gendarmes de lutter contre la délinquance.

Dans votre département, en deux ans, en deux ans, dans le département de la Seine-Saint-Denis, ces policiers, qui font un travail remarquable, mille six cent quarante-quatre policiers blessés dans l’exercice de leurs fonctions en Seine-Saint-Denis. Rien que cela devrait susciter notre respect, notre reconnaissance et notre confiance. Je les connais bien ces policiers de Seine-Saint-Denis. Pour la plupart, ce sont des femmes et des hommes qui ont choisi d’exercer dans votre département. Je les ai bien souvent rencontrés. Ils ont choisi d’exercer dans ce département parce que la plupart d’entre eux habitent dans ce département, l’aiment et veulent être du côté des habitants de ce département qui n’en peuvent plus de la violence, de la terreur, des trafics, des voyous et des caïds. Voilà la vérité. Et que serait la vie ici, que serait la vie dans ce département s’il n’y avait pas les forces de sécurité républicaines pour protéger ceux qui ont à être protégés ?

Un drame s’est produit, qu’il me soit permis d’en dire un mot. La police est appelée parce qu’il y a un vol avec effraction et avec arme. Un suspect est là. Il lance aux policiers une grenade. Il s’avère que c’était une grenade à plâtre mais de nuit, c’est une grenade. Cet homme a une arme à feu, fort calibre (38, six cartouches). Cet homme est connu : onze condamnations pour vol à main armée. Cet homme est connu. Chacun ses records, il fut le condamné le plus jeune de France. Cet homme est connu puisqu’il purgeait une peine de prison. Il était en quelque sorte en permission. Le policier est pointé par une arme à feu. L’homme ne tire pas, est pointé par une arme à feu. Le policier prend peur, il tire. L’homme est atteint, il décède.

Je veux dire une chose là-dessus. Que la justice fasse une enquête, c’est parfaitement normal dans un État de droit et je soutiens la justice, prenant mes responsabilités lorsqu’elle fait une enquête. Que les choses soient claires entre nous, quel que soit ce qu’a fait cet homme dans le passé, il est un être humain. Mais dans notre pays, les forces de sécurité obéissent aux règles de l’État de droit. Mais avant même que l’enquête ait eu lieu, qu’il y ait une mise en examen pour homicide volontaire, je n’ai pas à qualifier cela. J’ai simplement à dire ma confiance, mon soutien et ma compréhension de l’émotion des collègues de ce policier aujourd'hui mis en examen…

Comprenez-moi bien, je sais que la pensée unique va encore se déchaîner. Je sais que tous ces observateurs de bonne foi, qui m’aiment tant et qui m’apportent, par leurs critiques tellement apaisées, un soutien très fort, je sais ce qu’ils vont dire. Je veux leur dire une chose, je n’ai pas peur de dire la vérité au nom du peuple français. Je veux leur dire une autre chose, je ne parle pas pour vous, la pensée unique. Je ne parle pas pour vous, les militants déguisés derrière le statut d’observateur. Je parle pour le peuple de France. Et le peuple de France en a plus qu’assez de recevoir des leçons de morale de ceux qui n’habitent pas dans les quartiers où on a peur et qui ne mettent pas leurs enfants dans des écoles où on a peur pour ses enfants !

Je ne juge pas la justice et en tant que président de la République, je n’ai pas à le faire. Mais en tant que chef de l’État, j’ai à défendre l’honneur de fonctionnaires lorsqu’ils sont mis en cause. En tant que chef de l’État, j’ai à soutenir les fonctionnaires qui mettent en œuvre une politique de sécurité défendue, incarnée par l’État. Je suis du côté des fonctionnaires de la République. Voilà la réalité ! Après, que la justice dise le droit et nous nous inclinerons. Mais je demande que le droit de la légitime défense évolue dans un sens plus protecteur pour les policiers et pour les gendarmes. Il doit y avoir une présomption de légitime défense car, dans un État de droit, on ne peut pas mettre sur le même plan le policier dans l’exercice de ses fonctions et le délinquant dans l’exercice de ses fonctions à lui !

Et je ne recevrai pas de leçons de ceux qui n’ont voté, depuis 2002, aucun des textes qui prévoyaient le renforcement des moyens pour la police et la gendarmerie. Aucune des mesures qui renforçaient la punition et la répression pour les délinquants. Je ne prendrai aucune leçon de la part de ceux qui veulent supprimer les peines planchers et l’aggravation des peines que nous avons voulues et défendues pour les récidivistes dont nous avons plus qu’assez ! Voilà la réalité !

Et en parlant ainsi, je parle pour qui ? Et en parlant ainsi, je ne parle pas pour les bobos du boulevard Saint-Germain, je parle pour les habitants de la Seine-Saint-Denis qui n’ont pas le choix, dont la vie doit être respectée tout autant que tous les autres. Je parle pour tous ceux qui habitent ici, Français ou étrangers, qui ne demandent qu’une seule chose, de s’intégrer, qu’on les respecte parce qu’ils respectent la loi, qui veulent vivre heureux dans un département qui est le leur, qui veulent prendre le bus et le métro sans qu’on leur empoisonne la vie quotidienne, qui ne veulent pas que leurs enfants, qu’ils soient français ou étrangers, soient empoisonnés par des revendeurs de drogue, par des trafiquants de toutes sortes parce qu’on en a plus qu’assez ! Voilà pour qui je parle ! Voilà pour qui je me bats ! Voilà à qui je m’adresse ! C’est pour vous.

J’ai vu qu’à la une d’un grand journal, où l’on me donnait une leçon, elle ne m’atteint pas beaucoup parce que ceux qui écrivent, en général, ne sortent pas de leur bureau et que dans le bureau, ils doivent avoir un énorme miroir où ils passent tant de temps à se regarder qu’ils sont tellement éloignés de la réalité quotidienne. Alors voilà le délit qui est le mien, celui d’être le plus critiqué par Marine LE PEN. Le même, qui est critiqué matin, midi et soir – hier, par Jean-Marie LE PEN, aujourd'hui, par Marine LE PEN –, devrait, en permanence, s’expliquer sur ses liens avec le Front national. Trente-cinq ans de vie politique, jamais d’accord, jamais d’ambiguïté, jamais aucune perspective commune. Mais j’ai commis une faute, celle qui consiste à dire : six millions et demi de Français qui veulent renverser la table, qui disent : « Ça suffit ! », il faut les rayer de la carte, Mesdames et Messieurs les bien-pensants ? Ces six millions et demi de Français, croyez-vous, Mesdames et Messieurs, la plume à la main dans vos bureaux, bien enfermés tranquillement dans vos certitudes et dans votre ego, ces six millions et demi de Français sont des gens qui ne réfléchissent pas ? Ce sont des gens à qui je ne dois pas parler ? Ce sont des gens qui n’existent pas pour vous ? Ce sont des gens qui souffrent, qui disent : « Monsieur le président, ça ne peut plus durer. » Je dois considérer qu’il ne s’est rien passé ? Mesdames et Messieurs de la bien-pensance, quand le premier tour s’exprime, que 80 % de Français s’expriment contrairement à tous vos pronostics, contrairement à tout ce que vous avez raconté sur une campagne électorale qui n’intéressait personne, c’est vous qui n’intéressez personne, pas la campagne électorale qui n’intéresse personne !

Je dois considérer quoi ? Que des millions et des millions de Français qui s’expriment, ça ne compte pas ? Je dois considérer qu’il faut continuer à faire campagne au deuxième tour comme si les Français n’avaient rien dit au premier ? Qu’est-ce que je dois faire ? Comme Monsieur François HOLLANDE, me boucher le nez en regardant ces six millions et demi de Français ? Mais ces six millions et demi de Français, je leur dis : je vous respecte, je vous entends et, d’une certaine façon, je vous comprends ! Est-ce que cela fait de moi un compagnon de route du Front national ? Plaisanterie ! Outrance !

Je vois qu’un journal extrêmement modéré, le journal du Parti communiste, explique que parce que je parle à six millions et demi de Français, je serais devenu un fasciste. Être traité de fasciste par un communiste, c’est un honneur ! Je vais prendre aussi des leçons de démocratie ? Je dois considérer quoi ? Qu’il y a deux catégories de citoyens : ceux qui ont le droit de s’exprimer, de penser, de dire et puis ceux qui ont le droit de se taire, de souffrir, de supporter, de supporter doublement la double peine : de supporter la souffrance quotidienne et, en plus, de supporter la prétention de tous ceux qui voudraient donner des leçons de morale à un peuple qui souffre ? Le peuple a raison quand il exprime un choix dans les urnes !

Après avoir dit que cette campagne n’intéressait personne, dites-moi, qu’est-ce que ça aurait été si elle avait intéressé ? 80 % de participation. Voilà qu’ils ont passé leur temps à s’esbaudir dans la révélation de la vie politique. Une minute de silence, Monsieur MÉLENCHON arrive avec… Non non non ! Oh ! Avec un talent extraordinaire et puis des choses tellement intelligentes. Cuba est une démocratie, CASTRO est un démocrate. Si vous voyez un riche – comprenez quatre mille euros de plus par mois –, faites-lui les poches. C’est bien pour nos enfants. C’est bien pour la République un homme qui se présente à la présidence de la République et qui dit à un pays dans la situation où nous nous trouvons : « Si vous croisez un riche, faites-lui les poches. » Ça c’est un exemple de républicanité ! Ça c’est un exemple de démocratie ! Et personne ne demande à Monsieur HOLLANDE si ça ne le gêne pas d’être entouré de Monsieur MÉLENCHON qui parlait de lui comme un capitaine de pédalo et qui se couche à la minute où le capitaine de pédalo demande !

Ah ! On est impressionné ! Et ça veut donner des leçons ! Et ce génie de la politique qui se couche devant le capitaine de pédalo (sic) – je cite – fait 11 %. D’un autre côté, on nous explique qu’il n’y a plus de Front national, il n’y a pas de Front national, Madame LE PEN fait une très mauvaise campagne – fait 18 %. Ceux-là même qui n’en parlaient plus le samedi ne voudraient parler que de ça le lundi. Voilà la réalité de ces observateurs qui me font penser à la girouette en haut de nos clochers qui tournaient plus vite que le vent parce qu’ils tournaient sur eux-mêmes ! Et voilà que maintenant, nous sommes sommés de nous expliquer matin, midi et soir. Ce grand journal dit… Grand. Que j’ai franchi la ligne jaune, la ligne blanche, la ligne rouge. Avant même que j’aie commencé à faire campagne, on disait que je travaillais, je traquais sur les terres de l’extrême droite. Comme si l’extrême droite avait une terre. Comme s’il y avait des territoires interdits pour les républicains que nous sommes. Comme si je devais m’expliquer encore cent fois, mille fois, cinquante fois, cinquante mille fois sur savoir : « Alors, et si vous vous trouvez dans le choix d’avoir un socialiste ou un Front national, que ferez-vous ? » ! Qu’est-ce qu’on fera ? Eh ben nos candidats auront suffisamment de voix pour se maintenir ! Et nous, nous votons pour des candidats qui mettent en œuvre notre projet, pas pour des gens qui ne mettent pas en œuvre notre projet. Où est le problème ? Il est où le problème ?

Mes chers amis, je vais vous dire une chose, le peuple de France est fantastique parce que malgré tout, malgré tout cela, malgré leur volonté, malgré les mensonges, malgré la mauvaise foi, malgré le neuf contre un… Parce que, ah oui ! Il faut que je vous dise, c’est la démocratie et l’égalité du temps de parole. Je me suis vu intervenir à la télévision entre Monsieur CHEMINADE que j’aurais été bien en peine de reconnaître – je ne dis pas ça d’ailleurs pour lui manquer de respect mais comme il sort une fois tous les cinq ans, c’est difficile de mémoriser un visage – et Madame ARTHAUD. J’avais quand même été élu par 53 % des Français, ce qui me donnait, me semble-t-il, une légitimité peut-être. L’égalité, c’est celle-ci : neuf contre un, 10 % du temps de parole. Et je ne parle même pas du reste. Et malgré ça, vous êtes là. Et malgré, nous sommes là ! Et malgré ça, vous avez déjoué tous les pronostics ! Vous êtes indéracinables ! Vous êtes ininfluençables ! Vous êtes inébranlables, le peuple de France !

Alors il y a des sujets où, avant même d’avoir commencé, j’avais tort, je ne devais pas en parler. Parce qu’il faut que je vous dise, il y a ceux qui ont le droit de parler puis ceux qui n’ont le droit que de se taire. Mais il y a également des sujets dont on n’a pas le droit de parler parce que la bien-pensance et la pensée unique déclarent que ce sont des sujets interdits parce qu’ils n’intéressent pas les Français. Ah bon ? Par exemple, la question de l’immigration. Prononcer le mot… Et je sais d’où je viens moi-même. Qu’on ne me fasse aucun procès, je n’ai aucune leçon à recevoir. Je n’ai pas oublié mes origines ni d’où je viens. Personne ne peut considérer que prononcer le mot immigration, et c’est déjà un délit ?

La question de notre politique migratoire pour les cinq années qui viennent se pose et je dois aux Français de dire : voilà ce que je ferai une fois réélu. La France est un pays ouvert, elle le restera. La France est un pays accueillant, elle le restera. Je plaide pour une France forte, pas pour une France faible. Jamais vous ne m’avez entendu et vous ne m’entendrez jamais désigner l’autre comme l’adversaire, comme l’ennemi. Jamais vous ne m’entendrez dire que celui qui est différent, c’est l’adversaire et c’est l’ennemi. Toujours vous m’entendrez plaider pour la diversité et l’ouverture ! Mais je veux dire qu’on peut considérer comme normal et républicain que nos compatriotes musulmans aient le droit de vivre leur foi et, dans le même temps, que je n’entends pas accepter, sur le territoire de la République, des prédicateurs qui ne respectent aucune des valeurs de la République ! Est-ce qu’on a le droit de dire ça ou pas ? Est-ce que c’est démocratique et républicain de dire ça ou pas ? Oui, c’est démocratique ! Et je le dis d’ailleurs pour nos compatriotes musulmans, c’est une honte de les assimiler à ces quelques prédicateurs qui font l’apologie d’idées qui ne sont pas les nôtres.

Lorsqu’il y a eu le drame de Toulouse et de Montauban, j’ai demandé aux Français qui m’ont entendu : ne faites pas d’amalgame parce que l’amalgame est odieux et n’oubliez pas que dans nos militaires qui ont été assassinés par ce monstre, il y avait l’un de nos compatriotes musulmans. Il n’avait pas à être victime de l’amalgame. Je l’ai dit et ça ne me gêne pas de le redire parce que c’est ce que je pense ! Mais je dis que c’est une insulte pour nos compatriotes musulmans que de supporter les leçons de morale de Monsieur Tarik RAMADAN et d’un certain nombre de prédicateurs qui travestissent une religion et qui tiennent des propos qui font honte, honte, honte à la République française.

Je dis aussi – je le dis parce que je le pense – que cette immigration, cette ouverte, qui est dans la logique, qui est dans l’identité, qui est dans les gènes de la France, si nous ne la maîtrisons pas, alors il ne faudra pas se plaindre que la machine à intégrer française ne fonctionne plus. Je veux dire les choses comme elles sont. Je souhaite, pour les cinq années à venir, dire aux Français très exactement ce que je ferai en la matière. Pourquoi notre système d’intégration ne fonctionne plus ? Parce que nous n’avons pas assez d’emplois, pas assez d’écoles, pas assez de logements pour accueillir dignement ceux qui veulent nous rejoindre, parce qu’avant même que nous avons accueilli ceux qui arrivent, il faut en accueillir d’autres. Lorsque je dis que je diviserai par deux le flux migratoire en France pour les cinq années qui viennent, ce n’est pas pour faire renoncer à l’ouverture, ce n’est pas pour faire peur, c’est simplement pour accueillir dignement ceux que nous devons accueillir. Et je vais prendre un ou deux exemples, un ou deux exemples qui me tiennent à cœur.

Désormais, pour entrer en France, il faudra avoir satisfait avant à un examen de français pour pratiquer le français et un examen sur les valeurs de la République pour connaître les valeurs de la République. Qui va m’expliquer qu’elle est enviable la situation de la femme qui vient ici de l’étranger, qui ne parle pas un mot de français, qui est maintenue claquemurée entre les quatre murs d’un appartement ? Qui va me dire, qui va oser me dire qu’elle est enviable la situation de cet enfant dont la mère ne peut pas comprendre le petit mot que lui met l’instituteur ou dont la mère ne peut pas échanger avec le professeur à l’école ? Cet enfant, devenu adulte, qu’est-ce qu’il pensera de la société française qui a maintenu sa mère dans la situation où elle se trouve d’exclusion totale ? Et cet enfant, quelle idée se fera-t-il de l’autorité parentale et de la République française parce qu’on a laissé sa mère enfermée dans un appartement sans pratiquer et dire un mot de français ? Ce que je propose, c’est aussi pour ces enfants ! Et je dis que ceux qui ne comprennent pas ça sont des Tartuffe, des hypocrites, des menteurs qui ne comprennent pas la réalité vécue par nos compatriotes sur le terrain.

Lorsque j’affirme que nos comptes sociaux, qui sont en déficit, que je demande des efforts à chacun d’entre vous, dois-je considérer qu’il ne faut demander des efforts qu’aux nationaux et que quand on est étranger, on n’aurait pas d’efforts à faire ? Dans la situation de nos comptes publics – je persiste et je signe –, nous ne pouvons pas accepter une immigration qui ne serait conditionnelle, qui ne serait motivée que par l’attrait de prestations sociales parmi les plus généreuses du monde. Dire cela, c’est républicain, c’est humaniste. Et j’affirme que pour faire venir sa famille dans le cadre du regroupement familial qui est un droit, il faut avoir un logement pour loger sa famille, il faut avoir un salaire pour faire vivre sa famille. Et pour toucher nos prestations, il faudra un certain nombre d’années : dix ans de présence sur le territoire et cinq années de cotisations. Dire cela, c’est parfaitement républicain et parfaitement humaniste.

Je veux d’ailleurs aller un peu plus loin avec vous parce que cette campagne, je la mène en vérité. Je n’aime pas le mensonge. Je veux dire les choses telles qu’elles sont. Ici, nous ne sommes pas aux États-Unis d’Amérique. Quand quelqu’un est malade, quand il a besoin d’être opéré, on ne lui demande pas l’état de sa Carte bleue. On soigne les gens quelle que soit leur couleur de peau, quelle que soit leur nationalité, qu’ils aient de l’argent ou qu’ils n’en aient pas. C’est notre honneur ! C’est ça la République française ! Et je préfère le dire ici même si c’est impopulaire parce que c’est la vérité, je ne toucherai pas à l’aide médicale d’urgence – je le dis à mes amis parlementaires – parce qu’on soit noir, blanc, jaune, qu’on soit étranger ou pas, qu’on soit légal ou pas, un homme à la porte d’un hôpital qui souffre, qui est malade et qui a besoin d’être opéré, la République française le soigne et l’opère. C’est ma conception ! Elle est là et je la défends ici, Seine-Saint-Denis ! Et je vous dis la même chose avec la même force, je demande que la carte Vitale devienne une carte biométrique parce que je ne supporte pas la fraude dans un pays aussi généreux que la France ! Voilà la politique que je mènerai !

Et je veux être encore plus précis. Monsieur HOLLANDE a mis bien du temps pour avouer le projet qui consiste à donner le vote aux immigrés. Je veux dire une chose là-dessus. Je veux dire une chose là-dessus et en parler ici. La vérité, c’est que si Monsieur HOLLANDE veut ce vote, c’est parce que les socialistes qui ont abandonné les travailleurs n’ont plus le vote populaire et qu’ils cherchent le vote communautaire. Voilà la vérité. Si un étranger, en France, souhaite voter, alors il demande à devenir Français et nous serons heureux de l’accueillir dans la citoyenneté française. S’il ne veut pas, alors il ne votera pas. Monsieur HOLLANDE dit : « Mais non ! Mais c’est juste pour les municipales. » Peut-on ignorer davantage la réalité qui fait qu’après l’élection présidentielle, l’élection municipale est la plus importante pour nos concitoyens ?

Alors le vote communautaire, ça veut dire quoi ? Ça veut dire le vote de la communauté. Pour demander quoi ? Si c’est pour demander, comme à Lille, Madame AUBRY, des horaires différenciés dans les piscines pour les femmes et les hommes, nous disons non. Nous voulons les mêmes horaires dans nos piscines pour les femmes et pour les hommes. Si c’est pour demander, dans les hôpitaux, des médecins différents pour les femmes et pour les hommes, nous disons non parce que, dans les hôpitaux de la République, les hommes et les femmes sont soignés par les mêmes praticiens. Et pour nos cantines scolaires, nous disons que nous voulons les mêmes menus pour tous les enfants de la République parce qu’elle est laïque ! Voilà ce qu’on nous prépare ! Voilà ce qu’on nous promet !

Alors, moi, je dois me justifier des attaques de Madame LE PEN mais Monsieur HOLLANDE ne doit pas s’expliquer sur le soutien de Tarik RAMADAN ou l’appel à voter pour lui, publié dans un journal de gauche, par un certain nombre de mosquées. Soit cet appel est vrai, dans ce cas-là, qu’il s’en explique ; soit cet appel est faux et dans ce cas-là, que le journal de gauche, « Marianne », s’excuse d’avoir, une fois de plus, menti ! Et je rends hommage au recteur BOUBAKEUR, je rends hommage au recteur Kamel KABTANE, je rends hommage au président du CFCM, Monsieur MOUSSAOUI, qui, eux, savent parler au nom de nos compatriotes et ont su déjouer ces pièges parce que tout ceci est absolument inadmissible, parce que c’est du mensonge, parce que c’est de la calomnie. Je continuerai à m’exprimer librement, à parler à tous les Français. Alors, quand c’est Monsieur HOLLANDE qui veut leur parler, après les avoir insultés, c’est un acte démocratique intéressant. Quand c’est moi, c’est une pêche honteuse ! Parce que vous pensez qu’il y a six millions et demi de gens qui sont fascistes, qui sont tentés par les idées de l’extrême droite ? Vous pensez vraiment que ces gens-là, ce sont des Français, des Françaises qui ont exprimé un ras-le-bol et qui ont dit quoi ? Qui ont dit une chose qui est centrale dans cette élection et je me bats depuis le premier tour là-dessus : « Nous ne voulons pas changer notre mode de vie. Nous voulons garder nos valeurs. Nous voulons que la France reste la France accueillante mais avec les valeurs de la France. » Ces Français disent cela !

Ils disent quoi aussi ? Et il faut bien reconnaître, mes chers amis, que ce fut une erreur. Ils disent, parce que c’est une question absolument centrale : « Nous voulons que vous parliez des frontières. » Je veux m’expliquer de ce point. Le mot frontière avait disparu du discours politique de chacun depuis vingt ou trente ans. Le mot nation également avait disparu. Pourquoi la frontière est importante ? Je vais essayer de vous l’expliquer. Parce que si… Imaginez la situation où tous ceux qui sont propriétaires de leur appartement ne deviendraient pas propriétaires de l’appartement ou locataires de leur appartement n’auraient pas d’acte de location, si vous tendez la main de l’autre côté de votre propriété au voisin, c’est parce que vous ne vous sentez pas contestés dans votre propriété. Si, demain, il n’y a plus de propriété, l’autre devient une menace parce qu’il n’y a plus que la force pour défendre sa propriété.

La frontière rassure un peuple. La frontière n’est pas une barrière avec les autres. La frontière, une frontière non contestée, une frontière sérieuse, c’est la garantie qu’un pays est confiant en lui même et qu’il peut faire preuve d’audace. L’absence de frontières serait comme l’absence de cadastre dans vos communes. Imaginez la situation : quelqu’un frappe à la porte, à ce moment-là, il devient l’ennemi potentiel parce que vous vous dites : je n’ai pas de titre de propriété, je n’ai pas de bail, peut-être qu’il veut prendre ma place. La frontière est un élément central du débat politique aujourd'hui, mais pas la frontière simplement autour de notre pays, la frontière, bien sûr, pour la question d’immigration mais la frontière aussi pour la protection de nos agriculteurs, de nos producteurs, de nos entrepreneurs. Nous ne supportons plus les délocalisations. Nous ne supportons plus les règles qui s’appliquent à nos entrepreneurs et à nos agriculteurs alors que dans le même temps, l’Europe fait rentrer sur le marché européen des produits venant de pays qui ne respectent aucune des règles que l’on impose à nos entrepreneurs, à nos agriculteurs et à nos producteurs.

Si, dans un an, l’Europe n’a pas obtenu la réciprocité avec nos grands partenaires dans le monde, j’appliquerai unilatéralement pour la France la règle suivante : tous les marché publics communaux, départementaux, régionaux, nationaux seront réservés aux seules entreprises qui produiront et créeront des emplois en Europe. Mais la frontière, c’est aussi la protection, cher Jacques TOUBON, de notre langue, de notre culture, de notre cinéma, de nos droits d’auteur. Nous sommes les héritiers de Victor HUGO, de MAUPASSANT, de Voltaire. Nous sommes la France, nous ne venons pas de nulle part. Dans notre histoire, il y a Jeanne d’ARC, il y a le général de GAULLE, il y a tant de faits de gloire, tant de faits d’armes, il y a une mémoire collective ! Nous ne voulons pas que tout cela explose à tout-va ! Nous sommes fiers de cela non pas contre les autres mais nous disons : la culture française doit être défendue, incarnée ! La langue française, cette langue, c’est la nôtre ! Nous souhaitons qu’elle soit défendue, incarnée, promue !

La frontière, c’est aussi entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. La frontière, c’est : l’acte de violence du délinquant ne peut pas être mis sous le même plan que la violence légitime du représentant de l’ordre. La frontière, c’est que, dans l’école, le savoir du maître ne se met pas à la même hauteur que le savoir de l’enfant ou de l’adolescent parce que le maître a une autorité sur l’enfant, parce que le maître doit préparer des futurs adultes mais qu’ils ne sont pas à égalité dans la classe le maître et l’enfant. La frontière, c’est cela aussi !

La frontière, c’est le respect de la vie. C’est pourquoi, bien que je comprenne tous les drames qu’il y a derrière la question de l’euthanasie, c’est pourquoi je suis opposé à ce qu’on puisse sciemment donner la mort parce que la vie n’est pas un produit comme les autres, parce qu’il n’y a pas de marchandisation de la vie, parce qu’entre la vie et le reste, il y a le mystère de la naissance et le mystère de la mort et que, d’une certaine façon, c’est sacré, non pas au sens religieux des choses mais au sens du caractère unique de la vie. Je ne ferai pas une loi pour dire : c’est la frontière. On peut donner la mort simplement parce qu’on en a envie. C’est une chose d’arrêter un traitement parce que la vie n’est plus la vie. C’est une chose de laisser une zone grise de dialogue entre la famille, le malade, le médecin. C’en est une autre de mépriser la vie et de considérer que nous, les hommes, on a le droit de résoudre ce mystère en en faisant ce que bon nous semble. Ce n’est pas un discours spirituel que le mien, c’est simplement la reconnaissance de la vie comme un acte unique.

La famille, je sais que la famille a changé. Je le sais. Je sais qu’il y a le drame du divorce, qu’il y a le drame des séparations et que c’est une douleur et une difficulté pour celui qui part comme pour celui qui reste, que ce n’est pas un acte de plaisir ou de complaisance. Je sais que la famille a changé dans sa composition. Je sais qu’il existe des familles recomposées. Je vois qu’il y a trois ou quatre autres personnes dans ma situation dans la salle. Mais ce que je… Je leur adresse un salut bien fraternel, y compris au premier rang. Mais ce que je veux vous faire comprendre, c’est que ce n’est pas parce que la famille a changé de forme qu’on est moins attaché à sa famille. La famille reste une institution et une valeur absolument centrale. Elle va changer de forme. Vous allez connaître des épreuves. Mais quand on a des ennuis, la famille ça compte plus que tout. Quand on a des ennuis, la famille, ce n’est pas une habitude, c’est le lien du cœur, c’est le lien de l’amour, c’est le lien des sentiments. Cette famille-là, elle a changé dans son contour mais elle n’a pas changé dans l’intensité.

La nation a changé mais ce qu’on a oublié, ce sur quoi on s’est trompé dans les trente dernières années, c’est de penser que parce qu’on faisait l’Europe, on ne devait pas parler de la nation. Regardez dans le monde entier les pays qui réussissent. Imaginez-vous que les Chinois ne se sentent pas Chinois ? Imaginez-vous que les Brésiliens ne se sentent pas Brésiliens ? Et quand vous allez aux États-Unis d’Amérique, c’est bouleversant de voir devant quasiment une maison sur deux le drapeau des États-Unis d’Amérique parce qu’aux États-Unis d’Amérique, on aime sa patrie ! Eh bien nous, en France, on aime la France ! La nation comme repère, comme identité collective. La nation et, bien sûr, la famille !

Je veux dire d’ailleurs que ce fut une grave erreur – et je le dis en Seine-Saint-Denis en sachant à qui je parle – que pendant tant d’années, mes propres amis se sont contorsionnés pour reconnaître ce qui, à mes yeux, était depuis longtemps une évidence, je veux parler des racines chrétiennes de la France. Quand je dis que la France a des racines chrétiennes, je ne fais pas la défense d’une église, je regarde simplement dix siècles de royauté et d’église qui ont construit une nation, je regarde ce long manteau de cathédrales et d’églises. Et dire que la France a des racines chrétiennes, ça permet d’accueillir ceux de nos compatriotes qui n’ont pas une racine chrétienne et de venir additionner leur identité à la nôtre. Mais si, dans le même temps où on accueille des compatriotes d’identités, d’origines différentes, si, dans le même temps, on conteste l’identité profonde de la nation française, il ne peut pas y avoir d’intégration parce que chacun se sentira menacé dans l’identité qui est la sienne !

Et je vais plus loin ! Ce fut une erreur. J’ai toujours été Européen, j’ai toujours dit oui à l’Europe. Mais ce fut une erreur de renoncer à inscrire dans le projet de Constitution européenne que l’Europe avait des racines chrétiennes parce qu’il y a un certain nombre d’Européens qui ont compris à ce moment-là que l’Europe venait contester leur identité alors même que l’Europe venait conforter leur identité. Voilà la réalité ! Si on ne sait pas d’où l’on vient, on ne peut pas dire où l’on va ! D’ailleurs, si vous doutez de ce que je dis, il suffirait, il suffit de voir tout simplement ce que font tous les autres pays dans le monde !

Quelle idée curieuse que cette phobie de la France de la part d’une partie de nos élites ! Quelle idée curieuse que cette obsession de critiquer son propre pays en permanence qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde. On est d’abord fier de son pays, de sa nation, de ce qu’il fait ! Quelle idée étrange ! Alors j’ai voulu et je veux m’en expliquer parce que c’est ma façon de faire campagne au deuxième tour. Parce que la leçon que je tire du premier tour, ce n’est pas simplement qu’il faut faire des propositions, ce n’est pas simplement qu’il faut prendre des engagements, ce n’est pas simplement qu’il faut chiffrer nos mesures, c’est que les Français veulent nous entendre. Le candidat socialiste et moi, sur nos valeurs, sur notre compréhension de l’identité française et de la nation française, sur la direction où nous voulons emmener notre pays, vous pourriez me dire à juste titre : « Vous ne supportez pas la critique de la France et pourtant, durant votre quinquennat, vous avez reconnu la faute de la France. »

Oui, je vais m’en expliquer devant vous parce que c’est un sujet, mes chers compatriotes, qui vous concerne tous. Je me bats pour la France forte. La France forte, elle doit regarder son passé sans peur. Oui, j’ai dit, j’ai dit parce que je le pense au plus profond de mon cœur, que ces harkis qui avaient choisi la France, quand la France les a abandonnés, elle n’a pas été fidèle, la France, à sa tradition et à son histoire ! Voilà ce que je pense ! Ce n’est pas trahir la France que de dire ça ! C’est, au contraire, respecter la France. Que je sois le premier président de la République, cinquante ans après, à venir m’incliner au camp de Rivesaltes où ces Algériens qui avaient choisi la France ont été traités de façon honteuse. Je ne remets pas en cause la France, je dis que la France se trompe à chaque fois qu’elle n’est pas fidèle à sa tradition et à son histoire.

Quand je dis aux pieds-noirs, lorsque je suis dans le Midi : le sens de l’histoire, c’était que l’Algérie soit indépendante et personne ne peut contester à l’Algérie le droit d’être indépendante et certainement pas moi. Je le dis pour l’Algérie mais je pourrais le dire tout aussi bien pour le Maroc et pour la Tunisie. Mais je veux qu’on ait le courage de dire que le sens de l’histoire collective peut briser des histoires personnelles et familiales et que le devoir de la République française à ce moment-là, c’est d’apaiser la souffrance personnelle et familiale des trois générations qui s’étaient succédées en Algérie. Et d’ailleurs, je veux rendre hommage au gouvernement algérien qui a réagi à mes déclarations et à mes discours avec une maturité et une ouverture qui renforcent l’amitié entre l’Algérie et la France.
J’ai eu, avec mes amis, n’est-ce pas André, n’est-ce pas Christophe, un débat sur la question turque et la question arménienne mais je vous dis une chose, la gloire de la France, c’est en 1915 d’avoir été capable d’accueillir ces milliers et ces milliers d’Arméniens victimes d’un génocide parce que c’était un génocide, même le premier de l’histoire du XXe siècle. Ça ne veut pas dire que j’en fais le procès à la Turquie. Je dis simplement à nos amis turcs : regardez votre histoire comme nous, nous regardons la nôtre. Et en reconnaissant le génocide, la France s’est grandie. Et en condamnant le négationnisme, la France se grandit. Et qu’on ne vienne pas me dire que ça va empêcher un historien d’aller travailler. Personne ne veut empêcher les historiens de travailler mais je veux, pour que les choses claires : il y a des opinions qui n’en sont pas. Et sur le territoire de la République française, tant que je serai chef de l’État, on ne contestera pas la Shoah et on ne contestera pas le génocide des Arméniens. Voilà ce que je pense au plus profond de moi-même ! C’est tout ! Et personne ne me fera changer d’avis !
Et je dis d’ailleurs aux uns comme aux autres qu’il y a un lien entre tout ça parce qu’on est toujours l’Arménien de quelqu’un ou le juif de quelqu’un et que si on accepte qu’une souffrance, qu’une douleur soit contestée, si on ne la reconnaît pas, alors on se prépare à ce que d’autres soient contestées. J’abhorre le racisme ! Je déteste le racisme ! J’abhorre l’antisémitisme ! Je déteste les antisémites ! Jamais ! Jamais je ne serai ni de près ni de loin avec eux ! Je déteste l’homophobie ! Je déteste ces sentiments stupides qui feraient rendre responsable quelqu’un de son identité – son identité sexuelle ou son identité physique. Ça n’a aucun sens. Mais je dis en même temps que sur le territoire de la République, il y a des idées dont on ne veut pas, il y a des opinions dont on ne veut pas. Quand le père du monstre de Toulouse ou de Montauban veut prendre la parole, je dis : c’est insultant pour les familles des victimes et c’est insultant pour la République française ! Voilà ce que je pense !

Alors il faut que je vous avoue, j’ai fait une autre erreur, sans doute beaucoup plus grave, j’ai oublié que le 1er mai appartenait à la CGT. Ah ! Les braves gens ! Voilà qui est intéressant. La CGT, du moins ses dirigeants – ne faisons pas d’amalgame entre tous ces syndicalistes magnifiques sur le terrain et ces quelques permanents, membres du bureau politique du Parti communiste, qui confondent syndicats et partis politique –, voilà que la CGT se range avec armes et bagages derrière François HOLLANDE, oubliant… Moi, j’ai une pensée au moment où je vous parle pour la FÉDÉRATION CGT DE L’ÉNERGIE tellement attachée au nucléaire. Voilà que la direction centrale de la CGT trahit les adhérents de la CGT DE L’ÉNERGIE en rejoignant un candidat qui a vendu la moitié de notre parc nucléaire pour un accord minable et misérable avec Les Verts et Madame JOLY ! Je pense à eux ! Je pense aux ouvriers de Fessenheim ! Je pense aux ouvriers de Saint-Laurent-des-Eaux ! Je pense à ces générations d’ouvriers qui ont travaillé pour faire de la France une puissance nucléaire vendue pour les intérêts d’une dame qui pèse 2 % des voix dans notre pays !

Eh bien moi, je préfère être à ma place qu’à celle des permanents de la CGT qui feront défiler les ouvriers du nucléaire vendus et sacrifiés le 1er mai derrière un candidat qui va casser la filière nucléaire française ! Chacun ses choix ! Alors, pendant que Monsieur HOLLANDE défilera derrière les drapeaux rouges, moi, je vous appelle à être innombrables sur la place de l’esplanade des Droits de l’Homme et sur la place du Trocadéro pour parler du travail. Et je veux vous en parler du travail parce que je vois que là aussi on a besoin de points sur les i. Le travail, dans mon esprit, doit toujours rapporter plus que l’assistanat. On a beaucoup parlé de la justice. il y a, en haut, des comportements qui ont choqué, très fortement choqué, des comportements de dirigeants d’entreprise qui font honte. Ils sont minoritaires mais moi, je ne veux pas qu’ils engagent nos idées. Je n’ai rien à voir avec ces comportements. Mais en bas, lorsque celui qui n’a jamais cotisé, jamais travaillé gagne davantage que celui qui a cotisé, qui a travaillé, c’est aussi une injustice que je veux dénoncer.

Le travail. Bien sûr ! Bien sûr ! Bien sûr que les fonctionnaires travaillent ! Et en trente-cinq années de vie politique, personne ne pourra trouver un mot de moi manquant de respect aux fonctionnaires dans notre pays. Ils travaillent dur, honnêtement. Et quand il y a une crise, on voit ce que cela représente la chance d’avoir la fonction publique française. Et j’ai dit ce que je pensais des fonctionnaires de police. Mais qu’il me soit permis aussi de parler en vérité. Lorsque la crise a soufflé avec une violence inouïe pendant quatre ans, le devoir du chef de l’État, c’est de regarder la situation de chacun. Quand la crise souffle, le salaire du fonctionnaire – et c’est normal – est payé. Lorsque la crise souffle, que le carnet de commande s’effondre, le salaire de l’ouvrier en activité partielle, il est divisé par deux et il n’y est pour rien. Mon devoir de chef d’État, c’est de consacrer les crédits disponibles pour lui, pas pour les personnes sous statut. Mon devoir de chef de l’État, c’est de dire : si nous avons des marges de manœuvre, je ne les consacrerai pas à embaucher soixante et un mille fonctionnaires de plus mais à aider les ouvriers qui ont perdu leur travail ou les chômeurs qui cherchent un emploi à en obtenir un ! C’est ça ma conception aussi du travail !

Mais il y a autre chose entre nous ! Il y a autre chose entre nous ! Vous tous… Oui, et en plus, je me donne du mal pour ça ! Mais il y a autre chose parce que je ne veux – et vous verrez – évacuer aucun débat, dit-on, sensible dans cette campagne, je veux tous les ouvrir, dire la vérité aux Français et les Français choisiront. Le travail, c’est ce qui permet à chacun d’entre vous – je le lis sur vos visages, l’histoire de vos familles –, le travail vous a permis d’avoir un patrimoine petit, moyen, grand. Un patrimoine. Et contrairement à ceux qui ne comprennent rien – je voudrais bien le dire –, ce patrimoine, il a pour vous moins une valeur pécuniaire qu’une valeur personnelle parce que, quand vous considérez votre patrimoine, vous considérez les centaines, les milliers, les dizaines de milliers d’heures où vous n’aviez pas envie de travailler et où, pourtant, vous êtes allés au travail malades, fatigués, découragés. Parce que si vous n’y alliez pas, personne n’aurait fait vivre votre famille à votre place ! Ce patrimoine-là que vous avez construit avec votre travail, vous ne l’avez pas volé ! Vous n’allez pas vous excuser de l’avoir !

Il y a une grande différence entre Monsieur HOLLANDE et moi : il veut moins de riches, moi, je veux moins de pauvres. C’est une différence énorme ! Ce patrimoine-là, j’ai voulu – et j’ai tenu ma promesse – que vous puissiez le transmettre à vos enfants en franchise d’impôt sur les successions parce que, quand on a travaillé toute sa vie, payé des impôts toute sa vie, qu’on a des enfants et une famille, il est normal de vouloir transmettre à sa famille le fruit de son travail ! Voilà les valeurs qui sont les miennes ! Voilà les idées que je veux défendre !
Alors, apparemment, Monsieur HOLLANDE et moi, on n’a pas de chance, je voulais tant qu’on se rencontre. Ça n’a pas pu se faire, il y avait toujours un truc qui n’allait pas. Quatre radios nous ont demandé un débat, j’ai répondu, quand on me l’a demandé, oui, quel que soit le jour, quelle que soit l’heure, quel que soit le thème. Je serai heureux de m’expliquer devant les Français. Il a refusé. Je me suis dit : c’est le jour qui ne va pas, changeons de jour. Il a refusé. Je me suis dit : c’est un problème d’heure, peut-être qu’il se sent plus du soir et moi, plus du matin. Retrouvons-nous à l’heure du déjeuner. Il n’a pas voulu ! Il n’a pas voulu. Ce soir, ce soir même, FRANCE TÉLÉVISIONS avait prévu un débat puisque nous sommes tous les deux dans les mêmes locaux. Il n’a pas voulu. Moi, je ne pose qu’une condition pour le débat, une seule, c’est qu’il ait lieu avant le 6 mai. Rien n’était possible ! Donc, ce soir, il va passer puis je passerai. Mais je ne comprends pas, il était tellement enthousiaste du débat quand c’était un débat entre camarades ! Ils étaient tellement émouvants à parler entre eux ! On avait tellement de plaisir à les regarder ! Ils avaient fini par oublier que je pouvais être candidat. Le monde socialiste, il leur faut très peu pour être heureux, simplement des socialistes. D’ailleurs, quand ils parlent de vous, ils ne parlent pas au peuple de France, ils parlent au peuple de gauche. Mais, Monsieur HOLLANDE, quand on est président de la République, on doit savoir qu’on est autant le président de ceux qui ont voté pour vous que de ceux qui n’ont pas voté pour vous. C’est l’honneur du président de la République. Bon, eh bien on attendra qu’il soit disponible !

Mes chers amis, pour en terminer, je voudrais vous dire une chose, je m’engage dans cette campagne comme sans doute – ceux qui me connaissent depuis longtemps le savent – je ne me suis engagé avec autant de force. Je n’ai jamais fait campagne comme cela. Sans doute d’ailleurs n’ai-je jamais été aussi heureux de vous écouter, de vous entendre, de dialoguer avec vous, d’aller à votre rencontre. Jamais autant qu’aujourd'hui je n’ai senti en moi autant de force pour défendre nos convictions. Jamais je ne me suis senti porteur d’autant de responsabilités. C’est un moment historique. La France n’a pas le droit à l’erreur.

Mes chers amis, je n’ai, dans mon viatique et pour me soutenir, que vous mais vous, c’est énorme, vous, c’est immense, vous, c’est déterminant. Nous n’avons rien, rien d’autre, que ça. Que ça ! À mains nues, nos convictions sur la table, le peuple de France, les idées qui sont les nôtres, l’amour de notre pays. Que ça ! Ils sont tous contre nous ! Et pourtant, mes chers amis, je sens monter une mobilisation extraordinaire ! Et pourtant, je sens bouillir la France profonde, la France silencieuse, cette France qui, quand elle n’est pas d’accord, ne va pas casser, cette France qui, quand elle n’est pas d’accord, ne va pas manifester, cette France qui, quand elle est choquée, ne dit rien, cette France qui, quand elle souffre, ne se plaint pas parce qu’elle est trop fière et trop pudique. Mais cette France, elle ne perd pas la mémoire, elle se souvient. Et cette France, on la retrouve le jour dans les urnes, on la retrouvera le 6 mai. Vive la République et vive la France !


Source http://www.lafranceforte.fr, le 2 mai 2012

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