Déclaration de M. François Bayrou, président du Mouvement Démocrate (Modem) et candidat à l'élection présidentielle 2012, sur la situation de crise dans le pays, le déficit de la balance commerciale, la nécessité de produire en France et sur les propositions de son programme électoral, à Marseille le 15 avril 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Bayrou, président du Mouvement Démocrate (Modem) et candidat à l'élection présidentielle 2012, sur la situation de crise dans le pays, le déficit de la balance commerciale, la nécessité de produire en France et sur les propositions de son programme électoral, à Marseille le 15 avril 2012.

Personnalité, fonction : BAYROU François.

FRANCE. Mouvement démocrate (Modem), candidat à l'élection présidentielle de 2012

Circonstances : Meeting éléctoral à Marseille le 15 avril 2012

ti : Merci de votre présence, merci de votre chaleur, merci de votre engagement et merci de votre mobilisation.

J'adresse un merci particulier aux élus qui sont là et je veux saluer Pierre Bernard-Reymond, Sénateur des Hautes-Alpes qui est là. Je salue Jean Lassalle, Député des Pyrénées-Atlantiques, qui a fait spécialement le voyage pour être avec vous. Je salue Robert Rochefort, Député européen, qui est là. J'adresse un salut tout à fait particulier et tout à fait affectueux à François-Xavier de Peretti, qui s'est exprimé avant moi, et à Jean-Luc Bennahmias, Député européen.

Marielle de Sarnez serait là aussi avec nous, mais elle a malheureusement, cette nuit, perdu sa maman et elle a donc été obligée de remonter à Paris.

Je salue les conseillers régionaux, les conseillers généraux qui sont là, les maires qui sont là et, surtout, je vous salue vous, citoyens de cette région.

Comme chacun d'entre vous l'a senti, c'est une semaine décisive qui s'ouvre, décisive pour ceux qui sont engagés dans l'élection présidentielle sans doute, mais infiniment plus décisive encore pour le pays que nous formons ensemble, infiniment plus décisive pour notre peuple de citoyens, infiniment plus décisive pour la Nation et les choix qu'elle va devoir faire pour son avenir, et c'est une semaine qui s'ouvre… Il y a aujourd'hui des meetings qui se veulent monumentaux à Paris. Je voudrais simplement… (Protestations)… Non, vous avez tort sur ce point… Pendant ces meetings monumentaux, faits pour donner des images impressionnantes, je veux simplement rappeler ceci : ce n'est pas à la dimension des foules qui assistent aux meetings que l'on mesure la vérité des discours que l'on y tient. Il est même assez souvent arrivé dans l'histoire que, plus nombreuses soient les foules, plus gros soient les mensonges et plus graves les désillusions.

Et c'est d'autant plus frappant dans cette élection présidentielle que chacun d'entre nous sait ce qui est en train de se passer devant nous, sur les écrans, dans l'organisation des réunions. C'est que, cette campagne présidentielle, elle évite la vérité. Elle a choisi de mentir le plus souvent possible, pour faire croire aux citoyens que les promesses pouvaient être tenues, pouvaient être respectées..

Nous, nous savons que ces mensonges-là nuisent à la France et nous sommes là pour les combattre !

Ils mentent sur la situation du pays, ils mentent de concert, ils mentent dans une entente implicite et ils mentent pour une raison extrêmement précise, ils mentent, parce que Nicolas Sarkozy ne veut pas que l'on regarde son bilan de près et parce que François Hollande a choisi de multiplier les promesses intenables et tous les deux ont intérêt à ce que la situation du pays ne soit pas sous les yeux des citoyens.

Je comprends très bien l'hésitation du peuple français, parce que, quand vous êtes une jeune femme, une mère de famille, un père de famille ou un retraité, vous avez votre vie personnelle, vous avez vos soucis et, si vous avez devant vous 9 sur 10 de ceux qui se présentent à cette élection qui disent qu'après tout, cela ne va pas si mal et que, même, on va pouvoir éviter les efforts et qu'il suffit que l'on passe le cap de l'élection pour que, de nouveau, on puisse se remettre à dépenser, à signer des chèques pour des milliards et des milliards, des chèques dont on n'a pas le premier centime…

Comment voulez-vous que, comme citoyens, seuls, si vous n'êtes pas éclairés par le débat politique, vous puissiez vous faire une conviction, vous forger une volonté ?

Eh bien, c'est précisément pour cela que je suis devant vous, candidat à cette élection présidentielle.

Je suis candidat devant vous, avec vous, devant les Français et avec les Français pour qu’une bonne fois pour toutes, les mensonges soient renvoyés, les mensonges soient écartés par le peuple français et que la vérité de la situation du pays et que l'espoir pour la France puissent à nouveau se faire entendre, se former, se forger et changer le destin des Français.

J'imagine qu'un certain nombre d'entre vous auront lu le remarquable article que Jacques Attali a écrit sur ce sujet. Jacques Attali a écrit un article qui s’intitule : "Gueule de bois le 7 mai !"…

Il dit : Au rythme où ils vont, l'un et l'autre, Sarkozy et Hollande, quel que soit le vainqueur -si c'était cela le deuxième tour et si c'était le choix du peuple français- commencerait le 7 mai un enchaînement de circonstances et de jugements de l'opinion internationale sur l'état du pays qui plongerait la France en peu de semaines dans une crise gravissime et dont nous aurions le plus grand mal, nous-mêmes et aux yeux de l'Europe, à nous relever, parce que, dit-il, à force de nier la situation, à force de multiplier les promesses intenables, alors la France va être incapable de prendre les décisions qui devraient s'imposer pour qu’elle se relève, se redresse, se reconstruise et fasse face à son avenir.

Eh bien, nous sommes là pour que la France n'ait pas la "gueule de bois" le 7 mai, pour qu’elle ait la vérité dans cette campagne électorale, pour que l’on puisse forger avec elle, former avec elle la volonté qui lui permet de s'en sortir.

C'est notre choix, c'est notre conviction, c'est notre engagement. Nous sommes dans la campagne présidentielle le parti de la vérité et le parti de la volonté.

La vérité, vous la connaissez, il suffit d'ouvrir les yeux : quand vous rentrez chez vous le soir, il suffit que vous fassiez autour de vous le compte de ceux qui sont sans emploi ou de ceux qui ont un emploi qui ne leur convient pas, de ceux qui ont des difficultés de logement, de ceux dont les fins de mois sont de plus en plus difficiles, le compte de ceux qui s'inquiètent pour leur avenir ou pour l'avenir de leurs enfants. Faites ce compte-là, mettez en face ceux pour qui tout va bien et vous allez vous apercevoir du déséquilibre énorme du pays dans lequel nous vivons.

Alors, bien entendu, je sais absolument que ceci est l'impression de chacun d'entre nous, malgré ce que l'on raconte et les histoires que l'on raconte, mais cela se traduit en chiffres, en chiffres extrêmement cruels. Je ne vais pas vous abreuver de chiffres, mais je vais vous dire ceci : ce qui est en cause, ce qui est en danger à l'heure où nous parlons, dans cette dernière semaine, ce qui est en risque, c'est le modèle de société français que nous avons construit depuis des décennies et des décennies pour notre plus grande fierté, modèle unique en Europe et unique dans le monde, d'un peuple qui a décidé de faire de la solidarité -c'est notre slogan, la France solidaire- le principe de sa construction et nous l'avons fait sous deux formes que vous connaissez très bien, parce que c'est ce que vous vivez tous les jours.

Nous l'avons fait d'abord sur un modèle républicain, celui des services publics du pays avec l'éducation, avec la sécurité, avec la justice, avec la prise en charge de ceux qui ont le plus de difficultés, avec de grands équipements pour le pays.

Nous avons bâti un modèle de services publics. C'est le modèle républicain et, dans le même temps, nous avons bâti le plus exigeant des modèles de solidarité en Europe et dans le monde et, la solidarité, vous savez exactement ce que c'est : le remboursement des feuilles de Sécu c'est la solidarité, la santé, les hôpitaux c'est la solidarité, les retraites qui sont payées tous les mois par ceux qui sont au travail c'est la solidarité... Ne vous trompez pas, moins il y a de gens au travail, plus les retraites sont difficiles à payer, moins il y a de gens au travail et moins il y en aura, plus les retraites seront menacées pour l'avenir.

Et puis les allocations familiales et puis l'accident du travail, tout cela c'est la solidarité.

Ces deux ensembles, services publics nationaux et services publics locaux… et la solidarité, la Sécu, la santé, la vieillesse, ces deux ensembles-là, ils ne sont financés que par le travail qui est fait sur notre sol en France !

Dès l'instant où l'on voit disparaître le "produire en France", dès l'instant qu'il s'éloigne, dès l'instant qu'il s'en va, dès l'instant que des pans entiers de l'économie, de ce que vous achetez, de ce dont vous avez envie pour votre maison ou pour votre vie de famille, ces pans entiers-là, dès l'instant qu'il faut aller les acheter à l'extérieur, dans un volume beaucoup plus important que ce que l'on peut produire et vendre nous-mêmes, Français, alors nous sommes dans un déséquilibre, qui s'est tellement accentué ces dernières années qu'il en devient angoissant pour l'avenir du pays. C'est ce qu'on appelle le commerce extérieur.

Commerce extérieur, cela ne veut pas dire seulement ce que l'on va vendre à l'étranger, mais c'est le déséquilibre, le solde qui reste une fois que l'on a fait le compte de tout ce que l'on avait vendu et de tout ce que l'on était obligé d'acheter.

Eh bien, lorsqu'un pays est obligé durablement d'acheter beaucoup plus à l'extérieur qu'il ne peut, lui, vendre, d'acheter beaucoup plus à l'extérieur pour son propre marché qu'il ne peut vendre à l'extérieur, ce pays-là -il ne faut pas être sortis de HEC, de Sciences politiques ou de Polytechnique pour le comprendre- est exactement dans la même situation qu'une famille qui dépense plus qu'elle ne gagne, qu'un artisan qui dépense ou achète plus qu'il ne facture, qu'un commençant qui a beaucoup plus de sorties qu'il n'a de rentrées.

C'est là où nous en sommes en France et ce n'est pas une réalité économique seulement. C'est une réalité sociale.

Si nous avons vu le chômage exploser ces dernières années, c'est parce que nous ne produisons plus.

Si nous voyons les fins de mois si difficiles, c'est parce que le pays s'appauvrit et que les Français s'appauvrissent en même temps que le pays.

Si nous sommes un pays qui perd sans cesse de l'exportation dans les autres pays européens… Vous avez peut-être vu l'autre soir, pendant l'émission de France 2 (qui aurait dû être un débat, mais c'était très loin d'être un débat, c'était une série d'interviews successives…) M. Lenglet a affiché la courbe de l'effondrement de la place de la France ces dernières années dans les marchés européens et ceci a fait que, nous, Français, qui étions exportateurs il y a encore sept ans -on était excédentaire en 2005, on vendait plus que l'on achetait et c'est équilibré donc cela allait-, nous avons dégringolé, marche à marche, et les marches étaient considérables, pour nous retrouver cette année avec 70 milliards de déficit du commerce extérieur.

70 milliards, c'est l'équivalent du salaire annuel, charges comprises, de 3 millions de Français !

Nous prenons les ressources qui nous permettraient de payer 3 millions de Français au travail et nous les amenons dans les pays qui nous entourent !

Oh pas la Chine, pas l'Inde, marginalement la Chine et l'Inde, mais massivement les pays européens qui sont comme nous, les pays européens qui ont la même monnaie, les mêmes règles, la même Europe, les mêmes lois que les nôtres ! Et vous voyez tout d'un coup qu'une réalité est en train d'apparaître devant nous, non seulement la réalité de la menace…

Qui peut croire que l'on peut soutenir un modèle social qui est le plus exigeant au monde, et donc le plus cher au monde, 57 % de toute la production annuelle du pays, alors que les autres pays du même niveau que le nôtre, ceux que l'on appelle de l'OCDE, sont à 43 % ? L'Allemagne est à 47 %, soit 10 points de différence.

Qui peut croire que l'on peut soutenir ce modèle social, si l'activité du pays s'effondre au lieu de progresser ?

En vérité, quand on se pose assez souvent la question de la réforme des retraites et que l'on dit : Il va falloir baisser les retraites, parce que la durée de vie augmente, ce qui est une opération arithmétique qui s'impose à l'esprit de chacun d'entre nous, en vérité nous n'aurions pas à poser cette question si le nombre des emplois augmentait dans notre pays.

Or, cette question-là, cette question de l'emploi, de l'explosion du chômage, elle est totalement absente de la campagne électorale. Personne n'en parle en dehors de nous qui avons fait du "produire en France" la question principale que les Français doivent mettre devant eux et à laquelle ils doivent répondre pour se donner un avenir.

Et alors cette question-là, pendant des années on a considéré tous ensemble, parmi les Français et je suis sûr beaucoup d'entre vous aussi qui êtes présents dans cette salle, qu'en fait à cette question il n'y avait pas de réponse.

On a cru que c'était la fatalité. On a cru que… bon… c'était la mondialisation, comme on vous a seriné pendant des mois et des années. On a cru que c'était… Quand j'ai commencé à poser la question, c'était la réponse que l'on me faisait le plus souvent : "Mais, Monsieur Bayrou, vous savez bien que c'est impossible, parce que les salaires en Chine sont vingt fois moins importants que les nôtres, les salaires en Inde du même ordre et même en Roumanie, cinq fois moins importants que les nôtres, comment voulez-vous que l'on continue à produire chez nous ?"… Vous l'avez pensé ou pas ?

Tout le monde l'a pensé et tout le monde l'a dit. Eh bien, c'est une erreur et c'est une faute de penser comme cela, car il suffit de regarder autour de nous, les pays qui nous entourent, qui ont les mêmes salaires que les nôtres et même parfois assez souvent légèrement supérieurs aux nôtres, la même monnaie que la nôtre… Dieu sait que l'on a fait porter à l'Euro la responsabilité des difficultés que nous rencontrions ! Mais les Allemands n'ont-ils pas l'Euro ? Les Pays-Bas n'ont-ils pas l'Euro ? Les pays scandinaves n'ont-ils pas l'Euro ?

Ils ont la même monnaie, ils ont les mêmes règles de commercialisation que les nôtres. Ils ont les mêmes salaires que les nôtres.

Volkswagen a les mêmes salaires que Renault, la même monnaie que Renault, la même Union européenne que Renault. Mais en 2005, Volkswagen produisait en Allemagne 1 200 000 véhicules, Renault produisait en France 1 200 000 véhicules, soit le même nombre. Or, cette année, Renault produira 440 000 véhicules en France, chiffre divisé par trois, et Volkswagen produira 2 200 000 véhicules en Allemagne, chiffre multiplié par deux !

En outre, chez Volkswagen, on vient d'annoncer que l'on donnerait une prime de 7 500 € à tous les salariés sans exception, parce que l'entreprise engrangeait des bénéfices et qu'il fallait que les salariés soient intéressés et participent aux bénéfices de l'entreprise ; c'est aussi l'une des vertus du modèle allemand.

Alors nous, État, République française, actionnaire de Renault à 15 %, que disons-nous devant tout cela ?

Puisqu'il apparaît clairement, ouvertement… Il y avait hier dans la Tribune -je salue le journal la Tribune qui reparaît sous forme hebdomadaire après avoir disparu des kiosques- une interview très intéressante du responsable de Toyota France à Valenciennes, qui produit des voitures sur notre sol.

Et il dit : "C'est vrai qu'il y a une petite différence de salaire, entre la France et les pays où nous pourrions faire fabriquer nos voitures, mais cette différence de salaire est largement compensée par le fait que, quand nous produisons à Valenciennes, nous avons autour de nous 130 millions de consommateurs éventuels à moins de 350 kilomètres. Nous économisons en transport. Nous avons un coût de l'électricité -pensez-y, quand on pense à l'électricité française et au nucléaire français- plus bas que partout ailleurs, nous avons de meilleurs ouvriers, les pièces fabriquées en France sont de meilleure qualité que les pièces fabriquées ailleurs et donc nous gagnons à produire en France".

Si les Japonais le disent, que les Français ne le disent-ils pas ?!…

C'est un combat pour la vie. Ce n'est pas un combat politicien. Ce n'est pas une affaire de parti et je vous dirai à la fin que je crois, au contraire, que c'est une affaire qui doit mobiliser au-delà des frontières des partis. C'est une question de survie pour le modèle que nous avons construit en France.

Si jamais ce rendez-vous était manqué… Et les huit jours qui restent, nous allons mettre toutes nos forces, et les miennes ne seront pas mesurées, dans cette bataille pour ne pas lâcher un millimètre et pour convaincre, Français par Français, que c'est le jour le plus important de notre histoire récente, celui où l'on peut décider de s'en sortir ou, au contraire, celui où on s'abandonnerait aux chimères qui couleraient l'essentiel de ce que nous aimons dans notre pays en peu de mois et en peu de semaines.

Bien sûr, les peuples peuvent se tromper, mais il est du devoir des responsables politiques de s'adresser à eux les yeux ouverts, en confiance, en leur disant la vérité, comme elle doit être dite. Bien sûr, dans les années 1930, il y a des gens qui ont cru et magnifié, approuvé à l'infini l'idée que la ligne Maginot pouvait protéger notre pays. Ils l'ont cru, tous les puissants de l'époque, toute la pensée unique de l'époque.

Heureusement qu'il en étaient quelques-uns pour rappeler que tout cela ne tiendrait pas dès l'instant que les jours mauvais viendraient.

Eh bien, de la même manière, tous ceux qui ont la lucidité de voir la situation de la France aujourd'hui doivent savoir que, dans cette élection, il est au moins un candidat qui leur dit la vérité et qui a envie de se battre avec les Français pour que vérité fasse volonté !

Et alors, si je reprends cette affirmation que je viens, je crois, de démontrer devant vous qui est que dans les mêmes conditions exactement, dans les mêmes conditions d'économie, dans les mêmes conditions de salaire, dans les mêmes conditions de monnaie, dans les mêmes conditions européennes, dans les mêmes conditions de mondialisation et de globalisation, il est des pays qui s'en sortent, qui produisent, qui exportent, qui gagnent des parts de marché, qui enrichissent leur société et ces produits-là sont à proximité immédiate de nous-mêmes…

C'est une fantastique nouvelle, parce que cela veut dire que, contrairement à ce que l'on nous a raconté pendant des années, la faute, les responsabilités, les causes de la situation qui sont les nôtres, cela ne vient pas de l'extérieur, cela vient de chez nous. C'est chez nous que l'on a multiplié les erreurs de gouvernements, c'est chez nous qu'au travers du temps, on a laissé immoralement filer la dette du pays !

C'est chez nous que les gouvernants ont, au fil des années, pris des décisions qui ont été autant d'erreurs et qui nous ont conduits à la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui et quand je dis "gouvernants", je mets en cause également la majorité actuelle qui avait les "manettes", comme on dit, qui avait le volant depuis des années, et l'opposition qui pendant ces années, au lieu de plaider la raison, l'équilibre et la sagesse, n'a cessé de pousser la majorité à aller encore plus loin dans l'erreur.

Lorsque j'ai fait la campagne de 2007, avec beaucoup d'entre vous, et que j'ai dit aux Français que cette accumulation de dettes allait, à court terme, menacer notre avenir, beaucoup ne l'ont pas cru, beaucoup ont pensé que c'était Cassandre, comme on disait, annonciatrice des malheurs pour le pays.

Cassandre, ce n'est pas du tout notre vocation. Nous, nous sommes là, non pas pour dire la vérité et que le peuple ne l'écoute pas, mais au contraire pour convaincre le peuple des citoyens.

Je ne suis pas de ceux qui pensent… Il y a beaucoup de jugements dans les journaux ces temps-ci qui disent : "Mais, en fait, François Bayrou dit la vérité". Je crois que c'est devenu aujourd'hui une vérité que beaucoup d'observateurs soulignent dans leurs articles et dans leurs jugements, mais ils ajoutent : "Il dit la vérité, mais les Français ne veulent pas l'entendre".

Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. Je pense que la démocratie, c'est exactement le contraire de ce jugement pessimiste qui hausse les épaules en disant : "De toute façon, les Français sont rebelles à la vérité et rebelles à tout effort". Je crois exactement le contraire.

Je suis un démocrate, c'est-à-dire que je crois que le peuple, et singulièrement le peuple français, peut être placé en situation de responsabilité, en souverain, en ayant à l'esprit que, si on lui donne les éléments du jugement, alors il fera le bon choix. Ceci est notre vocation, ceci est notre engagement.

C'est notre vocation, c'est notre engagement et, au fond, pour moi, c'est un serment.

J'ai fait, une fois pour toutes, le serment, et je le renouvelle devant vous à Marseille, j'ai fait le serment que je ne mentirai pas au peuple français, que je lui dirai la vérité, à temps et à contretemps, que je serai toujours du côté de ceux qui le prennent au sérieux et pas des contraires de la démocratie, c'est-à-dire que je ne serai jamais du côté de la démagogie, des démagogues, ceux qui racontent des histoires, ceux qui disent aux citoyens les balivernes et les facilités qu'ils imaginent que les Français veulent entendre, par lesquels ils croient que l'on gagne des voix et que l'on gagne des points dans les sondages.

Je pense que c'est l'honneur de la politique de refuser la démagogie et de choisir la démocratie qui est conscience et volonté.


Et c'est d'autant plus frappant et c'est d'autant plus important que, si le diagnostic que j'ai formulé avec vous est exact, alors le chemin pour s'en sortir est tout tracé, alors c'est à portée de notre main, alors la volonté du peuple français va identifier chacun des sujets, chacun des champs de bataille sur lesquels il faut que l'on se batte.

Je vais en décrire quelques-uns devant vous. Je les considère comme cruciaux et comme vitaux pour notre avenir.

C'est la volonté du peuple français seul qui peut faire changer les gouvernants, leur faire quitter leur démagogie pour entrer en démocratie, c'est-à-dire en responsabilité.

Nous avons à reconstruire la force de production de la France.

Quand on observe, j'étais hier à Toulon où je visitais la plus récente et la plus impressionnante des frégates, des nouvelles frégates de la marine française, ce qui était pour moi, au fond, un moyen de faire un signe à tous ceux qui, dans cette région, sont engagés pour la défense nationale et qui font souvent des prouesses… Quand on mesure que cette frégate-là est du premier niveau mondial, elle est l'équivalent de la plus moderne, de la plus performante des frégates de la marine américaine, elle est loin devant un certain nombre d'autres frégates, d'autres défenses d'autres pays.

La France est un des quatre pays, avec les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Italie, qui a conduit ce programme avec nous, qui a réussi à bâtir ces appareils qui sont d'incroyables forteresses de sécurité pour toute une région, puisqu'ils peuvent défendre une région de 350 kilomètres de rayons et, donc c'est très important y compris pour le littoral, si jamais des événements graves se produisaient.

Eh bien, quand on voit ce que l'industrie française ou la recherche française est capable de faire dans le domaine de l'électronique, de l'électronique de défense, des sonars, des radars de toute nature, des ordinateurs et des programmes d'ordinateur de pointe, quand on voit ce que l'on est capable de faire en matière de furtivité -des bateaux qui font 130 ou 150 mètres de long et qui sont très difficilement détectables par les radars, parce qu'on ne les voit pas en raison des formes que l'on a réussi à leur donner-, quand on voit cela, que l'on mesure les exploits que nous faisons, en aviation -Airbus-, les exploits que nous réalisons en espace -la fusée Ariane-, quand on voit les satellites, quand on voit ce que nous sommes capables de faire dans d'autres secteurs, comme par exemple en pharmacie, quand on voit à quel point nous savons maîtriser le plus exigeant en science, en recherche, en innovation, en industrie, en fabrication et que nous sommes incapables de jouer notre partie sur la base de la pyramide qui fait la consommation et l'économie d'un peuple, alors on se dit : quel gâchis !…

Le sentiment qui est le mien, la certitude qui est la mienne, c'est que nous avons, dans notre jeu des cartes, des atouts extraordinaires, mais que ces atouts, nous ne les jouons pas.

Eh bien, nous sommes là pour que la France récupère ses atouts.

Je vais aborder des secteurs dont on ne parle jamais dans les élections présidentielles, par exemple, le textile. Tout le monde considère que la bataille du textile est perdue. Oui ou non ?… Bien sûr ! Tout le monde considère que… voilà… c'était comme ça, cela ne pouvait pas être autrement.

Dans le même temps, en Italie, il reste presque 500 000 emplois dans le textile, alors que nous n'en avons pas 100 000 en France. Dans le même temps, en Allemagne, on est en train de reconquérir le textile de haut de gamme, de qualité supérieure. À partir d'une base moyenne, tout ce qui est au-dessus, l'Allemagne est en train de le reconquérir à pas de géants et, nous, nous ne menons pas la bataille !

L'autre jour, une brillante styliste internationale m'expliquait sa peine que l'on ne réussisse pas à reprendre la bataille -elle me citait l'exemple des dentellières-, que l'on ne réussisse pas à reprendre la bataille du textile en France, alors que nous avons un outil extraordinaire, un atout extraordinaire, c'est que la France est n°1 dans le monde dans tout ce qui concerne le luxe.

Et elle dit : "Mais, Monsieur, si on a l'image de luxe, est-ce que vous rendez compte ce que cela veut dire dans le textile ? Un pays qui a la haute couture, un pays qui peut bâtir des modèles qui apparaîtront comme chics, comme haut de gamme, pour la totalité de la planète et on ne joue même pas la partie, on n'essaie pas de mener la bataille ?!"…

Eh bien, je dis qu'il n’est aucun secteur sur lequel la France ne puisse désormais recommencer la bataille en jouant ses atouts réels qui seront porteurs d'emplois et porteurs de richesses.

Et tout cela pour des différences qui sont extrêmement faibles. Au fond, c'est que disait le Président de Toyota France dans la Tribune de hier, mais c'est valable pour la plupart de ces articles-là.

J'ai fait faire le calcul, comme certains d'entre vous le savent peut-être, de ce que représenterait, si on sait que le prix moyen d'un jean est de l'ordre… moyen, parce qu'il y a des jean à 20 et 30 €, je ne l'ignore pas -ce sont ceux qu'achètent mes filles en général !-, mais lorsque l'on avance en âge et en situation, on admet que le prix moyen d'un jean, un Levis par exemple, est de 80 ou 85 €, et il y a des jeans beaucoup plus chers.

En travaillant le sujet du jean, j'ai appris des choses !… Enfin, je veux dire en travaillant le sujet du jean comme article de commercialisation… Honni soit qui mal y pense… j'ai appris quel était le prix des différentes gammes et, ma foi, cela m'a impressionné, mais savez-vous quelle est la différence de fabrication entre un jean fabriqué en Turquie et un jean que l'on fabriquerait en France ? La différence de fabrication est de 4 € par jean.

Alors, vous n'allez pas me dire, si un grand nombre de consommateurs Français décident que, pour sauver leur modèle social, ils vont avoir un acte de consommation responsable et qu'ils vont, le plus souvent possible, décider d'acheter des produits qui porteront le label "Produit en France", de manière à ce que l'on sache…

Robert Rochefort qui est là vient d'écrire un livre pour défendre cette idée qui s'appelle "Produire en France, c'est possible !". Il était à la tête du CREDOC, c'est-à-dire le grand organisme national qui mesure l'évolution des sociétés, des actes de consommation, l'attente des consommateurs. Or, le CREDOC, alors qu’il n'en était plus le responsable puisqu'il était devenu Député européen, vient de faire une enquête pour savoir ce que les Français penseraient de cette volonté d'acheter des produits français.

Eh bien, deux Français sur trois disent qu'ils sont prêts à mettre 5 % de plus pour acheter un article dont ils auraient la certitude qu'il est fait en France, et on sait bien que cela existe !

Un grand nombre d'entre vous achète des produits de l'agriculture biologique, même s'ils coûtent un peu plus cher que les produits de l'agriculture normale, parce qu'ils veulent un acte de consommation responsable qui corresponde à leurs attentes.

Un grand nombre d'entre vous met un peu plus cher pour acheter du café, par exemple, avec le label "commerce équitable", parce que ce label signifie que l'on va payer aux producteurs des pays du tiers-monde le juste prix pour les produits que l'on achète.

Et cette idée de bon sens qui est de dire : "Mesdames et messieurs, excusez-nous, nous peuple français nous avons compris enfin, il a fallu qu'on nous l'explique, mais nous avons fini par comprendre que notre Sécu, notre retraite, notre école, notre justice, nos forces de sécurité, tout cela dépendait uniquement de la production dans notre pays, des charges sociales que l'on paye sur le travail et des impôts que l'on paye en France, alors nous avons décidé de renforcer la production française pour renforcer notre modèle social".

Une idée aussi simple que celle-là qui est une idée de bon sens, qui est entre nous, infiniment plus prometteuse pour l'avenir du pays que toutes les fumées révolutionnaire que l'on nous vend dans cette campagne électorale et qui sont autant d'illusions et autant de drames qui se préparent pour la France, une idée de bon sens comme celle-là, mais elle peut, en peu de mois, bouleverser les habitudes de consommation des Français.

Savez-vous qu'il suffirait que l'on fasse bouger 20 % de ce que l'on achète produit à l'étranger et qu'on le reporte sur des produits fabriqués en France ? Et 20 % ce n'est pas grand-chose… Quand on achète 100 € de produits fabriqués à l'étranger, il suffirait que l'on en achète 80 € seulement et que l'on déplace le reste, 20 €, vers les productions françaises.

Eh bien, en faisant bouger ces vingt euros-là, on supprime le déficit du commerce extérieur en une seule année et on se retrouve à l'équilibre, on avance vers la santé du pays et on crée des emplois !

Le calcul que nous avons fait, je ne veux pas vous donner des chiffres qui fassent rêver, c'est que, par exemple, si l'on décidait que l'on va avoir, grâce aux marques françaises qui sont estimées, respectées dans le monde, en jouant sur ces 4 €, soit que le consommateur soit prêt à le prendre en charge, soit que les circuits de distribution qui font des marges - c'est leur métier, je ne mets pas cela en cause- de l'ordre de 150 ou 200 % sur les produits qu'ils achètent… Vous ne croyez pas qu'au lieu de consommer à l'aveugle, on pourrait consommer responsable et, ainsi, prendre la décision de mobiliser les forces vives des Français consommateurs au service de la production en France ?!…

Et qu'il faille se battre, que ce soit le moment de se battre, que ce soit je vous le dis entre nous le dernier moment pour se battre, parce que si cette bataille du modèle social est perdue dans les mois qui viennent, je vous le dis on ne le reconstruira pas ! On ne reconstruit pas une architecture aussi exigeante, aussi ambitieuse que celle que nous avons bâtie dans notre pays !

Tous les pays qui nous entourent sont en train, peu à peu, de battre en retraite sur toutes les exigences sociales. Nous, nous sommes ceux qui voulons les défendre, à condition qu'elles soient financées, c'est-à-dire à condition qu'elles soient enracinées dans la réalité économique, les emplois et les ressources du pays.

On a besoin, je l'ai dit l'autre soir sur France 2, je le redirai sur TF1 ce soir, de mener ce combat en considérant qu'il s'agit d'une guerre et que chacune des filières du pays est un champ de bataille sur lequel nous devons déployer la volonté et la force des Français !
Ce ne sont pas des promesses verbales, ce n'est pas du bla-bla, c'est la réalité de notre avenir : ou bien nous relevons ce défi et la France rayonnera en Europe et dans le monde, ou bien nous sommes incapables de le relever, nous nous laissons abuser une fois de plus comme on nous abuse depuis des années et alors notre modèle s'effondrera et nous ne pourrons pas le reconstruire !

C'est aussi simple que cela, la question de l'élection présidentielle et c'est pour relever ce défi que nous sommes là et pour que les Français le décident que nous leur parlons en vérité !

Et ce ne sont pas des promesses en l'air. J'ai pris un certain nombre d'exemples, des filières dans lesquelles nous devrions être les plus forts et dans lesquelles nous sommes très loin derrière.

J'ai pris l'exemple de la filière bois et, vous allez voir, chaque fois, ce sont des centaines de milliers d'emplois dont il s'agit.

La France a une des plus grandes forêts de toute l'Europe et je ne parle que de la forêt sur notre hexagone, parce que, si j'y joignais la forêt de Guyane, qui est aussi la France, alors on verrait que nous sommes de très loin les premiers. Je ne prends que l'hexagone, avec 16 millions d'hectares de forêt en France.

Avec ces 16 millions, nous avons 400 000 emplois.

Il y a 11 millions d'hectares de forêt en Allemagne… Même forêt, même Euro, même Europe, mêmes conditions de salaires, même le Smic forestier allemand -puisque vous savez qu'il y a des salaires minimum par filière- est nettement supérieur au Smic français.

Eh bien, l'Allemagne a 11 millions d'hectares de forêt et elle a 800 000 emplois dans sa filière forêt et bois.

Nous : 16 millions d'hectares de forêt et 400 000 emplois. Eux : 11 millions d'hectares de forêt et 800 000 emplois. Il nous manque donc 500 000 emplois pour les jeunes Français !

Nous ne livrons pas la bataille… nous baissons les bras !

Les Allemands ont décidé d'un plan pour la forêt en 2002, 2003 et 2004 et ce plan pour la forêt les a amenés à développer toutes leurs potentialités. Cette année, avec 16 millions d'hectares on a planté, en France, seulement 47 millions d'arbres, c'est-à-dire trois arbres en moyenne par hectare. C'est dérisoire !

L'Allemagne, cette année, avec 11 millions d'hectares, a planté 450 millions d'arbres, entre dix et quinze fois plus que nous, et la Pologne a planté cette année 1 milliard d'arbres !

Nous ne jouons pas nos cartes, nous ne jouons pas nos atouts. Nous sommes un grand pays forestier dans lequel la forêt décline, les arbres restent sur pied, on ne les exploite pas et savez-vous pourquoi ? Parce que nous n'avons pas les scieries qui nous permettent de scier les arbres ! Nous abattons nos arbres et nous les envoyons ce faire scier, sans jeu de mots, en Allemagne !!!

Vous comprenez qu'en défendant ces idées devant vous, je dis des choses de "gros bon sens", je dis des choses de "fort bon sens", de bon sens enraciné, paysan tant que l’on voudra, je dis des choses qui sont celles de la réalité de notre pays !

À force d'avoir des théories "fumeuses", pensées en mots incompréhensibles par qui que ce soit, nous avons perdu toutes les batailles de l'avenir de la France, nous avons laissé tomber, nous avons abandonné, nous avons baissé les bras.

Je vous propose de relever ce défi-là et de le faire avec une volonté fondée sur le bon sens et l'enracinement !

C'est vrai dans tous les secteurs du pays. C'est vrai dans le tourisme, c'est vrai dans le numérique… Savez-vous que l'on a créé 750 000 emplois dans le numérique en France ces dernières années ? Nous sommes un des champions du numérique. Or, il n'y a même pas, chez nous, de formation au commerce en ligne. Pourtant le « e-commerce » comme l'on dit, est en train de se développer au rythme de 20 à 30% par an… et notre appareil de formation ne suit pas ! C'est donc de l'improvisation, chacun fait ce qu'il peut dans son coin. Cela mérite une stratégie de filière !

Une stratégie de filière dans le numérique, une stratégie de filière dans la forêt, une stratégie de filière dans le textile. Dans tous les secteurs du pays, nous avons besoin de bâtir la volonté française et la stratégie qui va avec, et c'est comme cela que l'on s'en sortira et pas autrement.

Et quant aux autres… allez… « concurrents » dans cette élection, quant aux autres, ils ont choisi, et c'est une grande déception pour moi, parce que j'ai cru, au début de cette campagne, au mois de janvier qu'enfin, avec la perte du triple A français, qui n'était pas autre chose que la sanction des difficultés que je décris et dont je dis à l'avance qu'évidemment ce n'était que le premier acte si nous ne changeons pas d'orientation de cette "gueule de bois" que nous allons connaître après le 7 mai, si la France ne fait pas le choix du courage et de la volonté…

Eh bien, les autres, ils ont choisi de raconter des histoires, dont ils savent pertinemment, il est impossible qu'il en soit autrement, qu'elles ne sont fondées sur aucune réalité, qu'elles sont un abus de confiance à l'égard des citoyens. Je parle de François Hollande : on ne recréera pas 60 000 postes dans l'éducation, alors que nous sommes un pays qui est tellement déficitaire que nous devons effacer 103 milliards de déficit annuel du budget de l'État. On ne le fera pas !

On ne recommencera pas à créer des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires, on ne recommencera pas à créer 150 000 emplois-jeunes ou je ne sais de quelle nature, on ne multipliera pas toutes les allocations par 20, 30, 50 % comme on le promet.

Ces dépenses-là, 30 milliards de dépenses supplémentaires par an, la France ne pourra pas les assumer. Ils le savent pertinemment, mais ils ont décidé de raconter des histoires au peuple français.

Et quant à Nicolas Sarkozy qui dit que la crise financière est derrière nous, on va voir d'ici quelques jours si la crise financière est derrière nous. Et quand il dit : "Il n'est plus temps de faire des économies", on va voir si cette parole est une parole qui peut être crédible dans l'avenir. Et quand il dit : "Je ne créerai aucun impôt nouveau", alors si vous ne baissez pas les dépenses et si vous ne créez pas des impôts et des recettes nouvelles, comment allez-vous faire pour effacer les plus de 100 milliards de déficit du pays ?

Ils savent très bien qu’ils racontent des histoires.

Et quand François Hollande affirme que, si les marchés financiers ne sont pas convaincus par sa politique, lui, François Hollande, va faire plier les marchés financiers, ou bien il ne sait pas ce qu'est la réalité, et je lui conseille alors de passer un coup de téléphone à M. Papandréou, à M. Zapatero, à M. Socratès tous membres de l'Internationale socialiste et qui ont vu ce qu'il en était d'une situation dans laquelle un pays perd son crédit !... ou bien je lui dis ceci : ce n'est pas sur un coup de menton, en prétendant qu'on a soi-même les biceps pour faire plier les marchés financiers, qu'on dit la vérité à un
pays !

Quand un pays a perdu son crédit, malheureusement il est très difficile de le rétablir. Ce que je vous propose est tout différent, c'est que la France ne perde pas son crédit, qu'au contraire elle le reconstruise pour qu’elles puissent montrer d'elle un visage, le visage d'un pays qui fait face à ses obligations.

La stratégie que je propose pour reconstruire la force de la France, l'appareil de production du pays et pour sortir du surendettement est la seule -nombre d'économistes l'ont dit- la seule stratégie crédible parce que c'est la seule qui propose de baisser à terme calmement les dépenses du pays de manière que l'on ne creuse plus les trous que l'on creuse depuis des années.

Et il faut et il suffit que, dans les deux années qui viennent, nous prenions la décision sage, raisonnable, pas sauvage, je refuse l'idée du sang et des larmes, je vous dirai dans une minute quelle idée je propose que l'on y substitue, mais l'idée majeure qui consiste à dire : il suffit, pour que nous nous en sortions, que l'année prochaine et l'année suivante nous ne dépensions pas plus que nous avons dépensé cette année… quel ménage, quelle famille surendettée ne serait pas heureuse d'être assurée de sortir de sa situation pourvu qu'elle ne dépense pas l'année suivante et l'année d'après plus qu'elle n'a dépensé cette année ?

C'est un chemin accessible. Ce n'est pas le chemin des coupes sombres ou sévères comme on voudra, ce n'est pas le chemin qui détruit la solidarité française, c'est simplement rechercher, dans tous les secteurs, et s'il y a des gens qui travaillent à la Sécu ici ils pourront dire qu'il y a beaucoup d'économies
à faire, et s'il y a des gens qui connaissent bien l'organisation de la santé dans notre pays ils savent qu'on pourrait servir autant en faisant les quelques économies nécessaire, et s'il y a des gens qui travaillent dans l'administration dans cette salle, ils savent très bien que, dans l'administration, on pourrait économiser des actes et faire des économies et même soulager un tout petit peu la cataracte de paperasse que l'on déverse sur la totalité des petites et moyennes entreprises françaises, qu'elles soient agricoles ou industrielles ou familiales, et que cela ferait faire des économies et qu'on servirait mieux le pays en même temps !

C'est une volonté d'ensemble et cette volonté-là, elle suppose seulement une chose, c'est non pas qu'on affirme qu'on va souffrir, que ça va être très dur, qu'il faut se préparer au sang et aux larmes…

Non, il suffit qu'on dise devant le peuple français : Il va falloir que nous fassions des efforts pour nous en sortir et ce mot "efforts" qui n'est prononcé par personne dans la campagne présidentielle, je considère qu'il nous honore.

Nous avons le devoir, et c'est notre honneur de dire que, oui, il va falloir faire des efforts, mais nous allons les faire tous ensemble, des efforts solidaires pour que le pays se sorte des difficultés dans lesquelles il se trouve.

Oui, on va faire des efforts, mais les efforts, ça n'a jamais ni ruiné ni désespéré personne. L'effort, c'est exactement le contraire. Si on sait où l'on va, c'est le meilleur moyen de retrouver l'optimisme, de retrouver l'espoir, de retrouver la confiance dans l'avenir, la confiance des investisseurs qui doivent investir, la confiance des entrepreneurs qui doivent entreprendre, la confiance des jeunes qui vont penser qu'ils vont trouver un emploi.

Le mot du redressement, c'est la confiance et le moyen de retrouver la confiance, c'est de décider ensemble, oui, qu'il va falloir bosser, travailler, se retrousser les manches, le faire tous ensemble pour que la France s'en sorte, et le faire dans tous les secteurs de l'activité du pays !

Il faut le faire pour rendre à la France l'Éducation nationale qui n'aurait jamais dû cesser d'être la meilleure du monde. Nous avons besoin d'une formation nationale de haut niveau !

Bien sûr, il faudra des efforts pour apprendre à lire à tous les enfants, mais excusez-moi de le dire, quelle réussite formidable, quelle récompense formidable au bout du travail que nous conduirons ensemble pour voir comment réussissent ceux des enseignants qui obtiennent, dans leurs classes, des résultats qui, j'en suis sûr, sont meilleur que les résultats de la Corée, meilleurs que les résultats de la Finlande, meilleurs que les résultats des pays qu'on nous propose comme modèle alors que nous n'aurions jamais dû cesser d'être le modèle pour tous les pays qui, dans le monde, pensent que l'éducation est le premier des droits de l'homme !

Et bien sûr il faudra protéger les moyens de l'Éducation nationale, pas raconter des histoires sur des moyens supplémentaires, complémentaires, qui viendraient, comme s'il suffisait de le décider. Mais oui, bien sûr, je suis engagé à protéger les moyens de l'Éducation nationale. Je suis engagé à faire que, dans les années qui viennent, on remplace poste pour poste les enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur qui partiront à la retraite.

Mais vous voyez la différence entre la volonté et l'illusion ? Dire : je vais protéger les moyens dans les années qui viennent de l'Éducation nationale, c'est de la volonté parce que c'est réaliste. Dire : je vais recréer des dizaines de milliers de postes, c'est une illusion parce que ça ne se fera pas. Je préfère la volonté et le réalisme à l'illusion.


Et il faudra faire des efforts pour retrouver la confiance dans un objectif que j'ai été le seul à décrire dans cette campagne présidentielle. Nous avons besoin de moraliser la vie publique en France parce qu'il y a trop d'années qu'il y a des dérives qui sont inacceptables dans notre pays.

Et donc nous allons mettre sur la table, pour que cela puisse être immédiatement décidé par le peuple français par référendum, toutes ces questions qui nous empoisonnent et nous lassent et quelquefois nous désespèrent depuis des années et des années.

Donc nous allons mettre un terme au cumul des mandats qui est insupportable dans la société française. Nous allons faire en sorte qu'il y ait désormais une règle très simple pour voter à l'Assemblée Nationale et au Sénat, il faudra être présent dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale et du Sénat. Et tous les votes seront publics pour que les citoyens sachent ce que leurs représentants ont fait en leur nom et que, depuis des années et trop souvent, on leur dissimule parce que c'est très simple : si vous êtes de la majorité il faut voter pour, si vous êtes de l'opposition il faut voter contre. Ce n'est pas la peine de mobiliser des centaines de parlementaires pour ça… Donc je propose que nous allions dans le sens de : on ne vote que si on est présent ; et ce n'est pas impossible, cela se fait au Parlement européen, mes chers amis parlementaires européen qui êtes présents dans cette salle.

Je propose qu'on reconnaisse enfin et qu'on solennise dans notre pays l'indépendance de la Justice, qu'on ait une véritable séparation des pouvoirs. Et pour cela, je propose, pour que le ministre de la Justice qui est nécessaire pour coordonner ce qu'on appelle l'action publique, c'est-à-dire l'action de la
justice sur tout le territoire national, c'est-à-dire on ne doit pas avoir une politique différente contre les trafics de drogue à Lille et à Marseille, on ne doit pas avoir une politique différente contre les violences faites aux femmes selon que l'on se trouve dans telle ou telle partie du territoire de la métropole ou de l'outre-mer… il faut une unité de commandement et que cette unité de commandement soit défendue devant les Français.

C'est pourquoi j'ai dit : le ministre de la Justice, désormais, ne dépendra plus de la seule nomination du Président de la République mais il dépendra aussi d'un vote de confiance qui, au Parlement, obligera à l'accord de la majorité et de l'opposition pour qu’il soit au-dessus des parties et non pas seulement soumis à l'exécutif.

Dans le même texte et dans le même référendum, je proposerai qu'on institue enfin l'indépendance des médias et notamment de l'audiovisuel public dans notre pays. Et c'est pourquoi je propose que le président des chaînes de l'audiovisuel public ne soit plus de la décision arbitraire du seul Président de la République, mais qu'il doive être nommé par un conseil et un ensemble dans lequel vous serez représentés, car je rappelle que l'audiovisuel public, ce n'est pas la propriété de l'État, ce n'est encore moins pas la priorité du pouvoir du Président de la République, c'est la vôtre parce que c'est vous qui payez la redevance qui fait vivre l'audiovisuel public !

C'est vous, aussi différents que vous soyez et quelles que soient vos opinions, qui avez le droit que dans l'audiovisuel public français on respecte le pluralisme et la totalité des opinions qui sont celles des auditeurs et des spectateurs.

Et tant qu’on en est au pluralisme, dans ce texte on décidera qu'on doit baisser le nombre des députés d'au moins 20 % et le nombre des sénateurs de la même manière, parce que quand le sommet de l'État demande des efforts au peuple, il faut qu'il s'applique à lui-même le principe de l'effort qu'il impose aux autres.

Je vous rappelle que les États-Unis, avec une population cinq fois plus importante que la nôtre, ont 20 ou 30% de députés et de sénateurs que nous en avons chez nous et c'est pourtant le peuple sur la planète où le Parlement est le plus puissant. Et en vérité je crois que le Parlement est plus puissant quand il y a des parlementaires qui sont respectés et le fait qu'ils soient moins nombreux fait qu'ils ont plus d'importance dans le système institutionnel.

De la même manière, je proposerai une règle simple sans porter atteinte au principe de majorité. Toutes les opinions qui recueillent au moins 5 % des voix doivent être représentées à l'intérieur de l'Assemblée Nationale pour pouvoir s'exprimer à la tribune de l'Assemblée Nationale. Ce qui permettra d'échapper à la situation qui est dévalorisante que nous avons aujourd'hui et qui fait qu'à l'Assemblée Nationale on n'entend qu’un parti de la majorité et un parti de l'opposition.

Pourquoi ? Oh pour une raison très simple que Jean-Luc Bennahmias connaît bien puisqu'il a été le premier responsable des écologistes français pendant des années : c'est que les Verts ne peuvent pas parler puisqu'ils sont obligés d'aller quémander des circonscriptions auprès du Parti socialiste et que, de l'autre côté et sur une autre rive, aucun courant ne peut s'exprimer parce qu'ils sont obligés d'aller quémander des circonscriptions et, si jamais ils s'avisent de vouloir être rebelles, de vouloir dire quelque chose, de manifester leur liberté, et en particulier leur liberté de vote, ce jour-là ils sont menacés dans leur existence même.

Un courant politique doit exister à la tribune de l'Assemblée Nationale non pas parce qu'il fait allégeance aux puissants voisins, mais parce qu'il est soutenu par des électeurs qui votent pour lui !

Et vous voyez qu'en quelques jours, en quelques semaines, nous portons avec nous un projet de changement profond de la vie politique en France, de refondation de la démocratie en France, de retour de la confiance entre les citoyens et les élus. C'est nous qui portons ce projet et personne d'autre ! C'est pourquoi, oui en effet, dans cette élection nous avons un rôle et une vocation particulière.

Et en particulier, ce sera l'avant-dernier point de cette moralisation de la vie publique, je propose que, dans ce texte, on mette un terme à toutes les dérives de financement des campagnes électorales qu'on a
connues depuis des années.

Et qu'on fasse en sorte que les dépenses soient modérées parce que je trouve qu'on dépense trop d'argent dans ces campagnes électorales au moment où le pays est en crise, argent qui est payé par vous, les contribuables, soit par le financement public, soit par la prise en charge des dons privés que l'État compense fiscalement, mais c'est toujours le citoyen contribuable qui paye. Je trouve qu'on ne respecte pas assez le moment que nous sommes en train de vivre, la modération et la sobriété qu'il faudrait dans cette campagne électorale.

Et enfin, j'imposerai dans ce texte que l'on reconnaisse enfin la validité du vote blanc dans la démocratie française, parce que c'est un acte citoyen. Ce n'est pas un acte de soumission, c'est un acte citoyen que d'aller voter, même pour dire : Je suis venu voter parce que je suis un citoyen, mais excusez-moi, l'offre politique que vous présentez devant nous ne nous convient pas, je demande que vous enregistriez mon jugement sur cette situation avec laquelle je suis en désaccord.

Moralisation de la vie publique. Et les Français attendent cela depuis des années et des décennies, ils attendent de pouvoir enfin regarder d'un autre oeil ceux qui les représentent dans les institutions, à l'Assemblée Nationale, au Sénat. Il y aurait beaucoup à dire sur les collectivités locales… je vous promets de venir en parler un autre jour…


On aura tout cela à faire et c'est l'urgence et l'intérêt du peuple français pour retrouver la confiance.

Et je veux vous dire que non seulement ils n'ont pas le projet, ils multiplient des promesses qui sont intenables, ils multiplient des promesses qui sont une offense au bon sens des citoyens et des électeurs, qu'on considère au fond comme des gogos à qui on pourrait raconter n'importe quoi et qui se précipiteraient à la seule perspective du carnet de chèques qu'on promettait d'ouvrir pour assurer une fois de plus des dépenses qui sont absolument inimaginables.

Mais non seulement ils n'ont pas le projet, mais réfléchissez bien à ceci qui sera le dernier élément que j'aborderai devant vous, ils n'ont pas la majorité pour conduire en quoi que ce soit le projet qu'ils défendent devant les Français parce que, si vous regardez la droite, l'UMP flirte avec l'extrême-droite,
l'UMP sous la pression de l'extrême-droite et le Parti socialiste sous la pression de l'extrême-gauche.

Alors regardez sur quelle base ils vont pouvoir s'appuyer pour conduire leur politique : ce sont deux visions inconciliables !

On dit qu'ils sont du même camp ou du même côté de l'échiquier, mais en réalité ils sont, et c'est heureux, profondément en désaccord sur tout. La droite républicaine est en désaccord profond avec l'extrême-droite et heureusement ! Et le Parti socialiste, au moins dans sa partie raisonnable et constructive, réformiste, est en désaccord profond, et heureusement, avec les balivernes que l'extrême-gauche défend aujourd'hui devant le peuple français. Ils n'ont pas de majorité !

Il n'est qu'une seule majorité stable pour l'avenir de la France, une seule, pour porter le projet dont nous avons besoin pour que notre pays avance et se redresse, une seule.

Et c'est, non pas la majorité d'un bord contre l'autre, mais c'est une majorité centrale pour le peuple français, une majorité qui dira : en réalité, contrairement aux apparences et contrairement à la campagne électorale que vous êtes en train de mener, en réalité il y a plus en commun entre les réformistes de gauche, les réformistes du centre, les réformistes de droite et les écologistes raisonnables qu'il n'y en a à l'intérieur de chacun de ces camps entre les extrêmes et les partis qui sont les partis de gouvernement. Il y a plus de choses en commun !

Il y a plus de choses en commun entre les raisonnables, les réalistes, ceux qui, au fond, ne veulent pas tromper les citoyens et qui sont aujourd'hui si profondément malheureux dans un camp et dans l'autre. Il y a plus de choses en commun entre ceux qui savent que le pays peut s'en sortir pourvu qu'ils acceptent de regarder en face les difficultés qui sont les siennes.

Je n'ai pas d'ennemi en fonction des frontières politiques.

Il y a des gens que je respecte dans la droite républicaine et y compris dans les mouvements du centre qui se sont, ces dernières années, alliés avec elle.

Il y a des gens que je respecte au gouvernement, il y a des gens que je respecte au parti socialiste et qui sont aujourd'hui très malheureux de la tournure que la campagne électorale prend et de la pression qu'ils vont devoir subir de l'extrême-gauche. Il y a des gens que j'estime et que je respecte dans les rangs écologistes et ceux-là bien entendu, ceux qui sont des écologistes humanistes et des écologistes responsables, je sais qu'ils ont leur place dans le redressement du pays. Et il y a une force puissante qui est en train de se constituer au centre de la vie politique française qui s'était séparée et divisée pendant des années et dont on a besoin aujourd'hui qu'elle se réunisse pour peser sur le destin du pays.


Majorité du courage, majorité de la vérité, majorité de la volonté !

Voilà les trois visages de ce dont la France a besoin pour s'en sortir et voilà pourquoi je suis si heureux que nous menions ce combat tous ensemble parce que ce n'est pas un combat électoral, c'est un combat national. Ce n'est pas affaire de parti, d'étiquette. Je ne suis pas dans cette élection le candidat d'une étiquette, je suis le candidat de la vérité et le candidat de la volonté de la France.

Nous n'avons à aucun moment, pas une seule minute et pas une seule seconde, manqué à l'engagement d'honnêteté, d'authenticité, de vérité que nous avons avec les Français.

Jamais une seule de nos affirmations n'a pu être prise en défaut dans cette campagne électorale. Nous n'avons rien dissimulé, nous n'avons rien transformé, nous n'avons rien truqué.

Nous disons la vérité. C'est pour s'adresser au plus profond de l'âme du peuple français, à sa volonté. Nous disons la vérité parce que c'est la première marche vers le redressement du pays et nous laissons aux autres les mensonges, les trucages et les abus de confiance.

Et je dis une seule chose aux Français, posez-vous cette question-là : "Qui nous dit la vérité dans cette campagne ? Qui ne nous abuse pas ? Qui ne nous ment pas ? Choisissez cette voix. Et les autres, ceux qui vous racontent des histoires, ceux qui dissimulent et qui masquent la vérité, ceux qui la truquent, tous les truqueurs qui s'adressent à vous aujourd'hui, renvoyez-les chez eux.

Et nous allons le faire tous ensemble ! Parce que nous savons une chose, c'est que la force du peuple français, la principale force, elle est le jour où il en décide ainsi dans son unité, et je suis fier que nous ayons écrit sur tous les murs de France cette devise-là : "Un pays uni, rien ne lui résiste !"…

Source : www.bayrou.fr, le 4 mai 2012

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