Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, notamment sur la campagne électorale et sur l'immigration, à Clermont-Ferrand le 28 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, notamment sur la campagne électorale et sur l'immigration, à Clermont-Ferrand le 28 avril 2012.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Meeting à l'occasion de la campagne présidentielle, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) le 28 avril 2012

ti : Mes chers amis, mes chers amis, je suis tellement heureux d’être ici, d’être dans cette région, dans cette Auvergne que je connais depuis si longtemps, à Clermont où je suis devenu, où je suis venu si souvent. Je suis venu ici pour vous parler avec mon cœur, avec mes convictions, avec mon énergie, avec mon amour profond pour la France et avec ma reconnaissance pour l’honneur que m’ont fait les Français de me désigner comme président de la République pour les 5 années qui viennent de se passer.

Je suis venu sans discours, parce que je suis venu vous parler, je suis venu pour partager avec vous les valeurs qui sont les nôtres. D’abord je voudrais envoyer un petit message à tous ceux qui nous aiment tant, vous avez compris ? Ceux qui savent tout et ne connaissent rien, ceux qui parlent de la démocratie et ne la respectent jamais, ceux qui disent qu’ils sont généreux, qui donnent des leçons mais qui mettent leurs enfants dans les écoles où il n’y a pas de problèmes et qui habitent au boulevard Saint-Germain, dans un quartier où on n’a pas de problème. Donneurs de leçon, tartuffes, hypocrites, je suis venu leur dire une chose : vous ne nous ferez pas taire, parce que le peuple de France est un peuple libre et qu’il n’acceptera pas la mainmise de votre pensée unique sur cette campagne électorale. Voilà ce que je suis venu partager avec vous.

Imaginez les forces qui se mobilisent contre nous, faut-il qu’ils nous croient fort pour appeler le ban et l’arrière-ban. J’ai dit les 48 dernières heures ce que je pensais du soutien de monsieur RAMADAN à monsieur HOLLANDE. Vous avez raison, les déclarations de ce monsieur sont une honte, c’est une honte et c’est une honte notamment sur nos compatriotes musulmans qui méritent mieux que d’avoir un homme qui parle si mal de leur culture, de leur religion et de ce qu’ils sont. J’ai dit ce que je pensais de l’appel relayé par un journal honteux qui, après m’avoir traité de voyou, a relayé l’appel des 700 mosquées en faveur de François HOLLANDE, une honte. Imaginez si l’un d’entre-nous avait fait le quart, alors c’est une grande manifestation pour défendre la laïcité qui aurait été organisée. Mais mes chers amis, on n’avait rien vu, car aujourd’hui un renfort de poids s’est manifesté en faveur de François HOLLANDE qui a appelé à la rescousse une caution morale de poids, Dominique STRAUSS-KAHN. Il ne manquait plus que lui et la famille est complète.

Je respecte profondément la présomption d’innocence, mais quand on est accusé de ce qu’il est accusé et qu’on a un minimum de dignité, on a la pudeur de se taire et de ne pas rajouter un mot à l’indignité d’un comportement. Quand je pense que pendant tous les épisodes scandaleux, honteux de New York, de Lille, du Carlton, du Pas-de-Calais, ce fut l’honneur de la droite républicaine et du centre de ne pas s’en mêler, de ne pas utiliser, de se boucher le nez, de ne pas commenter, parce que commenter ces indignités c’était en recevoir un peu. Mais qu’en pleine campagne électorale, à une semaine du premier tour, monsieur STRAUSS-KAHN venant donner des leçons de morale et indiquer que je suis le seul responsable de tout ce qui lui est arrivé, trop c’est trop. Quant à monsieur HOLLANDE, qui n’a quand même pas découvert l’existence de monsieur STRAUSS-KAHN depuis 2 jours ; ou à madame AUBRY qui négociait le pacte de Marrakech dans le riad de Marrakech, qui n’a pas découvert l’existence de monsieur STRAUSS-KAHN depuis 2 jours, qu’ils disent ce qu’ils pensent de ce ralliement de poids à la candidature de monsieur HOLLANDE. En ce qui nous concerne, je dis à monsieur STRAUSS-KAHN : expliquez-vous avec la justice et épargnez aux Français vos commentaires.

Et j’ai vu qu’on ressortait même de la naphtaline monsieur KAHN, celui-là qui a insulté toutes les femmes de France au moment du scandale de New York en disant : ce n’est qu’une soubrette que l’on trousse. Honte à celui qui est capable de dire une chose pareille. N’est pas MAUPASSANT qui veut, monsieur KAHN n’est qu’un vulgaire quand il propose une phrase qui ne blesse pas simplement les femmes, qui blesse toute personne qui respecte la dignité humaine.

Voilà donc cette gauche pas gênée pour un poil qui vient nous donner des leçons, pas nous, aux Français, car il faut que je vous explique. Il y a un peu plus de 40 millions d’électeurs, peut-être 45 millions, François HOLLANDE a le droit de s’adresser au deuxième tour à tous les électeurs français. Eh bien ! Il y a un petit cénacle qui s’est réuni et qui a décidé qu’il y en avait un qui parlerait à 45 millions d’électeurs, moins les 6 millions et demi de Français qui ont voté pour Marine le PEN, c’est moi. Eux ont le droit de leur parler, moi je dois gagner en ignorant ces 6 millions et demi de Français qui ont porté leur vote sur madame le PEN. Voilà la gauche, voilà les grands censeurs, voilà les donneurs de leçons, ils ont découvert tout d’un coup qu’entre le dimanche du premier tour et le lundi du deuxième tour, mon projet politique avait changé, qu’il était passé de républicain à extrémiste.

Il se trouve qu’entre le premier et le deuxième tour, je n’ai rien changé de la lettre que j’ai écrite aux Français. Je n’ai pas fait une proposition nouvelle, je reste calé sur les convictions et les propositions qui sont les miennes. Mais les mêmes qui trouvaient ce projet parfaitement acceptable le dimanche, le trouvent parfaitement inacceptable le lundi. De qui se moque-t-on ? Des Français ? Alors je vais vous en parler des Français et je vais le faire comme je sais le faire, avec mon cœur, avec mon expérience. Parce que la situation est si grave, si lourde de sens que je ne viens pas en homme politique faire un discours politique, je viens aux Français comme les autres, parlant à mes compatriotes et leur disant : je parle à tous les Français, quels que furent leurs choix, qui que vous soyez, où vous habitiez, le choix que vous avez à faire le 6 mai est historique. La France n’a pas le droit à l’erreur, votre voix va compter beaucoup plus que vous ne pouvez l’imaginer. Ce choix, je vous demande de le faire non pas en fonction de vos appartenances politiques, foules innombrables. Je vous demande de le faire non pas en fonction de ce que vous avez pu penser dans le passé, je vous demande de le faire en vous posant une seule question : où voulez-vous qu’aille la France ? Quelle France pour vos enfants, quelles valeurs pour votre pays, où est l’intérêt général et quelles sont les décisions que nous devons prendre.

Au premier tour, au premier tour, ce premier tour où vous vous rappelez, je ne devais pas être sélectionné pour le second, je suis désolé d’avoir un peu gêné l’ordonnancement si bien huilé, mais ça ne s’est pas passé exactement comme ils l’imaginaient. Le premier tour a été décrit comme une poussée de la gauche extraordinaire, avec un génie, un homme très raisonnable qu’on a envie d’avoir comme voisin, monsieur MELENCHON décrivant Cuba comme une démocratie et Fidel CASTRO comme un démocrate. Ce monsieur qui prétendait être président de la République et qui dit aux Français… vous ici en Auvergne, vous connaissez ça, et qui dit aux Français : si vous croisez un riche, comprenez un homme ou une femme qui gagne plus de 4.000 € par mois, faites-lui les poches, c’est bien pour les enfants de la République d’entendre un candidat à la présidence de la République dire cela ; c’est bien pour des parents qui doivent élever leurs enfants d’entendre un candidat à la présidence de la République dire « faites les poches de celui qui a travaillé et qui a plus que vous », c’est bien, c’est une honte.

Et monsieur HOLLANDE, la fréquentation assidue de monsieur MELENCHON ne le gêne pas, remarquez ce monsieur MELENCHON qui parlait de son ami HOLLANDE comme d’un capitaine de pédalo, quand le pédalo est arrivé il s’est dépêché de monter dessus. Et ça veut gouverner la France, et ça donne des leçons, et ça veut montrer l’exemple. Alors voilà que les Français ont choisi… voilà que les Français ont choisi au premier tour et je vous demande d’y être attentif parce que c’est grave, quand les Français s’expriment on doit entendre, on ne peut pas faire comme s’ils n’avaient rien dit, comme s’il ne s’était rien passé. Cette campagne dont on nous expliquait qu’elle ennuyait tout le monde et dont je m’époumonais à dire « ce n’est pas vrai, je sens une mobilisation comme jamais, je sens monter une vague, une participation, je sens que les gens se passionnent, je sens qu’ils sont concernés », vous leur avez donné une leçon magnifique, vous avez été 80 % de citoyens à faire votre devoir de citoyen au premier tour de l’élection présidentielle, 80 %.

Heureusement que la campagne ne vous intéressait pas, qu’est-ce que ça aurait été si elle vous intéressait. Alors dans cette campagne, on avait donc le génie monsieur MELENCHON qui allait tout révolutionner, et qui termine à peine au-dessus de 10 %. On avait madame le PEN dont on nous expliquait qu’elle faisait une très mauvaise campagne, qui termine à 17,9 %. On m’expliquait qu’il y avait un référendum pour François HOLLANDE et un référendum contre moi, à 27,28 c’est difficile de trouver qu’il y a deux référendums. Mais qu’est-ce qu’ils ont dit ces Français ? Je veux parler à ces 6 millions et demi de Français qui ont voté pour Marine le PEN. J’ai 35 ans de vie politique, jamais personne n’a pu – ni de près ni de loin – voir la moindre collusion entre le Front National et ce que je faisais, jamais. De tous les dirigeants politiques, je suis sans doute celui qui a le plus souvent débattu avec monsieur le PEN. Jamais je n’ai accepté – responsable d’une formation politique – le moindre accord, la moindre compromission, jamais. Mais personne ne m’empêchera, personne ne m’empêchera de parler à ces 6 millions et demi de Français parce que nous avons des choses à leur dire, qu’ils doivent être respectés, qu’ils doivent être considérés, qu’ils doivent être écoutés et peut-être même parfois entendus dans la souffrance qui est la leur.

Il y a une différence entre monsieur HOLLANDE et moi, le soir du premier tour monsieur HOLLANDE prend une pince à linge et dit à ces Français : mon Dieu, quelle odeur. Je rappelle à monsieur HOLLANDE que quand on est contre le racisme, on est contre tous les racismes, y compris lorsque le racisme ne s’adresse pas à des gens de gauche. Mépriser ces électeurs, c’est une forme de racisme, les considérer comme des gens de peu de réflexion, c’est une insulte, penser, alors qu’ils ont fait un choix entre des candidatures autorisées par la République, que ce choix est répréhensible, c’est une forme de suffisance qui est intolérable. Je ne donnerai pas de leçon à des gens qui vivent dans des quartiers où je ne vis pas et qui scolarisent leurs enfants dans des écoles où je ne scolarise pas les miens. Je m’interdis de leur donner des leçons parce que je respecte des conditions de vie qui ne sont pas les miennes. Voilà ce qui s’appelle être républicain.

Et qu’est-ce qu’ils ont dit, ici en Auvergne, vous tous qui aimez votre terroir, qui aimez vos paysages, qui aimez votre région, vous savez bien ce qu’ils ont dit, ils ont dit « la façon dont le monde se construit depuis 30 ans, ça ne peut plus durer », ils ont dit « on comprend qu’il y a des changements qui sont nécessaires, mais nous ne voulons pas changer notre mode de vie, nous ne voulons pas changer nos valeurs, les valeurs que nous avons reçues de nos parents, nous voulons les transmettre à nos enfants ». Voilà ce qu’ils ont dit en votant comme ils ont voté. Alors on peut faire semblant de ne pas les entendre, on peut faire semblant de ne pas les considérer, on peut faire semblant de faire comme si le premier tour n’avait pas eu lieu, moi je ne suis pas un homme qui fait semblant. Quand le peuple s’exprime, le premier devoir d’un responsable c’est de tenir compte de ce que le peuple vient de dire. Et ils nous ont dit des choses importantes, ils nous ont dit : nous ne voulons pas que la nation française disparaisse, nous croyons dans l’Europe cher Louis, je sais ce que je dois à ton père, le président Valéry GISCARD d’ESTAING, et tu sais combien son soutien m’est précieux. Toute ma vie, j’ai dit oui à l’Europe, mais nous ne construisons pas l’Europe contre la nation française. Qu’est-ce qu’ils disent : parlez-nous des frontières, que vous vouliez exercer votre souveraineté avec d’autres pays pour qu’on soit plus fort, d’accord, mais nous ne voulons pas que nos frontières disparaissent. Et si entre la Grèce et la Turquie, il y a 115 km de frontières européennes ouvertes à tout vent, nous ne voulons pas d’une Europe passoire, ils l’ont dit, nous devons en tenir compte. Mais ils ont dit autre chose, ils ont dit : nous sommes un pays qui vient de loin, nous avons une histoire, nous voulons être accueillants pour les autres mais nous voulons qu’on respecte notre pays, qu’on respecte notre histoire, qu’on considère notre identité. Ils ont dit : arrêtez, vous les responsables, de vous cacher derrière votre petit doigt, reconnaissez, revendiquez l’identité de la France, revendiquez notamment que la France a des racines chrétiennes.

Et quand je me promène dans cette Auvergne, je le vois bien avec vos églises, vos cathédrales, dire cela ce n’est pas faire l’apologie d’une Eglise, ce n’est pas faire entorse à la laïcité. Mais comment voulez-vous que nos enfants soient fiers de notre pays si nous ne revendiquons pas nos racines, comment voulez-vous savoir où aller dans l’avenir si vous êtes incapable d’assumer que vous venez de là dans le passé, comment voulez-vous que nous soyons ouverts, généreux, accueillants si nous n’aimons pas suffisamment la France, si nous n’aimons pas suffisamment notre histoire, si nous ne revendiquons pas suffisamment ce qui a fait le pays que nous ont légué nos parents et nos grands-parents. Ils nous ont dit : arrêtez de vous excuser en permanence d’être français, continuez à être accueillants mais défendez les valeurs qui sont les vôtres. J’ai parlé des racines chrétiennes de la France, mais je veux dire aussi que dans les 5 années qui viendront, la France sera au côté des chrétiens d’Orient qui sont en Orient depuis des siècles et qui doivent être respectés aussi.

Alors figurez-vous que dans cette campagne, il y avait donc des sujets dont nous ne devions pas parler. Un petit club s’était réuni lors des primaires socialistes, et avait décidé ce qu’il convenait de penser et ce qu’il convenait de dire. Et tous ceux qui ne pensent pas ou ne disent pas comme eux sont exclus du débat républicain. Ça ne les gêne pas, c’est invraisemblable. L’autre jour à la télévision, on m’a posé la question sur la déclaration d’un député qui me soutient, sur la femme d’un candidat. J’ai dit que je n’étais pas engagé par des propos contre la femme d’un candidat, que je ne le ferai jamais et que je ne l’accepterai jamais. Et vous savez pourquoi je l’ai dit ? Parce que je pense que quand on est fort, il faut reconnaître ses erreurs et même les erreurs de ses amis, quand on est faible on est incapable d’assumer ce choix. Mais qu’est-ce que je devrai penser moi, qu’est-ce que je devrai penser moi quand madame AUBRY me compare à MADOFF, 183 ans de prison, j’attends toujours les excuses de madame AUBRY et de monsieur HOLLANDE. Quand dans une réunion où monsieur HOLLANDE se trouve, l’un de ses partisans me compare à FRANCO, j’attends toujours les excuses de monsieur HOLLANDE. Quand le journal communiste, les communistes qui soutiennent monsieur HOLLANDE, me compare à PETAIN, j’attends toujours les excuses de monsieur HOLLANDE. Quand son ami MELENCHON, parce que vous avez les amis de la dernière minute sont toujours les amis les plus empressés, me compare à LAVAL, dois-je considérer, dois-je attendre longtemps les excuses de monsieur HOLLANDE ? Mais je vais vous dire une chose, ce n’est pas moi qui suis en cause, j’ai l’habitude de leurs injures, c’est tous les Français qui ont voté pour moi au premier tour et qui se sentent insultés par le sectarisme, la haine, le mensonge, la calomnie, l’injure de tous ces donneurs de leçons. C’est vous qu’ils insultent.

Alors donc il y a des sujets qu’on ne pouvait pas évoquer, je voudrais vous rendre attentifs à cela. Chaque fois que la droite républicaine et le centre a déserté des sujets de préoccupation des Français, à ce moment-là ils ont laissé la place à l’abstention pour le meilleur à l’extrémisme pour le pire. Si nous ne sommes pas capables nous, les républicains, de dire fortement sur des sujets sensibles pour les Français ce que nous ferons dans les 5 années qui viennent, comment voulez-vous que les gens nous fassent confiance, comment voulez-vous qu’ils se reconnaissent entre nous ? J’ai voulu parler de l’immigration et je défis quiconque de trouver le moindre mot qui ne soit pas parfaitement cohérent avec mon idéal humaniste sur cette question. Et j’interdis à quiconque de dire que parce qu’on prononce le mot « immigration », on est un raciste, c’est trop simple, c’est trop insultant, c’est trop réducteur, c’est trop outrageant.

Mes chers amis, je sais d’où je viens, je déteste le racisme, je déteste le sectarisme, je déteste la France repliée sur elle-même, je plaide pour la France forte, pas pour la France faible, je déteste la haine de l’autre, je déteste désigner un bouc-émissaire, je déteste l’homophobie, je déteste tout ce qui exclut, tout ce qui avilie, tout ce qui injurie, je déteste cela au plus profond de moi-même. Et quand nous avons vécu ensemble la tragédie de Toulouse et de Montauban, immédiatement en tant que chef de l’Etat, j’ai demandé aux Français de ne pas crier vengeance, de ne pas crier leur colère et de surtout ne pas faire d’amalgame parce que j’ai voulu à toute force défendre nos compatriotes musulmans. Voilà les conceptions qui sont les miennes, et personne ne m’en fera changer.

Mais aussi vrai que je vous dis cela, aussi vrai que je vous dis cela, je veux être libre de parler de l’immigration. L’immigration est une tradition française et nous n’avons pas à la craindre, mais nous devons regarder la situation en face. Pourquoi, pourquoi le système d’intégration à la française ne fonctionne plus ou si mal, parce qu’il y a une raison. Une partie des élites ne veut pas évoquer parce qu’elle se masque la réalité, c’est que nous avons accueilli plus de monde que nous ne pouvions en intégrer. Voilà la raison qui me fait vous dire que nous devons diviser par deux – pour les 5 années qui viennent – le nombre de ceux que nous accueillerons sur le territoire de la République française. Non pas parce que nous ne les aimons pas, non pas parce qu’ils sont différents mais tout simplement parce que quand nous accueillons, nous devons intégrer ; et nous ne pourrons en accueillir d’autres que quand nous aurons intégré ceux qui sont ici. Il y a une deuxième raison, nos comptes publics et nos comptes sociaux sont en déficit, comment en tant que chef de l’Etat je pourrai dire aux Français : faites des efforts pour rétablir l’équilibre de nos comptes, et les efforts que j’imposerai aux Français, je ne devrai donc pas les imposer à ceux qui veulent nous rejoindre. Je ne peux pas accepter – dans la situation économique, fiscale, sociale de la France – une immigration qui ne serait motivée que par le seul attrait de prestations sociales parmi les plus généreuses d’Europe. Qu’y a-t-il d’antirépublicain à cela ?

Mais je vais vous dire comment on va arriver à cela, parce que je sais qu’on nous écoute bien au-delà de cette salle et je sais que les Français sont en train de réfléchir à leur vote. Je veux leur dire comment nous allons y arriver car je prendrai des engagements précis, que je daterai pour que chacun comprenne ce que nous allons faire. J’ai fixé un objectif, la division par deux des personnes que nous accueillons, et je prendrai un certain nombre de mesures. La première, toute personne qui voudra rejoindre la République française devra auparavant dans l’un de nos consulats démontrer sa connaissance du français et des valeurs de la République, avant d’entrer sur le territoire national. Pourquoi ? Je veux m’expliquer en détail avec vous, pourquoi ? Parce qu’expliquez-moi un peu ce qu’il y a d’humaniste et de républicain à accueillir sur notre territoire une femme qui ne parle pas un mot de français, qui est laissée enfermée à la maison par son mari, qui ne peut pas comprendre le petit mot que l’instituteur de son enfant lui adresse, qui ne peut pas dialoguer avec le professeur de son enfant. Et je vous demande de réfléchir, l’image que cet enfant devenu grand aura de la société française qui aura laissé sa femme enfermée à la maison sans parler un mot de français, quelle image aura-t-il de l’autorité parentale, de l’égalité entre les sexes homme et femme et de la générosité de la République française. Si c’est ça l’humanisme, nous ne voulons pas de cet humanisme.

Désormais cette femme, nous l’accueillerons après qu’elle ait appris le français, qu’elle ait retenu les valeurs de la République, qu’elle connaisse ses droits et qu’elle ne soit pas l’esclave d’un homme qui ne respecte aucune des règles de la République française. Cette femme notamment saura que lorsqu’on vient sur le territoire de la République française, on n’est pas enfermé derrière une prison de tissu parce que nous avons interdit le port de la burqa sur le territoire de la République française.

Je comprends qu’on soit contre, mais il y a une chose que je ne comprendrai jamais c’est la lâcheté. Figurez-vous que lorsque j’ai proposé ce texte, que des parlementaires ont voté courageusement, le candidat François HOLLANDE n’a pas dit oui, il n’a pas dit non, il n’a pas participé au vote. Dois-je comprendre… dois-je comprendre qu’il n’a pas de convictions sur le sujet, à moins que son emploi du temps ait été trop chargé le jour du vote. Alors il devrait s’appliquer à lui-même la règle du non-cumul des mandats, puisqu’il demande pour les autres de n’avoir qu’un mandat alors que lui en a deux. Où est la franchise ? Où est l’honnêteté, où est le courage ? Où est la transparence ? Mais cette femme, elle saura autre chose, c’est que quand on arrive sur le territoire de la République française, contrairement à ce que pense madame AUBRY, dans nos piscines nous voulons les mêmes horaires pour les hommes et pour les femmes, parce que nous, nous pensons que le regard d’un homme sur une femme c’est naturel, et le regard d’une femme sur un autre homme c’est naturel, qu’il n’y a pas lieu de les enfermer chacun dans leur sexe avec chacun une case, chacun des horaires. Parce que pour nous une femme, quand on est un homme, c’est un être humain ; et pour une femme quand on est une femme, un homme c’est un autre être humain traité à égalité. Et nous voulons dans les hôpitaux que les femmes aient les mêmes médecins que les hommes, et nous souhaitons à la cantine scolaire de nos enfants les mêmes menus pour tous les enfants de la République. Et nous ne voulons pas d’une table où il y aurait les petits musulmans, d’une autre où il y aurait les petits juifs, d’une autre où il y aurait les petits chrétiens, ce sont les enfants de la République qui déjeunent à la même table avec le même menu. Voilà ce que nous souhaitons.

Mais je n’ai pas fini, j’ai encore deux choses à vous dire. La première, c’est que désormais lorsqu’on viendra sur le territoire de la République, il faudra 10 ans de présence et 5 années de cotisations pour bénéficier du RSA et du minimum vieillesse. Non pas cher Jean-Pierre parce qu’on a peur, non pas parce qu’on veut traiter les gens différemment, mais parce qu’en France quand on est citoyen, on a travaillé dur, on a cotisé et quand on met un genou à terre, on a le droit à des allocations, la même règle pour les nationaux et la même règle pour les étrangers sur le même territoire de la même République.

Et enfin, que les choses soient claires : nous nous opposerons de toutes nos forces au vote des immigrés aux élections municipales. Si un étranger veut devenir français, il peut le devenir, et il aura la citoyenneté française et il aura le droit de vote.

Mais qu’est-ce qu’on cherche par là ? Il faut dire la vérité. Bas les masques, Messieurs les hypocrites ! Vous avez perdu le vote populaire, parce que vous ne parlez plus aux travailleurs, vous ne parlez qu’à ceux qui ont un statut. Vous ignorez les usines, vous ignorez les délocalisations, vous ignorez les travailleurs. Vous n’avez plus le vote populaire, vous voulez obtenir le vote communautaire ! Nous ne voulons pas d’un vote communautaire sur le territoire de la République française ! Nous n’en voulons pas !

Voilà ce que j’avais à vous dire. Mais j’ai encore une chose à rajouter. Parce que dans cette campagne je ne veux rien cacher. Je n’ai rien à cacher. Je veux que vous sachiez tout. Ici, ce n’est pas les Etats-Unis : lorsque quelqu'un est malade, lorsqu’il est souffrant, lorsqu’il a besoin d’être opéré, on ne lui demande pas de fournir sa Carte Bleue pour savoir quel est l’état de son compte bancaire ; on le soigne. Parce que quelle que soit sa couleur de peau, quelle que soit sa nationalité, et qu’il soit même – quitte à en choquer quelques-uns ici, je veux le dire –, qu’il soit même légal ou illégal, quand quelqu'un est à la porte d’un hôpital de la République française, on le soigne, parce que c’est un être humain, et parce que c’est l’honneur de la République française de se comporter ainsi ! Voilà pourquoi je ne toucherai pas à l’aide médicale d’urgence.

Mais en même temps, mais en même temps, je veux dire une chose : je demanderai, dès la fin de cette année, que la Carte Vitale soit désormais biométrique, parce que notre générosité n’a pas à être bafouée par la fraude, par les fraudeurs et par les tricheurs !

Voilà mon projet, et il me plaît de le défendre, de le défendre devant mes amis qui sont ici, au premier rang desquels je veux saluer Jean-Pierre RAFFARIN. Je n’ai pas un discours pour les uns, un discours pour les autres, cher Laurent WAUQUIEZ, tu le sais bien. Tu es mon ami, et tu le sais. Je revendique ces idées. Et je dénie à quiconque le droit de nous blesser ou de nous injurier en mettant en cause notre humanisme, ou notre connaissance des valeurs de la République.

L’autre jour, à la télévision, j’ai succédé à mon adversaire. Alors j’ai regardé, je me suis dit : Je vais peut-être apprendre quelque chose. A cinq reprises, le journaliste David PUJADAS lui a posé une question : J’ai une question à vous poser, répondez simplement, y a-t-il trop d’étrangers en France, ou pas assez ? Cinq reprises, il a refusé.

Dois-je considérer que celui qui prétend vouloir être président de la République n’a donc, à moins d’une semaine, un peu plus d’une semaine, du 6 mai, aucune idée sur ce que devra être la politique migratoire qu’il conduira dans les cinq ans s’il était élu ? Aucune ? Au bout de cinq questions, il a consenti à dire : On va y réfléchir. On va faire une commission !

La France traverse une période de gros temps. Dans le gros temps, il vaut mieux un capitaine qui ait une colonne vertébrale, du courage, une expérience, des convictions, et une force – pas d’un homme qui a besoin, sur tous les sujets sensibles, d’une commission pour réfléchir.

Mais il y a un autre sujet dont il ne voulait pas que nous parlions, et pourtant je veux en parler avec vous, parce qu’il est absolument capital : c’est celui de l’Europe. Dans une région comme la vôtre, qui a toujours manifesté – les parlementaires qui sont ici le savent bien – un très grand attachement, est-ce que vous croyez vraiment que l’Europe pourra supporter longtemps qu’à chaque fois qu’on organise dans un pays européen une consultation populaire, les gens répondent non ?

Est-ce que ça ne doit pas nous interpeller ? Est-ce que nous ne devons pas réfléchir à cette question étrange : nous avons voulu l’Europe pour protéger, tant de nos compatriotes la voient comme une menace ? Est-ce que nous ne devons pas réfléchir à cette situation étrange : nous avons fait l’Europe pour protéger la civilisation européenne, l’Europe aujourd'hui est vécue comme une menace ? Croyez-vous que nous pourrons supporter longtemps des exemples comme la Grèce ? Croyez-vous qu’on pourra imposer longtemps aux peuples d’Europe des souffrances ?

Pensez-vous qu’il y a un seul agriculteur d’Auvergne qui pense qu’il est normal qu’on l’accable de normes, de règles, d’obligations, et qu’on continue à importer en Europe des produits de pays qui ne respectent aucune norme, aucune règle, aucune obligation ?

Pensez aux chefs d’entreprises de votre région – pas simplement MICHELIN, que j’admire depuis bien longtemps et que je connais très bien, et dont je salue ceux qui y travaillent, entreprise monde qui a gardé ses racines à Clermont-Ferrand ; je parle à toutes ces entreprises qui irriguent votre région. Considérez-vous qu’on va pouvoir longtemps expliquer aux salariés qui vivent la peur au ventre, aux ouvriers, la peur au ventre de la délocalisation, pour laquelle ils ne sont pour rien, parce que depuis 1994 l’Europe a ouvert tous ses marchés publics, et parce que nos grands concurrents dans le monde continuent à refuser l’ouverture de tous leurs marchés publics ?

Est-ce que vous croyez que les Français, les peuples d’Europe, vont continuer cela ? Nous croyons à l’Europe, pas dans une Europe passoire, pas dans une Europe faible, pas dans une Europe à genoux, mais dans une Europe qui défend les Européens ! Voilà le message qui est le nôtre !

Je crois à la libre-circulation, parce que je pense que les échanges, et quand je vois tant de jeunes, je me dis : Vous avez la chance de vivre dans une Europe où on peut voyager, où on peut étudier, que c’est merveilleux ! Mais nous n’avons pas décidé d’abattre nos frontières ; nous avons décidé d’exercer notre souveraineté ensemble. Si un pays d’Europe ne contrôle pas les frontières de l’Europe, alors nous sommes en droit de demander des sanctions contre lui.

Alors voilà ce que je vais faire dans les cinq années qui viennent : si je n’obtiens pas dans un an la modification de fond en comble de Schengen, je rétablirai unilatéralement des contrôles à nos frontières, tant que Schengen n’aura pas été modifié.

Et Jean-Pierre comme Louis, vous le savez parfaitement bien, je le dis parce que je suis européen, et que j’ai suffisamment fait pour défendre l’euro, pour défendre l’Europe, pour porter sur les fonds baptismaux le gouvernement économique de l’Europe, qu’on ne fasse pas après le procès en racisme ou en extrémisme, le procès en engagement tiède en faveur de l’Europe, alors que ma vie entière j’ai cru, j’ai toujours cru, et je crois toujours dans le projet européen !

S’agissant des marchés publics, si dans un an nous n’avons pas obtenu la réciprocité, j’appliquerai unilatéralement la règle suivante : tous les marchés publics communaux, tous les marchés publics départementaux, tous les marchés publics régionaux et tous les marchés publics de l’Etat seront réservés exclusivement aux entreprises qui produiront et créeront de l’emploi en Europe, à l’exclusion de tous les autres !

Et j’appliquerai une dernière règle : je demanderai que 20 % de nos marchés publics soient réservés aux petites et moyennes entreprises, aux productions locales, aux productions du terroir. Parce que je connais bien la manœuvre : lorsque l’appel d’offres se fait systématiquement sur le prix, c’est toujours le plus gros qui a le prix le moins cher ; et puis lorsque le petit a disparu, comme par hasard, le prix du plus gros augmente. Voilà comment on tue le tissu industriel et entrepreneurial d’une région !

Et je veux dire un mot sur un sujet qui m’intéresse, et dont on ne parle jamais : la frontière. La frontière. Ce n’est pas un gros mot. Je voudrais faire comprendre à chacun d’entre vous ici : imaginez la situation qui serait la vôtre si vous habitiez dans une maison dont vous n’auriez aucun titre de propriété, ou si vous habitiez dans un appartement dont vous n’auriez aucun bail de location, occupant sans droit ni titre. A ce moment-là, chaque voisin, chaque étranger qui arrive, devient une menace. Si votre propriété, votre appartement, votre maison n’est pas définie par un acte de propriété, une frontière, un cadastre, à ce moment-là, l’autre est une menace.

Si vous êtes assuré de votre propriété, de votre titre de location, l’autre est un voisin à qui on peut tendre la main. La frontière, pour un pays, obéit exactement aux mêmes règles.

Imaginez qu’on vous interdise d’habiter dans une maison avec des portes, des fenêtres, des volets ; imaginez qu’on vous oblige, dans quel état seriez-vous dans votre chambre ? Est-ce que vous pensez que ça renforcerait votre sens de l’hospitalité, ou est-ce que vous vous sentiriez menacé ?

La frontière, la frontière c’est ce qui rassure une société, une Nation. La frontière, c’est ce qui définit un idéal commun, un projet collectif. La frontière, c’est comme un signe de reconnaissance, qui apaise les tensions entre deux pays. Quand y a-t-il des tensions ? Quand les frontières ne sont pas claires. Quand y a-t-il des tensions ? Quand les territoires où il n’y a aucune frontière, où tout le monde est partout chez lui, où personne n’est partout chez lui, et c’est la loi de la force alors qui prime, par rapport à la loi du droit. Nous ne voulons pas d’un monde sans frontières.

Et l’Europe est parfaitement compatible, parce que je n’ai vu nulle part qu’on devait dire que l’Europe ne devait pas avoir de frontières. Je voudrais que vous réfléchissiez à ça : regardez les grands pays dans le monde qui réussissent. La Chine : croyez-vous vraiment que les Chinois ne sont pas attachés à la Nation chinoise ? Et quand vous allez aux Etats-Unis d’Amérique, n’êtes-vous pas bouleversés par le fait qu’un appartement sur deux, une maison sur deux, il y a un drapeau américain, parce que les américain disent : On est fier de notre pays, on aime notre pays ! Et quand vous voyez le Brésil, est-ce que vous pensez une minute que les Brésiliens n’ont pas envie de défendre la Nation brésilienne ?

Eh bien nous les Français, nous disons que ça suffit ! Nous aimons la Nation française, c’est un projet collectif ! Nous venons de loin, et nous ne supportons plus la mise en cause permanente de notre pays !

Quand j’ai osé, quand j’ai osé… Quand j’ai osé parler de l’identité nationale, j’ai eu l’impression de prononcer une incongruité. L’identité de notre pays. Mais si nous ne savons pas d’où nous venons… Nous sommes le pays de VOLTAIRE, nous sommes le pays de Victor HUGO, nous sommes le pays de MAUPASSANT, nous sommes le pays de Jeanne d’Arc, nous sommes le pays du Général De GAULLE ! Nous venons de loin. BONAPARTE, c’est chez nous, hein ! Ce pays s’est construit parce que des générations successives l’ont voulu, l’ont défendu, se sont battues pour lui ! Nous ne voulons pas nous fondre dans une espèce d’aplatissement général du monde où il n’y aurait plus de cultures, plus de langues, plus de frontières, plus d’identités ! Ce n’est pas notre projet !

Notre projet, c’est une identité forte, à partager avec d’autres, qui ont une identité forte – pas la négation de notre identité ! C’est peut-être le plus grand intellectuel du 20e siècle, Claude LEVI-STRAUSS, qui l’avait dit, en clôturant le débat : L’identité n’est pas une pathologie.

Et à tous ceux qui défendent la diversité, j’aimerais… Le bêlement général sur la diversité, valeur positive – j’aimerais savoir ce qui reste de la diversité quand il n’y a pas d’identités. Pour qu’il y ait une diversité, il faut d’abord qu’il y ait des identités, des identités multiples, des identités différentes. C’est ça qui permet la diversité ! Parce que l’aplatissement de votre monde, sans frontières, sans cultures, sans contrôles, sans rien, où tout se vaut, c’est la fin de la civilisation, pas le début de la civilisation !

Mais la frontière, elle ne s’arrête pas là ; la frontière, c’est notre culture, notre langue. Nous ne voulons pas que la francophonie, cher Jean-Pierre, disparaisse. Nous ne voulons pas que la langue française disparaisse. Nous ne voulons pas que le cinéma français disparaisse. Nous croyons, et c’est pour cela que nous avons défendu les droits d’auteur, parce que nous croyons à cette culture française, et nous croyons que la réponse à la crise économique en France, c’est une réponse culturelle.

J’ai dit à la commissaire européen qui m’interrogeait : Mais pourquoi voulez-vous la taxe à taux réduit sur les livres, sur les disques ? J’ai dit : Parce que, Madame, la France c’est un pays particulier ; on considère que pour vivre, en France, il faut boire – Ah, ce n’est pas original, me dit-elle –, il faut manger – Ah, ce n’est pas original, me dit-elle –, et vous savez ce qu’on pense ? Il faut lire, il faut écouter de la musique, il faut voir des beaux films. Les produits culturels, pour nous, sont des produits de première nécessité ! Voilà la France, et voilà pourquoi la France veut un taux de TVA réduit sur les produits culturels !

Moi, quand j’ai eu l’honneur de parler, Place de la Concorde, devant 120.000 personnes, c’est peut-être le seul pays, la France, où on peut parler devant 100.000 personnes et citer PEGUY, et citer Victor HUGO, et citer les grands auteurs ! Et tout d’un coup, on se sent en communion avec ceux qui vous écoutent, parce qu’on se sent les héritiers d’un même patrimoine : le patrimoine national français !

J’ai prononcé un mot… J’ai prononcé un mot qui est banni, et je m’en excuse auprès de vous. J’ai prononcé le mot « patrimoine ». C’est grave ? Il faut que je m’en explique, avant d’être absolument crucifié immédiatement ! Alors pour tous ceux qui nous regardent et qui ne comprendraient pas ce que ça veut dire, je vais vous expliquer ce que je pense, moi, du patrimoine et du travail.

Le 1er mai, je vous invite à me rejoindre sur l’Esplanade des Droits de l’Homme, et sur la Place du Trocadéro. Le 1er mai, Monsieur HOLLANDE sera très fier de défiler derrière les drapeaux rouges de la CGT ; moi je serai très heureux de m’incliner devant le drapeau tricolore de la République française ! Le 1er mai, François HOLLANDE sera heureux d’être en compagnie des dirigeants permanents de la CGT ; moi je serai heureux d’être en compagnie du peuple de France dans sa diversité et dans son unité !

Et je vais vous dire de quoi je vais parler : je vais parler du travail. Ici, quand je regarde vos visages, je lis votre histoire. Tous ici, vous avez construit votre famille et votre patrimoine à la sueur de votre front. Vous avez travaillé dur. Il y a bien des jours où vous en aviez plus qu’assez ; il y a bien des jours où vous n’aviez pas envie de vous lever ; il y a bien des jours où vous avez eu envie de rentrer plus tôt ; il y a bien des jours où le week-end, au lieu de travailler, vous auriez préféré être avec les enfants, ou partir en vacances ; il y a bien des jours où vous avez pensé « Je ne m’en sortirai pas » ; il y a bien des jours où vous avez mis un genou à terre ; il y a bien des jours où vous en avez pleuré d’inquiétude ; il y a bien des jours où les nuits étaient agitées, parce que le souci du lendemain, de la facture qu’on ne peut pas payer, du client qu’on ne peut pas livrer, ou du client qu’on a perdu, du champ qu’on ne peut pas cultiver, ou tout simplement de l’usine où on se dit « Est-ce que demain elle existera encore ? »

Ces nuits blanches, il y en a beaucoup parmi vous qui en ont eu. Et pourtant, à chaque fois que la vie a été difficile – et la vie est toujours difficile, il n’y a pas une vie qui est facile, c’est la règle de la vie, cruelle, difficile. Et quand il y a une surprise, c’est assez rare qu’elle soit bonne ; ça peut arriver, il faut bien en profiter. Et malgré tout, quand c’est arrivé, chacun d’entre vous, qu’est-ce que vous avez fait ? Vous avez serré les dents, vous y êtes allé, sans plaisir, mais vous vous êtes dit : Si je ne le fais pas, personne ne fera mon devoir à ma place ; si je ne le fais pas, il n’y aura personne qui fera vivre mes enfants ; si je ne le fais pas, tout s’écroulera.

Il n’y en a pas un seul parmi vous qui a protesté, parce que la France à laquelle je parle, elle est trop pudique pour protester. Il n’y en a pas un seul parmi vous qui ait partagé, au-delà du cercle familial, sa douleur, parce que la France à laquelle je parle, elle est trop fière ; elle ravale sa douleur, elle serre les poings, elle serre les dents, et elle fait comme s’il ne s’était rien passé. Et tous, vous vous êtes dit : Mes enfants me regardent ; si je ne le fais pas, quel exemple leur donnerai-je ?

Et puis vous avez surmonté tout ça, et vous avez créé un patrimoine. Et contrairement à ceux qui en parlent et qui n’ont aucun cœur, quand cette France du travail regarde son patrimoine, elle ne regarde pas l’argent, car cette France à laquelle je parle, elle n’est pas avide, elle est honnête. Quand elle regarde ce patrimoine, elle se dit : C’est des milliers d’heures de sueur, de travail, et voilà pourquoi je suis attaché à mon patrimoine. Non pas parce qu’il vaut de l’argent, mais parce que c’est le mien ! Je ne le dois à personne ! Je l’ai construit, je l’ai voulu, je l’ai bâti, et je ne permettrai à personne d’y toucher ! Voilà, la France qui travaille, ce qu’elle pense quand elle regarde son patrimoine !

Et cette France-là, elle n’est pas jalouse, elle n’est pas arrogante, elle n’est pas envieuse ! Cette France-là, elle est généreuse, elle est prête à partager, mais pour peu que celui qui veuille partager respecte le choix de l’autre, et se donne autant de mal que soi-même on s’est donné pour acquérir la même chose que ce que l’on a acquis !

Et pourquoi l’ai-je voulu ? J’ai voulu supprimer les droits de succession. Je maintiens ce choix. Et je demande à Monsieur HOLLANDE de dire ce qu’il fera de la suppression que j’ai faite des droits de succession sur les petites successions et sur les successions moyennes. Parce que je crois à la famille, et parce que je crois au travail ! Et parce que je crois que quand on a travaillé toute sa vie, il est normal de laisser à ses enfants, en franchise d’impôts, le fruit d’une vie de travail !

Enfin, je veux terminer en disant un mot de la famille. La famille, voyez-vous, elle a changé – et j’en sais quelque chose. Oh, je vois que je ne suis pas le seul ! Il y a le divorce, et le divorce c’est toujours une épreuve, pour celui qui reste, et pour celui qui part. Et je suis sûr que dans cette salle, il y a beaucoup d’épreuves de cette nature, et que peut-être, on aurait fait la même réunion il y a quarante ans ou cinquante ans, je n’aurais pas pu dire la même chose. Et puis maintenant il y a des familles recomposées, parce que les histoires familiales sont belles, mais elles sont complexes. Et la complexité de la vie, vous tous, vous l’avez parfaitement intégrée.

Mais je vais vous dire une chose que ne comprennent pas ceux qui nous voient de l’extérieur : c’est que ce n’est pas parce que la famille a changé, qu’on tient moins à la famille ; on y tient encore davantage, à sa famille. Parce que ce n’est pas une famille d’habitude, c’est une famille de cœur. Voilà pourquoi je ne laisserai pas détruire l’institution familiale par la suppression du quotient familial ! Parce que je crois que la force de la France, c’est sa politique familiale !

Oui, quand on a une douleur, quand on a un problème dans la vie, on se retourne vers sa famille, on croit dans sa famille, on aime sa famille. Et ça, rien ni personne ne le fera changer.

Je vais vous dire un mot de la vie, et du respect que l’on doit à la vie. Parce que dans cette campagne, vous devez connaître les deux candidats. Vous devez savoir, sur des sujets absolument essentiels, quelles sont leurs convictions. Moi je vais vous dire la mienne. La vie, c’est un mystère. La vie et la mort sont un mystère. Pour les uns, c’est un miracle ; pour les autres, c’est le hasard. Mais pour tous, c’est un mystère. Et au nom de ce mystère, je vous dis une chose : la vie est sacrée. Parce que la vie, elle n’est pas dans la main des hommes. Qu’on soit engagé dans une religion ou pas.

Voilà la raison pour laquelle je peux comprendre que quand la vie n’est plus la vie, on arrête un traitement, mais que je ne pourrai jamais accepter que de toute connaissance de cause, on donne la mort. Je ne laisserais pas faire l’euthanasie dans notre pays.

Je veux que vous me compreniez ; c’est très important de comprendre cela, parce que c’est toute une conception de la société. C’est une chose, à la fin de la vie, avec le vieillissement, et chacun d’entre vous peut-être a connu cette douleur, de laisser se faire ce dialogue singulier entre le patient, sa famille, et le médecin. La loi n’est pas là pour tout régler, pour tout contingenter. Et on n’a pas besoin de regarder sur un texte les dix-huit cas où on pourrait inoculer la mort. Il y a un domaine où on doit rester avec pudeur dans ce mystère et dans ce dialogue singulier : famille, médecin, malade.

Et puis il y a un autre choix, c’est celui qu’ont fait certains pays, de provoquer la mort. Je ne l’accepterai pas. Parce que la vie n’est pas un produit, une marchandise. Parce que la vie, c’est quelque chose d’unique, de singulier, de fragile. Et je vais même vous dire quelque chose : parce que la vie nous dépasse, nous devons donc la respecter, quelles que soient nos croyances, et quels que soient nos engagements religieux, ou l’absence de nos engagements religieux.

Je sais, ça peut étonner, de parler de ça. Mais une campagne, c’est un grand moment de rencontre entre un peuple et un homme. Une campagne, c’est un grand moment de vérité, sur un projet et sur une personnalité. Une campagne, c’est un moment d’authenticité. Ce n’est pas le moment du mensonge, de la dissimulation.

Vous savez, mes chers amis, que je sois à la télévision ou devant vous, que je sois ici ou tout à l’heure à la finale de la Coupe de France, ou que je sois chez moi en train de regarder « Clermont Demain », je suis le même ! Je suis le même. La présidence n’a pas changé l’homme. J’ai des sentiments. Je ne suis pas une momie. Je ne joue pas une comédie. Je ne singe pas un modèle. Je suis moi-même, avec mes défauts, c’est certain, mais avec ma vérité, avec mon amour pour le pays, avec mon attachement aux Français, avec ma connaissance pour le peuple de France.

On m’a reproché souvent l’expression de sentiments. Mais je vais vous dire une chose : le président de la République, il doit rester accessible aux sentiments. Devant les cercueils recouverts du drapeau tricolore de nos soldats morts, que j’ai envoyés en opération, je ne peux pas rester insensible. Je ne peux pas être simplement président de la République. Je veux être père, et penser à ce gamin de 22 ans qui a donné sa vie parce que la France le lui demandait. Devant la victime d’un monstre, devant sa famille, je ne peux pas rester insensible.

Et lorsque hier, avant-hier, les policiers m’ont dit « Défendez-nous », j’ai voulu être aux côtés des fonctionnaires de Police et des militaires de la Gendarmerie. Parce que je ne peux pas accepter, et je n’accepterai jamais, jamais, je ne peux pas accepter qu’on tue un homme, quel que soit son pedigree, mais je ne peux pas accepter qu’on demande à un policier ou à un gendarme d’être d’abord blessé ou tué avant de pouvoir répondre.

Laurent, Alain, Brice, l’enquête était parfaitement nécessaire ; la mise en examen était parfaitement inévitable. Mais franchement, quand on met en examen pour homicide volontaire un policier qui faisait son devoir, dans le département de la Seine-Saint-Denis, où il y a eu 1.644 policiers blessés sur les deux dernières années, où il y a eu 53 policiers morts en service depuis le début de mon quinquennat, où l’individu à qui il est arrivé ce drame a été le plus jeune incarcéré de France à l’âge de 13 ans, où il avait commis 11 vols avec main armée, où il était en permission de prison et il recommençait un vol avec main armée, pardon de vous le dire, mais je suis du côté des forces républicaines de sécurité !

Je ne porte aucun jugement sur la justice, mais je dis quand même que mettre en examen un fonctionnaire de police qui a une femme, des enfants, le mettre en examen pour homicide volontaire, avant même qu’il y ait eu la moindre enquête, je trouve que c’est pousser très loin ce qu’on demande aux policiers, aux gendarmes et aux douaniers dans notre pays. Je le dis avec calme, mais là aussi, vous devez savoir pour qui vous allez voter.

Et enfin, je terminerai par là, mes chers amis, il y a bien sûr vous qui êtes là, et puis il y a vos familles, vos amis. Je veux m’adresser, pour terminer, à ceux pour qui j’ai commencé, à ceux qui n’ont pas voté pour moi – et c’était leur droit – au premier tour.

Je voudrais leur dire que le vote du deuxième tour n’est pas un vote d’humeur ; c’est un vote qui va avoir des conséquences pour cinq ans. Moi je ne ferai pas « Après moi, le chaos ». Je n’ai pas envie de faire peur. J’aime trop mon pays, et je respecte trop le peuple français. Votre choix, de toute façon, sera le bon. Je veux simplement dire une chose, à ceux qui veulent demeurer dans l’abstention, ou à ceux qui ont voté pour un autre candidat et qui veulent s’abstenir : Sachez vraiment ce que vous allez faire, et ne soyez pas surpris des conséquences de ce choix.

François HOLLANDE a le même cynisme que François MITTERRAND. François MITTERRAND se bouchait le nez quand il parlait de Jean-Marie LE PEN, mais il se régalait des problèmes que Jean-Marie LE PEN faisait à la droite républicaine et au centre. François HOLLANDE aime à donner des leçons, se bouche le nez lorsqu’il parle des Français qui ont voté pour le Front National, mais il se régale à l’idée des problèmes que les électeurs du Front National pourraient faire à la France et à nous-mêmes s’ils ne se déplaçaient pas au deuxième tour pour aller voter.

C’est un choix ! Le choix, ce n’est pas simplement le mien. Il ne s’agit pas de savoir quel sera le rôle qui sera le mien, le 6 mai. Il s’agit de savoir qu’est-ce que vous voulez pour la France. Si vous êtes contre le vote des immigrés, si vous êtes contre la régularisation générale, si vous êtes contre l’explosion des impôts, si vous ne voulez pas pour la France le sort dramatique que connaissent nos amis Espagnols, alors il y a un choix à faire. Et ce choix, il ne faut pas le faire le 7 mai, il faudra le faire le 6 mai. Voilà la vérité !

Merci à tous, merci de votre présence !

Merci Christine, merci Jeannot, merci Jean, merci tous ceux qui sont ici ! Merci à toi, Brice, pour ton amitié si fidèle depuis quarante ans ! Merci à vous tous qui êtes ici ! Edouard. Merci à Nathalie. Merci à toi, Jean-Pierre, d’être venu dans la région de ta femme.

Mes chers amis, je compte sur vous ! J’ai besoin de vous !

Le 6 mai, peuple de France, lève-toi, manifeste-toi, exige que ce soit tes idées, tes valeurs !

Peuple de France, le 6 mai, ça sera : Vive la République, et vive la France, forte !

(…) « La Marseillaise »

NICOLAS SARKOZY

Et vous êtes vraiment formidables ! Je voudrais… Merci… Oui, bien sûr ! J’aime bien les Irlandais, mais pour moi c’est Clermont ! Je voulais vous dire : vous êtes admirables, vous êtes formidables. Vous êtes indécourageables, vous êtes ininfluençables, vous êtes inébranlables, vous êtes le peuple de France !


Source http://www.lafranceforte.fr, le 2 mai 2012

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