Interview de M. Michel sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, à Europe 1 le 31 mai 2012, sur la politique de l'emploi, les contrats de génération et les élections législatives. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Michel sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, à Europe 1 le 31 mai 2012, sur la politique de l'emploi, les contrats de génération et les élections législatives.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social;

ti : BRUCE TOUSSAINT Avec notre invité, Michel SAPIN, ministre du Travail. On l'oublie trop souvent, 6 % de la population souffre d'un handicap, une situation compliquée dans un quotidien qui n'est pas assez adapté, on le sait, et dans la vie active. Depuis la loi 2005 pour l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées, les entreprises sont obligées d'employer 6 % salariés handicapés. Pour la première fois on a un chiffre que vous nous révélez Raphaëlle SCHAPIRA, bonjour. (…)
 
BRUCE TOUSSAINT Michel SAPIN juste un mot là-dessus, ça prouve aussi que les entreprises, quand on leur met un peu le couteau sous la gorge, eh bien elles arrivent à faire des efforts.
 
MICHEL SAPIN Oui, tout à fait vous disiez ça peut faire sourire.
 
BRUCE TOUSSAINT Oui.
 
MICHEL SAPIN Ca peut aussi faire sourire de bonne heure.
 
BRUCE TOUSSAINT Oui bien sûr, eh bien c'est le but de ce sujet.
 
MICHEL SAPIN Ca veut dire que même dans des situations difficiles, même pour des catégories des personnes qui doivent être parmi les autres, normalement et je dirais de manière sereine, c'est possible d'avancer. Et la loi de 2005 est une bonne loi. Elle a été votée d'ailleurs par l'ensemble du Parlement, comme quoi on peut voter de bonnes lois y compris quand on est dans l'opposition.
 
BRUCE TOUSSAINT Michel SAPIN, ministre du Travail est l'invité d'EUROPE 1 ce matin. Alors Michel SAPIN je devrais dire ministre de la priorité du gouvernement, c'est ce qu'a dit Jean- Marc AYRAULT hier après la publication des chiffres du chômage. C'est la priorité du gouvernement ?
 
MICHEL SAPIN Parce que c'est la priorité des Français.
 
BRUCE TOUSSAINT Oui.
 
MICHEL SAPIN C'est la première des préoccupations des Français, on peut le prendre par tous les bouts. On peut parler de croissance, mais la croissance c'est quoi ? Ce sont des emplois ou pas d'emplois. La crise c'est quoi ? C'est le chômage qui augmente. La question des jeunes c'est quoi ? C'est le chômage des jeunes qui augmente. La question des séniors c'est quoi ? C'est la question du chômage des plus âgés qui augmente ? Donc on est là au coeur des préoccupations, on est au coeur de la crise, on est au coeur de l'Europe, on est au coeur de tous les redressements nécessaires de la France.
 
BRUCE TOUSSAINT Je vais quand même vous titiller sur un truc, c'est que vous êtes la priorité du gouvernement, mais vous savez quel est votre rang dans l'ordre protocolaire du gouvernement ? Vous savez qu'il y a un ordre Julie, vous connaissez ça, il y a un ordre des ministres.
 
JULIE Oui j'écoute.
 
BRUCE TOUSSAINT Alors Michel SAPIN vous êtes à quel niveau ?
 
MICHEL SAPIN Je n'en sais rien.
 
BRUCE TOUSSAINT Vous êtes au 11ème rang, vous êtes la 11ème priorité du gouvernement en fait.
 
MICHEL SAPIN Non, je pense qu'il ne faut pas le voir comme ça. En tout cas ce n'est pas comme ça que je le vois.
 
BRUCE TOUSSAINT Mais vous devriez être numéro 2 du gouvernement, sérieusement.
 
MICHEL SAPIN Je vais vous dire une chose, ce n'est pas comme ça que les Français le voient, me semble t-il, ils n'ont pas été cherché quels étaient les rangs des uns et des autres pour voir qu'elles étaient les priorités politiques. Ils savent que la question du chômage ce n'est pas simplement celle du ministre du Travail, c'est la question de l'économie, c'est la question du redressement budgétaire, c'est la question de l'Education, parce que s'il n'y a pas une éducation à la mesure des besoins de la population il y aura plus de chômeurs. Donc c'est l'ensemble du gouvernement qui est mobilisé. Donc priorité numéro 1 ça veut dire place protocolaire numéro un pour tous.
 
BRUCE TOUSSAINT Vous, vous allez faire quoi concrètement contre le chômage ? Est-ce que la solution principale c'est ce fameux contrat de génération dont parlait beaucoup François HOLLANDE pendant la campagne présidentielle ?
 
MICHEL SAPIN C'est une solution si quelqu'un pense qu'il y a la solution, je lui demande. Aujourd'hui c'est un panel de mesures. Quand François HOLLANDE se bat pour qu'au niveau européen il y ait une réorientation de la politique qui permette d'une part d'être sérieux budgétairement parce qu'il faut l'être, mais en même temps d'avoir des politiques de croissance, c'est de l'emploi. Quand les ministres se battent par exemple pour que dans le domaine industriel il puisse avoir une banque publique, elle va être créée s'il y a une majorité pour le faire, une banque publique qui permet le financement des petites et des moyennes entreprises c'est parce que ça permet de créer des emplois. Et quand François HOLLANDE propose un contrat de génération c'est parce qu'il pense qu'il peut y avoir des outils de politique de l'emploi, comme on dit, qui peuvent être favorables aux deux catégories qui aujourd'hui en ont…
 
BRUCE TOUSSAINT Alors on rappelle ce que c'est le contrat de génération, voilà c'est l'idée…
 
MICHEL SAPIN C'est aider un jeune à trouver un premier emploi tout en maintenant un plus âgé dans l'emploi. Comme vous le savez aujourd'hui le jeune il galère et le plus âgé on le met dehors en lui disant tu n'as qu'à attendre la retraite. Eh bien c'est contre cela qu'il faut aujourd'hui lutter.
 
BRUCE TOUSSAINT Il paraît que les entreprises traînent des pieds pour ce contrat de génération. Ca ne les emballe pas.
 
MICHEL SAPIN Elles ne peuvent pas trainer les pieds puisqu'il n'est pas encore en place.
 
BRUCE TOUSSAINT Oui mais ça… la perspective.
 
MICHEL SAPIN Pour qu'il soit mis en place comme vous le savez vous-mêmes il faut qu'il y ait une majorité pour le mettre en place.
 
BRUCE TOUSSAINT Ce sera après les législatives si…
 
MICHEL SAPIN C'est un des enjeux des élections législatives et de la nécessité d'avoir une majorité pour soutenir le changement et les politiques nouvelles comme celles-ci. Je ne suis pas qu'elles traînent les pieds. Il y a un certain nombre d'entreprises qui le font déjà, enfin en tous les cas qui sont dans cet état d'esprit. Les plus petites entreprises, regardez chez les artisans, l'idée suivant laquelle le jeune, le petit jeune qui arrive on le met auprès du plus âgé pour qu'il apprenne c'est une idée qui est je dirais naturelle, eh bien il faut développer cela. Et il faut faire un outil qui soit un outil général et en même temps adapté à chaque situation et à chaque métier, d'où la nécessité du dialogue avec les partenaires sociaux pour mettre en place de la meilleure manière ce contrat de génération.
 
BRUCE TOUSSAINT Je rappelle qu'hier soir à 18 heures le chiffre du chômage donc était de +0,1 %, c'était une hausse limitée même si c'était le 12ème mois de hausse.
 
MICHEL SAPIN Consécutif oui.
 
BRUCE TOUSSAINT Consécutif, c'est quand la première baisse ? Vous vous êtes fixé un objectif ?
 
MICHEL SAPIN Vous avez remarqué que je ne vous parle pas moi de la baisse tendancielle de la hausse.
 
BRUCE TOUSSAINT Oui, ça c'était les éléments de langage de la précédente…
 
MICHEL SAPIN C'était le précédent président de la République, je me demande même si ce n'est pas chez vous qu'il avait crée ce néologisme extraordinaire. Il y a une hausse du chômage, et ce que nous pouvons craindre c'est que cette hausse ait été en quelque sorte un peu retenue par l'utilisation de certains outils pendant la campagne électorale. Quand est-ce que sera l'inversion ? Je ne peux pas vous dire à telle date, tel mois ça va s'inverser.
 
BRUCE TOUSSAINT Six mois, un an.
 
MICHEL SAPIN La perspective qu'a fixée le président de la République c'est qu'à un an d'ici nous ayons réussi enfin à inverser les choses, parce qu'il y aura une nouvelle politique économique au niveau européen, une nouvelle politique économique au niveau français et des outils en faveur de l'emploi.
 
BRUCE TOUSSAINT D'ici là il risque d'y avoir des plans sociaux, c'est la grande menace sur ce printemps et sur cet été français. Vous dites qu'il faut faire du cas par cas ?
 
MICHEL SAPIN Oui.
 
BRUCE TOUSSAINT Comment ça marche ?
 
MICHEL SAPIN Parce qu'on dit plan social, mais le terme plan social recouvre des choses extrêmement différentes. Il y a des cas où ce sont des entreprises, c'est fini…
 
BRUCE TOUSSAINT Qu'on ne peut pas sauver.
 
MICHEL SAPIN On ne peut pas les sauver.
 
BRUCE TOUSSAINT On peut le dire ?
 
MICHEL SAPIN Mais bien sûr, mais dans ces cas là il faut s'intéresser à ceux qui y travaillent ou y travaillaient, de manière à trouver des solutions au cas par cas pour chacun d'entre elles. Il y en a d'autres ou ce sont des blocages scandaleux, parce qu'il y a un actionnaire qui refuse de vendre à une autre personne parce qu'il voudrait faire un bénéfice plus grand avec la vente de l'entreprise et ça pourrait aller jusqu'à la catastrophe. Dans ce cas là il faut faire pression sur les actionnaires, donc il faut qu'il y ait des gens, c'est les ministres, mais c'est aussi un certain nombre de personnes que nous nommons à cet effet, des médiateurs, qui vont, chez FRALIB etc, qui vont essayer de débloquer les situations. Et puis à chaque fois il faut faire du sur mesure pour trouver les meilleures solutions.
 
BRUCE TOUSSAINT C'est une façon de dire que là aussi il n'y a pas de solution miracle.
 
MICHEL SAPIN Mais la solution miracle, si quelqu'un y croit, je vous le répète…
 
BRUCE TOUSSAINT On vous envoie un mail…
 
MICHEL SAPIN Il faut m'envoyer son nom, les Français le savent bien, quand ils nous ont élus, ils nous ont élus pour que ça change, mais ils savent très bien que les choses sont difficiles.
 
BRUCE TOUSSAINT Michel SAPIN, un dernier mot, que se passe t-il le 10 juin ?
 
MICHEL SAPIN Aidez-moi.
 
BRUCE TOUSSAINT Alors là je ne pensais pas que vous sécheriez sur cette question. C'est le premier tour des législatives, mais c'est un signe.
 
MICHEL SAPIN Ah bien sûr.
 
BRUCE TOUSSAINT Non mais c'est un signe, on a quand même du mal à se mettre dans cette élection comme ci elle était déjà jouée.
 
MICHEL SAPIN Non pas du tout d'ailleurs je vous ai répété déjà trois fois qu'il fallait une majorité pour mettre en oeuvre la nouvelle politique.
 
BRUCE TOUSSAINT Elle est déjà jouée cette élection.
 
MICHEL SAPIN Non, non.
 
BRUCE TOUSSAINT Il y a un risque de cohabitation, vous y croyez vous à ça.
 
MICHEL SAPIN Vous avez fait le coup avec les élections de François HOLLANDE pendant un an, vous nous avez dit, c'est joué, c'est joué et pendant un an, je vous dis que ce n'est pas joué, ce n'est pas joué. Et heureusement qu'il s'est battu jusqu'au bout du bout du bout, parce que c'est aussi à la fin que ça se gagne. Eh bien cette fois-ci aussi et donc les Français doivent savoir que s'ils ne viennent pas, le 10 et le 17, il n'y aura pas de majorité nouvelle et donc il n'y aura pas de politique nouvelle.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 31 mai 2012

Rechercher