Interview de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur le site "Famille chrétienne" le 5 mai 2012, sur le mariage homosexuel, l'euthanasie, la contraception et sur l'enseignement privé. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, sur le site "Famille chrétienne" le 5 mai 2012, sur le mariage homosexuel, l'euthanasie, la contraception et sur l'enseignement privé.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République;FRANCE. Union pour un mouvement populaire (UMP), candidat à l'élection présidentielle de 2012

ti : - Vous vouliez un débat sur les sujets de société. François Hollande n’en a pas voulu. Sur ces questions, vous semblez prendre des options très différentes de la gauche. Quels sont les principes qui ont guidé votre réflexion ?

Je regrette sincèrement que le candidat socialiste ait refusé ce débat, car il nous aurait permis, à lui comme à moi, de présenter clairement aux Français nos deux projets de société, et de leur donner ainsi tous les éléments pour faire un choix en conscience.

Mes convictions n’ont jamais changé sur ces sujets, et les catholiques le savent. Je n’ouvrirai pas le mariage aux couples de même sexe parce que c’est en réalité ouvrir le droit à l’adoption. Or, je pense qu’un enfant doit avoir un père et une mère. C’est ce qui résulte de la nature, et c’est le modèle familial le plus répandu dans toutes les civilisations.

Je suis contre l’euthanasie parce que je pense que, quand une personne souffre tellement qu’elle demande à mourir, l’honneur, le devoir de la société, c’est d’apaiser ses souffrances, pas d’accélérer sa mort. Je suis donc pour le développement des soins palliatifs dans le cadre de l’équilibre trouvé par la loi Leonetti.

- En 2007, vous affichiez votre intention de rompre avec Mai 68. Comment expliquez-vous que votre gouvernement ait mis en place un certain nombre de décisions d’inspiration libertaire, comme le remboursement à 65 % de la pilule du surlendemain ou l’équivalence fiscale entre le Pacs et le mariage ?

Ce ne sont pas des décisions d’inspiration libertaire, mais sociale. Si nous avons autorisé un remboursement à 65 % de la pilule du surlendemain, c’est parce que nous ne pouvons pas accepter qu’il y ait une inégalité entre les femmes, et notamment entre les jeunes femmes, sur cette question. À partir du moment où ce type de contraception est légal, il doit être accessible à toutes. On ne peut pas accepter qu’il soit réservé aux femmes des milieux les plus favorisés.

Quant à l’équivalence fiscale entre le Pacs et le mariage, elle n’est pas une équivalence juridique. Ce sont des liens contractuels tout à fait différents.

- Quels engagements êtes-vous prêt à prendre pour convaincre les indécis ou les abstentionnistes ?

Les abstentionnistes doivent avoir conscience que leur abstention favorisera le candidat socialiste. Si c’est le projet de M. Hollande qu’ils souhaitent pour la France, alors en effet, ils n’ont pas besoin de se déplacer dans les bureaux de vote.

Quant aux indécis, je veux leur dire de comparer les personnalités et les projets. Je n’ai pas tout réussi, bien sûr, dans ce quinquennat, mais nous avons traversé la plus grave crise depuis les années 30. La France a tenu, les Français ont été protégés, et je n’ai trahi aucune des valeurs pour lesquelles les Français m’avaient fait confiance en 2007. J’ai lutté contre l’insécurité, j’ai revalorisé le travail, j’ai promu le mérite, j’ai encouragé l’investissement, l’innovation, la recherche, j’ai maîtrisé l’immigration et encouragé l’intégration.

Aujourd’hui, je veux dire aux Français que la France s’en sortira par le travail, l’effort, la maîtrise de ses finances publiques, l’innovation, la formation, l’autorité et, au-delà de tout, la responsabilité. Ce sont mes valeurs cardinales.

- Seriez-vous prêt, par exemple, à soutenir davantage les associations qui aident les jeunes femmes en difficulté ne voulant pas avorter ?

L’interruption de grossesse n’est pas un acte anodin. Tout ce qui peut être fait pour soulager la souffrance morale, physique ou sociale de femmes en grande difficulté doit être soutenu, et bien sûr encouragé.

- Au vu des piètres résultats scolaires du public, le temps est-il venu d’aller plus loin dans la décentralisation et l’autonomie ? Et, par exemple, de multiplier les expérimentations de financement public d’alternatives pédagogiques en France ?

Je veux d’abord souligner qu’il n’est pas question pour moi de remettre en cause cette liberté essentielle, qui est celle, pour les familles, de pouvoir choisir l’école de leurs enfants. Le projet de M. Hollande – inscrire le titre Ier de la loi de 1905 dans la Constitution – fait courir un grand risque à la liberté de l’enseignement, et il suffit de lire la lettre qu’il a écrite au Comité national d’action laïque pour s’en convaincre. Les religions y sont présentées comme un asservissement. Sans parler des conséquences directes de cette inscription sur les équilibres issus de la loi de séparation : par exemple, les ministres du culte devraient verser une redevance pour pouvoir utiliser les bâtiments cultuels antérieurs à 1905.

Je veux ensuite dire que le succès que connaît aujourd’hui l’enseignement libre n’est pas seulement lié à des convictions religieuses ou philosophiques. Beaucoup de parents ont le sentiment que, dans l’enseignement libre, l’encadrement des enfants est plus important, et que les équipes éducatives sont unies autour d’un projet d’établissement. Sans remettre en cause évidemment les grands principes de l’école laïque, je veux permettre aux établissements scolaires de l’école publique de pouvoir avoir, eux aussi, cette autonomie : cela leur permettrait de mettre en oeuvre des projets d’établissement adaptés à leur public et de recruter directement leurs enseignants sur la base d’un projet fédérateur au service des élèves. Le caractère national des programmes et des diplômes doit être réaffirmé, mais cela n’interdit pas de donner un peu plus d’autonomie aux établissements.

- Mohammed Merah possédait la nationalité française. Entendez-vous réformer le code de la nationalité ? Christine Boutin, qui vous a rejoint, souhaitait supprimer le droit du sol ?

Le droit du sol est une tradition française très ancienne sur laquelle la France ne reviendra pas. Oui, Mohammed Merah était français de droit. Ses actes fous et dramatiques ne posent pas la question de sa nationalité, mais de l’embrigadement idéologique de jeunes Français, qui peuvent être de toutes origines, par des réseaux extrémistes et terroristes.


source http://www.lafranceforte.fr, le 4 mai 2012

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