Déclaration de M. Frédéric Cuvillier, ministre des transports et de l'économie maritime, sur les priorités du gouvernement concernant l'économie maritime, notamment la défense de l'emploi du secteur de la pêche et de l'aquaculture, et la réforme de la politique commune de la pêche, à Paris le 30 mai 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Frédéric Cuvillier, ministre des transports et de l'économie maritime, sur les priorités du gouvernement concernant l'économie maritime, notamment la défense de l'emploi du secteur de la pêche et de l'aquaculture, et la réforme de la politique commune de la pêche, à Paris le 30 mai 2012.

Personnalité, fonction : CUVILLIER Frédéric.

FRANCE. Ministre des transports et de l'économie maritime

Circonstances : Clôture de la 3ème édition des assises de la pêche et de l'aquaculture, à Paris le 30 mai 2012

ti : Mesdames, Messieurs,


Permettez-moi de vous exprimer mes plus vifs remerciements pour cette invitation à vos assises, invitation à prononcer un discours de clôture et vous comprendrez que pour moi, il s'agira plus précisément d'un discours d'ouverture, c'est en effet ma première prise de parole et je tenais malgré une actualité contrainte à m’adresser à vous.

C’est l'occasion pour moi et par vous de m’adresser à toute la communauté des gens de mer, que je connais bien, et de lui adresser un message républicain de reconnaissance et de solidarité. Ces hommes et femmes, qui a plusieurs titres sont des acteurs de la mer, des travailleurs de la mer méritent en effet tout notre respect bien sûr et toute notre attention. Ce sont des familles, des générations durant, qui ont contribué à façonner notre littoral, à l'enrichir par leur activité, à le magnifier par des traditions, à le rendre exceptionnel par une culture maritime vivante, par un patrimoine humain irremplaçable.

Cet hommage a été aussi le sens de mon premier déplacement, dans des circonstances douloureuses, il y a quelques jours, en Bretagne, sur l'île de Houat, la Bretagne qui réunit le plus de marins en France avec 55 % des emplois de la grande pêche et 42 % des emplois de la pêche au large.

Les circonstances étaient douloureuses, oui, le monde de la mer paie chaque année un lourd tribut. Le naufrage du Bara Pendrez n'en fut qu’un supplémentaire. J’ai une pensée émue pour les familles des victimes de ce naufrage, ainsi que pour celles du Toirette, ce petit chalutier de 9,9 mètres exploité à Grandcamp-Maisy qui a coulé au large de Saint-Vaast la Hougue dans la soirée de lundi dernier et pour lequel les recherches se poursuivaient encore aujourd’hui, sous l’autorité de la préfecture maritime.

La Nation doit défendre les acteurs de la mer, et c'est un engagement du Président de la République qui, de Toulon à Lorient, de Boulogne à La Seyne, a réaffirmé combien le défi maritime, qui est celui de ce siècle doit être mesuré et revendiqué par notre nation maritime qui a trop longtemps oublié qu'elle l’était.

Ce défi a souvent été présenté comme un simple enjeu environnemental, un Grenelle de la Mer fut même organisé. Il l'est, évidemment, et je n'ai encore jamais rencontré de pêcheur dire ne pas se soucier des conditions dans lesquelles ses enfants et petits enfants pourront exercer le métier qu'il leur aura légué. Mais ce défi maritime est aussi une chance pour notre pays, une chance de croissance, d'innovation. Par raccourci, la France est souvent présentée comme étant la deuxième puissance maritime mondiale... Deuxième surface maritime certes mais je regrette que cela ne se traduise pas par une réalité, une force économique à la hauteur de cette situation privilégiée.

Malgré ce territoire, la France n’est qu’au 4e rang des captures de pêche en Europe, ce qui a tout de même générer en 2010 plus d’1 milliard d’euros de chiffre d’affaire et près de 93 000 emplois directs et induits. L’emploi sera véritablement dans le nouveau Gouvernement une priorité ; dans ce secteur en particulier, pour maintenir le savoir-faire de notre littoral car la croissance de cette économie maritime, c’est l’assurance de nouveaux emplois, je veux parvenir à envisager la croissance.

Si l’économie maritime importe tant pour moi, c’est qu’elle contribue à l’aménagement du territoire, et qu’elle est également un véritable rouage de notre indépendance alimentaire et de fait de notre souveraineté nationale. Comment ne pas penser à ce chiffre de 80 % d’importation de poisson dans notre consommation nationale, auquel je ne peux me résoudre.

La consommation nationale, comme la consommation mondiale de poisson croit. A l’heure où la presse se fait l’écho d’analyses très critiques concernant la dépendance française vis-à-vis des importations dans le domaine des produits de la mer, je veux dépasser le débat et sortir du dilemme pêche ou aquaculture en offrant ensemble une réflexion prospective sur ces enjeux dans notre pays, la place que les Français veulent donner à la pêche et à l’aquaculture dans leur économie, dans leur environnement, dans leur alimentation.

Il faut donc préserver la production française, soumise à une rude concurrence. Il faut aider la pêche à se moderniser, à rester compétitive, dans le respect de la ressource. Les marques collectives, les signes officiels, les éco-labels sont des enjeux importants pour l’avenir de la pêche et de l’aquaculture de notre pays. Ils donnent tout son sens au made in France, témoignage de qualité, de production locale et de solidarité. J’insiste ici sur la nécessaire structuration des filières qui seront le moteur la production française.

Je veux mettre la mer au coeur des enjeux économiques. L'économie mondiale se trouve sur nos océans, par les transports maritimes ; la pêche et ses métiers, ses filières dont certaines restent encore à inventer sont des réalités économiques trop longtemps négligées.

Je remercie les nombreux messages de sympathie qui me furent adressés saluant la consécration dans la composition gouvernementale de cet enjeu de réalité de l'économie maritime. Je tiens tout d’abord, comme je l’ai annoncé il y a quelques jours lors de ma première rencontre après ma nomination, rencontre accordée à des journalistes spécialistes du maritime, à dire l’importance que revêt pour moi l’intégration de la pêche dans mon Ministère. D'autres, et je les ai entendu également, demandent à être convaincus. J’entends des inquiétudes mais il faut comprendre, dans ce portage novateur, la dimension intégratrice de la politique maritime. Après tout, le développement durable, c’est aussi la prise en compte des aspects économiques et sociaux et j’en serai le défenseur, en tant que Ministre de la mer, de la pêche et de l’économie maritime, comme l’indique mon décret d’attribution. Il s’agit d’envisager la protection de l’environnement sans dogmatisme, en permettant aux usages de se confronter dans une perspective intégrée. Il ne peut y avoir de développement durable sans la prise en compte de votre secteur d’activité par toutes les administrations en charge du fait maritime et j'œuvrerai à ce rapprochement. La directive cadre stratégie milieux marins a pour ambition d’atteindre le bon fonctionnement des écosystèmes marins, dans une approche pragmatique et durable, qui tient compte de l’exercice des usages actuels ou à venir en mer. Je veillerai personnellement à ce que les services de l’État puissent mener à bien cette concertation utile qui prendra tout son sens dans les conseils maritimes de façade, au sein desquels la voix de la pêche doit pouvoir être portée avec fierté et responsabilité. Et, donc, je leur dis, à ceux qui demandent à être convaincus, pour notre communauté des gens de mer, aidez-moi à réussir ces combats qui nous attendent : vous ne pouvez pas rester les spectateurs de l’environnement maritime dont vous êtes les acteurs.

Il faut, dans les défis qui nous attendent que le monde de la mer et de la pêche prenne toute sa place, et il faut dans la définition des stratégies maritimes de façade, que ceux-ci aient toute leur place. Les pêcheurs ne peuvent être réduits à l’image de prédateurs, trop souvent véhiculée hors de nos frontières, ils sont, vous êtes des acteurs responsables du développement durable, experts de votre environnement, de notre environnement.

Je sais pouvoir aussi compter sur une administration compétente pour prendre la mesure de ce pan de la politique maritime intégrée. Je fais toute confiance à la direction des pêches maritimes et de l’aquaculture, partenaire habituel des professionnels, gage de continuité dans cette période de transition vers l’économie maritime, pour me faire part, autant que de besoin, des problématiques du secteur : c’est elle qui mène le combat au quotidien pour défendre vos intérêts, notamment à Bruxelles. Je fais également confiance aux services déconcentrés, directions interrégionales de la mer, directions départementales des territoires et de la mer, et en particulier délégations à la mer et au littoral, pour me faire part des situations de terrain, mais je serai exigeant pour que votre message soit respecté.

Je veux insister sur la nécessaire compétitivité de votre secteur.

La création, il y a un an, d’une association interprofessionnelle, France filière pêche, va dans le sens de l’économie maritime et je tiens à saluer son président Gérard HIGUINEN et ceux qui ont rendu ce projet possible, je pense notamment à Pierre-Georges DACHICOURT (CNPMEM) et Philippe MÉRABET (Coopération maritime).

Ses missions :
- soutenir la réduction de la dépendance énergétique des entreprises,
- soutenir les projets de recherche et d’expérimentation pour une pêche durable et respectueuse de l’environnement,
- soutenir l’amélioration de la connaissance de la ressource halieutique et la valorisation des produits de la pêche française.

France filière pêche pourra compter sur le soutien plein et entier du Ministère de l’économie maritime. Le budget conséquent de 30 millions d’euros, émanant de fonds privés est une grande force, à l’heure où certains marins pêcheurs paient les errements passés en remboursant des aides d’État. France filière pêche, ce sera l’outil de votre filière, prenez le en main et faites le vivre au profit de vos entreprises.

L’aquaculture ne doit pas être laissée de côté, son chiffre d’affaire de 680 millions d’euros parle de lui-même, c’est un secteur à valoriser et dont la France ne peut rester absente. Les schémas régionaux de développement de l’aquaculture marine seront une aide non négligeable dans cette ambition. Je pense là aussi, en plus de la conchyliculture et de ses 17 000 emplois, à la pisciculture, à l’intérieur des terres.

Je conclue mes attentes pour le secteur avec un mot pour la recherche, si vous le permettez. J’observe un heureux rapprochement entre les scientifiques et les marins pêcheurs. Mieux connaître la ressource halieutique est une nécessité pour regarder ensemble vers l’avant, le futur de votre activité. La légitimité induite par ce rapprochement utile favorise la crédibilité de notre ambition au niveau européen, pour que le secteur soit un et indivisible.

Je pense également au navire du futur pour assurer le renouvellement de la flotte de pêche. Ce navire, ces navires devront répondre aux trois critères de durabilité : économique, environnemental et social. Je regarderai avec intérêt les suites de l’expérience bretonne et du navire Arpège, menée dans la cadre du pôle mer Bretagne. Je profite de cette mention pour rappeler ici l’importance de la sécurité à bord des navires, en particulier des navires de pêche dans le métier le plus accidentogène de France.

J’en viens maintenant au dossier d’actualité, majeur pour l’avenir de la pêche et de l’aquaculture française et européenne, c’est la réforme de la Politique Commune de la Pêche. Je sais que cette réforme a fait partie de vos débats d’aujourd’hui.

C’est sans délai que je me suis mobilisé sur cette réforme car des échéances sont proches. J’en connais les enjeux. Je sais quelle est la position des professionnels et de l’ensemble des acteurs sur ce dossier. J’avais d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer Mme DAMANAKI il y a quelques semaines, porteur d’un message de François HOLLANDE et je vais la revoir dans les jours prochains et lui dire la priorité que j’accorde à ce dossier, ainsi qu’au dossier de la pêche en eaux profondes.

La réforme qui est engagée est une réforme d’ampleur, elle concerne tous les volets de la PCP :
- le règlement de base : gestion de la ressource, encadrement de la flotte, rejets, gouvernance…
- l’organisation commune du marché des produits de la mer et de l’aquaculture (OCM),
- l’instrument financier de la PCP.

Les travaux sont très avancés au sein du Conseil des ministres européens de la pêche sur le règlement de base et sur l’OCM que la Commission a proposés. Je prends ce dossier dans la phase finale de cette première lecture par le Conseil. La Présidence danoise souhaite que le Conseil adopte, le 12 juin prochain, ses orientations générales sur le règlement de base et l’OCM.

Il faut parvenir à une politique commune des pêches solidaire et je défendrai la pêche et l’aquaculture de façon vigoureuse, sur les points essentiels que sont :
- le maintien d’une stabilité relative de la répartition entre états membres et de la gestion par quotas de captures, quotas que les États membres doivent pouvoir gérer selon la méthode la plus adaptée (en France, gestion collective reposant sur les organisations de producteurs) et sans monétarisation des quotas ;
- l’implication des professionnels au niveau des régions maritimes européennes pour une gouvernance plus régionalisée de la PCP, au plus près des acteurs de terrain ;
- une approche ambitieuse mais pragmatique et réaliste en termes d’atteinte du Rendement maximum durable pour les stocks halieutiques (il faut s’en tenir aux engagements internationaux de l’UE) et en termes de réduction des rejets basée sur des avis scientifiques ; on ne peut pas se baser sur des expertises scientifiques quand elles sont défavorables et les rejeter quand elles sont favorables : je pense notamment ici à la pêche en eaux profondes ;
- une organisation de marché qui favorise la structuration de la profession, l’organisation du marché et une meilleure valorisation des produits ;
- Un instrument financier fort, au profit du développement durable de la pêche et de l’aquaculture, qui permette d’accompagner ce secteur face aux enjeux et aux mutations auxquelles il doit faire face.

Je plaiderai, au Conseil, une position qui réponde aux grandes attentes de la filière française concernant l’OCM : renforcement des organisations de producteurs, reconnaissance du rôle des interprofessions, maintien d’un outil de régulation du marché, amélioration de l’information des consommateurs pour une meilleure valorisation des produits de la pêche française et européenne… ceux qui font des efforts, qui protègent leur milieu doivent pouvoir être récompensés.

Pour certains sujets, notamment les rejets, les négociations s’annoncent extrêmement ardues au regard des orientations promues par la Présidence danoise et des positions prises par les différents pays ces derniers jours. Sachez que je me battrai de toutes mes forces, avec la Direction des pêches et avec notre représentation permanente à Bruxelles, pour faire prévaloir les intérêts de la pêche française, pour éviter cette vue de l’esprit que le rejet zéro représente. Car qu’est-ce que le rejet zéro sinon une aberration quand il ne prend pas en compte ni la sécurité à bord des navires -pourtant primordiale- ni le territoire, ni la zone de pêche, ni la tradition, ni l’activité de pêche en elle-même, non, il faut être raisonnable.

Vous le savez, pour la première fois, la nouvelle PCP sera adoptée en co-décision entre le Conseil et le Parlement européen. L’avis du Parlement comptera énormément dans le texte qui sera finalement adopté.

Compte tenu du rôle fondamental du Parlement européen, je compte donc, comme l’ensemble de la filière, sur tous les députés européens français, sans se préoccuper de nos couleurs politiques, pour défendre les intérêts de la pêche et de l’aquaculture françaises : « le bon sens est la valeur du monde la mieux partagée » disait Montaigne, c’est mon rôle et celui de mes services d’en rappeler la définition en donnant la résonnance la plus large à nos convictions, celles d’une politique maritime intégrée, celles d’une politique véritablement « commune » des pêches, celles d’une filière à laquelle il nous faudra réfléchir de concert sans se voir imposer de réalités trop lourdes et sans fondement.


Mesdames, Messieurs, chers amis,

Certains d’entre vous me connaissent, d’autres apprendront à me connaître, je suis un homme de dialogue et je voulais vous assurer de mon engagement à défendre votre activité avec la plus grande détermination, au plan national comme au plan européen ou international.

Une pêche durable et responsable, telle que vous la pratiquez déjà, accompagnée par la recherche et l’innovation, est créatrice de richesses et contribue à garantir un développement équilibré de nos territoires.

Je vous remercie de votre accueil et de votre attention.


Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 31 mai 2012

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